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Le Commissaire Européen au
Développement et à l’Action
Humanitaire est décidé – en
diplomate atypique– à faire des
déclarations qui contredisent et
rendent encore plus ambiguë la
position de l’Union Européenne
sur la crise togolaise.
Il est à remarquer
que c’est quand il arrive en
Afrique que, l’envie le prend de
tenir des propos plutôt de
nature à susciter la polémique.
Ainsi, à l’occasion de la
réunion sous-régionale sur le
développement tenue à
Ouagadougou mardi dernier, il a
déclaré sur RFI : « le
gouvernement a invité à
plusieurs reprises tous les
partis. Tous ne sont pas venus
ou semblent avoir des pieds de
plomb pour y aller ou semblent
poser des conditions qui me
paraissent parfois excessives ».
On se souvient que
lors du sommet Afrique France
tenu à BAMAKO l’année dernière,
Louis Michel avait affirmé que
le gouvernement togolais est
animé de bonne volonté et que
c’est l’opposition togolaise qui
dit toujours non à tout.
Distinguant dans le cas du Togo
deux oppositions, (une
raisonnable et une autre trop
radicale), il s’était donc mis à
dos l’UFC de Gilchrist Olympio
qui, décidée en conséquence à ne
pas se laisser marcher sur les
pieds, a choisi de résister à
ses chantages et pressions
multiformes qui ont pour but de
lui faire accepter « l’inacceptable ».
En ce qui concerne les
pourparlers de Ouaga dont
l’échec est imputé à certains
qui posent des «conditions
excessives», Louis Michel
lui-même s’est montré maladroit
dans le pilotage de ce dialogue
au point de faire appel à l’ONU
pour l’aider à désigner un
facilitateur en la personne de
Lakhdar Brahimi. Mais ayant
choisi de toujours donner raison
au gouvernement togolais, Louis
Michel ne s’était pas prononcé
lorsque le pouvoir togolais a
rejeté ce facilitateur. Aucun
protagoniste de la crise
togolaise ne s’était présenté
le 20 février dernier à Ouaga
comme prévu. L’UFC s’est
indignée du fait qu’on s’obstine
à lui imposer Ouaga comme lieu
du dialogue et Blaise Compaoré
comme médiateur. En réalité,
Louis Michel a déterré la hache
de guerre contre ceux ou celui
qu’il traite en adversaire, car
aucun parti ne s’étant présenté
à Ouaga pour commencer le
dialogue, il n’y avait pas de
raison valable d’accuser qui
que ce soit.
Qui pose des conditions
excessives ?
La réponse à cette
question doit être à la taille
de l’incapacité de Louis Michel
à gérer le dossier togolais. Il
se retrouve en contradiction
flagrante avec son porte parole
qui a affirmé que : « nous
avons proposé une facilitation
qu’une partie au dialogue essaye
de refuser. C’est un préalable
très important pour le démarrage
des négociations. Dès qu’un
compromis sera trouvé sur la
facilitation, on pourra
accélérer les discussions sur le
fond, notamment la question de
la Réforme de l’armée, la
nécessité de la séparation des
pouvoirs et l’amorce d’une
transition politique ».
Cette position jamais dénoncée
par Louis Michel lui-même et
qui est celle de la Commission
impute la responsabilité de la
non reprise du dialogue à celui
qui rejette la facilitation.
C’est-à-dire le gouvernement
togolais.
Cette déclaration ou
plutôt ce volte-face a été
favorablement accueilli dans les
milieux proches de l’opposition,
notamment à la CDPA qui s’est
empressée de s’en féliciter.
Mais d’autres encore, prudents,
qui ont plutôt compris que
l’opinion de Louis Michel
varie au gré de ses humeurs du
moment, n’excluent pas qu’il
prenne le contre-pied de la
position exprimée par son
institution. Louis Michel avait
affirmé que le gouvernement
actuel est un gouvernement
transitoire qui devra organiser
les élections alors que son
porte-parole dit qu’une feuille
de route sera définie au sortir
du dialogue politique et qui
passe par une transition qui va
réformer l’Etat et créer le
cadre d’une réconciliation. Jean
Pierre Fabre qui a toujours
maille à partir avec le
Commissaire Européen semble
avoir raison lorsqu’il dit :
« Je note une évolution certaine
de sa pensée. Il n’y a pas
longtemps, lorsque nous parlons
de transition, on nous traitait
de radicaux. Selon son
porte-parole, M. Louis Michel
dit que l’UE n’acceptera pas
d’élections législatives si
celles-ci ne résultent pas d’une
transition. Mon étonnement a été
tel que j’ai cherché à vérifier
la réalité de l’interview
attribuée à ce porte-parole
ainsi que la fidélité ou la
conformité du contenu à la
pensée de M. Louis Michel. Car,
le commissaire Louis Michel est
un personnage étrange pour ne
pas dire déroutant.
Permettez-moi de vous rappeler
que lors de sa visite au Togo le
27 décembre 2004, quelques
semaines avant la mort de M.
Gnassingbé Eyadema, M. Louis
Michel n’a pas craint de
reprocher à l’opposition
togolaise d’utiliser l’Union
Européenne pour « établir un
rapport de force avec le pouvoir
en place ». Incompréhensible,
n’est-ce pas ? Exactement ce que
disait le régime Eyadema. Comme
si nous n’avons pas le droit, de
nous protéger, d’invoquer un
Accord signé par le Togo, en
l’occurrence la Convention ACP/UE
qui garantit le respect des
droits de l’homme et des
principes démocratiques.
La nouvelle attitude de M.
Michel me conforte dans mon
analyse selon laquelle, il vaut
mieux compter sur soi-même et
éviter ainsi d’être à la merci
des caprices d’une communauté
internationale dont les
positions fluctuent selon les
intérêts de ses composantes les
plus actives. Il ne faut pas
trop se réjouir. Personne ne
sait ce que dira demain M.
Michel ».
Autre preuve de l’inconstance du
Commissaire Européen, lorsqu’en
janvier 2005, après s’être
extasié devant la prestation des
groupes folkloriques et savouré
un dîner bien arrosé dans la
Kozah aux cotés du Général
Président, Louis Michel
visiblement aux anges avait
annoncé qu’à son retour il
notifierait immédiatement le 9eFED
au gouvernement togolais. Fausse
promesse, puisqu’une déclaration
au nom de la Présidence de l’UE
publiée par la suite,
subordonnait la notification du
9e FED à
l’organisation des législatives
sur la base d’un code électoral
consensuel. A Ouaga la semaine
dernière, il change de refrain
en déclarant que la condition
pour la signature du 9e
FED, c’est qu’il y ait un
calendrier électoral. Faut-il le
prendre au sérieux ?
La contradiction flagrante qui
existe entre ses déclarations et
les prises de position de son
institution sur la situation
togolaise contribuent à semer
davantage la confusion dans les
esprits.
A. S. |