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Le Regard

30 mai 2007

[ 545 : du 29 mai 2007]
Le choix des candidats RPT de la Kozah pose problème

En décidant d’organiser des élections primaires pour choisir les candidats du RPT à la députation, Faure Gnassingbé a voulu rompre avec les méthodes du passé et insuffler un esprit démocratique au partie. L’un des avantages de cette méthode, si elle est bien appliquée, est de permettre aux populations de la base, de choisir elles-mêmes, les personnes qu’elles trouvent les mieux indiquées pour les représenter à l’Assemblée nationale. Mais au-delà de cet  avantage, l’organisation des primaires telle qu’elle se fait pose un certain nombre de problèmes. Car un nombre important de ceux qui veulent se positionner n’ont malheureusement pas l’opportunité de le faire. De gros barons qui étaient considérés encore hier comme indéboulonnables, ont été sévèrement sanctionnés et se trouvent désormais dans l’impossibilité de rentrer dans la course à la députation.

Cette réalité a fait naître au sein du parti, un sentiment de mécontentement venant de personnes qui voudraient bien avoir leur part de gâteau en siégeant à l’Assemblée nationale. Ces derniers, digérant mal leur échec, veulent se faire entendre. De plus en plus de ces barons se servent de certains jeunes proches d’eux pour relayer leur mécontentement. Et la situation est sur le point de se généraliser.

            Dans la Kozah, des informations avaient fait état de ce que les primaires s’étaient déroulées dans de très bonnes conditions et que le choix des candidats ne souffrait d’aucune contestation. Les membres de la liste du RPT Kozah à savoir, Kpatcha Gnassingbé, Kpanlou Patassé et Bernard Walla ont été présentés comme étant des personnalités qui font l’unanimité au sein des populations.

            Mais aujourd’hui, il paraît de plus en plus certain que des réserves subsistent. Même si personne ne veut prendre le risque de critiquer ouvertement, on murmure et on cache mal la désapprobation.

            Des sources proches des contestataires s’indignent et se demandent quand et comment les membres de la liste ont été désignés. On estime que sur quatorze cantons que compte la Kozah, seulement deux auraient participé à ce choix, à savoir les cantons de Pya et de Lama. Ces cantons à eux deux seraient-ils représentatifs de toute la préfecture ?

            Ce qu’on déplore aussi dans cette affaire, c’est la surreprésentation du canton de Pya. Parmi les trois membres que compte la liste, Pya se taille la part du lion en présentant à lui seul, deux de ses fils, à savoir Patassé et son frère Kpatcha. Et le troisième membre, Bernard Walla ne fait pas non plus l’unanimité, car il est considéré comme étant issu du seul milieu qui dans tout Lama, bénéficie des faveurs du pouvoir.

            En effet les Walla ont été depuis longtemps déjà associés à l’exercice du pouvoir au Togo.  Le Général Akawilou Marcel Walla a été ministre M. Koffi Kadanga Walla a été plus d’une fois ministre. On connaît aussi Mme Kissem Tchangaï Walla qui a été également ministre au Togo. Aujourd’hui, c’est au tour de Bernard Walla de détenir un portefeuille ministériel. Et au lieu de se contenter de son poste de ministre pour laisser la chance à quelqu’un d’autre, le voilà désigné comme candidat du RPT aux prochaines législatives. Pour ses détracteurs, cela fait trop pour une seule famille dans un milieu où les autres sont privés de tout. Les plus amers dans cette affaire viennent de Lama bas où on se dit écartés ou oubliés.

            L’innovation introduite par Faure Gnassingbé dans le choix des candidats du RPT se présente alors comme un couteau à double tranchants. Si beaucoup de voix s’élèvent pour critiquer les primaires, c’est surtout parce qu’au niveau du collège électoral composé des représentants cantonaux, il se pose des problèmes de procédure.

