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27 Déc 2006

[ 522 : du 26 Déc 2006]
Me Agboyibo face au défi de la célébration du 13 janvier 2007
Avec la célébration du 13 janvier, Faure Gnassingbé lance sans doute un défi à Me Yawovi Agboyibo.

Parmi les leaders de l’opposition togolaise, Me Agboyibo est de ceux qui pensent qu’il faut combattre le système en place pour le changer du dedans. Il a depuis longtemps fondé son action sur cette philosophie. C’est ainsi que peuvent se comprendre certains de ses actes qui remontent avant le déclenchement du processus démocratique au Togo. Dans son ouvrage «Combat pour un Togo démocratique, une méthode politique», Me Agboyibo a expliqué les intérêts de sa démarche qui d’ailleurs avait porté des fruits. C’était à un moment où l’homme, en tant qu’Avocat, Président de la CNDH ou Député indépendant, plaidait pour une ouverture politique au Togo. Aujourd’hui, il est clair que Me Agboyibo se trouve à un niveau autrement plus élevé dans la hiérarchie de l’Exécutif. Son titre de Premier ministre fait de lui l’une des plus hautes personnalités de la République. Pourra-t-il profiter de sa position pour changer le système ?

Sur la question, les avis sont partagés. Pour certains, le Premier ministre Agboyibo désormais une autorité compétente du pays peut valablement pousser le système à opérer des changements dans le sens de la promotion de la démocratie au Togo.

            Pour d’autres, les textes constitutionnels relatifs au Premier ministre ne faisant de lui qu’un fusible, il serait illusoire de s’attendre à ce que le Premier Ministre Agboyibo fasse un miracle.

            La célébration du 13 janvier sera une première épreuve qui permettra d’apprécier l’efficacité de la stratégie du Premier ministre, consistant à changer le système du dedans. En effet, le 13 janvier est une date qui a toujours divisé les Togolais. C’est à cette date qu’en 1963, le Premier Président élu de la République du Togo a été assassiné. Ce crime est aujourd’hui pour une grande part, responsable de l’atmosphère délétère qui prévaut sur la scène politique togolaise. Ainsi par exemple, alors que certains considèrent et célèbrent le 13 janvier comme la fête de la Libération Nationale, d’autres pleurent la mort d’un père, d’un frère, d’un ami, d’un Président. Dans le contexte togolais actuel, la célébration du 13 janvier serait une négation de la réconciliation vraie, objectif poursuivi par le gouvernement dont le Chef est Me Agboyibo. On a beau rappelé le distinguo entre le 13 janvier 1967 et le 13 janvier 1963, les résistances demeurent.

            Au moment où nous écrivons ces lignes, les préparatifs ont déjà commencé pour la célébration du 13 janvier. Et contrairement à ce qu’avaient espéré certains, tout porte à croire que la célébration sera empreinte de faste et de solennité. Le 13 janvier ayant été présenté dans un premier temps comme une affaire de militaire qui sera célébrée au camp, est finalement ramené dans la rue. La «fête» aura lieu sur le Boulevard Eyadema en face du garage central. Ce qui lui enlève toute connotation corporatiste pour en faire une célébration nationale.

            Ces préparatifs ont débuté à un moment où, profitant de la clôture du congrès du RPT, Faure Gnassingbé avait tenu un discours de défiance à l’endroit de l’opposition. Devant les militants et les barons du régime, il a fait comprendre que le RPT n’a besoin de personne.

            Promouvoir la célébration d’une fête qui est en elle-même la négation de la réconciliation et tenir des propos méprisants envers l’opposition avec laquelle on dit vouloir se réconcilier, n’est-ce pas là faire avaler de grosses couleuvres aux autres ? Me Agboyibo en tant que chef de parti avait toujours pris position contre la célébration du 13 janvier. Le verra-t-on, en sa qualité de Premier Ministre de la République, à la tribune le 13 janvier prochain, participant à un défilé militaire et civil ?

            Si pour des raisons protocolaires ou pour taire certaines susceptibilités, Me Agboyibo se retrouvait à la tribune, comment pourrait-il expliquer cette présence à ses militants surtout qu’à l’UFC, on s’apprête à en rire ? Et si pour rester en accord avec sa propre conscience et avec ses militants, il s’abstenait de participer à la célébration, n’y aura-t-il pas une crise de confiance entre le Président de la République et lui ?

            Me Agboyibo se trouve ainsi face à un dilemme cornélien. S’il participe au 13 janvier, il aura des problèmes. S’il n’y participe pas, il aura des problèmes. Et dans un cas comme dans l’autre, il risque de laisser des plumes.

            En tout état de cause, le 13 janvier que le pouvoir s’apprête à célébrer va renforcer l’UFC dans sa position. Ce parti a en effet toujours considéré les tentatives de rapprochement du RPT comme une ruse, une manœuvre factice pour abuser l’opinion. Cette célébration constitue une potion amère pour Me Agboyibo et tous les autres Ministres issus de l’opposition. C’est une façon de les écraser au profit de ceux qui évitent de composer avec le RPT. Notamment l’UFC qui n’espérait pas mieux pour convaincre les togolais que l’option qu’elle a choisie est la meilleure. Le RPT a t-il donc  intérêt à ridiculiser l’opposition gouvernementale au profit de l’UFC ?

            Nul doute que le parti de Gilchrist Olympio ne se privera pas d’une cérémonie ce jour-là pour honorer la mémoire de Sylvanus Olympio. Mais l’événement ce jour-là sera moins, la beauté du défilé que la présence ou non du Premier ministre et des ministres issus de l’ex-coalition.

