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Le Regard

27 juin 2007

[ 549 : du 26 juin 2007]
Les autorités béninoises responsables de la barbarie de Cotonou

Lorsqu’on revit avec le recul les actes de violence, d’incivilité et de barbarie qui ont émaillé le séjour des joueurs et supporteurs togolais à Cotonou avant, pendant et après le match du 17 juin dernier, on se rend aisément compte que les ambassadeurs du Togo ont été victimes d’une série d’attaques et d’agressions préalablement planifiées. Il parait de plus en plus évident que le gouvernement Yayi Boni qui semble bien se moquer des Togolais, en porte la lourde responsabilité. En effet, à travers leurs discours pendant les jours précédant la rencontre, les autorités béninoises ont chauffé le public à blanc en l’invitant à l’intolérance. Il n’y a pas d’autre alternative dans un match de football que de gagner, de perdre ou de faire un score de parité. Mais à l’occasion du match Bénin-Togo, les autorités béninoises avaient fixé un objectif à leurs joueurs « gagner par tous les moyens ».

            Les joueurs et le public, comme des chiens enragés et conditionnés à qui l’ordre a été donné d’attaquer, ont du coup perdu tout réflexe de fair-play, oubliant qu’on était dans le domaine du jeu. Les Togolais étaient devenus à leurs yeux, non plus des adversaires pour une partie de football, mais des ennemis à abattre, pour le plaisir des dirigeants qui ne faisaient rien pour dissuader la meute déchaînée.

            Au moment où ils foulaient le sol béninois à la frontière de Hillah-Condji, les Togolais se savaient déjà indésirables. Aucune délégation officielle ne les attendait pour les accueillir comme on l’aurait fait au Togo pour toute délégation officielle étrangère. C’était, abandonnés à eux-mêmes, qu’ils s’étaient rendus à Cotonou où aucune disposition n’avait été prise par les Béninois pour leur faciliter les choses. L’accès aux hôtels a été un véritable parcours du combattant. Quant à la visite de reconnaissance du terrain, elle leur a été tout simplement refusée. Le calvaire des Togolais durera depuis leur arrivée à Cotonou jusqu’après le match. Joueurs, officiels et supporters laissés à eux-mêmes étaient la cible de toutes sortes de maltraitance et d’infamie. La presse, à travers ses titres, avait déjà annoncé la couleur. Mais le gouvernement n’avait rien fait pour parer au pire. Et c’est en présence d’hommes en uniformes qu’on soumettait les pauvres Togolais aux voies de fait et qu’on s’attaquait à leurs véhicules. A voir les uns et les autres à l’action, on avait la nette impression que chacun avait une partition qu’il jouait, une tâche dont il s’acquittait avec conscience pour la cause de la patrie. En tout cas, on ne peut pas dire que le Président Yayi Boni est désavoué par les forces de sécurité qui ont croisé les bras et regardé molester les Togolais.

            La première leçon à tirer de cette barbarie, c’est que sous d’autres cieux, on n’a pas la même considération pour des valeurs comme l’hospitalité au Togo. Comment comprendre en effet que Yayi Boni qui, pendant plusieurs années, a bénéficié d’un accueil humain au Togo n’ait pas pu créer au moins les conditions minimales pour un fair-play lors d’un match  de football opposant le Togo à son pays ?

            Il serait en tout cas difficile de convaincre les Togolais que les assaillants béninois n’étaient pas en mission commandée et qu’ils n’étaient pas au service des plus hautes autorités dont la complicité n’est plus à démontrer. Comment comprendre autrement que malgré toute cette barbarie, aucun vandale béninois n’ait été appréhendé ? Ce qui s’était passé à Cotonou était donc normal aux yeux des autorités de ce pays.

            Le pire dans cette affaire, c’est que, au lieu de faire acte de contrition et de présenter des excuses publiques aux Togolais, le Gouvernement béninois fait diversion et parle d’un match amical Togo-Bénin pour réconcilier les deux peuples condamnés à vivre ensemble. Sur le site Internet du gouvernement béninois, on pousse le cynisme jusqu’à inverser la culpabilité. On interprète ce qui s’est passé à Cotonou comme un malentendu délibérément grossi par les Togolais pour justifier la défaite des Eperviers. Mieux, on se pose en victime en évoquant des représailles dont les ressortissants béninois auraient fait l’objet au Togo. Comme une cerise sur le gâteau, on se félicite de ce que les autorités togolaises aient décidé de réparer les préjudices subis par les Béninois au Togo et de soigner les blessés. C’est bien le comble.

            A la lumière de tout ce qui précède il ne fait plus l’ombre d’un doute que la barbarie de Cotonou était préméditée. Au lieu de chercher à se perdre en conjecture et à noyer le poisson, les plus hautes autorités béninoises qui portent une lourde responsabilité dans cette affaire gagneraient à se prendre au sérieux et à reconnaître leurs torts. Il y va des relations de bon voisinage entre le Togo et le Bénin.

