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Le Regard

28 fevrier 2007

[ 532 : du 27 fevrier 2007]
Arrestation du Gal Tidjani : Le Colonel Titikpina avait agi à l’insu du ministre de la Défense

Apparemment, les hautes autorités togolaises se résolvent à entretenir le black-out sur l’arrestation du Général Tidjani à la frontière Bénin -Nigeria. La semaine dernière, le Colonel El Hadj Mohammed Titikpina que nous avons joint nous avait raccroché au nez craignant sans doute de rajouter à la maladresse qu’il aurait occasionné du fait de son zèle.

Il apparaît, selon nos investigations, que c’est bien le Colonel Titikpina qui a incité les autorités béninoises à appréhender le Général Tidjani. Le Problème est que le colonel zélé avait agi sans chercher à savoir si le Général Tidjani avait reçu le feu vert du Ministre de la défense Kpatcha Gnassingbé avant de quitter le territoire. Au moment où nous mettions sous presse, le Général est libre de ses mouvements. La semaine dernière il aurait même rencontré le Ministre de la Défense par deux fois. S’il avait vraiment tenté de s’enfuir on l’aurait mis cette fois aux arrêts de forteresse. Se rappelant de ses heures de gloire, le Gal Tidjani n’avait pas daigné exhiber son autorisation de sortie mais un simple coup de fil à son collègue de la Défense aurait pu permettre au Col Titikpina de se rendre à l’évidence que Tidjani n’a pas quitté à son insu.

            Ainsi donc, à force de vouloir à tout prix se faire remarquer comme le meilleur gardien du temple des Gnassingbé, le Colonel Titikpina a créé un précédent au sommet de l’Etat où on préfère ne pas faire de bruit sur cette affaire. Le Général Tidjani qui n’a pas fini de ruminer sa mésaventure n’est pas dans une posture assez confortable pour demander des comptes à Titikpina moins gradé que lui. Mais Kpatcha Gnassingbé va-t-il réconcilier les deux hommes pour faire oublier à l’aîné l’humiliation que lui a fait subir le cadet ?

            Tidjani lui-même n’aurait jamais cru à un devin qui lui prédirait qu’il connaîtra une telle humiliation après tant d’années passées à narguer ses concitoyens du fait de la position q’il occupait sous Gnassingbé  Père. Et si chacun à son tour chez le coiffeur comme le dit l’adage le Colonel Titikpina finira lui aussi par connaître le sort des barons du régime qui ont brillé par le zèle incontrôlé et qui, aujourd’hui, sont en disgrâce.

A.S

 
Environ 10 milliards pour les élections législatives anticipées de juin prochain

C’est désormais acquis. Pour voter lors des législatives théoriquement  prévues pour le 24 juin prochain, les Togolais auront des cartes d’électeurs numérisées et sécurisées avec photo. Le matériel nécessaire pour l’établissement de ces cartes sera emprunté de la RDC qui, lors de la dernière élection présidentielle, a utilisé ce type d’équipement. Une mission de la CENI, institution chargée de l’organisation de ces élections au Togo était il y a quelques jours au pays de Kabila à cet effet. Il ne reste plus qu’à accomplir les formalités pour l’acheminement des kits d’établissement des cartes au Togo où une mission exploratoire de l’UE, principal bailleur de fonds du Togo est attendue au mois de mars prochain.

            De sources informées, on indique que le budget provisoire établi pour l’organisation des élections législatives anticipées s’élèverait à environ 12 milliards de F CFA. Ce chiffre ne prend pas en compte les kits qui seront empruntés de RDC. Ils prennent par contre en charge, le transport du matériel de RDC au Togo et les opérations d’adaptation ainsi que toutes les opérations entrant dans le cadre des préparatifs de ces élections. Mais à ce jour, le chronogramme du  processus reste encore à arrêter. D’où certaines inquiétudes.

            En effet, si on trouve déjà des solutions à certains problèmes, beaucoup de questions restent en suspens. La CENI qui vient de publier la composition de ses démembrements au niveau des Préfectures (CELI) a encore, beaucoup de travail à abattre. Pour les besoins du processus, il faudra recruter des agents électoraux qui travailleront sous la supervision des commissions des listes et cartes. Au jour d’aujourd’hui, ces agents électoraux ne sont pas encore recrutés et les commissions des listes et cartes ne sont pas encore composées et installées. Une fois qu’ils seront en place, il faudra engager des experts pour leur donner, chacun dans le domaine qui le concerne, une formation lui permettant de s’acquitter convenablement de ses tâches techniques. Beaucoup reste donc à faire.

