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7 mars 2006

[ 480:  7 mars 2006]
Affaire de Pédophilie au Restaurant L’Okavango : Le Procureur requiert 6 ans de prison ferme contre Philippe Desmars

Le film du procès

72 mois de prison ferme, 10 ans de fermeture du bar restaurant Okavango,  assorti d’une expulsion après avoir purgé sa peine, c’est la lourde réquisition qui est tombée après les débats houleux le vendredi 03 mars dernier au Palais de Justice de Lomé contre l’ancien gendarme français, responsable du Bar restaurant l’Okavango, Philippe Desmars, 53 ans, accusé « d’attentat à la pudeur » sur la personne d’une mineure de 15 ans, Apeleté Afi Joice. Quant à sa complice, Napo Béatrice, une peine de 24 mois de prison ferme à été requise contre elle, plus 300 mille francs CFA d’amende comme sanction  subsidiaire pour « proxénétisme ».

Le procès s’est déroulé sous haute surveillance policière et a duré toute la journée de vendredi. L’ambiance était électrique dans la salle d’audience qui avait fait son plein des grands jours. 

Les débats étaient dirigés par le Président du Tribunal Kouyou. Le fauteuil du ministère public était occupé par le Procureur de la République, Robert B. Bakaï.

La partie civile Mlle Apeleté Afi Joice, avait reçu l’appui de l’ONG WAO-Afrique, qui s’est constituée partie civile dans le dossier. Les intérêts de la partie civile étaient défendus par un collectif d’une dizaine d’avocats qui sont entre autres, Mes Berthe Ali, Amegankoe, Amadou, Adama Claude, Attoh Mensah, Dogbeavou, Adigbo, Sanvee, Kpegba…

Le prévenu Philippe Desmars avait comme Conseils, Mes Martial Akakpo, Ahlin Komlan, Atsu Darus auxquels est venue s’ajouter, Me Isabelle Ameganvi.

Les faits
La  victime Apeleté Joice,  âgée de 15 ans, vivait avec ses parents. Mais à un moment donné, pour des motifs qu’elle  ne maîtrise pas, sa famille s’est éclatée. N’ayant plus de soutien ni de toit et livrée à elle-même, elle décide de se lancer en aventure à la recherche d’une vie meilleure.  C’est ainsi qu’un jour, elle tomba sur la dame Napo qu’elle considéra comme sa grande sœur. Celle-ci  a promis de la sortir de sa misère  en lui trouvant un « Yovo » qui va s’occuper d’elle. Dans ses calculs, la dame Napo  a choisi une nuit du mois de novembre pour conduire la petite et naïve Joice, après l’avoir maquillée et l’habillée de sa propre robe, au Restaurant l’Okavango pour la remettre entre les mains de Philippes Desmars qui en avait fait la demande. La suite s’est passée très vite. Après avoir sympathisé avec la jeune Apeleté Joice sous un pot au restaurant, il l’a conduite dans sa  chambre à coucher où il lui fit consommer un liquide qui envoya la pauvre fille dans un sommeil profond.  La voie lui est ouverte et il peut abuser d’elle autant qu’il voudra.  Celle-ci  se réveillera au petit matin dans du sang. La question qui s’était posée était de savoir s’il s’agissait d’un viol ou d’un attentat à la pudeur. Difficile à répondre étant donné que personne n’a pu voir ce qui s’était réellement passé dans la chambre de Philippe Desmars.

L’expertise médicale commandée par le tribunal a été sujette à contradiction. Elle a été mise en doute par le Procureur de la République qui estime que l’expertise a souffert des pressions qui entourent le dossier lui-même. Les conclusions sont au conditionnel. Ce qui ne favorise pas  la sérénité des débats. L’expertise médicale  a donc été écartée et les débats se sont poursuivis normalement.

