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Le report du dialogue sine die
réjouit à la fois ceux qui
redoutent que de nouveaux
accords qui seront conclus à
l’issue des pourparlers ne
conduisent à un bouleversement
de l’échiquier politique mettant
fin à leurs privilèges et ceux
qui, craignant un piège à cons,
préfèrent se contenter du statu
quo.
Le pouvoir togolais semble jouer avec le temps, convaincu qu’avant
2010, aucune échéance ne le
mettra à rude épreuve en l’état
actuel des rapports de force.
On a évoqué mille et une raisons
de refuser Ouaga mais bien malin
qui pourra indiquer les moyens
susceptibles de contraindre
Faure Gnassingbé à accepter ce
que voudraient ses adversaires
politiques.
Les tenants du pouvoir donnent
l’impression qu’après plus de
treize années de rupture des
relations politiques avec
l’Union Européenne, ils sont
immunisés contre toutes formes
de pression. Et pour cause, la
preuve est faite que, ce n’est
pas la non reprise de la
coopération qui empêchera Faure
Gnassingbé d’être au pouvoir et
de faire ce qu’il veut. « Ce
sont plutôt les populations
pauvres et sans défense du Togo
qui en souffrent. Cela a permis
au pouvoir en place de
diversifier ses sources de
financement tout en intégrant
des réseaux de tout genre ».
Apparemment, le fils semble
moins frileux que le père qui,
préoccupé par son image
multipliait des campagnes de
séduction à l’égard de l’Union
Européenne. Faure Gnassingbé se
montre flegmatique aux critiques
acerbes de la presse qui, au
temps de Gnassingbé père,
étaient prises au sérieux à
Lomé2. Et la discrétion dont il
fait preuve est de plus en plus
inquiétante.
S’il n’y a pas d’élection
au-delà de la fin du mandat de
l’Assemblée nationale, les
députés et les ministres du
gouvernement ont tout à gagner
surtout qu’en vertu d’une
disposition constitutionnelle
inventée par Natchaba,
l’Assemblée nationale actuelle
reste en fonction jusqu’à la
mise en place de la nouvelle.
Aussi longtemps que l’attente se
prolongera, les tenants du
pouvoir peuvent rester là où ils
sont. Les grands gagnants dans
cette situation sont sans doute,
le Premier ministre Edem Kodjo
et le ministre d’Etat, ministre
des Affaires étrangères, Zarifou
Ayéva et le ministre Abi Tchessa
de la Justice qui, ayant maille
à partir avec leurs compagnons
d’hier, ne peuvent que dire
merci à tous ceux qui, à tort ou
à raison, doutent de la
sincérité des autorités
togolaises à véritablement
dialoguer et qui prônent plutôt
la rupture avec le pouvoir. Ils
n’ont d’ailleurs aucun intérêt à
ce que le chef de l’Etat accepte
la formation d’un gouvernement
transitoire tel que préconisé
par la plate-forme de
l’ex-Coalition et qui est de
nature à les mettre dehors.
La réalité politique togolaise est telle qu’on ne peut s’attendre que
Faure Gnassingbé prenne sa canne
et son chapeau pour s’en aller
loin du fauteuil présidentiel
comme on quitte un cabaret.
Mais dans l’état actuel de la
situation, la peur de la
répression et la résignation qui
gagne les populations éprouvées
n’offrent aucune chance à la
mobilisation par la rue. Les
Togolais sont devenus de plus en
plus insensibles aux appels à
manifester contre le pouvoir en
place.
Or, selon Atsutsé Agbobli, les
réalités géopolitiques ne
permettent pas une lutte armée
au Togo, car quarante années de
pouvoir ont permis au Général
Eyadema de créer des amitiés non
seulement dans la sous-région
mais aussi à l’échelle du monde
entier.
Le fait que le Haut Commandement
de l’armée soit totalement
acquis à la cause de son
Fondateur, n’autorise personne à
penser qu’un officier de cette
armée puisse évincer Faure
Gnassingbé du pouvoir un de ces
quatre matins.
Il ne reste que le dialogue
comme solution idoine à la
crise. Mais si là aussi on ne
peut aboutir à grand’chose,
faut-il lever les mains au ciel
et confier notre sort au Tout
Puissant ?
A.S. |