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Le Républicain :
Plusieurs
semaines après le lancement du dialogue national
par Faure Gnassingbé, un mutisme perdure autour
de la question. Même Ouaga, capitale du Burkina
Faso, annonceé pour abriter le dialogue inter-togolais,
n’est plus à l’ordre du jour. Comment
expliquez-vous cela.
Jean-Pierre Fabre : L’ouverture solennelle du dialogue sans
démarrage effectif n’est pas une nouveauté au
Togo. Gnassingbé père l’a pratiqué. Il n’y a pas
de raison que le fils ne s’y essaye pas. Plus
concrètement, aujourd’hui, le démarrage du
dialogue achoppe tout simplement sur la question
très importante du choix du médiateur. M.
Lakhdar Brahimi qui selon nos informations a été
désigné par le Secrétaire Général de
l’Organisation des Nations-Unies et accepté au
début par toutes les parties en présence, se
trouve aujourd’hui récusé par le régime en
place. Nous voulons être ici très clairs Nous ne
nous présenterons pas à un dialogue sans
médiateur comme certains veulent nous y
contraindre. Ceux qui, au sein de l’opposition,
donnent leur accord à cette mascarade sont dans
une stratégie de la «danse du ventre»
avec un objectif évident: paraître modéré pour
se positionner pour le poste de Premier Ministre.
Nous, à l’UFC, nous avons accepté
la nomination de Lakhdar Brahimi. Il suffit que
M. Brahimi prenne fonction rapidement et nous
verrons avec lui comment ajuster certains
détails pour que le dialogue démarre.
S’agissant du lieu du dialogue,
Ouaga est tombée comme ça, comme un cheveu dans
la soupe. Nous n’avons jamais été consultés à ce
sujet. Si on nous avait demandé notre avis, nous
aurions marqué notre préférence pour Lomé. Vous
voyez bien que nous ne formulons aucune exigence
exorbitante. Nous faisons simplement preuve de
vigilance.
Le Républicain : A l’UFC, croyez-vous sérieusement à la résolution
de la crise socio-politique par ce dialogue ?
J-P FABRE : Pour vous dire la vérité, personnellement, je
suis favorable au dialogue mais je ne suis pas
naïf au point de croire que le dialogue, à lui
seul, réglerait les problèmes du pays. Je ne
vois pas comment ce régime qui s’accroche au
pouvoir par tous les moyens y compris par des
massacres de populations, peut subitement dans
le cadre d’un dialogue accepter les propositions
fondamentales que nous lui faisons depuis des
années. Alors, du côté de l’opposition, nous
devons conjuguer dialogue national et
mobilisation populaire. J’ai constaté que la
communauté internationale n’est pas cohérente
dans ses actions. Malheureusement, nous
commettons depuis longtemps l’erreur de remettre
totalement notre sort entre ses mains. Donc, il
faut combiner disponibilité au dialogue et
mobilisation populaire pour réussir à
contraindre le régime en place à accepter dans
le cadre du dialogue les réformes sans
lesquelles il ne peut y avoir de changement,
d’alternance politique véritable au Togo.
Le Républicain : Quand vous parlez de disponibilité populaire,
qu’est-ce à dire ? Pensez-vous plutôt à un
scénario à la mauritanienne, c’est-à-dire un
coup d’Etat militaire patriotique qui pourra
régler plus facilement le problème ? La pression
populaire est aujourd’hui quasi impossible du
fait de la répression sanglante que nous avons
connue juste après le décès du général
Gnassingbé Eyadéma et surtout en avril 2005.
J-P FABRE : Soyons clairs. Je dis que le régime ne peut
accepter l’application des principes
démocratiques sans la pression populaire. La
Communauté internationale n’est pas cohérente
dans ses actions parce que si l’Union Européenne
devait agir de manière rationnelle, elle
prendrait des sanctions ciblées contre les
dignitaires du régime togolais parce que ce
régime, à l’épreuve des faits, c’est-à-dire
pendant la vacance du pouvoir consécutive au
décès de M. Gnassingbé Eyadéma, alors qu’il
était sous le coup des 22 engagements, a
démontré l’absence totale de sa part, d’une
volonté politique de respecter ces 22
engagements. Il a massivement bafoué les
principes démocratiques et les droits de l’homme
pour la cessation desquels il a pris les 22
engagements. Il aurait fallu que l’UE évalue
rigoureusement l’application des 22 engagements
pendant la période électorale et prenne des
sanctions au lieu de prétendre prendre acte d’un
coup de force électoral évident, ce qui est un
encouragement au régime à poursuivre la
violence. L’UE n’étant pas cohérente, il ne faut
pas compter sur elle et d’une manière générale,
il faut éviter de compter sur les autres. Voilà
pourquoi je dis qu’il faut combiner le dialogue
avec la pression populaire.
