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La désignation du facilitateur du dialogue
intertogolais est allée plus vite que prévu. Le
consensus est arrivé par la CDPA du Prof. Gnininvi.
Constatant un malentendu persistant au sujet de la
séance du 7 juillet, les « dialogueurs »
étaient donc passés au point principal de l’ordre
du jour qu’est la désignation du facilitateur.
Sur les 11 noms envoyés (7 pour la CDPA et 4 pour
l’UFC) seul Abdou Diouf figurait sur la liste de
chacun des deux partis. Mais le RPT ayant
remarqué que
la CDPA a proposé Blaise Compaoré, a sauté sur l’occasion non sans
ironiser sur sa volonté de voir le dialogue
réussir en appuyant cette proposition d’un parti
de l’opposition radicale.
Le CAR ayant également abondé dans le même sens,
la voie était balisée pour un consensus autour du
nom de Blaise Compaoré. Restait l’UFC, le parti de
Gilchrist Olympio qui propose qu’on adjoigne un
second médiateur à Blaise Compaoré pour parer à
toute éventualité, au cas où le Président
Burkinabé serait occupé. Des voix se sont élevées
pour objecter qu’avant toute chose, il revient à
la personnalité désignée de se prononcer. L’UFC
n’avait d’autre choix que d’accepter le fait
accompli.
A l’issue des discussions, le troisième
Vice-président de l’UFC a laissé entendre que des
formations politiques ont estimé que ceux que son
parti a désignés ont des missions dans d’autres
pays. D’autres encore ont estimé qu’ils sont trop
loin de nos réalités. « Et comme nous ne sommes
pas venus pour nous quereller sur les noms, nous
avons analysé le profit du Président Blaise
Compaoré. Somme toute, cela nous convient, nous le
connaissons bien, il nous connaît bien. Nous avons
des relations normales avec lui tout comme les
autres formations. Nous espérons qu’il aidera le
Togo à sortir de cette crise
en évitant de prendre fait et cause pour quiconque
d’entre nous ».
Vingt quatre heures après, la Présidence burkinabé
a annoncé que Blaise Compaoré est honoré par le
choix et accepte le rôle de facilitateur que la
classe politique togolaise à bien voulu lui
confier.
Dans certains milieux proches des adversaires de
l’UFC, loin de saluer cette concession, on fustige
« l’inconstance » de ce parti qu’on accuse
d’accepter aujourd’hui ce qu’elle avait refusé au
début. Mais il n’est pas exagéré de dire que l’UFC
a entériné le choix de Blaise Compaoré malgré
elle. Au-delà du consensus salué, on ne se prive
pas de lancer des avertissements à peine voilés.
« Nous espérons qu’il évitera de prendre fait
et cause pour quiconque d’entre nous (.. .). La
raison d’Etat et les relations personnelles ne
doivent pas nuire à sa mission ».
En réalité, l’UFC maintient le doute émis dès le
départ lorsque Blaise Compaoré avait été
sollicité par le gouvernement même si par souci du
politiquement correct, elle use de langage quasi
diplomatique pour saluer ce choix.
La politique dit-on, c’est aussi un jeu d’intérêt
sinon le RPT ne soutiendrait pas la proposition de
la CDPA dont les positions sont très éloignées de
celles du parti au pouvoir. On se souvient que le
parti du professeur Gnininvi s’était associé à l’UFC
pour ne pas parapher l’Accord Politique de Base.
Et pour justifier ce refus à l’appui des raisons
invoquées, les responsables de l’UFC font
comprendre à leurs militants qu’ensemble avec
la CDPA qui n’a pas paraphé le document, elles constituent un poids
politique énorme et que le CAR est isolé et mis
en minorité parce que deux partis sur trois de
l’opposition se sont désolidarisés de lui.
Si à l’occasion de désigner le facilitateur, l’UFC
rejetait la proposition de
la CDPA entérinée par les autres, elle serait aussi mise en
minorité par
la CDPA et le CAR. De plus l’UFC se retrouverait isolé et ne
présenterait pas une bonne image aux yeux de
l’opinion internationale puisqu’elle est souvent
accusée de vouloir tout ou rien. Il lui serait
alors difficile de retourner devant ses militants
pour leur dire que
la CDPA a fait le jeu du RPT en proposant un
facilitateur considéré comme
« le parrain françafricain» de Faure Gnassingbé dans la sous-région. A défaut de
bénéficier de la solidarité d’un autre parti de
l’opposition, l’UFC a sans doute choisi le moindre
mal. Celui d’entériner la proposition d’un allié
malgré tout, en ayant espoir qu’ils se rejoindront
en d’autres occasions. Dans cette phase de
facilitation le Prof. Gnininvi devient de facto le
personnage central du jeu politique, parce qu’au
nom de cette majorité des 2 sur 3, il jouera
désormais un rôle important. Faut-il le rappeler,
c’était lui qui, au nom du COD2, avait signé
l’Accord de Ouagadougou en 1992 sous la médiation
de Blaise Compaoré. Cet accord avait été boudé par
l’UFC.
