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Le Républicain

30 janvier 2006

[ 20: 24-01-06]

Interview de Touré Garba à l'hebdomadaire "Le Républicainn"

Syndicaliste et réfugié aujourd’hui en Grande Bretagne, Touré Garba a accepté de nous accorder une interview sur la situation sociopolitique du pays. Emprisonné pour ses opinions sociopolitiques et relâché plus tard, Touré Garba fait la lecture de la situation sociopolitique du Togo. Il se propose comme médiateur dans ce dialogue inter togolais et confirme son désir de contribuer à la reconstruction du pays. Aura-t-il les moyens de sa politique ? Nous ne saurions le dire. Cependant, nous vous proposons de lire l’interview qu’il nous a accordée.

« Je pense sincèrement que notre peuple a besoin d’être réconcilié… le peuple togolais est vraiment divisé »

Le Républicain : Vous semblez avoir  accompagné les mouvements sociaux des années 1990 mais aujourd’hui personne n’entend parler de vous. Comment expliquez-vous ce retrait de la scène politique togolaise ?

            Touré Garba : Je dois dire que mon retrait est dû à plusieurs raisons que j’ai d’ailleurs eues à énoncer dans plusieurs de mes propos par le passé dans certains journaux.

            L.R : Quelques unes des informations à la une ces dernières semaines restent le dialogue inter togolais lancé par Faure Gnassingbé, la célébration du 13 janvier « fête de la libération nationale », la célébration d’une messe en l’honneur du premier président de la République togolaise Sylvanus Olympio toujours par le régime Gnassingbé. Est-ce que selon vous ce sont des voies qui favorisent une sortie de crise après les élections très controversées et sanglantes  du 24 avril 2005 ?

            T.G : Je pense sincèrement que notre pays a besoin d’être réconcilié  parce  qu’il faut reconnaître que  le peuple togolais est vraiment divisé. Celui qui dira le contraire ne sait pas observer. Je me rappelle que le 14 avril 2004, le gouvernement togolais avait pris 22 engagements auprès de l’Union Européenne et le point 1.1 stipulait la nécessité d’assurer le plein respect des principes démocratiques, « annonce sans délais d’une reprise ouverte et crédible du dialogue national avec l’opposition traditionnelle et la société civile dans un cadre structuré et transparent ». Ce qui veut dire que si l’on devait faire le dialogue, c’était pour discuter de tout ce qui peut permettre de respecter les principes démocratiques. Mais il me semble qu’avant le décès du président  Gnassingbé Eyadema, la manière dont les contours du dialogue étaient définis ne pouvaient pas permettre à ce dialogue de résoudre le problème togolais. Depuis la prise de pouvoir de Président Faure Gnassingbé, je crois que la division entre les peuples de ce pays n’a fait que s’accentuer. C’est pour cela que l’on parle de réconciliation. C’est pourquoi je propose qu’on retrace les contours du dialogue. J’ai des propositions, entre autres, que le pouvoir en place accepte la modification de la constitution togolaise qui a subi trop de tripatouillages, du code électoral. Pour un réengagement sur la voie de la démocratie, il doit en outre changer la dénomination de la journée du 13  janvier qui doit cesser d’être « fête  de la libération » pour devenir seulement l’occasion de messes en mémoire du président défunt Sylvanus Olympio, le père de l’indépendance togolaise, des messes comme celles qui ont eu lieu le 13 janvier dernier. Cela nous rappelle à tous la date du décès de ce dernier. Qu’on s’en tienne à ces messes mais qu’on ne répète pas le scénario, c’est-à-dire organiser des messes qui seront suivies d’un défilé militaire et civil. Je proposerais par la même occasion qu’on déclare la journée du 05 février « journée en mémoire du président Eyadema ».

            L.R : Plusieurs rapports ont été publiés concernant les violences post-électorales en avril 2005. Des responsabilités ont été clairement établies à cette occasion. Certains appellent à la fin de l’impunité pour que de telles atrocités ne se répètent plus. D’autres pensent plutôt  qu’il faut faire table rase de tous ces événements pour avancer. Qu’en pensez-vous ?

T.G : Notre pays traverse une période de crise depuis des années. Dieu nous a épargné du pire. Il est bien vrai que les divers rapports publiés entre autres celui des Nations Unies, de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) ainsi que celui de la Commission Nationale de Koffigoh ont clairement établi des responsabilités dans ces violences post-électorales plusieurs partis politiques ont demandé la fin de l’impunité à la suite de ces rapports à savoir que l’on traduise les auteurs devant la justice. Je souhaiterais pour ma part que nous n’empruntions pas cette voie.

L.R : Ne craignez-vous pas que de tels actes se reproduisent si l’impunité est établie, en prônant la voie de l’amnistie ?

T.G : En refusant la voie des tribunaux, c’est que je reste convaincu qu’il existe d’autres solutions. Pour éviter qu’une telle situation ne se répète, la présence d’une force africaine est l’une des propositions. Ceci donne des garanties contre le déclenchement de troubles mais que ces rapports  restent des documents de référence pour les Togolais. La garantie d’élections libres et transparentes devrait également être donnée. Nous ne pouvons pas énumérer ici tous les maux dont souffre notre pays.

LR : Cependant, des observateurs avisés de la vie sociopolitique togolaise estiment qu’il faut également ajouter au nombre des solutions la question de la réforme de l’armée, le retour à la constitution de 1992 avant de déboucher sur un gouvernement d’union nationale et plus tard, organiser des élections. Cela vous paraît possible, convenable, approprié ?

