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Sur la question, les avis sont partagés. Pour
certains, le Premier ministre Agboyibo désormais une
autorité compétente du pays peut valablement pousser
le système à opérer des changements dans le sens de
la promotion de la démocratie au Togo.
Pour d’autres, les textes
constitutionnels relatifs au Premier ministre ne
faisant de lui qu’un fusible, il serait illusoire de
s’attendre à ce que le Premier Ministre Agboyibo
fasse un miracle.
La célébration du 13 janvier sera une
première épreuve qui permettra d’apprécier
l’efficacité de la stratégie du Premier ministre,
consistant à changer le système du dedans. En effet,
le 13 janvier est une date qui a toujours divisé les
Togolais. C’est à cette date qu’en 1963, le Premier
Président élu de
la
République du Togo a été assassiné. Ce crime est
aujourd’hui pour une grande part, responsable de
l’atmosphère délétère qui prévaut sur la scène
politique togolaise. Ainsi par exemple, alors que
certains considèrent et célèbrent le 13 janvier
comme la fête de la Libération Nationale,
d’autres pleurent la mort d’un père, d’un frère,
d’un ami, d’un Président. Dans le contexte togolais
actuel, la célébration du 13 janvier serait une
négation de la réconciliation vraie, objectif
poursuivi par le gouvernement dont le Chef est Me
Agboyibo. On a beau rappelé le distinguo entre le
13
janvier 1967 et le 13 janvier 1963, les résistances
demeurent.
Au moment où nous écrivons ces lignes,
les préparatifs ont déjà commencé pour la
célébration du 13 janvier. Et contrairement à ce
qu’avaient espéré certains, tout porte à croire que
la célébration sera empreinte de faste et de
solennité. Le 13 janvier ayant été présenté dans un
premier temps comme une affaire de militaire qui
sera célébrée au camp, est finalement ramené dans la
rue. La «fête» aura lieu sur le Boulevard
Eyadema en face du garage central. Ce qui lui enlève
toute connotation corporatiste pour en faire une
célébration nationale.
Ces préparatifs ont débuté à un moment
où, profitant de la clôture du congrès du RPT, Faure
Gnassingbé avait tenu un discours de défiance à
l’endroit de l’opposition. Devant les militants et
les barons du régime, il a fait comprendre que le
RPT n’a besoin de personne.
Promouvoir la célébration d’une fête qui
est en elle-même la négation de la réconciliation et
tenir des propos méprisants envers l’opposition avec
laquelle on dit vouloir se réconcilier, n’est-ce pas
là faire avaler de grosses couleuvres aux autres ?
Me Agboyibo en tant que chef de parti avait toujours
pris position contre la célébration du 13 janvier.
Le verra-t-on, en sa qualité de Premier Ministre de
la
République, à la tribune le 13 janvier prochain,
participant à un défilé militaire et civil ?
Si pour des raisons protocolaires ou
pour taire certaines susceptibilités, Me Agboyibo se
retrouvait à la tribune, comment pourrait-il
expliquer cette présence à ses militants surtout
qu’à l’UFC, on s’apprête à en rire ? Et si pour
rester en accord avec sa propre conscience et avec
ses militants, il s’abstenait de participer à la
célébration, n’y aura-t-il pas une crise de
confiance entre le Président de
la
République et lui ?
Me Agboyibo se trouve ainsi face à un
dilemme cornélien. S’il participe au 13 janvier, il
aura des problèmes. S’il n’y participe pas, il aura
des problèmes. Et dans un cas comme dans l’autre, il
risque de laisser des plumes.
En tout état de cause, le 13 janvier que
le pouvoir s’apprête à célébrer va renforcer l’UFC
dans sa position. Ce parti a en effet toujours
considéré les tentatives de rapprochement du RPT
comme une ruse, une manœuvre factice pour abuser
l’opinion. Cette célébration constitue une potion
amère pour Me Agboyibo et tous les autres Ministres
issus de l’opposition. C’est une façon de les
écraser au profit de ceux qui évitent de composer
avec le RPT. Notamment l’UFC qui n’espérait pas
mieux pour convaincre les togolais que l’option
qu’elle a choisie est la meilleure. Le RPT a t-il
donc intérêt à ridiculiser l’opposition
gouvernementale au profit de l’UFC ?
Nul doute que le parti de Gilchrist
Olympio ne se privera pas d’une cérémonie ce jour-là
pour honorer la mémoire de Sylvanus Olympio. Mais
l’événement ce jour-là sera moins, la beauté du
défilé que la présence ou non du Premier ministre et
des ministres issus de l’ex-coalition.
Wait and see.
Yao Assou |