Yao ASSOU

 
L’UFC interpelle le CAR et la CDPA sur la nomination des préfets

A plusieurs reprises Gilchrist Olympio a laissé entendre que l’UFC a préféré rester hors du gouvernement pour mieux critiquer les actes qu’il pose plutôt que d’y être pour se voir solidairement responsable de ces actes.

            Cette position qui permet évidemment à l’UFC de s’inscrire dans le stratégie d’opposition systématique, tend à confiner la CDPA et le CAR dans un rôle de gaudillots du pouvoir RPT puisque ces deux partis, même s’ils ne sont pas d’accord avec les actes posés en conseil des ministres, ne peuvent pas les désavouer publiquement. Après avoir dénoncé la supercherie et la mascarade du Chef de l’Etat dans la nomination et le remplacement des préfets, (voir communiqué) le parti de Gilchrist Olympio interpelle la CDPA et le CAR en leur demandant s’ils y adhèrent.

            Il y a quelques jours, Me Agboyibo n’avait pas manqué d’évoquer publiquement le rôle néfaste que certains préfets et chefs traditionnels ont joué dans les processus électoraux par le passé. La semaine dernière, un remplacement partiel de préfets est intervenu à l’issue du conseil des Ministres. Du côté des partis de l’opposition représentés au gouvernement, on laisse entendre que même si ce léger remaniement ne comble pas toutes les attentes, « un peu de chose vaut mieux que rien du tout ». Il est vrai que les appels incessants au départ de certains préfets ont été perçus comme une injonction au Chef de l’Etat. Or, Faure Gnassingbé étant confronté à la rage des faucons de son bord qui l’accusent de complaisance à l’égard de l’opposition est placé dans une situation embarrassante. Traduire la volonté de l’UFC dans les faits en chassant tous les préfets pour les remplacer par ceux qui plaisent à ce parti au risque de provoquer une situation de nature à démobiliser son propre parti, ou maintenir le statu quo pour contenter ses partisans qui considèrent la satisfaction des exigences de l’opposition comme une capitulation du RPT. Surtout que des voix se sont élevées au niveau de ce parti pour rappeler qu’aucune disposition dans l’Accord Politique Global n’exige que les préfets soient remplacés.

            Pour éviter de scier la branche sur laquelle il est assis, Faure Gnassingbé a dû couper la poire en deux. Une façon de contenter à la fois une partie de l’opposition et l’aile modérée de son camp. L’UFC condamne cette supercherie du pouvoir en place et demande non seulement le remplacement intégral des préfets mais exige que les nouvelles nominations soient faites sur une base consensuelle. Mais en posant la question de savoir si toutes les parties à l’APG, membres du gouvernement et dont les sympathisants ont été victimes des exactions des préfets adhèrent à cette mascarade, l’UFC incite la CDPA et le CAR à se joindre à elle pour mettre la pression sur le Chef de l’Etat jusqu’à satisfaction de ses exigences.

            Ces partis, conscients des rapports de Forces actuels ne voudront pas faire trop de bruit sur une telle revendication qui a peu de chance d’être satisfaite surtout quand l’on considère l’impuissance de l’arbitre  qui est le facilitateur devant certaines décisions relevant des prérogatives constitutionnelles  comme par exemple la désignation de certains membres de la Cour Constitutionnelle décriés. Une source proche de la présidence ironise même sur la position de l’UFC qui, selon elle, quoique Faure fasse, trouvera toujours à redire et à diaboliser ses actes. Mais en dénonçant la supercherie, l’UFC s’exhibe en face des électeurs comme la seule force politique qui s’oppose au pouvoir RPT en perspective des législatives.

A.S

 
Législatives 2007 : La CEN dépendante va proposer une autre date

Suite à l’inquiétude manifestée par le Chef de l’Etat, la CENI aurait multiplié des séances de travail la semaine dernière. Et il semble, en tout cas, selon une source proche de la Commission, qu’une solution est en passe d’être trouvée au problème de la mise en place du site central ayant pour rôle, de centraliser les inscrits et établir le fichier électoral.

           Le recensement proprement dit pourrait démarrer autour du 15 juillet 2007. Et même si personne n’ose le dire publiquement, il est clair, en raison du retard, que le 05 août n’est plus tenable. Le recensement va durer un mois comme prévu. S’il faut deux semaines pour centraliser les données et constituer un fichier électoral fiable, il n’est pas exclu que les élections se tiennent dans le mois de septembre, le ou le 16. Selon le code électoral, le corps électoral est convoqué 45 jours avant la date des élections. Quoiqu’il en soit, les atermoiements relevés au niveau de la CENI posent le problème même de l’indépendance de cette institution. Cette commission est-elle indépendante parce que les partis signataires de l’APG y ont envoyé leurs représentants ? Peut-on qualifier d’indépendante, une commission qui, n’ayant pas de ressources et de moyens propres est obligée de se soumettre à  d’autres institutions ?

En vérité, notre Commission Electorale Nationale est triplement dépendante. D’abord l’APG qui n’a pas suffisamment délimité ses prérogatives  accorde plutôt une marge de manœuvre plus importante au gouvernement dans la mise en œuvre  du processus électoral. Le Gouvernement qui dispose de l’administration, qui elle, est apprivoisée par le parti du chef de l’Etat, détient les leviers de commande et peut lui imprimer le rythme voulu.