D’ailleurs l’indifférence de la communauté internationale
après la publication du rapport de la mission de
vérification des faits des Nations Unies sur la
violence au Togo pendant la période électorale
de 2005, me conforte dans cette position. La
communauté internationale préfère s’indigner de
l’assassinat de l’ancien Premier Ministre du
Liban Rafic Hariri plutôt que de s’émouvoir du
massacre d’un demi millier de togolais et du
départ en exil de milliers d’autres. Cela
devrait nous ouvrir les yeux.
S’agissant du scénario mauritanien, comme je viens de vous le dire, je
ne compte jamais sur les autres. Je ne vois pas
comment des militaires qui massacrent des
populations pour préserver leurs intérêts
peuvent subitement devenir des patriotes et
couper la branche sur laquelle ils sont assis.
Notre armée agit simplement pour préserver les
intérêts d’une minorité agissante, nuisible.
S’il y a des officiers supérieurs patriotes,
qu’ils commencent par empêcher que l’armée
massacre des civils qui ont les mains nues, ce
sera déjà très patriotique de leur part. La
mobilisation populaire se chargera du reste.
Le Républicain : Pour revenir à la communauté internationale,
comment accueillez-vous la nouvelle position de
M. Louis Michel, le commissaire européen au
Développement et à l’action humanitaire, sur la
situation politique togolaise ?
J-P FABRE : Je
note une évolution certaine de sa pensée. Il n’y
a pas longtemps, lorsque nous parlons de
transition, on nous traitait de radicaux. Selon
son porte-parole, M. Louis Michel dit que l’UE
n’acceptera pas d’élections législatives si
celles-ci ne résultent pas d’une transition. Mon
étonnement a été tel que j’ai cherché à vérifier
la réalité de l’interview attribuée à ce porte-parole
ainsi que la fidélité ou la conformité du
contenu à la pensée de M. Louis Michel. Car, le
commissaire Louis Michel est un personnage
étrange pour ne pas dire déroutant.
Permettez-moi de vous rappeler que lors de sa
visite au Togo le 27 décembre 2004, quelques
semaines avant la mort de M. Gnassingbé Eyadéma,
M. Louis Michel n’a pas craint de reprocher à
l’opposition togolaise d’utiliser l’Union
Européenne pour « établir un rapport de force
avec le pouvoir en place». Incompréhensible,
n’est-ce pas ? Exactement ce que disait le
régime Eyadéma. Comme si nous n’avons pas le
droit, de nous protéger, d’invoquer un Accord
signé par le Togo, en l’occurrence la Convention
ACP/UE qui garantit le respect des droits de
l’homme et des principes démocratiques.
La nouvelle attitude de M. Michel me conforte dans mon analyse selon
laquelle, il vaut mieux compter sur soi-même et
éviter ainsi d’être à la merci des caprices
d’une communauté internationale dont les
positions fluctuent selon les intérêts de ses
composantes les plus actives. Il ne faut pas
trop se réjouir. Personne ne sait ce que dira
demain M. Michel.
Le Républicain : Qu’en est-il des rencontres UFC - RPT sous
l’égide de Sant’Egidio à Rome. Est-ce aussi une
porte de sortie de crise si vous refusez le
dialogue national ? Il paraît qu’une nouvelle
rencontre se prépare.
J-P FABRE : Sant’Egidio et le dialogue ne s’excluent pas. Au
contraire ! Les rencontres organisées sous les
auspices de Sant’Egidio préparent le dialogue.
