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Le Républicain

14 mars 2006

[N°22: du 14 mars 2006]
Le phénomène de l’automédication: Un problème sanitaire aux conséquences désastreuses

                        « La santé n’a pas de prix » dit-on souvent quand il s’agit de débourser de l’argent pour se faire soigner. Mais force est de constater qu’avec la crise économique que traverse actuellement notre pays, la santé de chacun rime avec ses moyens financiers. Aussi, voit-on de plus en plus nos compatriotes recourir à l’automédication, aux médicaments de rue. Ils se soignent ainsi à moindre coût tout en prenant conscience ou non des risques énormes. La dévaluation en 1994 du franc CFA a vu les problèmes financiers s’accentuer dans les circuits officiels d’approvisionnement des médicaments. Ceci a favorisé le phénomène déjà existant de recherche de médicaments à moindre coût. La vente de médicaments devient alors un enjeu commercial au mépris de la réglementation. De grandes quantités de médicaments de toutes sortes, de toute origine sont ainsi régulièrement déversées dans le pays. Les points de vente de médicaments ont poussé comme des champignons englobant les marchés des villes et  villages, les abords de voies publiques… Ce commerce est souvent tenu par des personnes non qualifiées et alimenté par des produits contrefaits, falsifiés et toxiques.

            Selon le Lt. Col. Badombéna, secrétaire permanent du Comité National Anti – Drogue (CNAD), « la vente illicite des médicaments entraîne de nombreuses conséquences sanitaires ». Les dangers liés au phénomène de l’automédication sont divers. A la toxicité des médicaments, on peut ajouter l’inexactitude de l’autodiagnostic conduisant à la prise de médicaments inappropriés, l’augmentation de morbidité et de mortalité. Il existe en outre le risque d’apparition de phénomène de résistance provoquant des échecs thérapeutiques, le développement des phénomènes d’accoutumance et de la toxicomanie liée à l’usage abusif des substances psychotropes dont la circulation est favorisé par la vente illicite.

            On dénombre parmi les médicaments vendus librement, des substances psychotropes ayant un effet sur le système nerveux central. Est habilité à prescrire ces substances, un médecin, un spécialiste reconnu qui fixe les doses et la durée de traitement pour éviter la dépendance et l’accoutumance.

            Le Dr Tidjani, président du conseil national de l’ordre des pharmaciens estime de son côté que la vente illicite des médicaments est un phénomène réel. Les décideurs éprouvent une impuissance face à la situation et la responsabilité est partagée entre tous les acteurs de la santé. Les ONGs, sous couvert de l’aide humanitaire, alimentent le circuit illicite (sous forme de dons), les pharmaciens ne jouissent pas de l’accessibilité géographique, les grossistes et répartiteurs vendent en dehors des circuits licites, les professionnels de santé par avidité y sont tous impliqués (pharmaciens, médecins, délégués médicaux, les infirmiers, les gardes-malades etc). Les médicaments sont détenus et vendus dans des conditions qui ne garantissent pas leur efficacité et leur innocuité, des informations erronées sont donnés aux patients qui constituent les premières victimes.

            Selon le Dr Nyansa Atany, directeur des pharmacies et équipements techniques, cette situation interpelle chacun de nous. Il préconise la consolidation des mesures déjà en vigueur et estime qu’il est nécessaire de poursuivre l’enregistrement des Médicaments Essentiels Génériques (MEG) de bonne qualité, d’assurer la disponibilité de ces médicaments chez les grossistes, répartiteurs, officines de pharmacie et les unités de soin (hôpitaux, centre de santé etc). Il suggère que dans le domaine de la communication, des prescripteurs dans les districts sanitaires soient formés et sensibilisés sur la prescription des médicaments essentiels générique et que la population soit informée sur les dangers liés à la consommation des médicaments de rue. La création d’un service transit santé (port, aéroport) est nécessaire de même  que l’information des acteurs sur les peines encourues.

            En matière de répression, il exige l’implication du ministère de sécurité dans la lutte. Il y aura alors le recrutement et la formation des agents de santé qui vont jouer le rôle d’officiers de police. Ils se chargeront d’appliquer les sanctions prévues par la loi, de renforcer les grands pôles de distribution des secteurs public et privé, de surveiller les circuits d’approvisionnement avec une normalisation des qualités.

            Il faut cependant préciser que la véritable cause de ce phénomène reste  la pauvreté aiguë que vivent nos populations. Une pauvreté imposée au peuple à cause de la mauvaise gestion des ressources du Togo. Pour qu’un citoyen modeste puisse se rendre à la pharmacie et payer des produits de bonne qualité, faudrait-il que ce dernier puisse avoir les moyens. Les salaires irrégulièrement payés, la chasse aux petits revendeurs par les services d’impôts, le chômage, le coût de vie élevé et surtout la mauvaise foi des politiques asservissent plus que jamais les populations déjà abandonnées à elles-mêmes. Reste également au gouvernement d’asseoir une réelle politique sanitaire et sociale avec des mesures accompagnatrices pour qu’advienne à disparaître le phénomène de l’automédication.

            Il est à reconnaître que pour l’instant, quelques signes satisfaisants tentent d’apparaître au niveau des ministères de la santé et de la promotion sociale.

            Malgré toutes ces mesures et pour le moment, les points de distribution des médicaments de rue ont toujours  pignon sur rue. La bonne santé de toute une population se trouve alors hypothéquée. Il convient donc que le ministère de la santé ainsi que l’ordre national des pharmaciens réexamine le problème car « la santé n’a pas de prix ».

Nadia ZIBILILA

 

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