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Le Regard

12 Dec Nov 2007

[ 575 : 11 Dec 2007]

Gilchrist menacé d’exclusion à la présidentielle de 2010
La mise en œuvre des réformes institutionnelles et constitutionnelles constitue aujourd’hui la préoccupation majeure de l’UFC qui compte travailler pour un retour à la Constitution du 14 octobre 1992. Mais le RPT, majoritaire à l’Assemblée nationale, auteur et bénéficiaire des nombreuses modifications apportées à la Loi fondamentale et qui sont de nature à empêcher la candidature de Gilchrist en 2010, laissera-t-il faire ?         

Le RPT est déjà dans la logique de l’élection présidentielle de 2010. Devant des militants du parti réunis au siège au lendemain de l’annonce de la reprise de la coopération UE-Togo, le Secrétaire Général Esso Solitoki avait déclaré que tous, devraient se mobiliser dès à présent pour une victoire à la présidentielle de 2010. Nul doute donc que toutes les actions de ce parti tendront désormais à assurer la réélection de Faure Gnassingbé. L’Assemblée nationale à forte majorité RPT (50 députés sur les 81) sera bien entendu mise à contribution.

Dans cette situation, l’entrée en scène de Gilchrist Olympio qui ne cache pas son intention de se positionner pour la prochaine présidentielle est perçue comme une menace pour le RPT. Les réformes constitutionnelles étant la voie devant permettre au leader de l’UFC de s’engager dans la course, on ne sera donc pas étonné de voir le RPT, proposer, en lieu et place des réformes, des textes visant à mettre Gilchrist Olympio à l’écart.

Le RPT disposant de la majorité à l’Assemblée pourrait tripatouiller et modifier le code électoral à son avantage et poser d’autres actes ayant pour finalité de pousser l’UFC au boycott.


D
e même, si certaines dispositions relatives aux conditions d’éligibilité, notamment celles de résidence et de nationalité ont été supprimées par l’Accord Politique Global dans le cadre des législatives du 14 octobre dernier, celles imposées par la Constitution en son article 62 pour les élections présidentielles restent toujours en vigueur.

Selon l’article 62 de la Constitution, « nul ne peut être candidat aux fonctions de Président de
la République s’il n’est exclusivement de nationalité togolaise de naissance » (alinéa 1). L’alinéa 5 dispose quant à lui que (nul ne peut être candidat aux fonctions de Président de la République s’il) « ne réside sur le territoire nationale depuis douze (12) mois au moins ».

Ces deux dispositions contenues dans la loi fondamentale pourraient s’opposer à une quelconque candidature de Gilchrist Olympio.


Bien que Togolais de naissance, Gilchrist Olympio, contraint à l’exil une grande partie de sa vie a certainement acquis d’autres nationalités. Mais tout reste encore à prouver. Cependant, on se souvient qu’il y a quelques années, alors qu’il voulait rentrer au Togo, Gilchrist Olympio a eu maille à partir avec la police des frontières parce qu’il était détenteur d’un passeport ghanéen.

Pour prétendre à une candidature à la fonction de Président de la République, Gilchrist Olympio devra donc abandonner le cas échéant, toute autre nationalité acquise pour ne garder que sa nationalité togolaise.


Ensuite, pour se conformer au délai de résidence, Gilchrist Olympio qui a quitté Londres pour s’établir à Paris depuis quelques années devra déménager à nouveau pour s’installer au Togo au plus tard, fin 2008.

Ce qui n’est pas forcément évident pour un homme de plus de 72 ans qui a ses habitudes et qui n’a certainement pas oublié les événements qui l’ont éloigné si longtemps de sa terre natale. Pour éviter ce qui s’apparente à une exclusion, il faut revenir à la constitution originelle de 1992, adopté par référendum. Ce qui est loin d’être la position du RPT. Ainsi que le déclare Gilbert Bawara « le problème de
la Constitution de 1992 ne doit pas être posé en terme d’alternative bien que votée par référendum parce que nous savons quel était le climat politique et social et l’environnement qui ont caractérisé la Conférence Nationale Souveraine ».

L’autre alternative

            Si par l’alchimie de textes, le RPT venait à écarter Gilchrist Olympio de la course au fauteuil présidentiel, ce parti ne sera pas pour autant à l’abri de la menace que représente l’homme et son «Ablodé» pour une réélection de Faure Gnassingbé. Gilchrist pourrait, faute de se présenter lui-même, trouver et investir un autre candidat au sein de son parti comme ce fut le cas avec Bob Akitani aujourd’hui souffrant. Les plus en vue dans ce cas de figure sont Jean-Pierre Fabre ou Patrick Lawson, à moins qu’il ne sorte de sa manche, un outsider. En tout cas, ce n’est pas des hommes de valeur qui manquent à l’UFC, dit-on dans l’entourage de Fo-Gil.

