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21 fevrier 2006

[ 478:  21 fev. 2006]
L’Etat togolais va-t-il céder sous la pression de Bolloré ?

                        Progosa et son Président Jacques Dupuydauby se sont constitués parties civiles dans l’affaire de « corruption de magistrat »  qui oppose le ministère public togolais aux quatre ténors du Groupe Bolloré. Parallèlement, la Cour d’Appel a théoriquement donné raison au Groupe Bolloré.           

A  l’issue du délibéré vidé le vendredi 03 février par le TPI, le Groupe Bolloré a eu gain de cause.  Comme il fallait s’y attendre, le Groupe Progosa ou tout simplement M. Dupuydauby a relevé appel contre lui et demandé et obtenu un sursis à exécution du  jugement. Mais contre toute attente, le jeudi 16 février, le Président de la Cour d’Appel a annulé ce sursis. Ce qui renforce la position juridique de Bolloré qui pouvait neutraliser l’entreprise SE2M. Mais et  sans doute, le  même Président  est revenu à la raison par rapport à la cécité de certains de nos textes car il a ordonné à la dernière minute, la suspension de tous les effets juridiques de ses décisions en demandant aux protagonistes de se concerter pour s’entendre.

  Ces péripéties semblent absolument nous donner raison car, si la justice s’efface devant la palabre, c’est que l’enjeu ne doit forcément pas dépendre de hâtifs attendus. Il y va de l’intérêt des sociétaires,  mais surtout de l’intérêt de notre pays.

Que les juges qui sont en train de travailler pendant que d’autres s’alimentent allègrement fassent en sorte que l’Etat togolais bénéficie de ce qui se rentabilise  chez lui.  Et pour le moment, c’est la SE2M qui rentabilise.

Dupuydauby qui ne s’avoue pas vaincu est en cassation. Mais il apparaît clairement que Bolloré se retrouve non pas aux prises avec Dupuydauby mais avec l’Etat togolais. On raconte que lorsque le Général Président était de ce monde, l’Etat togolais avait fait confiance à Dupuydauby qui répondait aux préoccupations de développement économique du Port Autonome de Lomé et que Bolloré très renseigné sur le carnet  de santé du Président Eyadema n’attendait que la mort de ce dernier pour venir « ramasser » le port comme une mangue mure tombée d’elle-même. Le moment choisi pour opérer peut corroborer cette appréhension.

            Au fait, le Groupe Bolloré puissamment soutenu par la Chiraquie défend-il mieux  les intérêts  du Togo que les autorités togolaises qui ont choisi le camp Dupuydauby ? On peut regretter que, malgré que notre pays soit indépendant, l’Etat togolais ne soit pas en mesure de préserver le poumon de notre économie contre la gloutonnerie françafricaine et qu’on soit obligé de solliciter des sociétés  étrangères.

            Ce serait un camouflet pour les autorités togolaises  si après avoir fait humilier Bolloré en appréhendant pour 36 heures ses quatre  émissaires, le poulain de l’Elysée réussissait à faire main basse sur le port de Lomé. Les autorités togolaises auront alors donné la preuve que le  pays leur échappe. Car  si une société étrangère, si puissante soit-elle  peut tenir Faure Gnassingbé  et son gouvernement en respect, les togolais doivent se dire qu’ils ne sont pas du tout à l’aise dans leur propre pays. Ce serait un précédent dangereux puisqu’il n’est pas exclu que Bolloré ou une autre société  poussée par les mains obscures de l’Elysée débarque  à son tour chez nous pour nous déloger et s’accaparer de ce qui nous est cher.

L’Etat togolais se doit de relever le défi à lui lancé par Bolloré au risque de  montrer à la face du monde que nos dirigeants ne sont pas capables de sauvegarder nos intérêts. Alors, ceux qui disent que ces dirigeants ne méritent pas la place qu’ils occupent auront été renforcés dans cette conviction.

            Mais pour que Bolloré puisse vaincre les autorités togolaises, il lui faut d’abord obtenir de la justice togolaise qu’elle l’autorise à déposséder le Groupe Progosa,  à s’approprier l’objet du litige et à obtenir, en définitive, l’aval de la Cour Suprême sans oublier que le Président de cette Cour,  comme en témoignent les interrogatoires des quatre « Bolloristes »,  est soupçonné d’accointance avec ces derniers.

            Ensuite, la justice togolaise devra  débouter l’Etat togolais en établissant  que le délit de  «corruption de magistrat » est un non lieu. Cela suppose donc que ceux ou celui qui, au nom de l’Etat togolais, a donné l’ordre  d’appréhender les quatre «Bolloristes » a abusé de son autorité.

            Mais le hic dans cette affaire, c’est que le camp présidentiel est tout aussi divisé sur  la question. D’un coté, il y a ceux qui entendent préserver leurs intérêts avec Dupuydauby et de l’autre, ceux qui espèrent « «manger gros » lorsque Bolloré  s’installera. Mais si les premiers ne font pas mystère de leur option pour Progosa, les seconds sont pour l’heure, très discrets. Au risque de  perdre leurs privilèges au cas où Dupuydauby  l’emporte, ils agissent sous cape en attendant de s’exhiber quand Bolloré aura gain de cause. Et dans ce cas, c’est ce dernier qui imposera ses conditions aux autorités togolaises ainsi condamnées à subir son diktat 

Abass SAIB

 

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Interview: Entretien de togoforum avec M. Alex BINIZI, SG de l’A.P.U.A.-FRD
 

 

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