Elles lui pavent la voie. Leur but est de
déblayer le terrain pour un dialogue national
véritable. Il s’agit de faire en sorte que le
dialogue ne perd trop de temps dans des
préliminaires. Il s’agit de faire accepter par
les deux parties, la discussion sur les
questions fondamentales que sont la réforme de
l’armée, les réformes institutionnelles, les
réformes du cadre électoral « en partant de
l’Accord-cadre de Lomé », la question de
l’impunité, de l’insécurité etc. Ces rencontres
peuvent également permettre de régler le
problème du médiateur.
S’agissant de l’imminence d’une
nouvelle réunion à Rome, je l’ai appris comme
vous sur les antennes des radios, surtout
internationales. Les prochains jours diront
exactement ce qu’il en est.
Le Républicain : Bientôt un an après l’arrivée de Faure
Gnassingbé au pouvoir. Etes-vous prêts
aujourd’hui à accompagner finalement son
gouvernement pour l’intérêt de la nation ?
J-P FABRE : Pas du tout. Faure Gnassingbé n’a aucune
légitimité. Il est peut-être adopté par une
certaine communauté internationale qui trouve
son intérêt dans son maintien au pouvoir, mais
il n’est pas accepté par les populations
togolaises. Et ce n’est pas la communauté
internationale qui désigne le chef de l’Etat
togolais. Nous sommes prêts à œuvrer dans le
cadre d’un gouvernement de transition dans
lequel les responsabilités seront définies par
un Accord Politique pour appliquer un programme
de transition qui conduira aux élections, à
toutes les élections. Il sera donc question
d’établir un calendrier d’élections y compris un
calendrier d’élection présidentielle. Cela
voudra dire qu’il faudra examiner le mandat du
chef de l’Etat actuel qui est, comme chacun le
sait, un mandat frauduleux, illégitime. Nous ne
sommes pas prêts à accompagner Faure Gnassingbé
vers où que ce soit sauf à lui permettre de
sortir de manière civilisée et digne de
l’impasse dans laquelle le régime RPT a conduit
le Togo.
Le Républicain : Autrement dit vous continuerez à combattre le
pouvoir Faure tout comme celui de son père
défunt Eyadema ?
J-P FABRE : Nous n’avons pas le choix ! Je crois qu’il
serait plus correct de parler de pouvoir RPT. Ce
parti est, comme chacun le sait, l’écran de
fumée derrière lequel se cache l’armée. Il n’y a
pas de pouvoir Faure. Comme vous pouvez le
constater, le pouvoir n’a pas changé. Faure
Gnassingbé gère le ministère des bonnes
intentions et de la parole. Il fait des
déclarations lénifiantes à l’attention de la
communauté internationale qui préfère se
satisfaire de celles-ci. Mais moi je suis
togolais et je vis dans ma chaire les méfaits
d’une telle situation. Alors ce que pense la
communauté internationale n’est pas tellement
mon problème. Je crois qu’au Togo on s’en
préoccupe trop. Force est de constater que Faure
Gnassingbé s’est juste glissé dans le costume de
son père. Il fait exactement comme lui. Il
inflige aux togolais le spectacle lamentable de
cérémonies familiales, (Koromsa et Kabissa)
comme si leurs affaires privées (que bien
entendu, nous respectons) nous concernent.
Finalement, le régime est toujours là, toujours
aussi mauvais, toujours aussi nuisible, toujours
aussi ubuesque. Bien entendu, si pendant le
dialogue, il y a des avancées significatives
sanctionnées par un Accord politique dont la
mise œuvre par un gouvernement de transition est
acceptée, nous aviserons.
Le Républicain : En
tant qu’homme politique, quelle appréciation
faites-vous de façon générale de la situation
des droits de l’homme aujourd’hui au Togo ?
J-P FABRE : La situation des droits de l’Homme est toujours
catastrophique au Togo. Je vous donne un exemple.
J’ai rencontré une délégation de notre
Fédération de la préfecture de Tchamba. Il se
passe là-bas des choses inimaginables. Le chef
de canton de Krikri sème la terreur et la
désolation dans le village. Un de nos militants
a vu sa case brûlée samedi 18 février dernier
par les miliciens du RPT. Le terrorisme du chef
envers les militants de l’opposition a été porté,
depuis longtemps, à la connaissance du préfet,
du commandant de brigade de la gendarmerie et
même du ministre de l’Administration
territoriale qui n’ont pris aucune mesure pour
mettre fin à cette situation. Ils laissent
faire, si ce ne sont pas eux-mêmes qui
commanditent ces méfaits. Du moment où ceux qui
commettent des actes graves ne subissent aucune
sanction, comment voulez-vous que l’impunité
n’encourage pas à la réédition de ces actes ? La
situation des droits de l’homme demeure
épouvantable au Togo sous Faure Gnassingbé. Il
ne peut en être autrement, car l’insécurité est
consubstantielle à ce genre de régime sans
légitimité. S’il fait des réformes
significatives, il tombe.
