AgoraPress

 

Tribune

 

Politique

 

Culture

 

Société

 

Sites

 
 

1er Août 2006

[ 501: 1er Août 2006 ]
Manœuvres politiques à la salle Evala :  Comment Gilchrist a été poussé à accepter  le facilitateur proposé par le Prof. Gnininvi

La désignation du facilitateur du dialogue intertogolais est allée plus vite que prévu. Le consensus est arrivé par la CDPA du Prof. Gnininvi. Constatant un malentendu persistant au sujet de la séance du 7 juillet, les « dialogueurs » étaient donc passés  au point principal de l’ordre du jour  qu’est la désignation du facilitateur. Sur les 11 noms envoyés (7 pour la CDPA et 4 pour l’UFC) seul Abdou Diouf figurait sur la liste de chacun des deux partis.  Mais le RPT ayant remarqué que la CDPA a proposé Blaise Compaoré, a sauté sur l’occasion non sans ironiser sur sa volonté de voir le dialogue réussir en appuyant cette proposition d’un parti  de l’opposition radicale.

Le CAR ayant également abondé dans le même sens, la voie était balisée pour un consensus autour du nom de Blaise Compaoré. Restait l’UFC, le parti de Gilchrist Olympio  qui propose qu’on adjoigne un second médiateur à Blaise Compaoré pour parer à toute éventualité, au cas où le Président  Burkinabé serait occupé. Des voix se sont élevées pour objecter qu’avant toute chose, il revient  à la personnalité désignée de se prononcer. L’UFC n’avait d’autre choix que d’accepter le fait accompli.

A l’issue des discussions, le troisième Vice-président de l’UFC a laissé entendre que des formations politiques ont estimé que ceux que son parti a désignés ont des missions dans d’autres pays. D’autres encore ont estimé qu’ils sont trop loin de nos réalités. « Et comme nous ne sommes pas venus  pour nous quereller sur les noms, nous avons analysé le profit du Président Blaise Compaoré. Somme toute, cela nous convient, nous le connaissons bien, il nous connaît bien. Nous avons des relations normales avec lui tout comme les autres formations. Nous espérons  qu’il aidera le Togo à sortir de cette crise en évitant de prendre fait et cause pour quiconque d’entre nous ».

Vingt quatre heures après, la Présidence burkinabé a annoncé que Blaise Compaoré est honoré par le choix et accepte le rôle de facilitateur que la classe politique togolaise à bien voulu lui confier.

Dans certains milieux proches des adversaires de l’UFC, loin de saluer cette concession, on fustige « l’inconstance » de ce parti qu’on accuse d’accepter aujourd’hui ce qu’elle avait refusé au début. Mais il n’est pas exagéré de  dire que l’UFC a entériné le choix de Blaise Compaoré malgré elle. Au-delà du consensus salué, on ne se prive pas de lancer des avertissements à peine voilés. « Nous espérons qu’il évitera de  prendre fait et cause pour quiconque d’entre nous (.. .). La raison d’Etat  et les relations personnelles ne doivent pas nuire à sa mission ».

En réalité, l’UFC maintient le doute émis dès le départ lorsque Blaise Compaoré  avait été sollicité par le gouvernement même si par souci du politiquement correct, elle use de langage quasi diplomatique pour saluer ce choix. 

La politique dit-on, c’est aussi un jeu d’intérêt sinon le RPT ne soutiendrait pas la proposition de la CDPA dont les positions sont très éloignées de celles du parti au pouvoir. On se souvient que le parti du professeur Gnininvi s’était associé à l’UFC pour ne pas parapher l’Accord Politique de Base. Et pour justifier ce refus à l’appui des raisons invoquées, les responsables de l’UFC font comprendre à leurs militants  qu’ensemble avec la CDPA qui n’a pas paraphé le document, elles constituent un poids politique énorme et que le CAR est isolé  et mis en minorité parce que deux partis sur trois de l’opposition se sont désolidarisés de lui. 

Si à l’occasion de désigner le facilitateur, l’UFC rejetait la proposition de la CDPA entérinée par les autres, elle serait aussi  mise en minorité par la CDPA et le CAR. De plus l’UFC se retrouverait isolé et ne présenterait pas une bonne image aux yeux de l’opinion internationale puisqu’elle est souvent accusée de vouloir tout ou rien.  Il lui serait alors difficile de retourner devant ses militants pour leur dire que la CDPA a fait le jeu du RPT en proposant un facilitateur considéré comme « le parrain françafricain»  de Faure Gnassingbé dans la sous-région. A défaut de bénéficier de la solidarité d’un autre parti de l’opposition, l’UFC a sans doute choisi le moindre mal. Celui d’entériner la proposition d’un allié malgré tout, en ayant espoir qu’ils se rejoindront en d’autres occasions.  Dans cette phase de facilitation le Prof. Gnininvi devient de facto le personnage central du jeu politique, parce qu’au nom de cette majorité des 2 sur 3, il jouera désormais un rôle important. Faut-il le rappeler, c’était lui   qui, au nom du COD2, avait signé l’Accord de Ouagadougou en 1992 sous la médiation de Blaise Compaoré. Cet accord avait été boudé par l’UFC.

