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14 mars 2006

[ 481:  14 mars 2006]
Crise togolaise: Le Commissaire Européen continue d’entretenir la confusion 

Le Commissaire Européen au Développement et à l’Action Humanitaire  est décidé – en diplomate atypique– à faire des déclarations qui contredisent et rendent encore plus ambiguë la position de l’Union Européenne  sur la crise togolaise.

            Il est à remarquer que c’est quand il arrive en Afrique que, l’envie le prend de tenir des propos plutôt de nature à susciter la polémique. Ainsi, à l’occasion de la réunion sous-régionale sur le développement tenue à Ouagadougou mardi dernier, il a déclaré sur RFI : « le gouvernement a invité à plusieurs reprises tous les partis. Tous ne sont pas venus  ou semblent avoir des pieds de plomb pour y aller ou semblent poser des conditions qui me paraissent parfois excessives ».

            On se souvient que lors du sommet Afrique France tenu à BAMAKO l’année dernière, Louis Michel avait affirmé que le gouvernement togolais est animé de bonne volonté et que c’est l’opposition togolaise qui dit toujours non à tout. Distinguant dans le cas du Togo deux  oppositions, (une raisonnable  et une autre trop radicale), il s’était donc mis à dos l’UFC de Gilchrist Olympio qui, décidée en conséquence à ne pas se laisser marcher sur les pieds,   a choisi de résister à ses chantages et pressions multiformes qui ont pour but de lui faire accepter « l’inacceptable ». En ce qui concerne les pourparlers de Ouaga dont l’échec est imputé à certains qui posent des «conditions excessives», Louis Michel lui-même s’est montré maladroit dans le pilotage de ce dialogue au point de faire appel à l’ONU pour l’aider à désigner un facilitateur en la personne de Lakhdar Brahimi. Mais ayant choisi de toujours donner raison au gouvernement togolais, Louis Michel ne s’était pas prononcé lorsque le pouvoir togolais a rejeté ce facilitateur. Aucun protagoniste de la crise togolaise  ne s’était présenté le  20 février dernier à Ouaga comme prévu.  L’UFC s’est indignée du fait qu’on s’obstine à lui imposer Ouaga comme lieu du dialogue et Blaise Compaoré comme médiateur. En réalité, Louis Michel  a déterré la hache de guerre contre ceux ou celui qu’il traite en adversaire, car aucun parti ne s’étant présenté  à Ouaga pour commencer le dialogue, il n’y avait pas de raison valable  d’accuser qui que ce soit.  

Qui pose des conditions excessives ?

            La réponse à cette question doit être  à la taille de l’incapacité de Louis Michel à gérer le dossier togolais. Il se retrouve en contradiction flagrante avec son porte parole qui a affirmé que : « nous avons proposé une facilitation qu’une partie au dialogue essaye de refuser. C’est un préalable très important pour le démarrage des négociations. Dès qu’un compromis sera trouvé sur la facilitation, on pourra accélérer les discussions sur le fond, notamment la question de la Réforme de l’armée, la nécessité de la séparation  des pouvoirs et l’amorce d’une transition politique ». Cette position jamais dénoncée par Louis Michel  lui-même et qui est celle de la Commission impute la responsabilité de la non reprise du dialogue à celui qui rejette la facilitation. C’est-à-dire le gouvernement togolais.

            Cette déclaration ou plutôt  ce volte-face a été favorablement accueilli dans les milieux proches de l’opposition, notamment à la CDPA qui s’est empressée  de s’en féliciter. Mais d’autres encore, prudents,  qui ont plutôt compris  que l’opinion de Louis  Michel  varie  au gré de ses humeurs du moment, n’excluent pas qu’il  prenne le contre-pied  de la position exprimée par son institution. Louis Michel avait affirmé que le gouvernement actuel est un gouvernement transitoire  qui devra organiser les élections alors que son porte-parole dit qu’une feuille de route  sera définie au sortir du dialogue  politique et qui passe par une transition qui va réformer l’Etat et créer le cadre d’une réconciliation. Jean Pierre Fabre qui a toujours maille à partir avec le Commissaire Européen semble avoir raison lorsqu’il dit : « Je note une évolution certaine de sa pensée. Il n’y a pas longtemps, lorsque nous parlons de transition, on nous traitait de radicaux. Selon son porte-parole, M. Louis Michel dit que l’UE n’acceptera pas d’élections législatives si celles-ci ne résultent pas d’une transition. Mon étonnement a été tel que j’ai cherché à vérifier la réalité de l’interview attribuée à ce porte-parole ainsi que la fidélité ou la conformité du contenu à la pensée de M. Louis Michel. Car, le commissaire Louis Michel est un personnage étrange pour ne pas dire déroutant. Permettez-moi de vous rappeler que lors de sa visite au Togo le 27 décembre 2004, quelques semaines avant la mort de M. Gnassingbé Eyadema, M. Louis Michel n’a pas craint de reprocher à l’opposition togolaise d’utiliser l’Union Européenne pour « établir un rapport de force avec le pouvoir en place ». Incompréhensible, n’est-ce pas ? Exactement ce que disait le régime Eyadema. Comme si nous n’avons pas le droit, de nous protéger, d’invoquer un Accord signé par le Togo, en l’occurrence la Convention ACP/UE qui garantit le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques.

La nouvelle attitude de M. Michel me conforte dans mon analyse selon laquelle, il vaut mieux compter sur soi-même et éviter ainsi d’être à la merci des caprices d’une communauté internationale dont les positions fluctuent selon les intérêts de ses composantes les plus actives. Il ne faut pas trop se réjouir. Personne ne sait ce que dira demain M. Michel ».

Autre preuve de l’inconstance du Commissaire Européen, lorsqu’en janvier 2005, après s’être extasié devant la prestation des groupes folkloriques et savouré un dîner bien arrosé dans la Kozah aux cotés du Général Président, Louis Michel visiblement aux anges avait annoncé qu’à son retour  il notifierait immédiatement le 9eFED au gouvernement togolais. Fausse promesse, puisqu’une déclaration au nom de la Présidence de l’UE publiée par la suite, subordonnait la notification du 9e FED à l’organisation des législatives sur la base d’un code électoral consensuel. A Ouaga la semaine dernière, il change de refrain en déclarant que la condition pour la signature du 9e FED, c’est qu’il y ait un calendrier électoral. Faut-il le prendre au sérieux ?

La contradiction flagrante  qui existe entre ses déclarations et les prises de position de son institution sur la situation togolaise  contribuent à semer davantage la confusion dans les esprits.

A. S.

 

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