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Le Regard

07 juin 2007

[ 546 : du 5 juin 2007]
Le Gouvernement entre élections et pressions syndicales

Le Gouvernement d’Union Nationale né de la signature de l’Accord Politique Global n’a pas la tâche facile. L’Accord qui reste son fondement principal met à sa charge une feuille de route avec des missions à accomplir dans un délai déterminé. Dans le même temps, il devra s’occuper de la gestion quotidienne des affaires de l’Etat. C’est ce qui ressort de l’annexe III de l’APG qui stipule que « outre les attributions constitutionnelles classiques, le gouvernement aura pour tâches prioritaires,

 - de mettre en œuvre les décisions prises par le Dialogue ;

- de prendre des mesures en vue d’accélérer le rapatriement et la réinsertion des réfugiés et des personnes déplacées ;

- de créer les conditions d’une implication plus forte de la diaspora togolaise à l’œuvre de construction nationale ;

- de renforcer les mesures visant à assurer la sécurité des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire national et de veiller au strict respect des normes républicaines relatives à l’intervention des Forces de sécurité dans le maintien de l’ordre et de la sécurité publique ;

- de mettre en place un programme de délivrance de cartes nationales d’identité ; de prendre des mesures incitatives à la participation des femmes à la vie politique ; de prendre les textes réglementaires et administratifs garantissant des élections justes, libres et transparentes ;

- de prendre les mesures appropriées avec les partenaires au développement en vue de relancer l’économie togolaise ;

- de parachever la mise en œuvre des vingt-deux (22) engagements souscrits par le gouvernement togolais avec l’Union Européenne ;

- d’élaborer un calendrier électoral précis indiquant la date d’installation de la future CENI ;

- de définir les modalités de financement des activités des partis politiques ;

- de rédiger les articles du code électoral visé par le présent Accord. ».

            La situation devient d’autant plus difficultueuse qu’au moment même où le gouvernement se bat pour l’application de la feuille de route dans un environnement politique pas toujours favorable, il est confronté à des problèmes relatifs au quotidien des citoyens.

            Ainsi par exemple, alors qu’on attend du gouvernement qu’il mette rapidement les moyens à la disposition de la CENI pour l’organisation des élections législatives considérée comme sa mission principale, il se trouve confronté depuis quelque temps, aux revendications des syndicats qui menacent de lancer incessamment un mouvement de grève.

            Le Gouvernement se retrouve ainsi dans une situation pour le moins inconfortable qui lui impose la hiérarchisation de ses actions. Selon certains observateurs, il serait plus indiqué en pareil  cas, de privilégier les élections législatives. Ces élections, organisées dans les conditions de transparence voulues par les partenaires du Togo feront renaître de façon durable, la confiance entre notre pays et ses principaux bailleurs de fonds. Cette confiance retrouvée permettra au Togo de bénéficier d’importants financements au titre de la coopération qui permettront à leur tour, de satisfaire une bonne fois pour toutes, les doléances des syndicats.

            Dans les milieux proches des syndicats, on estime que cette démarche n’est pas la meilleure et qu’il faudrait plutôt donner priorité au règlement des problèmes des travailleurs. Pour les tenants de ce point de vue, il serait illusoire de vouloir séparer le bien-être des travailleurs, de l’organisation des élections. On ne saurait prétendre organiser des élections dans des conditions telles que prévues par l’Accord Politique Global dans un environnement où les travailleurs ont faim. Comme quoi, ventre affamé ne peut point voter. Avant d’appeler les travailleurs à aller voter ou à participer au bon déroulement des élections, il faut au préalable leur donner  les moyens pour avoir un minimum de quiétude et de sérénité.

            Face à ces deux argumentations, le gouvernement qui se retrouve entre les élections et les pressions syndicales est confronté à un dilemme. Le drame, c’est qu’il est dans l’incapacité de financer à la fois, les élections et faire face dans le même temps aux besoins des travailleurs. Que feront Me Agboyibo et les siens pour sortir de ce guêpier ? L’équation est dure à résoudre.

L.R.

 
Quelle configuration pour la prochaine Assemblée ?