            Au temps d’Eyadema, le problème ne se posait pas. Il suffisait qu’il tape du poing sur la table et tout était réglé. Faure Gnassingbé ne veut pas utiliser les mêmes méthodes. Ce qui suscite des mécontentements. Si ce sentiment persiste et grandit, la méthode Faure risquerait de se retourner contre le parti. Car, certains pour marquer leur désaccord pourraient voter pour une autre liste.

Y.A

La hiérarchie militaire témoigne sa fidélité à Faure

Dans son édition N°518 du 24 mai 2007 sous le titre Kpatcha se bunkérise à Kara (voir ci-dessous) «La lettre du continent» revient sur un autre épisode du conflit qui oppose Faure Gnassingbé à son jeune frère Kpatcha. Mais selon une version obtenue de bonne source de l’entourage présidentiel, Kpatcha Gnassingbé s’était effectivement retiré à Pya où il a passé plusieurs jours. Et comme par hasard son autre frère Rock Gnassingbé, Patron du sous-groupement blindé des FAT y était également. Le ministre de la défense aurait rencontré quelques chefs traditionnels et fait des cérémonies comme le faisait son père de son vivant.

Selon nos informations il aurait demandé à des officiers de le rejoindre à Pya pour un conclave, mais surpris par cette étrange invitation, le chef d’Etat major général, le Général Zakari Nandja et le Chef d’Etat major de l’Armée de terre, le Général Berenna Gnakoudé qui n’auraient pas apprécié cette démarche suspecte sont allés au Palais de la Présidence pour rassurer le chef de l’Etat et lui témoigner de leur soutien indéfectible. En milieu de semaine le chef de l’Etat Faure Gnassingbé s’est rendu à Pya où il aurait eu une discussion « franche » avec son jeune frère.

Au final les deux frères se seraient apparemment compris. En tout cas le ministre de la défense aurait assuré le chef de l’Etat qu’il n’est animé par aucun sentiment belliqueux à son égard. On rapporte que loin de se laisser endormir, Faure Gnassingbé est toujours attentif aux actes que pose son frère cadet.

Abass SAIB

 
Polémique sur le processus électoral : Des membres de la CENI minimisent les mises en garde de l’UFC

La CENI a fini d’installer ses CELI mais déjà l’un des partis représenté au sein de la commission fait remarquer que la composition des CELI viole l’article 28 du code électoral qui stipule que le président de la CELI est nommé par décret pris en conseil des ministres. L’UFC «conteste formellement la compétence du seul président de la CENI à composer et à faire mettre en place les membres des CELI». En outre, il s’instaure une polémique sur la nomination des magistrats du parquet au lieu des magistrats du siège comme présidents des CELI.

Visiblement, à la CENI on considère la dénonciation de l’UFC comme une tempête dans un verre d’eau. Un membre de la CENI contacté par notre rédaction considère qu’il s’agit là d’une volonté manifeste de créer des problèmes là où il n’y en a pas. « Ceux qui entretiennent une polémique inutile et qui s’évertuent à le provoquer le désintérêt des électeurs à l’égard du processus électoral savent à quel jeu ils jouent » indique t-il. Un autre membre de la CENI estime que c’est faire injure aux autres membres que de dire que c’est le seul président de la CENI qui a « composé et fait mettre en place les membres de la CELI».

            Il témoigne que c’est ensemble que les membres de la CENI ont travaillé lorsqu’il s’est agi de mettre en place les CELI. «Ce n’est pas la première fois que les magistrats du parquet sont nommés à la tête des CELI au Togo» a-t-il indiqué. Lors  de la rencontre de la CENI avec la presse, le président de cette institution avait fait remarquer que les membres de la CENI qui sont sous serment ne peuvent pas empêcher leur parti de prendre des positions contraires à celles auxquelles ils ont adhéré. Ainsi, pendant que les représentants de l’UFC à la CENI participent activement à la mise en place des CELI leur parti dénonce cette opération à grand fracas.