            Une telle opinion ne sera pas sans intérêt car il a été déjà prouvé au Togo qu’on vote plus pour les symboles que pour les personnes. Lors de la dernière campagne électorale, Gilchrist Olympio était arrivé au Togo pour soutenir les candidats de son parti. Parce qu’il était derrière eux, on a vu d’illustres inconnus se faire élire député avec un nombre écrasant de voix. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le coup des législatives peut-il se rééditer avec la présidentielle de 2010 ? D’ici là, d’autres paramètres pourraient entrer en jeu et qui détermineront le cours des événements.

Yao ASSOU

Faut-il supprimer le poste de PM ?

Les Togolais qui s’attendaient à voir une personnalité d’envergure au poste de Premier Ministre ont été déçus de voir nommer un illustre inconnu. Et cette déception est à la mesure de la valeur stratégique que l’on a l’habitude d’attribuer à la Primature.

On ignore que le poste de Premier Ministre dont il est question dans la constitution originelle de 1992 n’est pas le même que celui dont parle la constitution version toilettée. Avant le «toilettage», le Premier Ministre avait des prérogatives consistantes qui faisaient de lui, une personnalité politique importante au sommet de l’Etat. Mais aujourd’hui, cette institution n’est qu’une coquille presque vidée. Que vaut un Premier Ministre obligé de travailler sous l’autorité du Chef de l’Etat qui peut mettre fin à ses fonctions quand il veut ? Le Premier Ministre selon la constitution actuelle n’est là qu’à titre honorifique ou presque car pour se faire remarquer, il ne peut que se contenter de prononcer des discours à l’ouverture des séminaires et grandes rencontres internationales que le Chef de l’Etat voudrait bien le laisser présider.

Cette dévaluation du Premier ministre devenu bouc émissaire du Président de la République amène certains observateurs à se demander s’il n’est pas plus conséquent de supprimer purement et simplement ce Premier ministère étant entendu que c’est le Chef de l’Etat qui détient tout le pouvoir dévolu à l’exécutif.

Les deux bêtes noires (UFC) du RPT

Au moment où l’Assemblée nationale s’apprêtait à élire son bureau, des discussions avaient également lieu en coulisse entre le RPT et l’UFC en marge des rencontres entre Faure Gnassingbé et Gilchrist Olympio. Lors des discussions au plus haut niveau et comme pour faire suite à l’UFC qui aurait manifesté son désir d’occuper les postes de Premier Vice présidence et de Deuxième questure, dans le bureau de l’Assemblée il aurait été demandé au parti de Gilchrist Olympio de proposer trois noms à chaque poste convoité. En fait la manœuvre visait tout simplement à écarter deux personnalités de l’UFC. Il s’agit de Jean-Pierre Fabre et Lawson patrick. Le premier qui préside actuellement le groupe parlementaire UFC à l’Assemblée, un battant, véritable métronome de son parti connu pour ses prises de positions radicales  et osées mais dénuées de toute hypocrisie suscite la méfiance au sein du RPT. En 1998  il avait été écarté de la CENI par l’Assemblée RPT. Le second, plus diplomate que le Premier est soupçonné d’encourager une opposition entre « les deux frères ». Ayant donc senti que le pouvoir RPT ne voulait pas de certains responsables de l’UFC à des postes de responsabilité, l’UFC n’avait donc pas jugé opportun de soumettre des noms au choix du RPT.

Des opposants au gouvernement à titre individuel

            Dès l’annonce de la nomination du Premier ministre, l’UFC suivi du CAR et de la CDPA n’étaient pas disposés à participer au gouvernement.

            « Jeune Afrique » explique le boycott des partis d’opposition par le souci de faire assumer au RPT sa victoire aux législatives. En cas d’échec de Komlan Mally à relancer l’économie et à améliorer le quotidien de la population écrit le journal, l’opposition n’aurait pas pu lui en faire le reproche lors de la présidentielle prévue dans deux ans si elle gouvernait avec lui. Mais le site republicoftogo proche de la Présidence togolaise estime que « Jeune Afrique » semble aller vite en besogne.

            Et des sources concordantes font état de ce qu’à défaut de quitus officiel, des partis de l’opposition, des contacts seraient pris à certains niveaux pour faire rentrer dans le gouvernement et à titre individuel des militants de l’opposition comme ce fut le cas avec Amah Gnassingbé et Dosseh Anyron. Des cadres de l’UFC et du CAR seraient visés par cette offensive de charme. Mais il faudra attendre la formation de ce gouvernement pour voir si des opposants ont mordu à l’appât.                                   