Il est compréhensible que face au climat d’apaisement, il y ait des résistances et pour cause il y en a et il y en aura toujours qui profitent des situations de crise récurrente. Des Togolais, il y en a et il y en aura toujours pour croire que le naufrage collectif est la seule solution à nos problèmes. Mais la question réside plutôt dans la capacité des uns et des autres à minimiser ou à limiter ces menaces. Que faire pour que, à l’issue des législatives la connivence des extrêmes ne replonge le pays dans une atmosphère de confrontation permanente avec pour acteurs, d’un côté, ceux qui œuvrent pour que le pays soit dirigé exactement comme au bon vieux temps du Timonier national et de l’autre, ceux qui entendent diriger envers et contre l’ancien système dans sa totalité ?

C’est sans doute cette inquiétude qui a poussé une formation politique à implorer le Seigneur afin qu’il éclaire les électeurs dans leur choix des futurs dirigeants et qu’il ne nous abandonne pas à des choix sans lendemain, des choix incités par la passion et la tentation des règlements de compte.

            En principe, l’une des solutions au problème de la bipolarisation excessive manifestation de la connivence des extrêmes, réside dans le mode du scrutin. Il est une évidence que le scrutin proportionnel favorise l’entrée de plusieurs partis à l’Assemblée nationale.

            Dans la situation actuelle où tous insistent sur le consensus, il serait regrettable qu’une formation politique obtienne à elle seule la majorité absolue.

            Si le parti au pouvoir s’en sort avec plus de 41 députés, on retournerait à la case départ. Le Premier ministre devra, s’il n’est pas du RPT, être l’otage de ce parti qui contrôlerait tout. Ce serait alors la restauration de l’Etat RPT, pouvoir absolu comme au temps du Timonier.

            Et si un seul parti de l’opposition obtient la majorité absolue, il serait aussi tenté de gouverner seul. Fort de cette majorité à l’Assemblée, ce parti imposera un Premier Ministre au chef de l’Etat. S’en suivra à coup sûr, un conflit permanent entre le président de la République à qui la constitution donne l’essentiel des prérogatives et le Premier Ministre.

            On tomberait de facto dans une nouvelle crise, car il serait difficile pour les deux têtes de l’exécutif de s’entendre sur les portefeuilles de souveraineté et sur un Projet de gouvernement.

            Cette crise entre d’un côté le Chef de l’Etat, Chef suprême des Armées qui a les prérogatives de nomination des Directeurs de société et de l’autre, le Premier Ministre et sa majorité parlementaire qui initient et  adoptent les lois, ne fera que compliquer les choses et accentuer l’incertitude. On risquerait alors de se retrouver dans une situation qui rappelle la période transitoire sous Koffigoh où les ministres étaient obligés d’entrer dans le maquis pour éviter la fureur des « éléments incontrôlés » fidèles au Chef de l’Etat. Au final, le Président de la République n’aura d’autres solutions que de dissoudre l’Assemblée après un an en vertu de l’article 68 de la constitution. Une nouvelle Assemblée devant être élue dans les soixante jours qui suivent la dissolution, il n’est pas sûr que les électeurs recommenceront la même aventure.

            On aura alors perdu un an à entretenir un climat de suspicion et de guéguerre au détriment de l’essentiel. Si aucun parti n’a une majorité à l’Assemblé, des tractations vont s’engager entre les formations politiques représentées à l’Assemblée pour constituer une majorité parlementaire qui devra accorder sa confiance au Premier Ministre avant son entrée en fonction. Il y aura forcément alliance entre le parti du Premier Ministre et celui du chef de l’Etat qui, en vertu de l’article 66 « nomme le Premier Ministre et met fin à ses fonctions ». Plusieurs formations politiques de l’opposition peuvent constituer une majorité parlementaire dans laquelle le Premier Ministre doit être nommé.

            En tout état de cause, tout parti, quel qu’il soit, sera obligé de composer avec un ou d’autres pour pouvoir gouverner. Vu la situation dans laquelle se trouve notre pays aujourd’hui, aucun parti politique pris individuellement ne peut prétendre le gouverner tout seul.

AS

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

     
 

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