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Gilchrist
menacé d’exclusion à la présidentielle de 2010
La
mise en œuvre des réformes institutionnelles et
constitutionnelles constitue aujourd’hui la
préoccupation majeure de l’UFC qui compte travailler
pour un retour à la Constitution du 14 octobre 1992.
Mais le RPT, majoritaire à l’Assemblée nationale,
auteur et bénéficiaire des nombreuses modifications
apportées à la Loi fondamentale et qui sont de
nature à empêcher la candidature de Gilchrist en
2010, laissera-t-il faire ?
Le
RPT est déjà dans la logique de l’élection
présidentielle de 2010. Devant des militants du
parti réunis au siège au lendemain de l’annonce de
la reprise de la coopération UE-Togo, le Secrétaire
Général Esso Solitoki avait déclaré que tous,
devraient se mobiliser dès à présent pour une
victoire à la présidentielle de 2010. Nul doute donc
que toutes les actions de ce parti tendront
désormais à assurer la réélection de Faure
Gnassingbé. L’Assemblée nationale à forte majorité
RPT (50 députés sur les 81) sera bien entendu mise à
contribution.
Dans cette situation, l’entrée en scène de Gilchrist
Olympio qui ne cache pas son intention de se
positionner pour la prochaine présidentielle est
perçue comme une menace pour le RPT. Les réformes
constitutionnelles étant la voie devant permettre au
leader de l’UFC de s’engager dans la course, on ne
sera donc pas étonné de voir le RPT, proposer, en
lieu et place des réformes, des textes visant à
mettre Gilchrist Olympio à l’écart.
Le RPT disposant de la majorité à l’Assemblée
pourrait tripatouiller et modifier le code électoral
à son avantage et poser d’autres actes ayant pour
finalité de pousser l’UFC au boycott.
De
même, si certaines dispositions relatives aux
conditions d’éligibilité, notamment celles de
résidence et de nationalité ont été supprimées par
l’Accord Politique Global dans le cadre des
législatives du 14 octobre dernier, celles imposées
par la Constitution en son article 62 pour les
élections présidentielles restent toujours en
vigueur.
Selon l’article 62 de la Constitution, « nul ne
peut être candidat aux fonctions de Président de
la
République s’il n’est exclusivement de nationalité
togolaise de naissance »
(alinéa 1). L’alinéa 5 dispose quant à lui que (nul
ne peut être candidat aux fonctions de Président de
la République s’il) « ne réside sur le territoire
nationale depuis douze (12) mois au moins ».
Ces deux dispositions contenues dans la loi
fondamentale pourraient s’opposer à une quelconque
candidature de Gilchrist Olympio.
Bien que Togolais de naissance, Gilchrist Olympio,
contraint à l’exil une grande partie de sa vie a
certainement acquis d’autres nationalités. Mais tout
reste encore à prouver. Cependant, on se souvient
qu’il y a quelques années, alors qu’il voulait
rentrer au Togo, Gilchrist Olympio a eu maille à
partir avec la police des frontières parce qu’il
était détenteur d’un passeport ghanéen.
Pour prétendre à une candidature à la fonction de
Président de la République, Gilchrist Olympio devra
donc abandonner le cas échéant, toute autre
nationalité acquise pour ne garder que sa
nationalité togolaise.
Ensuite, pour se conformer au délai de résidence,
Gilchrist Olympio qui a quitté Londres pour
s’établir à Paris depuis quelques années devra
déménager à nouveau pour s’installer au Togo au plus
tard, fin 2008.
Ce qui n’est pas forcément évident pour un homme de
plus de 72 ans qui a ses habitudes et qui n’a
certainement pas oublié les événements qui l’ont
éloigné si longtemps de sa terre natale. Pour éviter
ce qui s’apparente à une exclusion, il faut revenir
à la constitution originelle de 1992, adopté par
référendum. Ce qui est loin d’être la position du
RPT. Ainsi que le déclare Gilbert Bawara « le
problème de
la
Constitution de 1992 ne doit pas être posé en terme
d’alternative bien que votée par référendum parce
que nous savons quel était le
climat politique et social et l’environnement qui
ont caractérisé la Conférence Nationale Souveraine ».
L’autre alternative
Si par l’alchimie de textes, le RPT
venait à écarter Gilchrist Olympio de la course au
fauteuil présidentiel, ce parti ne sera pas pour
autant à l’abri de la menace que représente l’homme
et son «Ablodé» pour une réélection de Faure
Gnassingbé. Gilchrist pourrait, faute de se
présenter lui-même, trouver et investir un autre
candidat au sein de son parti comme ce fut le cas
avec Bob Akitani aujourd’hui souffrant. Les plus en
vue dans ce cas de figure sont Jean-Pierre Fabre ou
Patrick Lawson, à moins qu’il ne sorte de sa manche,
un outsider. En tout cas, ce n’est pas des hommes de
valeur qui manquent à l’UFC, dit-on dans l’entourage
de Fo-Gil.