            Cette duplicité risque de mettre à mal la cohésion au sein de la CENI où certains finiront par considérer que d’autres les tournent en bourriques en faisant semblant d’approuver ce qui se fait à la CENI puis une fois dehors incitent leur parti à décrédibiliser l’institution aux yeux de l’opinion publique.

            Dans une lettre qu’elle vient d’adresser à la CENI et dont copie est envoyée au Président du Comité de Suivi au Chef de l’Etat et au Chef du gouvernement, «l’UFC met en garde la CENI contre les graves conséquences de toute violation de la loi électorale et de toute décision tendant à compromettre l’organisation dans notre pays d’élections crédibles et acceptable par tous». On attend de voir la suite que réservera le président de la CENI à cette mise en garde.

A. S.

 
Recomposition de la Cour Constitutionnelle Les sérieuses réserves de l’UFC

L’Assemblée Nationale a procédé à la désignation des six membres de la cour constitutionnelle conformément à l’article 100 de la constitution. L’accord politique global avait recommandé que cette cour soit recomposée en tenant compte des critères de compétence, d’impartialité et de probité. Les trois autres membres devront être désignés par le chef de l’Etat. Mais déjà le tri opéré par l’Assemblée Nationale sur 30 dossiers présentés suscite le tollé dans les milieux proches de l’UFC qui, quelques jours auparavant, avait mis en garde contre tout replâtrage, « tout rafistolage visant à remettre en selle tout ou partie des membres actuels auteurs notoires des forfaitures qui ont endeuillé notre pays et aggravé la crise sociopolitique ».

L’Assemblée monocolore RPT vient une fois encore de démontrer qu’elle reste fidèle à l’ancienne garde, refusant ainsi de s’inscrire dans la dynamique consensuelle.

            Le contraire aurait surpris, quand on sait que c’est cette même assemblée qui, avec la complicité des membres de la Cour Constitutionnelle, a violé la constitution pour légitimer le coup d’Etat en Février 2005.

            Mais dans une certaine mesure et puisque nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes, tous les partis politiques signataires de l’APG, y compris l’UFC, ont favorisé cette situation en laissant à cette tristement célèbre assemblée, la responsabilité de désigner les membres de la cour constitutionnelle. Les critères (compétence, impartialité, probité ) aussi flous que subjectifs donnent carte blanche à l’Assemblé pour agir à sa guise. Pourquoi donc ceux qui montent aujourd’hui au créneau n’avaient-ils pas exigé des garde-fous avant la signature de l’APG ?

Du côté du pouvoir, on joue naturellement les Ponce Pilate en arguant qu’il n’appartient ni au gouvernement, ni au chef de l’Etat, encore moins à quiconque, d’indiquer au pouvoir législatif, la nature du choix qu’elle doit opérer au risque de porter atteinte au principe de la séparation des pouvoirs. Les signataires auraient dû insister qu’il soit inscrit dans l’APG que la recomposition de la Cour doit être faite sur une base consensuelle et avec l’Accord de tous les partis signataires.

            Le drame dans cette affaire c’est que l’Accord Politique Global a confirmé l’Assemblée dans ses prérogatives lui permettant de mettre  à mal l’esprit consensuel sous le couvert de la légalité.  Il se peut que ce soit une stratégie politique visant à pousser certains partis au boycott ou à créer une atmosphère d’indignation de nature à décourager certains électeurs qui doutent déjà de la crédibilité du prochain  scrutin.

            La cour constitutionnelle est la juridiction chargée de veiller au respect des dispositions de la constitution référendaire, des élections présidentielles, législatives et sénatoriales. Elle statue sur le contentieux des consultations et élections.

Abass SAIB

 
La justice française ne veut pas inquiéter Debbasch

Charles Debbasch le Conseiller juridique de Faure Gnassingbé, récemment interpellé à l’aéroport  de Bruxelles a été finalement remis en liberté. La justice belge ayant levé le mandat d’arrêt à son encontre et l’interdiction de sortie du territoire belge, il a pu regagner Lomé jeudi dernier. Son interpellation aura duré huit jours. La justice française qui ne veut visiblement pas l’inquiéter n’a pas demandé son extradition.

