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S’il y a des victoires qu’on
regrette d’avoir remporté parce
qu’elles créent des problèmes
alambiquées, la qualification de
notre pays pour la phase finale
de la Coupe du Monde en est
une. Et il a bien raison après
coup, ce compatriote qui s’était
décidé à ne pas regarder jouer
nos Eperviers à la Télé pendant
les éliminatoires. Il déclarait
qu’au vu de la manière dont
la FTF gère notre football, nous
risquons de ne pas pouvoir jouer
en Allemagne au cas où on se
qualifierait. Pour ce
compatriote, nos Eperviers ne
sont pas habitués à de hautes
compétitions. La plupart de nos
joueurs qu’on appelle des
professionnels et qui font
l’ossature de l’équipe
nationale, non seulement
jouent dans des clubs européens
de division inférieure mais
pire, passent des années sur le
banc de touche se contentant
d’encaisser leur émolument.
Il est évident que le contexte
des éliminatoires (aller et
retour) n’est pas le même que
les phases finales parce qu’ici,
il faut une dose de préparation
psychologique, stratégique et
physique. Or, contrairement à
d’autres équipes africaines, la
nôtre ne bénéficie pas de soins
appropriés. La prestation de
nos Eperviers en Egypte a fait
dire aux commentateurs que nous
ne méritons pas notre
qualification. Les raisons de ce
résultat calamiteux ne doivent
pas être recherchées du côté de
l’entraîneur qu’on trouve
toujours défaillant quand il y
a échec, mais du côté des
gestionnaires du football
national.
Cette débâcle était prévisible
parce qu’elle n’est que la
conséquence de l’amateurisme
avec lequel la Fédération gère
le football national.
Ceux qui sont tentés de perdre
leur temps à se rendre aux
stades pour suivre les
rencontres du championnat de
première division peuvent
constater la médiocrité de
notre football. Le football
togolais a reculé « à cent
ans en arrière » pour parler
comme quelqu’un, car le
spectacle qu’offrent
les équipes
dites de première division donne
la nausée. Même des équipes de
quartiers de Lomé et de nos
villages n’ont rien à envier à
elles. Aussi bien les
gouvernants et les membres de la
fédération étaient fiers de voir
ces matches de championnat de
qualité inférieure à zéro
puisqu’ils n’ont jamais eu
l’idée de rectifier le tir.
Si notre championnat était celui
des Agaza, Aiglon, ASFOSA,
SEMASSI, ASKO et autres
des années 80, on n’aurait pas
besoin de perdre de l’argent
pour aller dénicher des
professionnels de pacotille en
Europe. On sélectionnerait les
joueurs sur place pour les
regrouper à temps et les
soumettre à un travail de
qualité au lieu d’attendre la
veille des rencontres
internationales pour les
convoquer. L’équipe égyptienne
qui a remporté la Coupe
d’Afrique des Nations 2006 est
composée à 80% de joueurs
évoluant dans le championnat
local.
Bouc émissaire
Avec tout ce qui
s’est passé dans ce pays, les
Togolais avaient accumulé tant
d’amertume et de rancœurs et
avaient presque perdu la joie de
vivre. Mais il a fallu cette
affaire d’Eperviers pour
détendre les esprits et faire
rêver les Togolais. Avec le
football, les Togolais avaient
trouvé un antidote à leur
chagrin. En un mot, il ne
restait que le football pour
refaire ce que la politique a
bousillé. Mais la débâcle des
Eperviers en Egypte a
prématurément estompé ce regain
d’espoir. Et comme en pareilles
circonstances, l’entraîneur
devient le bouc émissaire.
En vérité, cette
polémique sur le limogeage ou
non de Keshi n’est qu’une
diversion jetée dans la nature
par la Fédération pour faire
oublier ses propres manquements.
Cette FTF est réduite à Rock
Gnassingbé seul qui, très
suffisant, croit n’avoir
besoin de conseils de qui que ce
soit. Les autres membres, tous
béni-oui-oui, brillent par
cette « togolaiserie »
qui consiste à ne rien dire au
président de peur de paraître
rebelle et de lui faire ainsi
croire que tout va bien jusqu’à
ce qu’il se casse la figure et
que l’irréparable se produise
avant d’étaler les problèmes sur
la place publique pour tenter de
tirer son épingle du jeu.
Pour faire oublier
sa responsabilité dans la
débâcle des Eperviers, la FTF
sacrifie le pauvre entraîneur
nigérian. Face à toutes les
médisances concoctées dans les
arcanes de la Fédé pour le
diaboliser, Keshi ne réagit pas.
Du moins pour le moment. Mais
Dieu seul sait qu’il a beaucoup
de choses à dire s’il faut
situer les responsabilités.
Keshi a travaillé avec les
moyens de bord. Ne pouvant pas
se substituer aux joueurs sur le
terrain, il a fait ce qu’il peut
car comme le dit le vieil adage
« la plus belle fille du
monde ne peut donner que ce
qu’elle a ».
Depuis le Ghana en
2000 à la CAN d’Egypte 2006 en
passant par Mali 2002, les
entraîneurs ont toujours eu
maille à partir avec les
dirigeants quand il s’agit de
regrouper les joueurs à temps
pour les matches de préparation.