Le Républicain : Face à
cette complexité sociopolitique, comment
envisagez-vous alors la suite de votre lutte ?
J-P FABRE : Personnellement, je n’ai jamais pensé que la
lutte allait être facile à mener. Voilà pourquoi,
je salue le courage et la détermination des
compatriotes qui se sont investis pour mettre
fin au régime RPT. Si nous voulons réellement en
finir avec cette dictature qui nous opprime
depuis si longtemps, je ne doute pas un seul
instant que nous y parviendrons. Mais, nous
devons nous en donner les moyens. Ces moyens, je
l’ai déjà dit, c’est la mobilisation populaire.
Je sais, on me dira que les togolais se sont
toujours mobilisés mais que le résultat n’est
pas à la hauteur des attentes. Je suis d’accord.
Alors, faut-il croiser les bras et attendre
devant son portail que le cadavre du régime
passe ? Il faut continuer, se mobiliser jusqu’à
obtenir le changement que nous voulons tous.
Donc mobilisation, mobilisation, mobilisation.
On ne peut pas se dire adepte du changement et
se planquer dans son bureau, attendant que le
changement vienne. Non, il faut être sur le
terrain avec les populations. Je suis un adepte
invétéré de la mobilisation populaire et je
crois que c’est le meilleur moyen de lutte
pacifique. Si les leaders politiques sont avec
les populations, celles-ci seront rassurées et
suivront. Nous ne sommes pas moins intelligents
ou moins courageux que les Georgiens, les
Ukrainiens, les Malgaches, les Serbes etc.
Le Républicain : D’autres acteurs politiques se sont joints à
vous. Je veux parler de l’ancien ministre de
l’intérieur Akila-Esso Boko, l’ancien Premier
Ministre Agbéyomé Kodjo, l’ancien Président de
l’Assemblée Nationale Dahuku Péré pour la même
cause c’est-à-dire le changement du système en
place et un Etat de droit. Comment pensez-vous
concilier leurs actions et les vôtres?
J-P FABRE : Je vous dirai d’abord que cela fait un drôle
d’effet de discuter tranquillement avec des
personnes auxquelles nous avons été opposés
farouchement. Mais c’est un exercice auquel je
me plie de bonne grâce. C’est la vie politique
qui veut cela. Seul l’objectif compte. Ces
personnes sont les bienvenues au sein de
l’opposition. Nous leur avons dit depuis
longtemps : « Bienvenue à bord ». Nous
n’avons pas le monopole du patriotisme, de la
libération du Togo du joug de la dictature.
Toutes les contributions, quelles qu’elles
soient, doivent concourir à l’objectif final. Il
nous revient de fédérer toutes les énergies pour
atteindre cet objectif commun. La première
chose, c’est d’abord d’être en concertation
permanente avec tout le monde. C’est ce que nous
essayons. Et cela se passe plutôt bien.
Le Républicain : Qu’en est-il avec les
autres partis, les autres leaders qui existaient
déjà avant l’arrivée de ceux précités ? Je veux
parler de Me Yawovi Agboyibo, du professeur
Léopold Gnininvi et autres…
J-P FABRE : Je ne vous cache pas que le contact n’est plus
ce qu’il était. Vous savez que certains de ces
partis privilégient encore aujourd’hui la
question de notre participation aux législatives
en mettant en avant la stratégie électorale. Ils
subordonnent toute concertation au partage
préalable des circonscriptions électorales au
sein de l’opposition. Pour nous, la question des
élections législatives n’est pas encore à
l’ordre du jour. Nous devons d’abord régler les
problèmes qui minent la vie du pays, comme par
exemple, la question fondamentale de la réforme
de l’armée nationale. Nous devons faire en sorte
que les recommandations du rapport des Nations
Unies sur la violence au Togo pendant la
dernière période électorale deviennent des
résolutions afin qu’on en finisse définitivement
avec la question de l’impunité. Donc, quand on
nous parle d’élections législatives, nous
pensons qu’on est à côté de la plaque. Qui peut
aujourd’hui appeler les populations à aller
voter si ces populations ne constatent pas que
la question fondamentale de l’insécurité en
période électorale est réglée ou en cours de
règlement ? Certains partis disent qu’il faut se
présenter aux élections sans avoir réglé ou même
sans avoir posé la question de la réforme de
l’armée. Donc, il existe aujourd’hui entre nous,
une divergence fondamentale sur la stratégie à
adopter. Nous avons quelques contacts informels,
mais ça reste à ce stade insuffisant et c’est
dommage.
