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On a beau spéculé sur l’opportunité de parapher
ou non le fameux accord politique de base, il y
a un fait qui était passé inaperçu. : l’adhésion
de Me Agboyibo au paraphe a eu lieu quelques
jours après des rumeurs insistantes faisant état
d’une rencontre qui avait eu lieu à Accra au
domicile de Gilchrist Olympio entre des
responsables du RPT et ceux de l’UFC avec à leur
tête, Gilchrist Olympio en personne.
Interrogé par notre confrère « Le Changement »,
l’un des Vice-présidents de l’UFC avait nié
l’évidence de cette rencontre d’Accra.
Cerise sur le gâteau, un article paru dans « Jeune
Afrique » non seulement vient de confirmer
les faits démentis par Patrick Lawson, mais
rappelle qu’avant la rencontre d’Accra, il y a
eu celle du 6 juin au domicile parisien de
Gilchrist Olympio entouré ce jour-là, de son
état-major. Le journal précise que la
délégation du RPT était conduite par Pascal
Bodjona et que les deux partis ont abordé
pendant plus de cinq heures, tous les sujets
intéressants du Togo. Interrogé hier par notre
Rédaction, le 3e Vice-président
de l’UFC a estimé qu’il n’en a rien été et que
cet article n’est que du bluff. « L’UFC et
le RPT ne se sont rencontrés ni à Accra ni à
Paris. Nous nous préparons pour avoir
des rencontres bilatérales officielles avec le
RPT tout comme avec le CAR, le GF2D, etc. La
réaction à ces écrits est le cadet de nos soucis ».
Un autre responsable de l’UFC soupçonne une
manœuvre visant « à semer la zizanie entre
les partis de l’opposition ».
Voilà qui ajoute à l’imbroglio qui conduit à
une interrogation. A qui profitent ces
révélations contestées par l’une des deux
parties citées ? En fait, ces mystérieuses
rencontres brandies à des fins de manipulation
participent d’un stratagème visant à discréditer
Gilchrist Olympio et opposer son parti au CAR.
Par ses prises de position passées et présentes,
Gilchrist Olympio se retrouve dans une situation
délicate que ses adversaires politiques
s’empressent d’exploiter à leur profit. Le fait
qu’il était haï par Gnassingbé père faisait de
lui, l’opposant le plus intègre. Mais
l’attitude conviviale qu’adopte aujourd’hui
Faure Gnassingbé à son égard est de nature à
déconcerter les sympathisants de l’UFC qui ont
longtemps cru que la rupture avec le pouvoir
RPT est un signe d’intégrité. Il apparaît
qu’au-delà de la volonté d’apaisement que l’on
chante, ce semblant de rapprochement vise plutôt
à casser son image de principal opposant.
Le piège, c’est que le Président de l’UFC ne
peut pas rejeter les gestes de conciliation de
Faure Gnassingbé au risque d’être taxé de
vouloir à tout prix régler un compte personnel à
la famille Gnassingbé. Ce que Gilchrist a
toujours rejeté, en affirmant que la lutte qu’il
mène se situe plutôt au niveau politique. Si les
rencontres d’Abuja et de Sant’Egidio entre le
leader de l’UFC et le fils du Général Eyadema
ont embarrassé les sympathisants de l’UFC, c’est
en raison du fait que « Fo Gil » n’a
jamais vécu au Togo sous Eyadema et qu’il a
toujours évité tout dialogue avec son régime.
Comment convaincre ses militants qu’en
dialoguant directement avec le RPT longtemps
assimilé au diable, il ne sacrifie pas leurs
intérêts ? C’est la situation délicate à
laquelle est confrontée l’UFC aujourd’hui. Le
pouvoir RPT est conscient qu’en faisant un
semblant de rapprochement avec Gilchrist Olympio,
il l’affaiblit davantage. Ces révélations faites
par « Jeune Afrique » ne visent qu’à
démythifier le leader de l’UFC et à le
dévaluer à dessein aux yeux des autres
formations politiques de l’opposition. Le fait
d’invoquer la parenté entre Bodjona Père,
militant de l’UFC et Bodjona fils Directeur de
Cabinet de Faure Gnassingbé comme un détail
important participe de cette logique
démythificatrice.
Diviser pour mieux régner
Cette méthode ne date pas d’aujourd’hui. On a en
mémoire de folles rumeurs d’opposants se rendant
nuitamment à Lomé 2 en tenue de femme, pieds
nus, portant des lunettes noires pour en sortir
avec des caisses pleines de CFA et bien d’autres
histoires. C’était en fait des montages
organisés pour opposer les opposants entre eux
afin de mieux contrôler la situation. Les
tenants du pouvoir s’amusent ainsi à intoxiquer
les opposants les uns contre les autres.
Bien avant l’article de « Jeune Afrique »,
cette histoire de rencontres secrètes entre l’UFC
et le RPT avait été distillée à dessein dans les
milieux proches de la CDPA et du CAR par les
laborantins du pouvoir RPT. Me Agboyibo a fait
allusion à cette rencontre lorsque l’UFC l’avait
accusé d’escroquerie politique après le paraphe de
l’Accord Politique de Base. Le pouvoir s’en sert
pour semer la discorde entre l’UFC et ses amis de
l’ex-Coalition. Les informations distillées par des
«témoins» de ces rencontres ne font pas de
doute sur la détermination de l’UFC à se prévaloir
de son « poids politique » pour réduire le
dialogue à un face-à-face RPT-UFC au détriment de la
CDPA et du CAR. De là à croire qu’en paraphant l’APB,
Me Agboyibo a agi sous l’effet des révélations
faites par les témoins de ces « rencontres
secrètes » dans l’intention de faire échec à
l’exclusion, le pas est vite franchi. Le pouvoir RPT
a intérêt à ce que l’UFC et le CAR
s’entredéchirent étant donné que la solidarité
entre les deux partis ne l’arrange pas. Pour
réussir le coup, il faut donc présenter l’UFC comme
un parti qui a du mépris pour les autres afin
d’éloigner d’elle, tous les partis qui tenteraient
d’avoir les mêmes positions qu’elle. La mayonnaise
semble avoir pris puisque le CAR et l’UFC qui, il y
a quelques semaines, défendaient les mêmes principes
au dialogue et dont les positions devraient se
compléter, s’observent aujourd’hui en chiens de
faïence– sous le regard amusé des barons du RPT –
l’un accusant l’autre de vouloir signer un accord
secret ave le RPT pour l’isoler, l’autre accusant
l’un de vouloir lui imposer un accord préalablement
conçu avec la complicité du RPT. Les laborantins du
système RPiTeux se plaisent même à propager les
rumeurs dans les journaux et sur les sites Internet
au sujet de la nomination prochaine d’un Premier
ministre dans tel parti pour susciter la méfiance et
la colère de tel autre. La dernière blague en date
balancée sur le site « actutogo.com »
favorable au RPT est la probable nomination de Me
Apévon du CAR.
Cette « mésentente cordiale » entre les
partis qui ont soutenu le même candidat il y a un
peu plus d’un an risque de démobiliser les
populations de l’intérieur du pays qui croient dur
comme fer que l’UFC et le CAR sont des frères
siamois condamnés à lutter pour une même cause.
Les sympathisants de l’opposition qui n’admettent
toujours pas le distinguo entre les méthodes
d’action, propres à chaque parti politique sont
agacés par cette guéguerre qu’ils ne comprennent
pas. Aux acteurs politiques de savoir raison garder
pour ne pas se laisser ainsi piéger.
Abass SAÏB |