Même si le COD 2 a par la suite boycotté les
élections d’Août 93, c’est sur la base de cet
accord de Ouaga que le CAR et l’UTD avaient
ensemble battu le RPT aux législatives de 1994.
Abass SAIB |
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Les Togolais ou du moins les natifs de l’Ogou
qui, voulant croire en « la politique de
réconciliation » prônée par Faure Gnassingbé,
espéraient le voir assister à l’apothéose de la
fête de l’Igname communément appelée ODON-TSU
doivent se refaire une autre idée. Et pour
cause ; l’édition 2006 de cette fête célébrée la
semaine dernière et dont l’apothéose a eu lieu
samedi à Atakpamé n’a pas non seulement connu la
présence du Président de
la République (qui a pourtant déjà fait le tour
de Yaka Yèkè à Aného ou d’Agbogbozan à Notsè)
mais aussi a eu lieu sur fond division,
entretenue par des querelles politiques. A
l’origine, selon des informations parvenues à
notre rédaction, une prétendue affaire de
prédominance des personnes soupçonnées
d’appartenir à l’opposition au sein du comité
d’organisation a fini par polluer l’atmosphère
réduisant la fête du peuple Ifê à une « réjouissance
familiale ». En ce moment à Atakpamé, quand
on évoque cette affaire, le député Fombo
Loumonvi et le Ministre Adjonou sont cités
presqu’à l’unanimité comme les fils du milieu
par qui le scandale est arrivé.
Les faits
Le
20 mai 2006,
les cadres de l’Ogou, dans le souci de donner un
cachet spécial à la fête, se sont réunis. Avec
les Chefs traditionnels de l’Ogou, ils ont
décidé ensemble de la mise en place d’un comité
d’organisation chapeauté par M. Ahopké Thomas.
La mise en place de ce comité avait
préalablement fait l’objet d’étude. Il s’est
révélé que compte tenu de la méfiance qui
persiste entre fils de l’Ogou, suscitée par
l’élection présidentielle de 2005 et des
exactions qui l’ont suivie, il fallait que le
comité d’organisation soit hétéroclite,
c’est-à-dire regroupant des personnalités des
différentes sensibilités politiques du pays pour
tester le pouls de la réconciliation. Et
plusieurs avaient reconnu que c’est à ce titre
que la présence au sein du comité de Mme Ayéna
Akossiwa, ancienne vice déléguée de l’UNFT,
ancien Préfet de Zio, ancienne suppléante de la
commune d’Atakpamé…, symbolisait celle du RPT.
Malgré ceci, le sieur Fambo aurait estimé que le
RPT n’est pas représenté ou du moins, l’est
faiblement et petit à petit cette affaire a
freiné le fonctionnement normal du comité.
Le samedi 22 juillet dernier, c’était la
consternation générale à Atakpamé. A huit jours
de l’apothéose et pendant que tous entraient
déjà dans l’ambiance de fête, un groupe de
personnes composé entre autres des sieurs Afan
Emmanuel ancien suppléant du P.M Koffi Sama ; M.
Kougblénou, avec à sa tête le « célèbre »
député Fambo a rencontré voir les chefs
traditionnels de l’Ogou. Objectif : leur faire
savoir que faute d’avoir été informé à temps, le
Président de
la République
ne pourra pas être là et que par conséquent s’il
faut célébrer ODON-TSU cela ne pourra se faire
que de façon symbolique. Prise au départ comme
une plaisanterie, cette information a fini par
prédominer. C’est ainsi que la célébration de
cette année a été largement en deçà des attentes
renforçant la méfiance entre les fils de l’Ogou
alors que sa philosophie est de les unir. Pire,
la fête qui se déroulait au stade de la ville
n’a plus eu lieu à cet endroit selon le désir
de ceux qui ont voulu qu’elle soit « symbolique »
Mais, comment cette divergence a-t-elle pu être
entretenue au point de ternir l’image de la
fête sans que les hautes personnalités dont
regorge cette préfecture (Ministre Kassegné
Adjonou, le PM Koffi Sama) ne puissent
intervenir pour la débloquer ? Comment un comité
d’organisation élu à deux mois d’un tel
événement a-t-il pu s’arranger pour ne pas
informer le Chef d’Etat à temps afin qu’il
puisse assister aux festivités et rehausser
l’éclat de la fête ? Pourquoi est-ce qu’en lieu
et place du sieur Thomas Ahokpe président du
comité d’organisation, c’est la bande à Fambo
qui est allée informer les Chefs traditionnels
de la venue ou non du Chef de l‘Etat ? Comment
enfin le sieur Amouzou Komlan actuel Préfet de
l’Ogou a-t-il géré cette affaire de fête qui
renforce aujourd’hui le pessimisme des uns et
des autres quant à la réconciliation dans sa
préfecture un an après que la ville ait connu
les pires événements de son histoire ?
