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28 fevrier 2006

[ 479:  28 fev. 2006]
La Fédération togolaise de football (FTP) ne prend pas le Mondial au sérieux

S’il y a des victoires qu’on regrette d’avoir remporté parce qu’elles créent  des problèmes alambiquées, la qualification de notre pays pour la phase finale de la Coupe du Monde  en est une. Et il a bien raison après coup, ce compatriote qui s’était décidé à ne pas regarder jouer nos Eperviers à la Télé pendant les éliminatoires.  Il déclarait qu’au vu de  la  manière  dont la FTF gère notre football, nous risquons de ne pas pouvoir jouer en Allemagne au cas où on se qualifierait. Pour ce compatriote, nos Eperviers ne sont pas habitués à de hautes compétitions. La plupart de nos joueurs qu’on appelle des professionnels et qui font l’ossature  de l’équipe nationale, non   seulement jouent dans  des clubs européens de division inférieure mais pire, passent des années sur le banc de touche se contentant d’encaisser leur émolument.

Il est évident que le contexte des éliminatoires (aller  et retour) n’est pas le même que les phases finales parce qu’ici, il faut une dose de préparation psychologique, stratégique et physique. Or, contrairement à d’autres équipes africaines, la nôtre ne bénéficie pas de soins appropriés. La  prestation de nos Eperviers en Egypte a fait dire aux commentateurs que nous ne méritons pas notre qualification. Les raisons de ce résultat calamiteux ne doivent pas être recherchées  du côté de l’entraîneur  qu’on trouve toujours défaillant  quand il y a échec, mais du côté des gestionnaires du football national.

Cette débâcle était prévisible parce  qu’elle n’est que la  conséquence de l’amateurisme avec lequel la Fédération gère le football national.

Ceux qui sont tentés de perdre leur temps à se rendre aux stades pour suivre les rencontres du championnat de première division peuvent constater  la médiocrité de notre football.  Le football togolais a reculé « à cent ans en arrière » pour parler comme quelqu’un, car le spectacle qu’offrent les équipes dites de première division donne la nausée. Même des équipes de quartiers de Lomé et de nos villages n’ont rien à envier à elles. Aussi bien les gouvernants et les membres de la fédération étaient fiers de voir ces matches de championnat de qualité inférieure à zéro puisqu’ils n’ont jamais eu l’idée de rectifier le tir.

Si notre championnat était celui des Agaza, Aiglon, ASFOSA, SEMASSI, ASKO et autres des années  80, on n’aurait pas besoin de perdre de l’argent pour aller dénicher des professionnels de pacotille en Europe. On sélectionnerait les joueurs sur  place pour les regrouper à temps et les soumettre à un travail de qualité  au lieu d’attendre la veille des rencontres internationales pour les convoquer. L’équipe égyptienne qui a remporté la Coupe d’Afrique des Nations 2006 est composée à 80% de joueurs évoluant dans le championnat local.

Bouc émissaire

            Avec tout ce  qui s’est passé dans ce pays, les Togolais avaient accumulé tant d’amertume et de rancœurs et avaient presque perdu la joie de vivre. Mais il a fallu cette affaire d’Eperviers pour détendre les esprits et faire rêver  les Togolais. Avec le football, les Togolais avaient  trouvé  un antidote à leur chagrin. En un mot, il ne restait que le football pour refaire ce que la politique a bousillé. Mais la débâcle des Eperviers en Egypte a prématurément estompé ce regain d’espoir. Et comme en pareilles circonstances,  l’entraîneur devient le bouc émissaire.

            En vérité, cette polémique sur le limogeage ou non de Keshi n’est qu’une diversion jetée  dans la nature par la Fédération pour faire oublier ses propres manquements. Cette FTF est réduite à Rock Gnassingbé seul qui, très suffisant,  croit  n’avoir besoin de conseils de qui que ce soit. Les autres membres, tous béni-oui-oui,  brillent par cette  « togolaiserie » qui consiste à ne rien dire au président de peur de paraître rebelle et de lui faire ainsi croire que tout va bien jusqu’à ce qu’il se casse la figure et que l’irréparable se produise avant d’étaler les problèmes sur la place publique pour tenter de tirer son épingle du jeu.

            Pour faire oublier sa responsabilité dans  la débâcle des Eperviers, la FTF  sacrifie le pauvre entraîneur nigérian.  Face à toutes les médisances  concoctées dans les arcanes de la Fédé pour le diaboliser, Keshi ne réagit pas. Du moins pour le moment. Mais Dieu seul sait qu’il a beaucoup de choses à dire  s’il faut situer les responsabilités. Keshi a travaillé avec les moyens de bord. Ne pouvant pas se substituer aux joueurs sur le terrain, il a fait ce qu’il peut car comme le dit le vieil adage « la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a ».

