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14 Déc 2006

[ 520 : du 12 Déc 2006]
Le Premier ministre sème la guerre à la CENI

Devant l’impossibilité de parvenir à un consensus sur les modalités du recensement électoral et la confection des cartes d’électeurs, les membres de la CENI en sont arrivés à proposer deux chronogrammes. Mais puisqu’il va falloir arrêter un seul calendrier et un seul mode de recensement électoral, une délégation de la CENI était allée remettre au Premier ministre, un rapport par lequel elle souhaite que le gouvernement saisisse, le mécanisme d’arbitrage prévu au Point 5.8 en vue de débloquer la situation. C’était le 30 Novembre 2006.

Lors de cette rencontre il avait été convenu entre la délégation de l’institution et le Premier ministre que les discussions ne feront pas l’objet de diffusion médiatique. Un membre de la délégation s’était interrogé sur  l’opportunité de la prise des images par une équipe de la  TVT arrivée dans la salle. L’ex ministre de la communication Kokou Tozoun également membre de la CENI aurait proposé que les images soient versées aux archives.

            A la fin de la réunion, le PM aurait rappelé ce qui a été  convenu au départ. Mais curieusement, quatre jours plus tard Me Agboyibo fait signer un communiqué par son directeur de cabinet, communiqué qui a été largement diffusé sur les médias privés. Qui plus est, au journal de 20 heures du lundi dernier les images censées se retrouver aux archives sont apparues à la TVT. L’ordre aurait été donné depuis la Primature pour cela.

            Très indignés par cette attitude, la majorité des membres de la délégation qui s’estiment ainsi ridiculisés par le Premier ministre proposent qu’on lui adresse une lettre ne serait-ce que pour lui rappeler le non respect de l’engagement pris de ne pas médiatiser cette rencontre. Les représentants du CAR à la CENI s’y opposent véhémentement. « Pas question d’envoyer une quelconque lettre » à leur chef, le Premier Ministre. Devant cette contestation un membre de la CENI propose qu’on s’inspire d’un passage du communiqué de la Primature : « Le Point 1.3 des 22 engagements prévoit que toute décision de nature à affecter le caractère transparent et démocratique du processus électoral doit être prise par consensus. S’agissant de tous autres sujets à défaut de consensus la décision peut être prise par vote ». Le membre de la CENI en question  propose de s’inspirer de cette remarque du Premier ministre pour passer au vote sur le principe d’envoyer ou non une lettre au Premier ministre. Mais, furieux les représentants du CAR estiment qu’il n’y a pas lieu de s’attarder sur ce qu’ils considèrent comme une inutilité pour créer une friction entre la CENI et le gouvernement. L’auteur de la proposition rétorque qu’il n’a fait qu’une proposition qu’il n’impose tout naturellement à personne. S’en suivent  des propos virulents. Un membre de la CENI  réagit vivement, qualifiant de voyou l’auteur de cette proposition, tape violemment du poing sur la table et quitte la salle. Son camarade qui s’estime offensé sort également de la salle. La séance a failli tourner en une empoignade de gladiateurs. L’atmosphère s’étant ainsi électrisée, le Président de la CENI a dû suspendre les travaux.

            Au sein de cette institution chargée d’organiser les élections, rien ne va. On accuse Me. Agboyibo de manœuvrer pour s’éterniser à la Primature, on invoque le fait que le Premier ministre use d’acrobaties pour retarder l’organisation des législatives parce qu’il n’est pas pressé de faire en sorte que le facilitateur soit saisi pour arbitrage aux fins de lever le blocage conformément au Point 5.8 de l’Accord Politique Global.

A.S

 
Législatives 2007 : Le Togo va expérimenter un nouveau mode d’élection

Il ressort de l’examen de l’avant projet de loi modifiant le code électoral que c’est le scrutin proportionnel de liste à plus forte moyenne qui est retenu. C’est le type de scrutin qui a cours au Burkina et au Bénin. Ainsi donc le CAR, le CDPA se sont désolidarisés de l’UFC qui préfère le scrutin uninominal à deux tours. Dans une interview qu’il a accordée à TV5 Gilchrist Olympio avait réaffirmé cette position. A présent que le gouvernement en a décidé autrement, l’UFC n’a d’autre chose que de s’y conformer. L’APG ayant confié au gouvernement la charge de choisir entre les deux modes du  scrutin, elle n’y peut rien.

           Ce choix n’aurait peut être pas été aisé si ce parti avait accepté ne serait-ce qu’un strapontin au gouvernement pour faire entendre sa voix. Officiellement le scrutin proportionnel a été préféré au scrutin uninominal à deux tours pour des raisons de calendrier et de finance.

            Si l’UFC tient au scrutin à deux tours c’est qu’elle espère arriver en tête au premier tour  dans les fiefs de l’opposition. Et dans l’hypothèse du deuxième tour elle espérait capitaliser les suffrages des électeurs de toute l’opposition qui se verront logiquement obligés de voter UFC en signe de rejet du RPT.

