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Le règlement intérieur adopté consensuellement par
les participants au dialogue intertogolais,
dispose en son point 7 que, « le dialogue
national prend ses décisions par consensus.
Il ne recourt au vote
que dans des cas exceptionnels où toutes les
tentatives pour parvenir au consensus ont échoué
et en raison de la nature du sujet en discussion.
Dans ce cas, la décision est prise à la majorité
qualifiée des 2/3 des 9 délégations.
Chaque délégation peut, le cas échéant, émettre
des réserves sur une décision adoptée par vote. Il
en est aussitôt fait mention dans les notes de la
séance. Une fois épuisé l’ordre du jour général,
le dialogue national procède, avant la clôture de
ses travaux, à l’examen de l’ensemble des réserves
formulées en vue d’y rechercher des solutions.
En cas de besoin, le bureau recourt, sur décision
du dialogue national, à des facilitateurs»
Mais apparemment, le Président de l’UFC ne semble
pas d’accord avec cette disposition recommandant
le vote : Lors de la conférence de presse qu’il a
animée samedi dernier, Gilchrist Olympio a été
clair :
« Nous
sommes allés dans une salle hétéroclite remplie de
partis qui ont des points de vue très différents
les uns des autres. Il y a le RPT et ses alliés,
il y a des gens qui se disent de l’opposition mais
dont les positions sont très différentes de la
nôtre. Nous nous sommes opposés dès le début à ce
principe de vote. Nous disons que dans une telle
salle, on ne peut pas procéder par le principe de
« one man one vote » (un homme une voix). Il y a
même la société civile qui est là. Quand ils ont
adopté le règlement intérieur, ils ont dit qu’il
faut un consensus. Ça veut dire que tout le monde
est d’accord.
Si toutefois on n’arrive pas à avoir
le consensus, ils vont demander à tout le monde de
voter. Et si les deux tiers sont d’accord avec la
proposition on l’adopte et ceux qui ont des
réserves on les met de côté, on fait alors appel à
un médiateur pour savoir pourquoi les choses se
sont passées de cette façon. Nous avons trouvé
cette proposition inacceptable. Dans des
discussions de ce genre, on ne peut pas procéder
par vote. Donc nous sommes en train de discuter en
ce moment même le cadre électoral et si on veut
nous imposer cette règle, nous serons obligés de
quitter la salle ».
En
adoptant cette position, l’UFC risque de se
retrouver seule contre tous mais Gilchrist Olympio
dit ne pas du tout s’inquiéter d’être marginalisé
par tous les participants qu’il considère comme
minoritaires. De quoi irriter les
partis de l’opposition qui n’ont pas les mêmes
points de vue que lui.
Après la parenthèse de l’élection du
24 avril 2005, la donne politique a changé. Au
nom de la diversité d’opinions qui
caractérise tout jeu démocratique, les partis
politiques comme le CAR et la CDPA qui, il y a
quelques mois faisaient route ensemble avec l’UFC
ont décidé de prendre leur responsabilité après
avoir essuyé un refus catégorique de la part de
l’UFC conviée à une forte union scellée par une
alliance électorale. En fait, l’UFC se croit si
puissante qu’elle se sent en mesure de se passer
des autres qui, las d’être considérés par elle
comme quantité négligeable sont
décidés de s’affirmer en tant qu’entité politique.
Quoique son retour n’ait pas suscité une
mobilisation pareille aux précédentes (1998, 2003
et 2005), le Président de l’UFC minimise ce fait.
La menace de l’UFC de
quitter les négociations tient au
fait qu’elle n’est pas du tout assurée
de compter sur ses ex-compagnons de la
Coalition pour faire triompher ses points de vue.
Visiblement ce parti veut se donner le temps de
voir si les positions qu’il défend
auront l’assentiment du CAR et de la CDPA avant de
décider d’y rester ou de se retirer. Dans le
programme concocté par l’UFC à l’occasion du
retour de son président, il était prévu une
rencontre du Président avec les responsables de
l’opposition. Mais Gilchrist Olympio
les aurait appelé au téléphone pour s’excuser avec
l’espoir de les rencontrer chez eux à la prochaine
occasion. Va-t-on assister à une opération de
destruction entre opposants
traditionnels comme au bon vieux temps du Général
Président ? Aujourd’hui, des efforts se font de
part et d’autres pour éloigner la
méfiance entre les acteurs politiques.
Au temps du Général Président, un
opposant qui accepte de s’asseoir sous le même
apatam que lui ou recevoir une décoration de lui
était accusé par les autres d’avoir trahi ou
d’avoir pris de l’argent. Les vrais opposants
étaient ceux qui savaient le mieux éviter de
s’exhiber avec leurs frères et amis
du RPT avec qui, ils ont fréquenté les
mêmes écoles. Mais la volonté affichée par l’UFC
de discuter avec le Président Faure quoiqu’elle ne
lui reconnaisse pas une légitimité
marque la fin d’une époque même si le chef de
l’Etat devra multiplier les gestes de bonne
volonté pour rassurer les adversaires du régime.
Les douloureux événements qui ont émaillé le
processus électoral sont vivaces dans les esprits
mais il n’y a pas d’autres voies que de se parler
et de s’entendre sur le minimum pour que
l’argument de la force ne se substitue pas à la
force de l’argument car comme on l’a vu sous
d’autres cieux, même après la guerre, les
belligérants reviennent toujours à la table de
négociation.
Le dialogue se déroule sous
l’observation des représentants de Blaise Compaoré
et de l’Union Européenne qui rendent compte du
déroulement des travaux à leurs mandants.
Visiblement, Faure Gnassingbé fait tout pour ne
pas porter le chapeau d’une quelconque rupture du
dialogue quitte à prendre à témoin
l’Union Européenne chargée d’évaluer la mise en
œuvre des vingt deux engagements. Gilchrist
Olympio qui n’exclut pas l’éventualité de se
retirer en raison de la structure et
l’organisation du dialogue peut laisser faire
quitte à « recourir à d’autres options ».
Mais il lui faudra s’assurer que pour être
efficace, cette option sera
approuvée à la fois par la majorité des Togolais
et la communauté internationale.
Abass SAÎB
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