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« La santé n’a pas de prix »
dit-on souvent quand il s’agit de débourser de l’argent
pour se faire soigner. Mais force est de constater qu’avec
la crise économique que traverse actuellement notre pays,
la santé de chacun rime avec ses moyens financiers. Aussi,
voit-on de plus en plus nos compatriotes recourir à
l’automédication, aux médicaments de rue. Ils se soignent
ainsi à moindre coût tout en prenant conscience ou non des
risques énormes. La dévaluation en 1994 du franc CFA a vu
les problèmes financiers s’accentuer dans les circuits
officiels d’approvisionnement des médicaments. Ceci a
favorisé le phénomène déjà existant de recherche de
médicaments à moindre coût. La vente de médicaments devient
alors un enjeu commercial au mépris de la réglementation.
De grandes quantités de médicaments de toutes sortes, de
toute origine sont ainsi régulièrement déversées dans le
pays. Les points de vente de médicaments ont poussé comme
des champignons englobant les marchés des villes et
villages, les abords de voies publiques… Ce commerce est
souvent tenu par des personnes non qualifiées et alimenté
par des produits contrefaits, falsifiés et toxiques.
Selon le Lt. Col. Badombéna, secrétaire
permanent du Comité National Anti – Drogue (CNAD), « la
vente illicite des médicaments entraîne de nombreuses
conséquences sanitaires ». Les dangers liés au
phénomène de l’automédication sont divers. A la toxicité
des médicaments, on peut ajouter l’inexactitude de
l’autodiagnostic conduisant à la prise de médicaments
inappropriés, l’augmentation de morbidité et de mortalité.
Il existe en outre le risque d’apparition de phénomène de
résistance provoquant des échecs thérapeutiques, le
développement des phénomènes d’accoutumance et de la
toxicomanie liée à l’usage abusif des substances
psychotropes dont la circulation est favorisé par la vente
illicite.
On dénombre parmi les médicaments vendus
librement, des substances psychotropes ayant un effet sur
le système nerveux central. Est habilité à prescrire ces
substances, un médecin, un spécialiste reconnu qui fixe les
doses et la durée de traitement pour éviter la dépendance
et l’accoutumance.
Le Dr Tidjani, président du conseil national de
l’ordre des pharmaciens estime de son côté que la vente
illicite des médicaments est un phénomène réel. Les
décideurs éprouvent une impuissance face à la situation et
la responsabilité est partagée entre tous les acteurs de la
santé. Les ONGs, sous couvert de l’aide humanitaire,
alimentent le circuit illicite (sous forme de dons), les
pharmaciens ne jouissent pas de l’accessibilité
géographique, les grossistes et répartiteurs vendent en
dehors des circuits licites, les professionnels de santé
par avidité y sont tous impliqués (pharmaciens, médecins,
délégués médicaux, les infirmiers, les gardes-malades etc).
Les médicaments sont détenus et vendus dans des conditions
qui ne garantissent pas leur efficacité et leur innocuité,
des informations erronées sont donnés aux patients qui
constituent les premières victimes.
Selon le Dr Nyansa Atany, directeur des
pharmacies et équipements techniques, cette situation
interpelle chacun de nous. Il préconise la consolidation
des mesures déjà en vigueur et estime qu’il est nécessaire
de poursuivre l’enregistrement des Médicaments Essentiels
Génériques (MEG) de bonne qualité, d’assurer la
disponibilité de ces médicaments chez les grossistes,
répartiteurs, officines de pharmacie et les unités de soin
(hôpitaux, centre de santé etc). Il suggère que dans le
domaine de la communication, des prescripteurs dans les
districts sanitaires soient formés et sensibilisés sur la
prescription des médicaments essentiels générique et que la
population soit informée sur les dangers liés à la
consommation des médicaments de rue. La création d’un
service transit santé (port, aéroport) est nécessaire de
même que l’information des acteurs sur les peines
encourues.
En matière de répression, il exige
l’implication du ministère de sécurité dans la lutte. Il y
aura alors le recrutement et la formation des agents de
santé qui vont jouer le rôle d’officiers de police. Ils se
chargeront d’appliquer les sanctions prévues par la loi, de
renforcer les grands pôles de distribution des secteurs
public et privé, de surveiller les circuits
d’approvisionnement avec une normalisation des qualités.
Il faut cependant préciser que la véritable
cause de ce phénomène reste la pauvreté aiguë que vivent
nos populations. Une pauvreté imposée au peuple à cause de
la mauvaise gestion des ressources du Togo. Pour qu’un
citoyen modeste puisse se rendre à la pharmacie et payer
des produits de bonne qualité, faudrait-il que ce dernier
puisse avoir les moyens. Les salaires irrégulièrement
payés, la chasse aux petits revendeurs par les services
d’impôts, le chômage, le coût de vie élevé et surtout la
mauvaise foi des politiques asservissent plus que jamais
les populations déjà abandonnées à elles-mêmes. Reste
également au gouvernement d’asseoir une réelle politique
sanitaire et sociale avec des mesures accompagnatrices pour
qu’advienne à disparaître le phénomène de l’automédication.
Il est à reconnaître que pour l’instant,
quelques signes satisfaisants tentent d’apparaître au
niveau des ministères de la santé et de la promotion
sociale.
Malgré toutes ces mesures et pour le moment,
les points de distribution des médicaments de rue ont
toujours pignon sur rue. La bonne santé de toute une
population se trouve alors hypothéquée. Il convient donc
que le ministère de la santé ainsi que l’ordre national des
pharmaciens réexamine le problème car « la santé n’a pas
de prix ».
Nadia ZIBILILA |