TG : J’ai susmentionné certaines de mes propositions. La réforme de l’armée est un problème très délicat. Le problème réside en l’interprétation de ce terme. Qu’entend-on par « réforme de l’armée » ? Avant toute initiative, il faut qu’on dise clairement ce que l’on veut qu’on fasse à cette armée. Il faut dire que nous avons une armée capable de défendre l’intégrité nationale. Le problème est que cette armée est trop intimement liée au pouvoir en place. Nous en avons eu la preuve la dernière fois mais on suppose que c’est une armée qui reçoit des ordres des autorités en place. Il serait donc souhaitable que des moyens adéquats soient donnés à la police et à la gendarmerie pour le maintien de l’ordre. Cette question de réforme de l’armée est donc complexe même si l’on reconnaît que cette armée est dans sa majeure partie composée des gens du nord. Mais à qui la faute si cette armée est à majorité composé des fils du nord ? C’est pour cela que le dialogue doit se tenir dans les plus brefs délais. Pour que nos compatriotes puissent rentrer au bercail.

L.R : Pourquoi ne revenez-vous pas au pays vous ?

T.G : Je vais dire qu’aujourd’hui, avec l’appel lancé par Faure Gnassingbé, j’aurais souhaité être présent et apporter ma modeste contribution. Mais vous savez, il y a des mesures qu’il faut prendre avant de revenir. Il y a donc de quoi mûrir l’idée de retour avant de la mettre en application. Mais je fais confiance au président actuel et je crois qu’il va s’impliquer dans son processus de réconciliation afin que tous les fils du Togo puissent rentrer et apporter leur contribution au développement.

L.R : A votre avis quel est aujourd’hui en un mot le problème majeur ou prioritaire auquel l’on doit faire face sur le plan politique.

T.G : Il faut la réconciliation. Sur le plan socio-économique, les problèmes sont énormes. Cependant le minimum que les autorités doivent faire est le paiement des arriérés de salaires et de pensions.

L.R : A propos de ces problèmes sociaux dont vous parliez. Que pensez-vous du sort de nos compatriotes réfugiés dans les pays voisins. Leur problème est-il pour autant révolu ?

T.G : Je crois que la réconciliation va résoudre ce problème de réfugiés. Pour les réfugiés des violences post-électorales, je crois qu’il urge de trouver des solutions à leurs problèmes vu les conditions critiques dans lesquelles ils vivent leur exil.

L.R : Pour finir, si l’occasion vous est offerte aujourd’hui de donner un nouvel espoir au peuple togolais que ferez-vous ?

T.G : Comme je l’ai précédemment souligné, les problèmes togolais sont énormes. Le président actuel doit s’atteler à la réconciliation. C’est une condition sine qua non pour la reprise du développement socio-économique de notre pays. Et je suis convaincu que s’il réussit la réconciliation nationale, si tous les cœurs sont apaisés, les frustrations disparaîtront et le reste viendra de soi. Il faut éradiquer l’injustice sociale car « ventre affamé n’a point d’oreilles » et le Togo peut redevenir la « Suisse de l’Afrique »

L.R : Nous parlons de propositions concrètes!

T.G : Je propose :

1) Dialogue national

- Révision de la constitution ;

- Révision du code électoral ;

- Prévoir la présence d’une force africaine pour les élections présidentielles de 20010.

2) Suite donnée aux différents rapports de 2005

a) Création de la commission de suivi en étoffant la commission Nationale d’enquête de Me Koffigoh et en enjoignant les personnes comme Mr Gnininvi et autres.

b) Afficher la liste des victimes tuées par préfecture, les recours se feront au niveau de la commission de suivi.

Liste des propriétaires de bien ayant subit des préjudices matériels

c) Dédommager les familles des deux listes

d) Libérer tous les détenus impliqués dans les actes de violence depuis le 07 février 2005 jusqu’au 31 décembre 2005 à caractère politique

e) Les familles des détenues impliquées dans le meurtre des maliens s’adjoindront à la commission de suivi et au Ministre des affaires étrangères, Mr Zarifou Ayéva pour se rendre à Bamako.

Cette visite aura pour objectif de :

- Demander pardon au gouvernement malien et aux familles des victimes maliens

- Discuter ou négocier le dédommagement des familles des victimes maliens

3) Les fêtes ou journées à célébrer

- 13 janvier de chaque année :

Journée en mémoire du père de l’indépendance Sylvanus Olympio ;

- 05 février de chaque année

Journée en mémoire du père de la nation Gnassingbé Eyadema ;

- S’abstenir de la fête du 23 septembre

4) Non à une poursuite judiciaire contre toutes les personnes impliquées dans les violences commises avant et après les élections d’avril 2005, il faut privilégier la  voie de la réconciliation nationale

5) Sur le plan socio-économique

Payer sans délai les arriérés de salaires des travailleurs, les arriérés de pensions des retraités

6) Je me propose comme médiateur du dialogue qui pourra se tenir au Ghana le pays voisin. Compte tenu de ma connaissance des problèmes togolais et du fait que nous nous connaissons tous, je suis confiant de pouvoir aider à trouver les solutions acceptables pour toutes les parties et ce, dans l’intérêt supérieur des togolais. Il n’est pas nécessaire que je dois être un fonctionnaire international ou onusien. Je connais mon pays et je suis convaincu que je pourrais contribué à sortir le pays de la crise.

L.R : Je vous remercie.

T.G : c’est moi qui vous remercie.

Interview réalisée par Ben KITEGI

 

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