            Mais, face à cette situation, le gouvernement affiche une sorte de passivité et reste apparemment inactif. C’est seulement au niveau des partis politiques qu’on sent une certaine effervescence. Dans les états majors, c’est la veillée d’armes. On est en train de se préparer. C’est même déjà une atmosphère de campagne. Des simples réunions d’information et de formations aux congrès en passant par des Conseils nationaux, on multiplie les contacts avec la base et on met tout en œuvre pour être à jour, afin de pouvoir présenter valablement des candidats. Personne ne veut se laisser surprendre.

            La seule inquiétude aujourd’hui concerne les lenteurs au niveau du gouvernement et de la CENI. Le 24 juin retenu pour les législatives est de plus en plus considéré comme une date butoir. Le processus arrivera-t-il à son terme dans moins de quatre mois ? On attend de voir.

L. R.

Le CAR à l’épreuve du «pouvoir» : Les trois sérieux problèmes de Me Agboyibo

Le passage de Me. Agboyibo à la Primature n’est pas sans difficultés. C’est le contraire qui aurait plutôt surpris au vu des enjeux électoraux qui s’annoncent. Il n’est pas du tout facile de se retrouver à la tête d’un gouvernement travaillant sous l’autorité du Chef de l’Etat et où siègent des ministres appartenant à plusieurs sensibilités politiques aux intérêts antagoniques.

En acceptant d’assumer cette responsabilité dans un pays où les coups bas et la diffamation tiennent lieu de stratégie politique, Me Agboyibo est devenu de facto, la cible  de ses amis d’hier qui voudraient être à sa place et des barons du RPT qui le redoutent. Une fausse lettre flanquée de l’adresse du Premier Ministre balancée dans l’opinion à des fins de manipulation fait couler beaucoup d’encre en ce moment (voir ci-contre). Mais la question qui se pose est de savoir si ce qui y est relaté contient ou non quelques milligrammes de vérité surtout que certains propos contenus dans le discours de Me. Agboyibo lors de la présentation des vœux au Chef de l’Etat s’y trouvent en substance. Même si le Premier ministre s’exerce à jouer au politiquement correct, il  n’en demeure pas moins qu’il est confronté à trois problèmes.

            Primo. L’accession à la Primature d’un responsable de parti politique est souvent interprétée par les proches de celui-ci comme une occasion d’avoir leur part du gâteau. C’est ainsi que  la nomination de Me Agboyibo a créé un espoir immense chez ses militants qui l’avaient presque abandonné, las de contempler la galère à n’en point finir. Ceux qui étaient partis parce qu’ils en avaient marre, sont revenus sur la pointe des pieds quand il a été nommé.

            Dans l’entourage du Président du CAR, il y en a qui pensent n’avoir pas été récompensés proportionnellement au courage dont ils avaient fait preuve à ses côtés pendant les moments difficiles qu’a connus le CAR et fulminent de voir nommés au cabinet de la Primature, des gens qui n’ont pas « mouillé le maillot ». Ceux qui sont nommés eux aussi ne décolèrent pas du fait que les titres qu’on leur a attribués sont ronflants alors que le salaire à eux attribué est dérisoire. Certains parlent même de discrimination dans l’attribution des avantages. Il ne faut pas non plus oublier les frères du village ou de la préfecture de Yoto qui estiment également que le moment est venu pour eux, de profiter des avantages du pouvoir. Il n’est pas facile de faire comprendre à  tout ce beau monde que la Primature ne se gère pas comme une épicerie de quartier encore que la constitution actuelle concentre les réels pouvoirs dans les mains du Chef de l’Etat. Bien de partisans de Me Agboyibo refusent de comprendre qu’en raison de la position qu’il occupe aujourd’hui, il ne puisse pas consacrer beaucoup de temps à recevoir leurs doléances et à régler immédiatement les problèmes auxquels ils sont confrontés.

