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31 mai 2006

[ 492:  30 mai  2006]
Qui va succéder à Edem Kodjo ?
 
 

Les spéculations au sujet de la nomination d’un Premier ministre d’un éventuel gouvernement transitoire ne sont que la résultante des intentions que les acteurs politiques se prêtent les uns aux autres en même temps qu’elles visent à réduire les objectifs du dialogue à une course folle vers la primature.

 Les partis de l’ex-coalition, tout en défendant généralement les mêmes points de vue, se soupçonnent  et se surveillent. D’où les rumeurs faisant état de ce que  des responsables de partis auraient chacun un parrain chef d’Etat africain qui plaiderait  en sa  faveur auprès du chef de l’Etat pour le poste de Premier ministre.

Toutes les délégations ayant  adhéré au principe de la formation d’un nouveau gouvernement et déclaré être disposés à y entrer, Faure Gnassingbé ne souhaite pas moins avoir un Premier ministre consensuel pour gagner plus de légitimité. Mais  la méfiance sempiternelle qui prévaut entre les camarades de lutte du COD2  pose  une équation dont la tentative de résolution lui donnera certainement   le vertige.

Le ton avait été déjà  donné quand il s’était agi de désigner le Président du présidium du dialogue. Ce jour-là, l’UFC a présenté un candidat pour affronter le CAR. Paradoxalement, tous les participants, sauf la CDPA et l’UFC ont apporté leur soutien à Me Yawovi Agboyibo. Officiellement, les deux partis avaient justifié ce désaveu par le fait qu’ils ne veulent pas cautionner la procédure de vote. Or, il eût suffi qu’ils acceptassent la désignation du Président du CAR pour qu’il n’y ait pas de vote. Voilà qui augure des crocs-en-jambe en perspective entre « camarades-adversaires ».

L’UFC qui persiste à ne pas reconnaître la légitimité du chef de l’Etat ne peut accepter le poste de Premier ministre en vertu de la constitution issue du toilettage du pouvoir RPT. Pour ne pas le dire tout haut, le parti de Gilchrist Olympio subordonne son entrée dans un éventuel gouvernement de transition au retour à la constitution de  1992 qui accorde des prérogatives substantielles au Premier ministre. Or, au vu de l’allure que prend le dialogue, toutes les questions visant la révision constitutionnelle en dehors des dispositions touchant aux élections pourraient être réservées au prochain gouvernement et à l’Assemblée qui s’installeront après les législatives. S’il est clair que le RPT ne veut pas changer la nature du régime,  il est tout aussi évident que l’UFC n’accepterait pas un poste de Premier ministre fusible du Président de la République.

Il reste cependant que l’attitude adoptée par l’UFC à l’égard de Me Agboyibo lors de la désignation du Bureau du dialogue prouve à suffisance que même s’il n’est pas prêt à occuper ce poste, à n’importe quel prix, le parti de Gilchrist Olympio n’approuvera pas la nomination du Premier ministre fût-il du CAR dans les circonstances actuelles. L’UFC espère plutôt que tout ce qu’elle récuse le soit également par tous les partis de l’opposition.

En dépit de l’énergie déployée par Me Agboyibo pour favoriser la désignation de Bob Akitani comme candidat unique à l’élection  présidentielle du 24 avril 2005, le leader du CAR a été désavoué par l’UFC lorsqu’il s’était agi de nommer le Premier ministre dans la Coalition. Me Agboyibo sur qui le chef de l’Etat avait porté son choix et qui voulait  à tout prix se vêtir de la confiance de tous les partis de la coalition s’était enfermé dans le piège de la fameuse plate-forme  qui exigeait que les institutions de la République soient mises entre parenthèses. Bien  évidemment, le chef de l’Etat qui a compris qu’en fait, la Coalition lui demandait de piétiner la constitution qu’il a prêté serment de respecter s’est logiquement tourné vers Edem Kodjo  qui ne lui a  posé aucune condition pour accepter le poste de Premier ministre.  Le CAR qui se considère comme le parti le plus important du pays après l’UFC peut-il supporter que le poste de Premier ministre aille à la CDPA ? Le parti du Professeur Gnininvi n’avait pas soutenu la désignation de Me Agboyibo à la présidence du dialogue. On se rappelle qu’au moment où les tractations se poursuivent pour la désignation du candidat unique  de l’opposition à l’élection présidentielle et qu’à travers les femmes du grand marché et la NDP, la CDPA faisait pression sur la Coalition en faveur de la candidature du Professeur Gnininvi,  de l’extérieur, Me Agboyibo s’était employé à justifier le choix de l’UFC.

En réaction à la campagne de dénigrement orchestrée à l’époque par les fanatiques de  Gnininvi pour tenter de disqualifier Bob Akitani, Agboyibo ne s’était pas privé de déclarer lors  d’une conférence de presse que Bob Akitani ayant été désigné grâce à la providence, les commentaires malveillantes sur sa désignation sont de nature à   « gêner Dieu ».

La « méfiance amicale » qui prévaut entre les trois principaux partis de l’ex-coalition peut se résumer en une formule. « Le malheur pour tous plutôt que le bonheur pour l’autre ».

Dans ces conditions, ceux qui souhaitent l’échec pour le Président du dialogue et qui ne sont pas nécessairement du côté du pouvoir redoutent  que la réussite du dialogue  profite à Me Agboyibo à leur détriment. A défaut pour les principaux  partis de l’opposition de se débarrasser de cette logique du « moi ou personne », Edem Kodjo  va rester là où il est jusqu’à l’organisation des élections.

A. S.

 
 

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