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Le Président du dialogue national ne sait plus à
quel saint se vouer. A force de ménager les
susceptibilités en fermant les yeux sur les
problèmes rencontrés, Me Agboyibo est devenu ou
presque le dindon de la farce. Flanqué du
vice-Président du dialogue et du rapporteur,
deux inconditionnels du pouvoir qui apparaissent
comme ses gardes du corps, sa marge de
manœuvre est très limitée dès lors qu’il a le
devoir de faire preuve de neutralité. Ce rôle
encombrant l’empêche de faire prévaloir les
positions de son parti et celles des autres
partis qui défendent les mêmes positions que le
CAR.
A
la difficulté d’amener le Vice- président et le
Rapporteur, tous proches du pouvoir à adhérer à un
projet d’accord, vient s’ajouter les absences
répétées du rapporteur Gilbert Bawara, un fidèle du
chef de l’Etat. En l’absence du rapporteur, les deux
autres peuvent-ils continuer le travail ? Me
Agboyibo est isolé et ne peut rien décider. Il
lui est même impossible de compter sur la vice-
présidente pour entreprendre quoi que ce soit. Au
moment où nous mettions sous presse, le rapporteur
du dialogue est en mission en Europe. Le chef de
l’Etat a-t-il mesuré l’incidence de son absence sur
les travaux du dialogue ?
Du côté du pouvoir, on empêche ainsi Me
Agboyibo de rechercher un consensus. Ses
collègues de l’opposition eux aussi le
soupçonnent de s’imposer comme médiateur de fait
et de vouloir s’entendre avec le pouvoir en place
pour produire un accord partiel en isolant les
questions essentielles et de présenter cet accord
politique comme un accord issu du dialogue national.
S’il dénonce publiquement une manœuvre visant à
empêcher le bureau de travailler, les représentants
du pouvoir RPT ne manqueront pas de le taxer de
partialité.
Le Président du CAR qui n’a pas
bénéficié du soutien de ses alliés traditionnels de
l’UFC et de la CDPA, n’a donc pas la tâche facile.
Devant ce blocage inavoué, le parti de Gilchrist
Olympio demande qu’on change de méthode (voir
ci-dessous).
Selon le règlement intérieur du
dialogue, en cas de désaccord persistant, des
médiateurs devraient être désignés par, on ne sait
qui, et sur décision du dialogue selon la nature
des problèmes. Comment faire en sorte que le ou les
médiateurs qui seront désignés soient acceptés par
tous ? L’ONU et l’UE vont-elles accepter
conjointement de mettre un ou des médiateurs à la
disposition du dialogue ? Cette éventualité
arrangerait la situation dans la mesure où il n’y
aurait plus d’excuse pour ceux qui contesteront les
solutions proposées par ces médiateurs. Mais le seul
moyen d’éviter de perdre du temps et de l’énergie
pour rechercher des médiateurs étrangers serait de
solliciter l’intervention du chef de l’Etat sur
certaines revendications importantes de l’opposition
que les représentants du pouvoir rejettent avec
fermeté. Dans tous les cas, le problème posé par les
absences répétées du Ministre Bawara doit être réglé
pour permettre au Bureau de faire face à
l’essentiel.
Dans cette situation de blocage, la
bonne volonté du chef de l’Etat est à l’épreuve. Il
devra à la fois trouver un remplaçant à Bawara pour
faire marcher le Bureau du dialogue en même temps
que son intervention sur les points essentiels qui
posent problème est exigée pour débloquer la
situation.
En juillet 1999, lorsque les blocages
étaient apparus au dialogue intertogolais et que
même les facilitateurs ne maîtrisaient plus la
situation, il a fallu que Me Agboyibo se déplace à
Lomé 2 pour convaincre le chef de l’Etat à lâcher du
lest sur le Bulletin unique et d’autres points
permettant ainsi la signature de l’Accord Cadre de
Lomé. On connaît déjà à la lumière de la synthèse
des premières discussions, les principaux points de
divergence. La composition et l’attribution de la
CENI, les conditions d’éligibilité, le mode de
scrutin.
Si le blocage persiste, il y a des
raisons de croire que le pouvoir en place cherche à
gagner du temps dès lors qu’il semble à l’abri des
pressions de la société civile parce que ces
travailleurs, hypnotisés par les conclusions du
dialogue social ne s’intéressent pas au dialogue
politique.
Pour éviter de porter le chapeau de ce
blocage délibéré, Me Agboyibo sera sans doute,
obligé de convoquer une séance plénière dans les
jours qui suivent et de mettre le Chef de l’Etat
devant ses responsabilités.
Abass SAÏB
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