            Secondo. Me Agboyibo ne peut tout naturellement pas bénéficier du soutien sincère des ministres proches du RPT qui affrontera son parti lors des prochaines législatives. Et lors de la présentation des vœux au Chef de l’Etat, il avait fait allusion aux collaborateurs de ce dernier qui joueraient un rôle négatif dans la mise en œuvre de l’Accord Politique Global. Quelle que soit la volonté exprimée par Faure  Gnassingbé, Me Agboyibo ne peut oublier qu’entre adversaires politiques, il n’y a pas de cadeaux à se faire et que les cadres du RPT, eux aussi, sont préoccupés plus par leur devenir politique immédiat que par sa réussite qui, savent-ils, arrangerait le CAR aux prochaines législatives. Et puisque chacun est obligé de défendre sa chapelle, Agboyibo ne devra pas non plus s’attendre à ce que Faure Gnassingbé désavoue ses proches collaborateurs pour lui faire plaisir quelles que soient leurs inadvertances envers le Premier ministre par ailleurs adversaire politique.

            Tertio. La troisième équation non moins redoutable qui se pose à Me Agboyibo, c’est l’attitude qu’ont ou auraient ses amis politiques d’hier en particulier l’UFC de Gilchrist Olympio à son égard. Il serait illusoire  de demander à Me Agboyibo d’oublier Edem Kodjo qui lui avait fait voir de toutes les couleurs après les législatives de Février 1994 et de ne pas se méfier du  Professeur Gnininvi en raison des coups bas auxquels ils se sont livrés au temps du COD.

            En perspective des prochaines élections, s’annoncent des manipulations d’opinion et du croc-en-jambe. Et Me Agboyibo sait qu’il n’est pas en odeur de sainteté auprès de Gilchrist Olympio qui avait qualifié son parti de «satellite du RPT» au lendemain de sa nomination. Il n’oublie pas que l’UFC ne supporte pas le fait que la Primature soit revenue au CAR à son détriment. Au CAR on se rappelle que l’UFC et la CDPA s’étaient farouchement opposées à la désignation de Me. Agboyibo comme Président du dialogue. Ici, on fait même remarquer l’« ingratitude » à l’égard de l’ancien coordonnateur de la coalition lorsqu’il s’était agi de parapher l’Accord Politique de Base, document que l’UFC avait refusé de parapher, indique-t-on au CAR, «parce qu’il porte les griffes de Me. Agboyibo».

            Il y a quelques jours, le Premier ministre avait adressé une lettre à l’UFC pour lui demander de clarifier sa positon après avoir cité les propos de Gilchrist Olympio qui se pose comme son adversaire qui a choisi de rester dehors pour critiquer l’action du gouvernement. « Nous regrettons de constater que votre réponse citée en référence verse dans la polémique… » répond l’UFC. Pas du tout, réplique-t-on au CAR. La polémique c’est l’UFC qui l’a engagée souligne-t-on. Pour le démontrer, on relève le caractère polémiste et provocateur des propos que Gilchrist lui-même a tenus aussi bien devant la presse qu’au meeting du jardin Fréau… Morceaux choisis : « Certains des Nôtre ont préféré aller manger un peu au gouvernement et revenir (…) Nous sommes  le tronc et les autres partis ne sont que des branches que nous ravitaillons ».

            Les propos de Gilchrist cités en référence par Me. Agboyibo laissent croire que c’est par principe et à des fins de positionnement politique que l’UFC a refusé d’entrer au gouvernement et non pas principalement pour des raisons liées à la nature de postes ministériels qu’elle réclame puisque quels que soient les postes qu’on lui donnera,  elle ne peut pas critiquer après coup ce qui a été décidé en Conseil des ministres. L’UFC qui n’a pas voulu être liée par « les responsabilités collectives » considère qu’elle serait beaucoup plus efficace à l’extérieur.

            Si donc le parti de Gilchrist Olympio s’est mis en position de paraître aux yeux des électeurs comme la principale, sinon la seule force de l’opposition, le CAR dont le Président occupe la primature s’emploiera à expliquer aux mêmes électeurs que la participation du CAR au gouvernement a été bénéfique pour le processus électoral en cours et que la confrontation n’est pas la solution au problème togolais, solution qui réside dans le dialogue politique. En même temps que Me. Agboyibo devra gérer les problèmes internes à son parti liés au partage du « gâteau Primatorial», il est condamné à se battre pour s’imposer comme une troisième voie incontournable, une alternative à la bipolarisation excessive du pays (RPT contre UFC). Mais la tâche ne lui sera pas aisée si les populations sont convaincues que la solution réside dans ce manichéisme infernal.

Abass SAÏB

 

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