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En
acceptant d’assumer cette responsabilité dans un
pays où les coups bas et la diffamation tiennent
lieu de stratégie politique, Me Agboyibo est devenu
de facto, la cible de ses amis d’hier qui
voudraient être à sa place et des barons du RPT qui
le redoutent. Une fausse lettre flanquée de
l’adresse du Premier Ministre balancée dans
l’opinion à des fins de manipulation fait couler
beaucoup d’encre en ce moment (voir ci-contre). Mais
la question qui se pose est de savoir si ce qui y
est relaté contient ou non quelques milligrammes de
vérité surtout que certains propos contenus dans le
discours de Me. Agboyibo lors de la présentation des
vœux au Chef de l’Etat s’y trouvent en substance.
Même si le Premier ministre s’exerce à jouer au
politiquement correct, il n’en demeure pas moins
qu’il est confronté à trois problèmes.
Primo. L’accession à la Primature
d’un responsable de parti politique est souvent
interprétée par les proches de celui-ci comme une
occasion d’avoir leur part du gâteau. C’est ainsi
que la nomination de Me Agboyibo a créé un espoir
immense chez ses militants qui l’avaient presque
abandonné, las de contempler la galère à n’en point
finir. Ceux qui étaient partis parce qu’ils en
avaient marre, sont revenus sur la pointe des pieds
quand il a été nommé.
Dans l’entourage du Président du CAR, il
y en a qui pensent n’avoir pas été récompensés
proportionnellement au courage dont ils avaient fait
preuve à ses côtés pendant les moments difficiles
qu’a connus le CAR et fulminent de voir nommés au
cabinet de la Primature, des gens qui n’ont pas « mouillé
le maillot ». Ceux qui sont nommés eux aussi ne
décolèrent pas du fait que les titres qu’on leur a
attribués sont ronflants alors que le salaire à eux
attribué est dérisoire. Certains parlent même de
discrimination dans l’attribution des avantages. Il
ne faut pas non plus oublier les frères du village
ou de la préfecture de Yoto qui estiment également
que le moment est venu pour eux, de profiter des
avantages du pouvoir. Il n’est pas facile de faire
comprendre à tout ce beau monde que la Primature ne
se gère pas comme une épicerie de quartier encore
que la constitution actuelle concentre les réels
pouvoirs dans les mains du Chef de l’Etat. Bien de
partisans de Me Agboyibo refusent de comprendre
qu’en raison de la position qu’il occupe
aujourd’hui, il ne puisse pas consacrer beaucoup de
temps à recevoir leurs doléances et à régler
immédiatement les problèmes auxquels ils sont
confrontés.
Secondo. Me Agboyibo ne peut tout
naturellement pas bénéficier du soutien sincère des
ministres proches du RPT qui affrontera son parti
lors des prochaines législatives. Et lors de la
présentation des vœux au Chef de l’Etat, il avait
fait allusion aux collaborateurs de ce dernier qui
joueraient un rôle négatif dans la mise en œuvre de
l’Accord Politique Global. Quelle que soit la
volonté exprimée par Faure Gnassingbé, Me Agboyibo
ne peut oublier qu’entre adversaires politiques, il
n’y a pas de cadeaux à se faire et que les cadres du
RPT, eux aussi, sont préoccupés plus par leur
devenir politique immédiat que par sa réussite qui,
savent-ils, arrangerait le CAR aux prochaines
législatives. Et puisque chacun est obligé de
défendre sa chapelle, Agboyibo ne devra pas non plus
s’attendre à ce que Faure Gnassingbé désavoue ses
proches collaborateurs pour lui faire plaisir
quelles que soient leurs inadvertances envers le
Premier ministre par ailleurs adversaire politique.
Tertio. La troisième équation non
moins redoutable qui se pose à Me Agboyibo, c’est
l’attitude qu’ont ou auraient ses amis politiques
d’hier en particulier l’UFC de Gilchrist Olympio à
son égard. Il serait illusoire de demander à Me
Agboyibo d’oublier Edem Kodjo qui lui avait fait
voir de toutes les couleurs après les législatives
de Février 1994 et de ne pas se méfier du
Professeur Gnininvi en raison des coups bas auxquels
ils se sont livrés au temps du COD.
En perspective des prochaines élections,
s’annoncent des manipulations d’opinion et du
croc-en-jambe. Et Me Agboyibo sait qu’il n’est pas
en odeur de sainteté auprès de Gilchrist Olympio qui
avait qualifié son parti de «satellite du RPT»
au lendemain de sa nomination. Il n’oublie pas
que l’UFC ne supporte pas le fait que la Primature
soit revenue au CAR à son détriment. Au CAR on se
rappelle que l’UFC et la CDPA s’étaient farouchement
opposées à la désignation de Me. Agboyibo comme
Président du dialogue. Ici, on fait même remarquer
l’« ingratitude » à l’égard de l’ancien
coordonnateur de la coalition lorsqu’il s’était agi
de parapher l’Accord Politique de Base, document que
l’UFC avait refusé de parapher, indique-t-on au CAR,
«parce qu’il porte les griffes de Me. Agboyibo».
Il y a quelques jours, le Premier
ministre avait adressé une lettre à l’UFC pour lui
demander de clarifier sa positon après avoir cité
les propos de Gilchrist Olympio qui se pose comme
son adversaire qui a choisi de rester dehors pour
critiquer l’action du gouvernement. « Nous
regrettons de constater que votre réponse citée en
référence verse dans la polémique… » répond l’UFC.
Pas du tout, réplique-t-on au CAR. La polémique
c’est l’UFC qui l’a engagée souligne-t-on. Pour le
démontrer, on relève le caractère polémiste et
provocateur des propos que Gilchrist lui-même a
tenus aussi bien devant la presse qu’au meeting du
jardin Fréau… Morceaux choisis : « Certains des
Nôtre ont préféré aller manger un peu au
gouvernement et revenir (…) Nous sommes le tronc et
les autres partis ne sont que des branches que nous
ravitaillons ».
Les propos de Gilchrist cités en
référence par Me. Agboyibo laissent croire que c’est
par principe et à des fins de positionnement
politique que l’UFC a refusé d’entrer au
gouvernement et non pas principalement pour des
raisons liées à la nature de postes ministériels
qu’elle réclame puisque quels que soient les postes
qu’on lui donnera, elle ne peut pas critiquer après
coup ce qui a été décidé en Conseil des ministres.
L’UFC qui n’a pas voulu être liée par « les
responsabilités collectives » considère qu’elle
serait beaucoup plus efficace à l’extérieur.
Si donc le parti de Gilchrist Olympio
s’est mis en position de paraître aux yeux des
électeurs comme la principale, sinon la seule force
de l’opposition, le CAR dont le Président occupe la
primature s’emploiera à expliquer aux mêmes
électeurs que la participation du CAR au
gouvernement a été bénéfique pour le processus
électoral en cours et que la confrontation n’est pas
la solution au problème togolais, solution qui
réside dans le dialogue politique. En même temps que
Me. Agboyibo devra gérer les problèmes internes à
son parti liés au partage du « gâteau Primatorial»,
il est condamné à se battre pour s’imposer comme une
troisième voie incontournable, une alternative à la
bipolarisation excessive du pays (RPT contre UFC).
Mais la tâche ne lui sera pas aisée si les
populations sont convaincues que la solution réside
dans ce manichéisme infernal.
Abass SAÏB |