            Ensuite le gouvernement togolais ayant toujours clamé qu’il n’a pas les moyens, l’UE et le PNUD ont été appelés à la rescousse pour aider à établir le cadre d’assistance technique logistique et financière. C’est plus de huit mois après que la convention de financement a été signée. Il est clair que la CENI ne peut qu’évoluer au rythme imprimé à elle par les bailleurs de fonds qui tout naturellement, ont leur mot à dire dans la conduite du processus électoral.

            Enfin la CENI est soumise aux caprices de la nouvelle technologie utilisée pour le recensement ou tout simplement de la Société Zetes qui a fourni les Kits et le logiciel.

            Il va sans dire que la régularité ou non du prochain scrutin dépendra de toutes ces institutions sans lesquelles, la Commission Electorale ne peut mener à bien ses activités.

A.S.

 
Toute la vérité sur la tentative de démission de Me Agboyibo

Suite aux inquiétudes exprimées par le Chef de l’Etat qui lui a rappelé la mission prioritaire du Gouvernement d’Union Nationale, Me Agboyibo, selon ses propres dires a eu une rencontre de clarification avec le Chef de l’Etat.

Il est vrai que suite au communiqué de la présidence, certains partisans de Me Agboyibo qui considèrent qu’il s’agit là d’un coup médiatique initié par le pouvoir RPT et visant à faire porter le chapeau d’un probable échec du processus électoral au Premier ministre ont préféré que leur Président remette le tablier. D’autres auraient suggéré que le Premier Ministre initie à son tour un communiqué- réponse pour situer les responsabilités. Quelques jours après, plusieurs confrères citant des sources proches de la présidence et de la Primature ont annoncé la « démission » ou la  « menace de démission » (c’est selon) de Me Agboyibo. Cette « information » est accueillie avec indifférence dans les milieux proches du pouvoir. A ce jour, aucun collaborateur de Me Agboyibo n’est en mesure de confirmer que le Premier Ministre a affectivement rencontré le Chef de l’Etat pour lui faire part de son intention de démissionner.

            Mais ce qui ajoute à la confusion, c’est que l’intéressé lui-même n’infirme ni ne confirme le fait. Il reconnaît avoir eu une rencontre de clarification avec le Chef de l’Etat. « Pour réussir dit-il, il me faut la confiance du Chef de l’Etat, des parties prenantes au dialogue et du Peuple. Si tel n’est pas le cas,  il est hors de question que je m’accroche ».

            Me Agboyibo a été sans doute très sensible au fait que la lettre ait été rendue publique avec une telle solennité porteuse de sous-entendus. Mais ce qui a surtout suscité l’indignation dans l’entourage du Premier ministre, c’est que le Communiqué à l’allure d’ultimatum a été lu sur les médias, après que la parole fût donnée au représentant de l’UFC qui a déclaré que son parti commence à perdre confiance au processus électoral. « Nous voudrions, a-t-il dit que toutes les institutions impliquées, quelles soient nationales ou internationales, mettent tout en œuvre pour nous redonner confiance, confiance qui nous a conduit à signer l’APG et à être aujourd’hui présent à la CENI, au Comité de Suivi et dans le processus global ». Ces propos du 3è vice-président de l’UFC comparés aux termes du communiqué de la Présidence qui demande à Me Agboyibo « de tout mettre en œuvre pour organiser les élections législatives dans les délais requis et prendre d’urgence les mesures appropriées pour imprimer une nouvelle dynamique au processus électoral, » ont sans doute laissé croire au Président du CAR que le Chef de l’Etat a voulu lui porter chapeau de ce qui pousse l’UFC à ne pas avoir confiance dans le processus électoral. Et quand l’on se rappelle les propos tenus par les responsables de l’UFC – qui réclamaient aussi la primature – suite à la nomination du Me Agboyigo, on peut comprendre l’inquiétude du Président du CAR qui sans doute, a soupçonné une certaine connivance.

            Me Agboyibo s’est alors précipité à la Présidence pour savoir si le maître des lieux avait des reproches sérieuses à lui faire et si les fautes et les manquements qu’il aurait constatés lui ont fait perdre confiance en son Premier ministre mais le Chef de l’Etat ne lui reprocherait rien pour l’instant.

            Mais dans une certaine mesure, la menace de démission relayée par la Presse et jamais démentie peut être considérée comme une façon subtile de l’entourage de Premier Ministre de répondre au communiqué de la Présidence et de faire comprendre à l’opinion que Me Agboyibo n’envisage pas de se laisser piétiner et enfariner par les tenants du pouvoir RPT juste pour conserver son poste de Premier Ministre. En envisageant de quitter si le Chef de l’Etat et les parties au dialogue jugent catastrophique sa manière de conduire le processus électoral, le Premier Ministre envoie un signal à ceux qui, dans l’entourage du Chef de l’Etat, pensent qu’il est totalement désarmé et a perdu ses réflexes de vieil opposant du fait de sa position actuelle.

A. S.

     
 

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