Le Républicain : Certains de vos camarades estiment qu’il faut faire table rase
du passé. Mais vous, vous semblez privilégier
la thèse de l’impunité et de la sécurité des
populations avant toute autre tenue
d’élections ?
J-P FABRE : Oui, c’est bien cela. L’insécurité est le
problème majeur des togolais aujourd’hui. Et
insécurité et impunité sont intimement liées.
L’une nourrit l’autre. Je crois aujourd’hui
qu’il ne faut pas se tromper de stratégie. Les
populations chaque fois qu’elles vont voter, se
font massacrer. Il faut les rassurer. On ne peut
les rassurer qu’en procédant à une réforme
fondamentale, concrète, visible, palpable de
l’armée nationale qui procède à ces massacres.
Donc, c’est se tromper aujourd’hui que de parler
d’élections législatives comme élément
déterminant de sortie de crise. Si un parti se
présente aujourd’hui aux élections sans que la
question de l’insécurité des populations en
période électorale soit réglée, il servira
simplement de complice, de faire valoir ou
d’accompagnateur au régime dans ces violations
de droits de l’Homme. Nous, ce n’est pas ce qui
nous intéresse.
Le Républicain : Avant d’en finir, un
mot sur le rapport des travaux de la Commission
de réhabilitation de l’histoire.
J-P FABRE : Les conclusions des travaux de cette fameuse
commission sont incompréhensibles pour moi.
Gnassingbé Eyadéma ne peut jamais être considéré
comme le père de la nation. Pendant la lutte
pour l’indépendance, les togolais, toutes
origines confondues, ont affirmé une volonté
commune de vivre ensemble sur un même territoire,
de Lomé jusqu’à Cinkassé. Dans une volonté de
consacrer la souveraineté du peuple togolais,
ces togolais de diverses ethnies, ont créé une
unité. C’est cela que traduit l’inscription sur
le Monument de l’indépendance « peuple
Togolais, par ta foi, ton courage et tes
sacrifices, la nation togolaise est née ».
La nation est née de la lutte commune et de la
volonté de vivre ensemble, longtemps avant
l’irruption sanglante de Gnassingbé Eyadéma sur
la scène politique togolaise. Gnassingé Eyadèma
qui n’a eu de cesse de diviser les togolais, qui
a mené une politique de violence, qui a corrompu
toutes les institutions de l’Etat, mises à son
service personnel et celui de son clan, ne peut
être considéré comme le père de la nation. Au
lieu de renforcer les fondements de la nation
que les autres avaient créés, il s’est employé à
les détruire. Comment veut on faire de l’auteur
de cette situation, le père de la nation ? Il
faut donc considérer les travaux de la
commission de réhabilitation de l’histoire comme.
Une «togolaiserie» de plus.
Le Républicain : Enfin,que rêvez-vous
pour le Togo de demain ?
J-P FABRE : Je rêve naturellement d’un Togo à jamais
débarrassé de la dictature. Je rêve d’une
population togolaise remobilisée, rassemblée
pour imposer le changement. Je rêve d’une
opposition togolaise débarrassée de ses tares,
unie et déterminée pour imprimer l’orientation
adéquate à la lutte. Je rêve d’une communauté
internationale plus cohérente dans ses actes.
Mais, je ne suis pas un rêveur ! Je suis un
combattant. Et je ne rêve pas souvent.
Le Républicain : Je vous remercie
J-P FABRE : Je vous en prie.
Interview réalisée par
Ben KITEGI |