            Depuis le Ghana  en 2000 à la CAN d’Egypte 2006 en passant par Mali 2002, les entraîneurs ont toujours eu maille à partir avec les dirigeants quand il s’agit de regrouper les  joueurs à temps pour les matches de préparation. Pour la CAN 2002, Tchanilé Banna avait peaufiné tout un programme de rencontres que la FTF n’a pas respecté. Mais cela n’a pas empêché la Fédération d’attribuer la responsabilité de l’échec des Eperviers au pauvre entraîneur. De même, avec Keshi, la fédération à laquelle revient la responsabilité de mobiliser les joueurs ne l’a pas fait à temps. C’est seulement à quelques jours de la CAN qu’on a fait venir quelques joueurs pour deux matches de préparation avec le Ghana et la Guinée. Comment dans ces conditions, veut-on que la plupart de  nos joueurs  qui ont passé leur temps à végéter sur les bancs de touche de leurs clubs puissent tenir le coup lors des rencontres de la CAN où il se révèle  que les plus méritants sont ceux qui ont une bonne condition physique. Si notre équipe, malgré les défaites enregistrées avait fait montre d’un niveau technique moyen, on s’en féliciterait. Mais l’on a remarqué que nos joueurs, la plupart du temps, essoufflés et sans conviction avaient l’allure de boucs constipés. Face à la méforme des poulains, le meilleur entraîneur du monde ne pourra rien.

            Mais ce qui révolte les Togolais, c’est l’indécision dans laquelle baignent Rock Gnassingbé et les siens alors que le temps passe. Les mêmes qui annoncent le limogeage de Keshi disent qu’ils n’ont pris aucune décision définitive. La Fédération fait ainsi preuve d’enfantillage  en jouant au cache-cache avec Keshi requinqué par le prix du meilleur entraîneur à lui décerné par la CAF. Apparemment, le Nigérian  qui ne veut pas quitter  pour laisser le nouvel entraîneur  de jouir des fruits de son labeur, compte se retrouver en Allemagne avec les Eperviers.

Médecin après la mort

            Au moment où nous mettions sous presse, on apprend que l’Allemand Otto Psfister a signé un contrat avec la Fédération Togolaise de Football, qu’il aurait déjà un plan de travail et qu’il est en tournée européenne à la recherche des joueurs.

            A supposer que l’Allemand soit un fakir, les trois mois qui restent ne  suffisent pas à mettre en place une  nouvelle équipe compétitive. Le Togo ne pourra rien faire pour remporter des victoires éclatantes au Mondial. Il s’agira tout simplement de limiter les dégâts pour ne pas ramener des cargos  de buts et donner de notre pays, une image catastrophique au plan mondial.

            Mais il apparaît que les responsables du football togolais confondent vitesse et précipitation, ne sachant à quel saint se  vouer. Aussitôt après la dernière défaite des Eperviers, la FTF aurait dû convoquer une assemblée générale extraordinaire pour rechercher les voies et moyens de faire face à la situation.

            Comme on l’a dit plus haut, le mal de notre football ne se situe pas au niveau de l’entraîneur. Nos soi-disant professionnels, hormis Adebayor Sheyi, ne peuvent être comparés aux professionnels du Nigeria, du Cameroun ou de la Côte d’Ivoire, habitués à un football de haut niveau. On les a vus à bout de souffle devant des Camerounais physiquement en forme et désarçonnés devant les joueurs congolais très mobiles.  Il a été constaté que la capacité de résistance de nos joueurs ne va pas au-delà de la première mi-temps.

            On  en était à se demander comment avec cette équipe  « fatiguée » on peut tenir le coup au Mondial lorsque la FTF a sorti de son chapeau cette histoire  de tournoi en vue de « déceler les talents ».

C’est ainsi qu’on a fait débarquer des joueurs à Lomé pour les laisser à eux-mêmes alors que la Fédération est censée les mettre dans de bonnes conditions.

            Le Championnat national ayant été arrêté quelques semaines plus tôt, quels curieux spécialistes du football ont pu avoir l’idée de faire jouer les équipes pour arriver à découvrir en l’espace de quelques heures, des soi-disant  talents qu’on  n’a pas pu déceler en plein championnat quand ils étaient au mieux de leur forme. Comme il fallait  s’y attendre, les Togolais qui ont tué le temps pour aller regarder ces rencontres  ont été scandalisés  par le niveau de médiocrité de nos équipes de première division.

            Pire, les rencontres étant jouées  au moment où la FTF était à la recherche d’un entraîneur, comment peut-on arriver à imposer ces fameux « talents »  qu’on a pu désigner au sélectionneur. Conclusion : il se raconte partout que cette nouvelle comédie n’a été organisée juste que pour permettre à des membres de la Fédé de justifier les dépenses  des sommes d’argent qu’ils veulent empocher. Et le temps passe. Les Eperviers quant à eux, se disent agacés par ce qui se passe.

            Apparemment, ils ne donnent pas un blanc seing au nouvel entraîneur puisqu’ils semblent faire confiance à Keshi.

            En définitive, les mêmes causes produisant les mêmes effets, on risque de débarquer en Allemagne dans la pagaille généralisée et pendant que nos adversaires sont prêts, le Togo en sera toujours à réfléchir  au règlement des petits problèmes que la Fédération s’est délibérément créés.

            Comme d’habitude, on perdra le temps à s’occuper de balivernes sans pouvoir livrer le maximum de match d’entraînement avant le début du mondial. Car,  si les grandes équipes que forment les joueurs physiquement  et techniquement en forme continuent de travailler dur pour donner le meilleur d’eux-mêmes, on attend de voir le miracle que la Fédération  nous offrira avec l’impréparation qu’elle est en train de « préparer ». 

L. R.

 

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