L’affaire qui a conduit à l’interpellation de M. Debbasch remonte à 2005. Il avait été alors condamné à deux ans de prison dont un avec sursis, pour détournement de fonds et d’œuvres d’art au détriment de la Fondation Vasarely. Charles Debbasch qui, à l’époque n’était pas sur le territoire français, n’avait pas purgé sa peine. C’est ainsi que les juridictions françaises ont délivré un mandat d’arrêt international contre lui.

            Selon M. Michel de Bonnecorse alors Conseiller aux affaires africaines à l’Elysée, qui évoque le contexte de cette arrestation « on était dans une situation de paradoxe, puisque la justice française avait délivré un mandat d’arrêt international et qu’en même temps, un juge d’application des peines permettait à M. Debbasch de venir à Paris. Donc M. Debbasch pouvait être arrêté à l’étranger et il circulait librement en France, donc l’affaire a été signalée au Garde des Sceaux qui a mis bon ordre ».

            Ce qui n’est pas du toute l’opinion de Charles Debbasch qui dénonce une sorte d’acharnement. « Moi j’ai argué de la nullité du mandat d’arrêt. Je suis fidèle aux règles juridiques, je suis professeur de droit et je trouve ahurissant que la République française se comporte parfois comme un Etat bananier et, qu’un mandat d’arrêt qui a été régulièrement levé par l’autorité judiciaire ait été rétabli sur l’ordre d’un personnage qui était alors à l’Elysée et qui n’y est plus aujourd’hui. C’est M. de Bonnecorse, un de mes anciens étudiants d’Aix-en-Provence », devait-il déclarer.

            Pour M. Debbasch, cette affaire n’est pas terminée car « les escrocs qui ont trompé la justice doivent à présent rendre des comptes et les magistrats d’Aix-en-Provence qui ont commis des faux pour me condamner devront en répondre devant la justice », a-t-il menacé à son retour à Lomé.

            En vérité si la situation de Debbasch relevait d’un paradoxe comme le disait Michel de Bonnecorse, c’est tout simplement parce que l’homme n’est pas n’importe qui. Son ombre pèse sur la justice française. Etant un universitaire chevronné, Professeur émérite de droit, plusieurs magistrats et fonctionnaires du ministère de la justice sont passés entre ses mains comme étudiants. Aux yeux de ces derniers, il demeure pratiquement intouchable et on n’ose pas l’inquiéter.

            Dans un autre registre, Charles Debbasch dispose de solides soutiens dans le cercle des Chefs d’Etat africains qui le couvrent parce qu’ils ont besoin de son expertise. On dit de lui qu’il a aidé beaucoup d’entre eux à tripatouiller la constitution de leur pays et à la ramener à leur mesure. Au Togo où l’homme est connu depuis qu’il a commencé à fréquenter les salons de la Présidence sous Eyadema, il n’a jamais joui de la sympathie de l’écrasante majorité de l’opinion. C’est pourquoi sa libération et son retour au Togo ont été accueillis avec une grande déception. On aurait plutôt souhaité que les ennuis du « Doyen » se poursuivent. Pour ce faire, certains n’avaient pas hésité à bombarder la Présidence française de courriers électroniques, expliquant à Nicolas Sarkozy la lourde part de responsabilité qui est celle de Debbasch dans le hold-up électoral d’Avril 2005.

            Mais de toute évidence, les complaintes des détracteurs de Debbasch sont tombées dans des oreilles de sourds. On attend donc de voir comment finira cette affaire puisque selon les dires de Debbasch, une plainte a été nommément déposée par ses Avocats contre l’ancien Conseiller aux affaires africaines, Michel de Bonnecorse.

Affaire à suivre donc

L.R

 

     
 

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