Le prévenu Philippe Desmars déclare ne pas reconnaître les faits à lui reprochés. Il indique que lorsque la fille lui a été présentée à sa demande et dès qu’ils se sont retrouvés dans sa chambre à coucher, il a tout simplement demandé à la jeune fille d’ôter seulement les habits d’en  haut pour laisser transparaître son buste pour une photo parce qu’elle  lui avait déclaré une fois dans la chambre qu’elle était dans ses périodes de menstruations. Il est rentré aux toilettes, mais à son retour la petite était complètement à poil. Il s’est saisi de son appareil  photographique et c’est au moment de  photographier le buste de Joice que l’appareil photo a fait un mouvement pour prendre jusqu’au sexe de la fille. Il déclare ne pas être un pornographe mais un artiste qui cherche à mettre en valeur les beautés africaines à  partir des clichés qu’il prend des  jeunes filles. Le prévenu déclarera par la suite  que la victime a inondé sa chambre de sang. Le sieur Philippe Desmars se perdait dans ses explications  au point qu’il a embrouillé l’auditoire. De contradictions en contradictions, il  n’a pu convaincre personne.

La dame Napo, serveuse à l’hôtel de la Paix,  accusée de proxénétisme connaît Philippe Desmars il y a 3 ans par l’intermédiaire de son copain qui était aussi un blanc. Desmars séparé de sa femme, lui a demandé de lui trouver une copine avec qui il va construire sa vie. Et  en moins d’un an et demi, cinq filles ont défilé dans la chambre de Philippes Desmars dont la victime Joice.

Après audition des principales parties, l’audience a été suspendue pour permettre au tribunal d’entendre la victime dans la  chambre de conseil, la loi  n’autorisant pas les mineurs  à  être entendus publiquement.
 

Opérateur économique devenu opérateur sexuel
Dans leurs demandes, après que Me Berthe Ali eût fait un portrait caricatural de l’accusé, les avocats de la partie civile, ont relevé les conventions internationales ratifiées par le Togo pour protéger les enfants contre toute sorte d’abus. L’enfant étant sacré, il est inadmissible de le traiter comme un objet. « Il est irresponsable de faire l’amour avec une petite fille et lui prendre des photos à des fins inavouées », lance Me Adama Claude qui déclare que, « plus  qu’un attentat  à la pudeur, c’est un trouble à l’ordre public qui ne peut rester impuni. Car un crime impuni est une incitation à d’autres crimes ». La partie civile a demandé le versement de 200 millions de FCFA comme dommages intérêts. «Au regard de la gravité de ce dossier, le tribunal devrait se déclarer incompétent et renvoyer le ministère public à mieux se pourvoir. Mais si par malheur, il décide de le retenir, les éléments constitutifs du délit sont bel et bien là. Car de l’opérateur  économique, l’accusé est devenu un opérateur sexuel », remarque Me Attoh-Mensah qui poursuit que « la colonisation a poussé nos enfants à l’école, la mondialisation les  pousse aujourd’hui dans les rues et les jette dans les bras des colosses, des  détraqués, des pervers et des malades sexuels ».

Me Amegankoe relèvera la trilogie dans un procès pénal qui conduit à une sanction. Il s’agit de l’élément matériel, l’élément  intentionnel et l’élément légal. L’avocat à remarqué une constance dans le procès. Desmars a effectivement reçu Afi Joice d’abord au restaurant puis dans sa chambre. En terme d’attentat à la pudeur, la loi parle d’attouchement sur la personne d’autrui en vue  d’exciter ses sens. Or la petite fille avait déclaré en salle de conseil que,  dès son arrivée dans le bar, Desmars a touché ses seins.  C’est un message qu’il lui a envoyé. Ce premier élément introductif de toutes les autres scènes qui se sont suivies après, suffit, à lui seul, pour retenir l’attentat à la pudeur à la charge de Desmars sur la personne de Joice. Il est impossible de savoir ce qui s’est passé dans la chambre car, la nature et l’ordre normal des choses n’admettent pas que lorsqu’un homme et une femme se trouvent dans la chambre, il y ait une tierce personne à côté. De plus, l’infraction a été commise avec violence puisqu’il y avait une arme à côté qui pouvait influencer la petite. L’autre élément, c’est
l’intention qu’avait eu le prévenu puisque Joice avait été conduite par Napo Béa dans un but prédéterminé. Le dernier point indiscutable est l’élément légal fixé par l’art. 84  et suivants du Code Pénal.