            Wait and see.

Yao Assou

 
Législatives 2007 : Le Comité de Suivi complique la situation à la CENI

On s’attendait à ce que le Comité de Suivi (CS) apporte des réponses précises au problème posé par les dissensions au sein de la CENI. Mais, à la lumière du communiqué du 16 décembre et des réactions qu’il a suscitées au sein des partis qui y sont représentés, on découvre un aveu d’incapacité de la part du comité. Il fallait lever l’ambiguïté sur deux questions principales, à savoir : quel mode de recensement adopter et quel est le mode de décision qui doit prévaloir à la CENI ?

            S’agissant du premier point, le CS dit que la recherche du consensus doit être privilégiée  et qu’en cas de blocage du fait de cette disposition, «il revient à son Président de soumettre à la discussion d’autres mécanismes». Le hic c’est qu’on ne dit pas de quels mécanismes il pourrait s’agir et comment il faut trancher quand le blocage est persistant. Le problème reste donc entier.

            En outre, au lieu de se prononcer clairement sur le mode de recensement et de sécurisation des cartes d’électeurs, le Comité de Suivi se contente d’inviter la CENI à affiner davantage ses estimations pour tenir compte des données disponibles, des réalités nationales, des contraintes financières et des expériences des pays de la sous-région. De source proche de la CENI, on indique que pour mieux se situer l’institution va entendre les membres des Commissions Electorales des pays de la CEDEAO. Le travail risque alors d’être fastidieux puisque la sous-région compte 15 pays. Un casse-tête pour les membres de la CENI, s’il faut engager des consultations avec les experts électoraux de tous les pays de la sous-région avant de décider de ce qui nous convient au Togo. En plus qu’entend-on par réalités nationales ?

            Plus complexe encore est le problème de délivrance des cartes d’identité nationale dont le Comité réclame l’accélération et la meilleure accessibilité. Or sur ce plan, la réalité nationale est que la carte d’identité nationale coûte actuellement cinq mille francs par personne. Pour établir des cartes d’identité à trois millions de Togolais, il faut 15 milliards de F CFA. Qui payera quand l’on sait que les Togolais qui tirent déjà le diable par la queue ne se presseront pas d’en avoir. De plus, pour avoir une carte d’identité, il faut d’abord avoir des certificats de naissance et de nationalité. Et rares sont les Togolais qui en ont. Mais peut-on se donner les moyens d’établir dans un délai de six (6) mois des pièces d’identité à près de trois millions de togolais ? L’administration togolaise a-t-elle la capacité ? Comment faire pour éviter les fraudes dans l’établissement des pièces d’identité ? Faute de pouvoir indiquer des pistes de solution à ces problèmes, le Comité les a tout simplement renvoyés à plus tard.

            Comme on peut le constater, le Comité de Suivi a plus soulevé de problèmes qu’il n’a apporté de solution.

Abass SAÏB

Utilisation des fonds du 9e FED : La Commission européenne invite le gouvernement à définir les priorités

Dans un courrier adressé au Président de la République du Togo, le Commissaire Louis Michel a annoncé l’octroi au Togo de 20,8 millions d’Euros soit environ 13,3 milliards de F CFA, compte tenu du processus de démocratisation en cours dans le pays. Le commissaire européen a invité le gouvernement à définir les priorités pour l’utilisation des fonds alloués.

            L’une des priorités en ce moment, est sans nul doute l’organisation des législatives transparentes et démocratiques qui devront permettre la renormalisation des relations avec l’UE et par conséquent les bailleurs de fonds. Selon le Chef de la délégation de l’UE Filiberto Sebregondi 5 millions d’Euros soit 3, 2 milliards F CFA sont à la disposition du Togo pour l’appui aux élections. Etant donné que la notification du 9e FED est intervenu, «il y a aussi d’autres ressources dans lesquelles on peut puiser et donc si les besoins pour l’appui aux élections se révélaient plus importants, on pourrait éventuellement augmenter cette enveloppe », a-t-il ajouté.

            Or, bien que les autorités togolaises aient envoyé une requête pour l’appui aux prochaines législatives, les besoins chiffrés en ce qui concerne ces élections ne sont pas disponibles et pour cause, la CENI n’est pas encore parvenu à élaborer un organigramme précis pouvant permettre de savoir le coût des diverses opérations entrant dans le processus électoral. De sorte qu’au moment où nous écrivions ces lignes personne ne peut dire à quelques mois des élections le montant qu’il faut pour les organiser.

            Dans le gouvernement qui est invité à définir les priorités pour l’utilisation des fonds alloués siègent des partis de l’opposition notamment le CAR et la CDPA qui ne sont pas en phase avec le parti au pouvoir sur le coût des élections en fonction des dispositions à prendre pour sécuriser les cartes d’électeurs et établir un fichier électoral fiable. L’exigence de transparence défendue par les deux partis de l’ex-coalition siégeant au gouvernement nécessite des ressources financières plus importantes que la formule exigée par le Parti au pouvoir ainsi que le PDR et la CPP.

            A l’UFC, on indique que les raisons financières qu’on invoque pour rejeter le mode de recensement et de sécurisation des cartes d’électeurs type R.D.C. visent à se donner les moyens de frauder et que l’UE et les Nations Unies se seraient déclarées prêtes à supporter les charges financières quel que soit le coût du processus électoral. Mais à la Commission Européenne on invoque «les contraintes financières et la faisabilité dans le temps» pour signifier qu’il faut trouver une formule qui permette de tenir les élections en juin 2007.

A. S

 

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