Depuis plusieurs années le CAR et la CDPA ont essayé en vain d’amener l’UFC à conclure une alliance électorale aux fins de positionner des candidats uniques face aux candidatures du RPT. Si le parti de Gilchrist Olympio refuse de se mettre ainsi ensemble avec ses camarades de l’ex coalition, c’est qu’il se croit si puissant au point de n’avoir pas besoin d’eux. C’est sans doute en réaction à ce « mépris » et pour ne pas être contraint à appeler leurs électeurs à voter UFC au deuxième tout malgré eux et pour ne pas se faire réduire à néant par le partenaire d’hier devenu adversaire redoutable que le CAR et la CDPA ne se sont pas opposés au scrutin proportionnel. Ici on vote pour les partis plus que pour les candidats. Mais ce sont les partis qui proposent les listes de députés. Ce scrutin suppose le partage de sièges conformément au pourcentage électoral obtenu dans la circonscription. A la première étape une première attribution est faite à partir d’un quotient électoral et à la seconde étape, la répartition des restes peut être faite.

            D’une manière générale, la représentation proportionnelle privilégie la répartition des différentes opinions selon un nombre de sièges correspondant à leur base.

            Par exemple, le parti qui contrôle les trois dixième de l’électorat obtiendra les trois dixième des sièges. Le scrutin proportionnel favorise davantage le parti en tant qu’équipe engagé dans la compétition que les individualités marquantes.

            En définitive la représentation proportionnelle ne contraint pas les partis politiques à se regrouper pour gagner. C’est après les élections que les alliances se négocient pour la constitution de la majorité et la formation d’un gouvernement de coalition.

            Si le scrutin proportionnel permet au CAR et à la CDPA de se libérer du joug de l’UFC il permet aussi au RPT de résoudre en partie le problème lié aux conflits de candidatures qui pointe à l’horizon. Puisqu’on vote avant tout pour les partis, il est loisible au Bureau du parti politique de proposer des listes de candidats pour faire taire les éventuels dissidents qui tenteraient de s’ériger en indépendants.

Abass SAIB

Faure  et Gilchrist se renvoient des portefeuilles ministériels

L’UFC qui ne veut pas mettre les pieds au gouvernement fait semblant de vouloir y entrer et le RPT qui lui prête également des intentions de rébellion aussi fait semblant d’œuvrer pour son entrée au gouvernement. Avant la nomination de Me Agboyibo, Gilchrist Olympio avait dit à Faure Gnassingbé  lors d’une rencontre à Paris que son parti n’entrera pas au gouvernement si on ne lui confiait pas la Primature. Tenant compte de cette position, le Chef de l’Etat a formé le gouvernement sans l’UFC qui par la suite a déclaré qu’elle aurait bien voulu y participer mais qu’on ne l’avait  pas consulté dans les règles de l’art.

Le Président Compaoré saisi du problème aurait exhorté Faure Gnassingbé à ouvrir le gouvernement à l’UFC. Lors d’une rencontre au Palais de la présidence, Faure Gnassingbé a voulu s’assurer que l’UFC veut entrer au gouvernement. Mais la délégation de l’UFC  avait éludé la question et posé des conditions. Gilchrist exige qu’on lui attribue les portefeuilles de l’intérieur de la justice de l’économie et des finances et demande en plus que ses ministres aient une liberté totale pour opérer avant d’intégrer le gouvernement. La présidence de la République qui redoute que l’UFC ne constitue une équipe gouvernementale parallèle préjudiciable à la cohésion du Groupe fait une contre proposition en lui réservant les portefeuilles de la culture et des arts, de la réforme de l’administration et de l’économie et du développement chargé du NEPAD. Gilchrist rejette ces portefeuilles qu’il qualifie de strapontins. Chaque camp essaie donc de filer le bébé à l’autre. L’UFC manœuvre pour se présenter comme une victime d’exclusion et le RPT aussi s’arrange pour montrer à la communauté internationale que c’est l’UFC qui exagère en posant des conditions inacceptables  Du Jacques où es-tu. Devant cette situation,  le facilitateur ne peut tout naturellement pas grand’ chose. Mais le hic c’est que l’Accord Politique Global a confié au gouvernement, la charge entre autres de mettre en œuvre les décisions prises par le dialogue. Or, si l’UFC avait accepté de placer au moins un élément il aurait au moins un «œil» au gouvernement pour voir ce qui se fait et pourrait  faire entendre sa voix lorsqu’elle ne serait pas d’accord sur certaines décisions et tirer la sonnette d’alarme pour mobiliser les populations.

            En refusant un strapontin pour se retrouver dehors, l’UFC offre une belle  occasion à ceux qui ne veulent pas la voir entrer au gouvernement et qui font semblant de l’y inviter. N’étant pas au gouvernement, elle ne pourrait être informée des décisions qui y sont prises qu’à posteriori quand il sera alors trop tard.

L.R

 

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