Une telle opinion ne sera pas sans
intérêt car il a été déjà prouvé au Togo qu’on vote
plus pour les symboles que pour les personnes. Lors
de la dernière campagne électorale, Gilchrist
Olympio était arrivé au Togo pour soutenir les
candidats de son parti. Parce qu’il était derrière
eux, on a vu d’illustres inconnus se faire élire
député avec un nombre écrasant de voix. Les mêmes
causes produisant les mêmes effets, le coup des
législatives peut-il se rééditer avec la
présidentielle de 2010 ? D’ici là, d’autres
paramètres pourraient entrer en jeu et qui
détermineront le cours des événements.
Yao ASSOU
Faut-il supprimer le poste de PM ?
Les Togolais qui s’attendaient à voir une
personnalité d’envergure au poste de Premier
Ministre ont été déçus de voir nommer un illustre
inconnu. Et cette déception est à la mesure de la
valeur stratégique que l’on a l’habitude d’attribuer
à la Primature.
On ignore que le poste de Premier Ministre dont il
est question dans la constitution originelle de 1992
n’est pas le même que celui dont parle la
constitution version toilettée. Avant le
«toilettage», le Premier Ministre avait des
prérogatives consistantes qui faisaient de lui, une
personnalité politique importante au sommet de
l’Etat. Mais aujourd’hui, cette institution n’est
qu’une coquille presque vidée. Que vaut un Premier
Ministre obligé de travailler sous l’autorité du
Chef de l’Etat qui peut mettre fin à ses fonctions
quand il veut ? Le Premier Ministre selon la
constitution actuelle n’est là qu’à titre
honorifique ou presque car pour se faire remarquer,
il ne peut que se contenter de prononcer des
discours à l’ouverture des séminaires et grandes
rencontres internationales que le Chef de l’Etat
voudrait bien le laisser présider.
Cette dévaluation du Premier ministre devenu bouc
émissaire du Président de la République amène
certains observateurs à se demander s’il n’est pas
plus conséquent de supprimer purement et simplement
ce Premier ministère étant entendu que c’est le Chef
de l’Etat qui détient tout le pouvoir dévolu à
l’exécutif.
Les deux bêtes noires (UFC) du RPT
Au
moment où l’Assemblée nationale s’apprêtait à élire
son bureau, des discussions avaient également lieu
en coulisse entre le RPT et l’UFC en marge des
rencontres entre Faure Gnassingbé et Gilchrist
Olympio. Lors des discussions au plus haut niveau et
comme pour faire suite à l’UFC qui aurait manifesté
son désir d’occuper les postes de Premier Vice
présidence et de Deuxième questure, dans le bureau
de l’Assemblée il aurait été demandé au parti de
Gilchrist Olympio de proposer trois noms à chaque
poste convoité. En fait la manœuvre visait tout
simplement à écarter deux personnalités de l’UFC. Il
s’agit de Jean-Pierre Fabre et Lawson patrick. Le
premier qui préside actuellement le groupe
parlementaire UFC à l’Assemblée, un battant,
véritable métronome de son parti connu pour ses
prises de positions radicales et osées mais dénuées
de toute hypocrisie suscite la méfiance au sein du
RPT. En 1998 il avait été écarté de la CENI par
l’Assemblée RPT. Le second, plus diplomate que le
Premier est soupçonné d’encourager une opposition
entre « les deux frères ». Ayant donc senti
que le pouvoir RPT ne voulait pas de certains
responsables de l’UFC à des postes de
responsabilité, l’UFC n’avait donc pas jugé opportun
de soumettre des noms au choix du RPT.
Des opposants au gouvernement à titre individuel
Dès l’annonce de la nomination du
Premier ministre, l’UFC suivi du CAR et de la CDPA
n’étaient pas disposés à participer au gouvernement.
« Jeune Afrique » explique le
boycott des partis d’opposition par le souci de
faire assumer au RPT sa victoire aux législatives.
En cas d’échec de Komlan Mally à relancer l’économie
et à améliorer le quotidien de la population écrit
le journal, l’opposition n’aurait pas pu lui en
faire le reproche lors de la présidentielle prévue
dans deux ans si elle gouvernait avec lui. Mais le
site republicoftogo proche de la Présidence
togolaise estime que « Jeune Afrique »
semble aller vite en besogne.
Et des sources concordantes font état de
ce qu’à défaut de quitus officiel, des partis de
l’opposition, des contacts seraient pris à certains
niveaux pour faire rentrer dans le gouvernement et à
titre individuel des militants de l’opposition comme
ce fut le cas avec Amah Gnassingbé et Dosseh Anyron.
