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7 mars 2006

[ 480:  7 mars 2006]
La rencontre de Sant’Egidio retardée par l’entrée en scène de Blaise Compaoré

Une nouvelle rencontre entre l’UFC et le RPT est prévue à Rome dans les prochains jours. « Le principe est acquis mais la date n’est pas encore retenue », a indiqué une source proche de la présidence togolaise. Cette rencontre qui s’annonce sera sans doute, la troisième  qu’initie la Communauté Sant’Egidio. Les deux délégations feront le « point » des précédentes rencontres et profiteront de l’occasion pour aborder les problèmes liés  à la reprise du dialogue national.

            Selon une source généralement bien informée, la mouvance présidentielle voulait que la rencontre ait lieu lundi. Mais l’UFC voudrait  obtenir des éclaircissements pour pouvoir prendre des précautions  en raison des malentendus qui naissent au sein de l’opposition où certains estiment être exclus. Le site du gouvernement togolais ne se fait pas trop d’illusion, « ces rencontres, écrit-il, font partie d’un processus complexe permettant une reprise du dialogue politique au Togo. Tous les partis politiques y sont favorables mais les difficultés rencontrées illustrent la tâche délicate dans laquelle s’est engagé le chef de l’Etat qui souhaite que les pourparlers entrent dans une phase concrète dès que possible ».

            Mais le dialogue de Sant’Egidio prend une autre tournure avec l’implication de Blaise Compaoré dès lors qu’un représentant du Burkina Faso devra assister au dialogue.  En raison du rôle joué par les chefs d’Etat de la CEDEAO dont Blaise Compaoré dans le processus électoral, rôle condamné par l’ensemble de l’opposition, la formation de Gilchrist Olympio voudrait avoir toutes les précisions auprès de Sant’Egidio  et du Burkina Faso pour éviter un énième guet-apens. En effet, le choix du Président Burkinabé comme facilitateur du dialogue intertogolais n’a pas été unanimement approuvé,  ni le choix de Ouaga comme lieu du dialogue. Sans donc l’avouer, le parti de Gilchrist Olympio ne voudrait pas se laisser prendre au piège qui consiste à approuver malgré lui, la médiation de Blaise Compaoré sous le couvert de Sant’Egidio.

            Si à travers cette rencontre, la mouvance présidentielle veut montrer à la communauté internationale qu’elle est déterminée à dialoguer avec l’opposition, par contre, l’UFC a du mal à convaincre aussi bien les autres formations de l’ex Coalition que des contestataires irréductibles de la diaspora qui considèrent que ce genre de rencontres est de nature à reléguer les autres partis de l’opposition  au second plan. L’UFC a beau expliquer et rassurer  que le dialogue de Sant’Egidio pour lequel elle s’est engagée ne se substituera pas au dialogue national, nombre d’acteurs politiques ne décolèrent pas allant jusqu’à dénoncer une tentative de réduction du débat politique à une lutte entre les clans Gnassingbé et Olympio. Ainsi donc, le fait qu’une partie de l’opposition – malgré les assurances données l’UFC– persiste à voir dans cette  initiative, une manière de dévaluer les autres partis politiques met l’UFC dans une situation fort embarrassante, surtout que certains refusent de comprendre le fait que Gilchrist Olympio  accepte de dialoguer avec Faure Gnassingbé qu’ils estiment infréquentable d’abord parce qu’il est  le fils de son père et ensuite en raison des conditions dans lesquelles il a accédé au pouvoir. Or la communauté internationale ayant prescrit le dialogue comme solution à notre crise, aucune formation politique togolaise ne saurait rejeter cette option au risque de s’isoler n’ayant pas d’autres moyens  d’inverser les rapports de force. Pourtant favorable au dialogue avec la mouvance présidentielle, Me Agboyibo n’a jamais aimé les pourparlers de Sant’Egidio. La preuve, c’est que dans un communiqué rendu public le 06 mars dernier par son parti, le Président du CAR déplore que «  depuis plus de huit mois, les pourparlers en question qui avec le temps, ont pris l’allure d’un véritable préalable au démarrage du dialogue  bloquent le dialogue national considéré par tous comme  étant l’ultime solution pour sortir notre pays de la crise. Il est temps que le dialogue national démarre », conclut-il.

 

            En fait, l’UFC comme toute autre formation politique ne pouvait rejeter l’initiative de Sant’Egidio sans se discréditer politiquement puisque cette communauté jouit d’une notoriété dans l’opinion politique européenne.

            En clair, du moment où le RPT se montre prêt à répondre sans aucun préalable à tout moment à l’invitation de Sant’Egidio, l’UFC se doit de relever le défi en y allant.

 

Rencontre test ?

            L’initiative de Sant’Edigio  paraît complexe parce qu’elle est perçue comme un dialogue parallèle à celui recommandé par l’Union Européenne. Et pour cause, la rencontre ne réunit pas tous les protagonistes de la crise.  Mais Sant’Egidio considère qu’un dialogue intertogolais pour être efficace devrait être précédé d’une réduction des divergences entre les deux principaux partis politiques qui au vu des dernières élections présidentielles rassemblent la majorité des électeurs.  En l’absence d’une plate-forme unique de l’opposition, Sant’Egidio préfère  une approche synthétique.

            Lors de la dernière rencontre de Sant’Egidio, les discussions ont achoppé principalement sur les questions de la réforme constitutionnelle et  de l’armée. Nul doute que si les divergences avaient été aplanies, les autres points qui seront à l’ordre du jour au dialogue intertogolais seraient faciles à régler dans la mesure où les exigences de l’UFC sont jugées plus complexes – parce que touchant aux racines du mal togolais –  que celles des autres formations politiques.

            Dans l’entourage de Gilchrist Olympio, on veut considérer cette nouvelle rencontre comme un test. Il s’agira de voir si le pouvoir  en place  a la réelle volonté de faire avancer le dialogue et éviter de perdre du temps. Dans tous les cas, rassure t-on, les résultats qui seront obtenus à Sant’Egidio, seront versés au dossier du dialogue intertogolais.

Yao Assou

 
 

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