Même si le COD 2 a par la suite boycotté les élections d’Août 93, c’est sur la base de cet accord de Ouaga que le CAR et l’UTD  avaient ensemble battu le RPT aux législatives de 1994.

Abass SAIB

 
Faure empêché d’assister à la fête Odon-tsu à Atakpamé
 
 
 

Les Togolais ou du moins les natifs de l’Ogou qui, voulant croire en « la politique de réconciliation » prônée par Faure Gnassingbé, espéraient le voir assister à l’apothéose de la fête de l’Igname communément appelée ODON-TSU doivent se refaire une autre idée. Et pour cause ; l’édition 2006 de cette fête célébrée la semaine dernière et dont l’apothéose a eu lieu samedi à Atakpamé n’a pas non seulement connu la présence du Président de la République (qui a pourtant déjà fait le tour de Yaka Yèkè à Aného ou d’Agbogbozan  à Notsè) mais aussi a eu lieu sur fond division, entretenue par des querelles politiques. A l’origine, selon des informations parvenues à notre rédaction, une prétendue affaire de prédominance des personnes soupçonnées d’appartenir à l’opposition au sein du comité d’organisation a fini par polluer l’atmosphère réduisant la fête du peuple Ifê à une « réjouissance familiale ». En ce moment à Atakpamé, quand on évoque cette affaire, le député Fombo  Loumonvi et le Ministre Adjonou sont cités presqu’à l’unanimité comme  les fils du milieu par qui le scandale est arrivé.

Les faits

Le
20 mai 2006, les cadres de l’Ogou, dans le souci de donner un cachet spécial à la fête, se sont réunis. Avec les Chefs traditionnels de l’Ogou, ils ont décidé ensemble de la mise en place d’un comité d’organisation chapeauté par M. Ahopké Thomas. La mise en place de ce comité avait préalablement fait l’objet d’étude. Il s’est révélé que compte tenu de la méfiance qui persiste entre fils de l’Ogou, suscitée par l’élection présidentielle de 2005 et des exactions qui l’ont suivie, il fallait que le comité d’organisation soit hétéroclite, c’est-à-dire regroupant des personnalités des différentes sensibilités politiques du pays pour tester le pouls de la réconciliation. Et plusieurs avaient reconnu que c’est à ce titre que la présence au sein du comité de Mme Ayéna Akossiwa, ancienne vice déléguée de l’UNFT, ancien Préfet de Zio, ancienne suppléante de la commune d’Atakpamé…, symbolisait celle du RPT. Malgré ceci, le sieur Fambo aurait estimé que le RPT n’est pas représenté ou du moins, l’est faiblement et petit à petit cette affaire a freiné le fonctionnement normal du comité.

Le samedi 22 juillet dernier, c’était la consternation générale à Atakpamé. A huit jours de l’apothéose et pendant que tous entraient déjà dans l’ambiance de fête,  un groupe de personnes composé entre autres des sieurs Afan Emmanuel ancien suppléant du P.M Koffi Sama ; M. Kougblénou, avec à sa tête le « célèbre » député Fambo a rencontré voir les chefs traditionnels de l’Ogou. Objectif : leur faire savoir que faute d’avoir été informé à temps, le
Président de la République ne pourra pas être là et que par conséquent s’il faut célébrer ODON-TSU cela ne pourra se faire que de façon symbolique. Prise au départ comme une plaisanterie, cette information a fini par prédominer. C’est  ainsi que  la célébration de cette année a été largement en deçà des attentes renforçant la méfiance entre les fils de l’Ogou alors que sa philosophie est de les unir. Pire, la fête qui se déroulait au stade de la ville n’a plus eu lieu à cet endroit selon le désir  de ceux qui ont voulu qu’elle soit « symbolique »

Mais, comment cette divergence a-t-elle pu être entretenue au point de  ternir l’image de la fête sans que les hautes personnalités dont regorge cette préfecture (Ministre Kassegné Adjonou, le PM Koffi Sama) ne puissent intervenir pour la débloquer ? Comment un comité d’organisation élu à deux mois d’un tel événement a-t-il pu s’arranger pour ne pas informer le Chef d’Etat à temps afin qu’il puisse assister aux festivités et rehausser  l’éclat de la fête ?  Pourquoi est-ce qu’en lieu et place du sieur Thomas Ahokpe président du comité d’organisation, c’est la bande à Fambo qui est allée informer les Chefs traditionnels de la venue ou non du Chef de l‘Etat ? Comment enfin le sieur Amouzou Komlan actuel Préfet de l’Ogou  a-t-il géré cette affaire de fête qui renforce aujourd’hui le pessimisme des uns et des autres quant à la réconciliation dans sa préfecture un an après que la ville ait connu les pires événements de son histoire ?