Des cadres de l’UFC et du CAR seraient visés par
cette offensive de charme. Mais il faudra attendre
la formation de ce gouvernement pour voir si des
opposants ont mordu à
l’appât.
A.S
L’Accord Politique Global bientôt rangé au placard
Dans la lettre de notification de la levée des
sanctions adressée au Chef de l’Etat il y a quelques
jours, l’UE a exprimé son souhait de voir se
poursuivre le dialogue entre les acteurs de la scène
politique togolaise sur des sujets à déterminer d’un
commun accord. Lors de la cérémonie de passation de
service à la Primature jeudi dernier, le Premier
ministre sortant Me Yawovi Agboyibo a, à son tour,
émis le vœu de voir se poursuivre la mise en œuvre
de l’Accord Politique Global. En effet, si la grande
partie de cet Accord a été déjà traduite dans la
réalité, il reste à opérer les réformes
institutionnelles et constitutionnelles ainsi que
d’autres points, notamment la gestion des questions
d’impunité réservées à la nouvelle Assemblée. Mais
l’esprit de l’Accord Politique Global qui a permis
au Togo de connaître l’évolution qui est la sienne
depuis un peu plus d’un an pourrait-il perdurer
encore longtemps ? Rien n’est moins sûr si l’on sait
que depuis les législatives du 14 octobre dernier,
le contexte politique a changé au Togo. Si Me
Agboyibo tirait sa légitimité de l’Accord Politique
Global qui préconisait la formation d’un
gouvernement d’union nationale, il n’en est pas de
même pour le nouveau Premier ministre Komlan Mally,
dont la nomination se justifie par les résultats des
législatives d’octobre dernier, remportées par le
RPT.
Tout comme Me Agboyibo, l’UFC est aussi
préoccupée par la poursuite de l’APG, notamment en
ce qui concerne les réformes institutionnelles et
constitutionnelles. Mais, comment cela se
fera-t-il ?
La première condition à remplir pour ce
faire serait le maintien et le renforcement d’un
esprit de consensus entre les protagonistes. Ce qui
reste difficile si l’on sait que le RPT, se fondant
sur les résultats proclamés des législatives du 14
octobre dernier, veut s’appuyer sur sa majorité à
l’Assemblée, pour gagner l’élection présidentielle
qui aura lieu dans deux ans. Il n’est donc pas
question aux yeux de ce parti, de procéder à des
réformes tendant à un retour à la constitution du 14
octobre 1992 comme le demande l’UFC.
Au lendemain de la proclamation des
résultats des élections du 14 octobre dernier et
après la session de droit des Députés le 13 novembre
2007, on a assisté à une série de rencontres entre
Faure Gnassingbé et Gilchrist Olympio à Lomé.
Certains avaient cru que ces rencontres, les
premières du genre en terre togolaise, allaient
apporter un quelconque changement au cours des
événements. Mais en réalité elles n’ont rien donné.
Et à y voir de près, ces rencontres ressemblent,
avec le recul, plus à une mise en scène qu’à autre
chose car la méfiance est encore plus que de mise
entre les deux partis.
Comme nous l’écrivions plus haut, le
maintien et le renforcement de l’esprit de consensus
constituent le ferment fondamental pour une
quelconque poursuite de l’Accord Politique Global et
la réalisation des réformes prévues. Ce qui suppose
que chacun doit mettre de l’eau dans son vin. Or,
c’est au phénomène inverse qu’on assiste
aujourd’hui, chacun continuant à maintenir sa
position.
Au train où vont les choses, on doit
s’attendre à des débats de sourds à l’Assemblée,
débats qui conduiront à l’adoption mécanique des
textes dans le sens voulu par le RPT qui dispose
d’une forte majorité à cette institution.
L’essentiel des joutes opposera le RPT
et l’UFC à cause de la bipolarisation de la scène
politique togolaise issue des législatives. Les
autres formations, bien que signataires de l’APG,
écartées par les suffrages, n’auront plus voix au
chapitre. Ce sera la mise entre parenthèses de cet
instrument qui n’a pourtant pas encore tout donné au
Togo. Mais ce ne sera pas forcément pour émouvoir
l’opinion outre mesure. Qu’on en juge !
La situation étant devenue quasiment
normale avec l’élection d’un nouveau parlement et la
levée des sanctions de l’UE, le Comité de suivi de
la mise en œuvre de l’Accord Politique Global est
déjà en hibernation. Le Président de ce Comité,
Blaise Compaoré facilitateur du dialogue
intertogolais et ses collaborateurs s’occupent
désormais à d’autres choses, notamment la gestion
quotidienne de leur pays et le suivi du processus
de paix en Côte d’Ivoire.
L.R |