Pour la CAN 2002, Tchanilé Banna
avait peaufiné tout un programme
de rencontres que la FTF n’a pas
respecté. Mais cela n’a pas
empêché la Fédération
d’attribuer la responsabilité de
l’échec des Eperviers au pauvre
entraîneur. De même, avec Keshi,
la fédération à laquelle revient
la responsabilité de mobiliser
les joueurs ne l’a pas fait à
temps. C’est seulement à
quelques jours de la CAN qu’on a
fait venir quelques joueurs pour
deux matches de préparation avec
le Ghana et la Guinée. Comment
dans ces conditions, veut-on que
la plupart de nos joueurs qui
ont passé leur temps à végéter
sur les bancs de touche de leurs
clubs puissent tenir le coup
lors des rencontres de la CAN où
il se révèle que les plus
méritants sont ceux qui ont une
bonne condition physique. Si
notre équipe, malgré les
défaites enregistrées avait fait
montre d’un niveau technique
moyen, on s’en féliciterait.
Mais l’on a remarqué que nos
joueurs, la plupart du temps,
essoufflés et sans conviction
avaient l’allure de boucs
constipés. Face à la méforme des
poulains, le meilleur entraîneur
du monde ne pourra rien.
Mais ce qui révolte
les Togolais, c’est l’indécision
dans laquelle baignent Rock
Gnassingbé et les siens alors
que le temps passe. Les mêmes
qui annoncent le limogeage de
Keshi disent qu’ils n’ont pris
aucune décision définitive. La
Fédération fait ainsi preuve
d’enfantillage en jouant au
cache-cache avec Keshi requinqué
par le prix du meilleur
entraîneur à lui décerné par la
CAF. Apparemment, le Nigérian
qui ne veut pas quitter pour
laisser le nouvel entraîneur de
jouir des fruits de son labeur,
compte se retrouver en Allemagne
avec les Eperviers.
Médecin après la mort
Au moment où nous
mettions sous presse, on apprend
que l’Allemand Otto Psfister a
signé un contrat avec la
Fédération Togolaise de
Football, qu’il aurait déjà un
plan de travail et qu’il est en
tournée européenne à la
recherche des joueurs.
A supposer que
l’Allemand soit un fakir, les
trois mois qui restent ne
suffisent pas à mettre en place
une nouvelle équipe
compétitive. Le Togo ne pourra
rien faire pour remporter des
victoires éclatantes au Mondial.
Il s’agira tout simplement de
limiter les dégâts pour ne pas
ramener des cargos de buts et
donner de notre pays, une image
catastrophique au plan mondial.
Mais il apparaît que
les responsables du football
togolais confondent vitesse et
précipitation, ne sachant à quel
saint se vouer. Aussitôt après
la dernière défaite des
Eperviers, la FTF aurait dû
convoquer une assemblée générale
extraordinaire pour rechercher
les voies et moyens de faire
face à la situation.
Comme on l’a dit
plus haut, le mal de notre
football ne se situe pas au
niveau de l’entraîneur. Nos
soi-disant professionnels,
hormis Adebayor Sheyi, ne
peuvent être comparés aux
professionnels du Nigeria, du
Cameroun ou de la Côte d’Ivoire,
habitués à un football de haut
niveau. On les a vus à bout de
souffle devant des Camerounais
physiquement en forme et
désarçonnés devant les joueurs
congolais très mobiles. Il a
été constaté que la capacité de
résistance de nos joueurs ne va
pas au-delà de la première
mi-temps.
On en était à se
demander comment avec cette
équipe « fatiguée » on
peut tenir le coup au Mondial
lorsque la FTF a sorti de son
chapeau cette histoire de
tournoi en vue de « déceler
les talents ».
C’est ainsi qu’on a fait
débarquer des joueurs à Lomé
pour les laisser à eux-mêmes
alors que la Fédération est
censée les mettre dans de bonnes
conditions.
Le Championnat
national ayant été arrêté
quelques semaines plus tôt,
quels curieux spécialistes du
football ont pu avoir l’idée de
faire jouer les équipes pour
arriver à découvrir en l’espace
de quelques heures, des
soi-disant talents qu’on n’a
pas pu déceler en plein
championnat quand ils étaient au
mieux de leur forme. Comme il
fallait s’y attendre, les
Togolais qui ont tué le temps
pour aller regarder ces
rencontres ont été scandalisés
par le niveau de médiocrité de
nos équipes de première
division.
Pire, les rencontres
étant jouées au moment où la
FTF était à la recherche d’un
entraîneur, comment peut-on
arriver à imposer ces fameux « talents »
qu’on a pu désigner au
sélectionneur. Conclusion : il
se raconte partout que cette
nouvelle comédie n’a été
organisée juste que pour
permettre à des membres de la
Fédé de justifier les dépenses
des sommes d’argent qu’ils
veulent empocher. Et le temps
passe. Les Eperviers quant à
eux, se disent agacés par ce qui
se passe.
Apparemment, ils ne
donnent pas un blanc seing au
nouvel entraîneur puisqu’ils
semblent faire confiance à Keshi.
En définitive, les
mêmes causes produisant les
mêmes effets, on risque de
débarquer en Allemagne dans la
pagaille généralisée et pendant
que nos adversaires sont prêts,
le Togo en sera toujours à
réfléchir au règlement des
petits problèmes que la
Fédération s’est délibérément
créés.
Comme d’habitude, on
perdra le temps à s’occuper de
balivernes sans pouvoir livrer
le maximum de match
d’entraînement avant le début du
mondial. Car, si les grandes
équipes que forment les joueurs
physiquement et techniquement
en forme continuent de
travailler dur pour donner le
meilleur d’eux-mêmes, on attend
de voir le miracle que la
Fédération nous offrira avec
l’impréparation qu’elle est en
train de « préparer ».
L. R. |