Si chacun, à son niveau, pouvait multiplier
autant que possible des interrogations autour de
cette affaire, les réponses, elles, sont
difficiles à trouver. Joint au téléphone le
ministre Adjonou censé en savoir plus sur ce
dossier avance que, seuls les premiers
responsables de la fête sont habilités à donner
des réponses. Dans le même temps, nos efforts
pour joindre au téléphone le sieur Fambo
Loumouvi dimanche et hier lundi sont restés
vains. Mais il semble se dégager des quelques
réponses glanées ça et là, que la présence
l’honorable député au centre de cette intrigue
rend la situation difficile à expliquer.
L’homme, nous a-t-on susurré, grâce à son
enracinement au RPT, règnerait à Atakpamé comme
un monarque avec le Major Kouloum alias « Oli-ilu »
dont il est l’homme de main. C’est un
personnage, dit-on, qui croit posséder le sort
de l’Ogou entre ses mains. Des témoins
contactés depuis Atakpamé puis confirmés dans
les cercles du RPT rappellent pour mémoire le
rôle trouble qu’il avait joué en 2001 dans la
destitution par feu Eyadéma de M. Yordoh Koffi
du poste de préfet. Ce dernier avait été
injustement traité d’opposant parce qu’il se
montrait ouvert à tous les natifs de l’Ogou
quelles que soient leurs appartenances
politiques. Et le
19août 2001,
alors qu’on venait de fêter ODON-TSU 24h plus
tôt, M. Yordoh avait dû répondre à des
accusations de connivence avec des opposants à
Lomé II devant le Chef de l’Etat. Durant cet
interrogatoire qui lui avait malheureusement été
fatal, il y avait le tout puissant Fombo appuyé
par l’actuel ministre Kassegné Adjonou, délégué
auprès du ministre d’Etat, ministre de
l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche,
chargé de l’Hydraulique villageoise. Le Préfet
Amouzou a dû laisser faire de crainte de subir
le sort de cet ancien Préfet.
Des sources avancent et soutiennent que dans
les hautes sphères du pouvoir local, on a mal
digéré le fait qu’on ait confié l’organisation
de la fête à un comité hétéroclite en se passant
des autorités de la ville. Raison pour laquelle
il fallait vaille que vaille empêcher sa tenue
normale pour que les éditions à venir leurs
soient confiées sans autre forme de procès.
Mais le plus important à noter dans cette
affaire de fête tronquée à Atakpamé, c’est le
coup encaissé par la « politique de
réconciliation » que le Chef de l’Etat dit
en train de prôner. Car après les répressions
sanglantes d’avril 2005 entraînant des dizaines
et des dizaines de morts, la ville peine à
retrouver son harmonie. La fête n’avait même pas
été célébrée l’année dernière et on se disait à
tort que sa présence cette année, – surtout que
lui-même l’a déjà fait dans plusieurs autres
préfectures du pays, –calmerait les tensions.
Mais hélas. Et lorsque des natifs du milieu
analysent la situation, ils se disent sans
réserve que l’affaire d’appartenance du comité à
l’opposition n’a été qu’un prétexte que le sieur
Fombo a saisi pour déconseiller Faure Gnassingbé
de faire le déplacement d’Atakpamé. Même si
d’autres raisons peuvent
justifier cet état de fait, le rôle joué par
Fombo dans cette histoire et celui que tous lui
connaissent dans la ville militent en faveur
d’un montage. On ne saurait être dans une
logique de réconciliation et ne pas accepter de
collaborer avec des frères de conviction
politique différente de la sienne. L’absence de
Faure en personne à Atakpamé alors qu’il était
déjà à Anèho, Notsè et bien d’autres localités
risque d’être interprétée par les populations
Ifê comme une volonté manifeste du pouvoir
d’abandonner Atakpamé à son triste sort. Car, si
le député Fombo et ses acolytes – qui ne
semblent pas débarrassés des méthodes
rétrogrades qui avaient cours au temps de
Gnassingbé Père– choisissent de faire ainsi
échec à la réconciliation à Atakpamé, c’est
Faure Gnassingbé qui est contrarié. Il devra
veiller à ce que le major Kouloum, le député
Fombo et le ministre Kassegné s’abstiennent de
tout acte de nature à exacerber la tension dans
cette localité qui a besoin d’être apaisée.
K. Ségniagbéto |