A.S

L’Accord Politique Global bientôt rangé au placard
Dans la lettre de notification de la levée des sanctions adressée au Chef de l’Etat il y a quelques jours, l’UE a exprimé son souhait de voir se poursuivre le dialogue entre les acteurs de la scène politique togolaise sur des sujets à déterminer d’un commun accord. Lors de la cérémonie de passation de service à la Primature jeudi dernier, le Premier ministre sortant Me Yawovi Agboyibo a, à son tour, émis le  vœu de voir se poursuivre la mise en œuvre de l’Accord Politique Global. En effet, si la grande partie de cet Accord a été déjà traduite dans la réalité, il reste  à opérer les réformes institutionnelles et constitutionnelles ainsi que d’autres points, notamment la gestion des questions d’impunité réservées à la nouvelle Assemblée. Mais l’esprit de l’Accord Politique Global qui a permis au Togo de connaître l’évolution qui est la sienne depuis un peu plus d’un an pourrait-il perdurer encore longtemps ? Rien n’est moins sûr si l’on sait que depuis les législatives du 14 octobre dernier, le contexte politique  a changé au Togo. Si Me Agboyibo  tirait sa légitimité de l’Accord Politique Global qui préconisait la formation d’un gouvernement d’union nationale, il n’en est pas de même pour le nouveau Premier ministre Komlan Mally, dont la nomination se justifie par les résultats des législatives d’octobre dernier, remportées par le RPT.

            Tout comme Me Agboyibo, l’UFC est aussi préoccupée par la poursuite de l’APG, notamment en ce qui concerne les réformes institutionnelles et constitutionnelles. Mais, comment cela se fera-t-il ?

            La première condition à remplir pour ce faire serait le maintien et le renforcement d’un esprit de consensus entre les protagonistes. Ce qui reste difficile si l’on sait que le RPT, se fondant sur les résultats proclamés des législatives du 14 octobre dernier, veut s’appuyer sur sa majorité à l’Assemblée, pour gagner l’élection présidentielle qui aura lieu dans deux ans. Il n’est donc pas question aux yeux de ce parti, de procéder à des réformes tendant à un retour à la constitution du 14 octobre 1992 comme le demande l’UFC.

            Au lendemain de la proclamation des résultats des élections du 14 octobre dernier et après la session de droit des Députés le 13 novembre 2007, on a assisté à une série de rencontres entre Faure Gnassingbé et Gilchrist Olympio à Lomé. Certains avaient cru que ces rencontres, les premières du genre en terre togolaise, allaient apporter un quelconque changement au cours des événements. Mais en réalité elles n’ont rien donné. Et à y voir de près, ces rencontres ressemblent, avec le recul, plus à une mise en scène qu’à autre chose car la méfiance est encore plus que de mise entre les deux partis.

            Comme nous l’écrivions plus haut, le maintien et le renforcement de l’esprit de consensus constituent le ferment fondamental pour une quelconque poursuite de l’Accord Politique Global et la réalisation des réformes prévues. Ce qui suppose que chacun doit mettre de l’eau dans son vin. Or, c’est au phénomène inverse qu’on assiste aujourd’hui, chacun continuant à maintenir sa position.

            Au train où vont les choses, on doit s’attendre à des débats de sourds à l’Assemblée, débats qui conduiront à l’adoption mécanique des textes dans le sens voulu par le RPT qui dispose d’une forte majorité à cette institution.

            L’essentiel des joutes opposera le RPT et l’UFC à cause de la bipolarisation de la scène politique togolaise issue des législatives. Les autres formations, bien que signataires de l’APG, écartées par les suffrages, n’auront plus voix au chapitre. Ce sera la mise entre parenthèses de cet instrument qui n’a pourtant pas encore tout donné au Togo. Mais ce ne sera pas forcément pour émouvoir l’opinion outre mesure. Qu’on en juge !

            La situation étant devenue quasiment normale avec l’élection d’un nouveau parlement et la levée des sanctions de l’UE, le Comité de suivi de la mise en œuvre de l’Accord Politique Global est déjà en hibernation. Le Président de ce Comité, Blaise Compaoré facilitateur du dialogue intertogolais et ses collaborateurs s’occupent désormais à d’autres choses, notamment la gestion quotidienne de leur pays et le suivi du processus  de paix en Côte d’Ivoire.

L.R

 
 

     
 

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