Si chacun, à son niveau, pouvait multiplier autant que possible des interrogations autour de cette affaire, les réponses, elles, sont difficiles à trouver. Joint au téléphone le ministre Adjonou censé en savoir plus sur ce dossier avance que, seuls les premiers responsables de la fête sont habilités à donner des réponses. Dans le même temps, nos efforts pour joindre au téléphone le sieur Fambo Loumouvi dimanche et hier lundi sont restés vains. Mais il semble se dégager des quelques réponses glanées ça et là, que la présence l’honorable député  au centre de cette intrigue rend la situation difficile à expliquer. L’homme, nous a-t-on susurré, grâce à son enracinement au RPT, règnerait à Atakpamé comme un monarque avec le Major Kouloum alias « Oli-ilu » dont il est l’homme de main. C’est un personnage, dit-on, qui croit posséder le sort de l’Ogou entre ses mains. Des témoins  contactés depuis Atakpamé  puis confirmés  dans les cercles du RPT rappellent pour mémoire le rôle trouble qu’il avait  joué en 2001  dans la destitution par feu Eyadéma de M. Yordoh Koffi du poste de préfet. Ce dernier avait été injustement traité d’opposant parce qu’il se  montrait  ouvert à tous les natifs de l’Ogou quelles que soient leurs appartenances politiques. Et le
19août 2001, alors qu’on venait de fêter ODON-TSU 24h plus tôt, M. Yordoh avait dû répondre à des accusations de connivence avec des opposants à Lomé II devant le Chef de l’Etat. Durant cet  interrogatoire qui lui avait malheureusement été fatal, il y avait le tout puissant Fombo appuyé par l’actuel ministre Kassegné Adjonou, délégué auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche, chargé de l’Hydraulique villageoise. Le Préfet Amouzou a dû laisser faire de crainte de subir le sort de cet ancien Préfet.

Des sources avancent et soutiennent  que dans les hautes sphères du pouvoir local, on a mal digéré le fait qu’on ait confié l’organisation de la fête à un comité hétéroclite en se passant des autorités de la ville. Raison pour laquelle il fallait vaille que vaille empêcher sa tenue normale pour que les éditions à venir leurs soient confiées sans autre forme de procès.

Mais le plus important à noter dans cette affaire de fête tronquée à Atakpamé, c’est le coup encaissé par la « politique de réconciliation » que le Chef de l’Etat dit en train de prôner. Car après les répressions sanglantes d’avril 2005 entraînant des dizaines et des dizaines de morts, la ville peine à retrouver son harmonie. La fête n’avait même pas été célébrée l’année dernière et on se disait à tort que sa présence cette année, – surtout que lui-même l’a déjà fait dans plusieurs autres préfectures du pays, –calmerait les tensions. Mais hélas. Et  lorsque des natifs du milieu analysent  la situation, ils se disent sans réserve que l’affaire d’appartenance du comité à l’opposition n’a été qu’un prétexte que le sieur Fombo a saisi pour déconseiller Faure Gnassingbé de faire le déplacement d’Atakpamé. Même si d’autres raisons peuvent
justifier cet état de fait, le rôle joué par Fombo dans cette histoire et celui que tous lui connaissent dans la ville militent en faveur d’un montage. On ne saurait être dans une logique de réconciliation et ne pas accepter de collaborer avec des frères de conviction politique différente de la sienne. L’absence de Faure en personne à Atakpamé alors qu’il était déjà à Anèho, Notsè et bien d’autres localités risque  d’être interprétée par les populations Ifê  comme une volonté manifeste du pouvoir d’abandonner Atakpamé à son triste sort. Car, si le député Fombo et ses acolytes – qui ne semblent pas débarrassés des méthodes rétrogrades  qui avaient cours au temps de Gnassingbé Père– choisissent de faire ainsi échec à la réconciliation à Atakpamé, c’est Faure Gnassingbé qui est contrarié.  Il devra veiller à ce que le major Kouloum, le député Fombo et le ministre Kassegné s’abstiennent de tout acte de nature à exacerber la tension dans cette localité qui a besoin d’être apaisée.

K. Ségniagbéto

 

Job.com

 
 
 
 

© 2005  www.togoforum.com All rights reserved