Un monstre sexuel
Dans ses réquisitions, le Procureur de la République  a rappelé les faits, relevé le point de droit et établi les éléments constitutifs de l’infraction tout en précisant qu’en matière d’attentat à la pudeur, l’élément matériel se confond avec l’élément moral.

Il a fait cas des dérives sexuels du prévenu, et parlé d’un enfant de 5 ans, fruit des œuvres de Desmars que celui-ci a rejeté. Le procureur déclare avoir reçu,  à la veille du procès, la grand-mère et la mère de cet enfant dont la maman a fait connaissance avec le prévenu en 1995 au moment où elle avait 15 ans. Desmars a nié  être l’auteur de la grossesse. Mais à la naissance de l’enfant, la maman, une africaine de teint, a mis au monde, un petit blanc qui ressemble au prévenu comme une goutte d’eau. Mais ce dernier  a refusé  de le reconnaître. Pis encore, il refuse  d’assurer la pension alimentaire à cet enfant et de se soumettre au test d’ADN pour prouver que l’enfant lui appartient. Selon le procureur de la République, plusieurs jeunes filles et  femmes sont venues témoigner à son niveau qu’en matière de sexe, Desmars était un monstre. Il utilise les filles comme des animaux, des objets pour ensuite les rejeter comme une orange pressée.

Quant à ce qui est de  Napo Béatrice, le Procureur de la République déclare qu’elle n’est pas à son coup d’essai. Elle en a fait une profession. Elle héberge des jeunes filles pour les faire sortir la nuit pour une contrepartie. Elle n’a pas pitié des petites filles qu’elle démarche pour ses clients. Après la mésaventure de Joice chez Desmars, elle lui a demandé comment ça s’est passé et combien elle a eu. La jeune Joice répond  qu’on lui a donné 5.000 FCFA. Béatrice demande à Joice d’aller lui acheter un  produit pour 1000 FCFA dans ces 5.000 FCFA. Ce qu’elle a fait. Par la suite, Bea obligea Joice à partager avec elle, en parts égales, le  reliquat de 4.000 FCFA.

C’est face à ce cynisme que le Procureur de la République, Robert Bakaï a requis contre le Prévenu Philippe Desmars, 72 mois de prison ferme, 10 ans de fermeture immédiate du bar restaurant l’Okavango et ordonné son expulsion du territoire togolais dès qu’il aura fini de purger sa peine. Pour Mlle Napo Béatrice, elle doit être condamnée à 24 mois de prison ferme, à 300 mille  FCFA d’amende et à une interdiction de 5 ans d’exercice du métier d’hôtelier  ou de serveuse dans un bar en vue de décourager d’éventuels candidats.

Les avocats de la défense ont rejeté la responsabilité des dérives sexuelles commises   sur les jeunes filles sur les parents dont la plupart encouragent leurs filles à faire ce que font leurs camarades filles. « Ces parents ne font pas le devoir de bon père de famille. Des parents ont laissé leur petite fille traîner  d’Atitogon à Lomé sans soutien. Que voulez-vous qu’il lui arrive », se demande Me Isabelle Ameganvi.  Pour Me Ahlin Komlan, leur client n’est pas blanc comme neige mais,  il faut sensibiliser les jeunes filles sur les  effets de ces pratiques perverses.  Tout comme lui, Me Martial Akakpo a rejeté l’idée d’attentat à la pudeur qui, selon lui, n’a pas été démontré. Les éléments constitutifs d’un délit ne sont pas réunis, a t-il souligné.

Le délibéré est attendu le 17 mars prochain.


A. Isaac

 

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