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Les
spéculations au sujet de la nomination d’un
Premier ministre d’un éventuel gouvernement
transitoire ne sont que la résultante des
intentions que les acteurs politiques se prêtent
les uns aux autres en même temps qu’elles visent
à réduire les objectifs du dialogue à une course
folle vers la primature.
Les partis de l’ex-coalition, tout en défendant
généralement les mêmes points de vue, se
soupçonnent et se surveillent. D’où les rumeurs
faisant état de ce que des responsables de partis
auraient chacun un parrain chef d’Etat africain qui
plaiderait en sa faveur auprès du chef de l’Etat
pour le poste de Premier ministre.
Toutes les délégations ayant adhéré au principe de
la formation d’un nouveau gouvernement et déclaré
être disposés à y entrer, Faure Gnassingbé ne
souhaite pas moins avoir un Premier ministre
consensuel pour gagner plus de légitimité. Mais la
méfiance sempiternelle qui prévaut entre les
camarades de lutte du COD2 pose une équation dont
la tentative de résolution lui donnera
certainement le vertige.
Le ton avait été déjà donné quand il s’était agi de
désigner le Président du présidium du dialogue. Ce
jour-là, l’UFC a présenté un candidat pour affronter
le CAR. Paradoxalement, tous les participants, sauf
la CDPA et l’UFC ont apporté leur soutien à Me
Yawovi Agboyibo. Officiellement, les deux partis
avaient justifié ce désaveu par le fait qu’ils ne
veulent pas cautionner la procédure de vote. Or, il
eût suffi qu’ils acceptassent la désignation du
Président du CAR pour qu’il n’y ait pas de vote.
Voilà qui augure des crocs-en-jambe en perspective
entre « camarades-adversaires ».
L’UFC qui persiste à ne pas reconnaître la
légitimité du chef de l’Etat ne peut accepter le
poste de Premier ministre en vertu de la
constitution issue du toilettage du pouvoir RPT.
Pour ne pas le dire tout haut, le parti de Gilchrist
Olympio subordonne son entrée dans un éventuel
gouvernement de transition au retour à la
constitution de 1992 qui accorde des prérogatives
substantielles au Premier ministre. Or, au vu de
l’allure que prend le dialogue, toutes les questions
visant la révision constitutionnelle en dehors des
dispositions touchant aux élections pourraient être
réservées au prochain gouvernement et à l’Assemblée
qui s’installeront après les législatives. S’il est
clair que le RPT ne veut pas changer la nature du
régime, il est tout aussi évident que l’UFC
n’accepterait pas un poste de Premier ministre
fusible du Président de la République.
Il reste cependant que l’attitude adoptée par l’UFC
à l’égard de Me Agboyibo lors de la désignation du
Bureau du dialogue prouve à suffisance que même s’il
n’est pas prêt à occuper ce poste, à n’importe quel
prix, le parti de Gilchrist Olympio n’approuvera pas
la nomination du Premier ministre fût-il du CAR dans
les circonstances actuelles. L’UFC espère plutôt que
tout ce qu’elle récuse le soit également par tous
les partis de l’opposition.
En dépit de l’énergie déployée par Me Agboyibo pour
favoriser la désignation de Bob Akitani comme
candidat unique à l’élection présidentielle du
24 avril 2005, le leader du CAR a été désavoué par l’UFC lorsqu’il
s’était agi de nommer le Premier ministre dans
la Coalition. Me Agboyibo sur qui le chef de l’Etat
avait porté son choix et qui voulait à tout prix se
vêtir de la confiance de tous les partis de la
coalition s’était enfermé dans le piège de la
fameuse plate-forme qui exigeait que les
institutions de la République soient mises entre
parenthèses. Bien évidemment, le chef de l’Etat qui
a compris qu’en fait, la Coalition lui demandait de
piétiner la constitution qu’il a prêté serment de
respecter s’est logiquement tourné vers Edem Kodjo
qui ne lui a posé aucune condition pour accepter le
poste de Premier ministre. Le CAR qui se considère
comme le parti le plus important du pays après l’UFC
peut-il supporter que le poste de Premier ministre
aille à la CDPA ? Le parti du Professeur Gnininvi
n’avait pas soutenu la désignation de Me Agboyibo à
la présidence du dialogue. On se rappelle qu’au
moment où les tractations se poursuivent pour la
désignation du candidat unique de l’opposition à
l’élection présidentielle et qu’à travers les femmes
du grand marché et la NDP, la CDPA faisait pression
sur la Coalition en faveur de la candidature du
Professeur Gnininvi, de l’extérieur, Me Agboyibo
s’était employé à justifier le choix de l’UFC.
En réaction à la campagne de dénigrement orchestrée
à l’époque par les fanatiques de Gnininvi pour
tenter de disqualifier Bob Akitani, Agboyibo ne
s’était pas privé de déclarer lors d’une conférence
de presse que Bob Akitani ayant été désigné grâce à
la providence, les commentaires malveillantes sur sa
désignation sont de nature à « gêner Dieu ».
La « méfiance amicale » qui prévaut entre les
trois principaux partis de l’ex-coalition peut se
résumer en une formule. « Le malheur pour tous
plutôt que le bonheur pour l’autre ».
Dans ces conditions, ceux qui souhaitent l’échec
pour le Président du dialogue et qui ne sont pas
nécessairement du côté du pouvoir redoutent que la
réussite du dialogue profite à Me Agboyibo à leur
détriment. A défaut pour les principaux partis de
l’opposition de se débarrasser de cette logique du
« moi ou personne », Edem Kodjo va rester là
où il est jusqu’à l’organisation des élections.
A.
S. |