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Progosa et son Président Jacques
Dupuydauby se sont constitués
parties civiles dans l’affaire
de
« corruption de magistrat »
qui oppose le ministère public
togolais aux quatre ténors du
Groupe Bolloré. Parallèlement,
la Cour d’Appel a théoriquement
donné raison au Groupe
Bolloré.
A l’issue du délibéré vidé le
vendredi 03 février par le TPI,
le Groupe Bolloré a eu gain de
cause. Comme il fallait s’y
attendre, le Groupe Progosa ou
tout simplement M. Dupuydauby a
relevé appel contre lui et
demandé et obtenu un sursis à
exécution du jugement. Mais
contre toute attente, le jeudi
16 février, le Président de la
Cour d’Appel a annulé ce sursis.
Ce qui renforce la position
juridique de Bolloré qui pouvait
neutraliser l’entreprise SE2M.
Mais et sans doute, le même
Président est revenu à la
raison par rapport à la cécité
de certains de nos textes car il
a ordonné à la dernière minute,
la suspension de tous les effets
juridiques de ses décisions en
demandant aux protagonistes de
se concerter pour s’entendre.
Ces péripéties semblent
absolument nous donner raison
car, si la justice s’efface
devant la palabre, c’est que
l’enjeu ne doit forcément pas
dépendre de hâtifs attendus. Il
y va de l’intérêt des
sociétaires, mais surtout de
l’intérêt de notre pays.
Que les juges qui sont en train
de travailler pendant que
d’autres s’alimentent
allègrement fassent en sorte que
l’Etat togolais bénéficie de ce
qui se rentabilise chez lui.
Et pour le moment, c’est la
SE2M qui rentabilise.
Dupuydauby qui ne s’avoue pas
vaincu est en cassation. Mais il
apparaît clairement que Bolloré
se retrouve non pas aux prises
avec Dupuydauby mais avec l’Etat
togolais. On raconte que lorsque
le Général Président était de ce
monde, l’Etat togolais avait
fait confiance à Dupuydauby qui
répondait aux préoccupations de
développement économique du Port
Autonome de Lomé et que Bolloré
très renseigné sur le carnet de
santé du Président Eyadema
n’attendait que la mort de ce
dernier pour venir « ramasser »
le port comme une mangue mure
tombée d’elle-même. Le moment
choisi pour opérer peut
corroborer cette appréhension.
Au fait, le Groupe
Bolloré puissamment soutenu par
la Chiraquie défend-il mieux
les intérêts du Togo que les
autorités togolaises qui ont
choisi le camp Dupuydauby ? On
peut regretter que, malgré que
notre pays soit indépendant,
l’Etat togolais ne soit pas
en mesure de préserver le poumon
de notre économie contre la
gloutonnerie françafricaine et
qu’on soit obligé de solliciter
des sociétés étrangères.
Ce serait un
camouflet pour les autorités
togolaises si après avoir fait
humilier Bolloré en appréhendant
pour 36 heures ses quatre
émissaires, le poulain de
l’Elysée réussissait à faire
main basse sur le port de Lomé.
Les autorités togolaises auront
alors donné la preuve que le
pays leur échappe. Car si une
société étrangère, si puissante
soit-elle peut tenir Faure
Gnassingbé et son gouvernement
en respect, les togolais doivent
se dire qu’ils ne sont pas du
tout à l’aise dans leur propre
pays. Ce serait un précédent
dangereux puisqu’il n’est pas
exclu que Bolloré ou une autre
société poussée par les mains
obscures de l’Elysée débarque à
son tour chez nous pour nous
déloger et s’accaparer de ce qui
nous est cher.
L’Etat togolais se doit de
relever le défi à lui lancé par
Bolloré au risque de montrer à
la face du monde que nos
dirigeants ne sont pas capables
de sauvegarder nos intérêts.
Alors, ceux qui disent que ces
dirigeants ne méritent pas la
place qu’ils occupent auront été
renforcés dans cette conviction.
Mais pour que
Bolloré puisse vaincre les
autorités togolaises, il lui
faut d’abord obtenir de la
justice togolaise qu’elle
l’autorise à déposséder le
Groupe Progosa, à s’approprier
l’objet du litige et à obtenir,
en définitive, l’aval de la Cour
Suprême sans oublier que le
Président de cette Cour, comme
en témoignent les
interrogatoires des quatre « Bolloristes »,
est soupçonné d’accointance avec
ces derniers.
Ensuite, la justice
togolaise devra débouter l’Etat
togolais en établissant que le
délit de «corruption de
magistrat » est un non lieu.
Cela suppose donc que ceux ou
celui qui, au nom de l’Etat
togolais, a donné l’ordre
d’appréhender les quatre «Bolloristes » a
abusé de son autorité.
Mais le hic dans
cette affaire, c’est que le camp
présidentiel est tout aussi
divisé sur la question. D’un
coté, il y a ceux qui entendent
préserver leurs intérêts avec
Dupuydauby et de l’autre, ceux
qui espèrent « «manger gros » lorsque
Bolloré s’installera. Mais si
les premiers ne font pas mystère
de leur option pour Progosa, les
seconds sont pour l’heure, très
discrets. Au risque de perdre
leurs privilèges au cas où
Dupuydauby l’emporte, ils
agissent sous cape en attendant
de s’exhiber quand Bolloré aura
gain de cause. Et dans ce cas,
c’est ce dernier qui imposera
ses conditions aux autorités
togolaises ainsi condamnées à
subir son diktat
Abass SAIB |