Le Commissaire
Européen au Développement et à
l’Action Humanitaire, Louis
Michel, provoque des
mécontentements au sein de
l’opposition togolaise pendant
que se poursuivent les
tractations pour la reprise du
dialogue.
Aujourd’hui, c’est Me Agboyibo
qui s’étonne et s’indigne
d’une prise de position de
Louis Michel qui a déclaré qu’
« au Togo, il y
aurait un gouvernement de
transition qui doit préparer
les élections législatives ».
Pour le Président national du
CAR, un des principaux
partis d’opposition au
Togo, cette déclaration est
surprenante et inquiétante,
car, dit-il, « Le
Commissaire européen surprend
d’autant plus par ses propos,
qu’il sait pertinemment que le
gouvernement-Kodjo ne
correspond nullement au
gouvernement de transition qui
devrait être formé sur des
bases négociées entre la
mouvance présidentielle et la
Coalition dans le cadre d’un
dialogue national,
conformément aux
recommandations du mini sommet
d’Abuja du 19 mai 2005. Le
Commissaire n’ignore non plus
que la mouvance présidentielle
s’est approprié 8
portefeuilles clés qui devront
lui permettre de gagner des
élections organisées par le
gouvernement- Kodjo :
le ministère de
l’Administration Territoriale,
le ministère de
la Sécurité Intérieure,
le ministère de
la Défense,
le ministère de
l’Enseignement primaire et
secondaire,
le ministère de
la Justice,
le ministère de
l’Economie et des Finances,
le ministère de
la Communication,
le ministère de
l’Equipement et des
Télécommunications.
Si le Commissaire Louis Michel
tient réellement à ce que les
prochaines élections
législatives débouchent sur le
changement démocratique au
Togo, la reprise de la
coopération et le redressement
socio-économique du pays, il
doit reconsidérer sa position
sur le sujet.».
Cette prise de
position de Louis Michel est
antinomique à celle exprimée
depuis longtemps par le CAR et
qui exhorte les autorités
togolaises à mettre en place
un gouvernement véritablement
transitoire qui puisse
appliquer les décisions qui
sortiront du dialogue pour
déboucher sur l’organisation
des législatives.
Avant le CAR,
c’était l’UFC. Lors du sommet
de la francophonie qui s’est
tenu à Bamako, Louis Michel
avait insinué que le pouvoir
togolais fait preuve de bonne
volonté, que la mise en œuvre
des 22 engagements est en
bonne voie et que c’est
l’opposition togolaise qui dit
non à tout. Cette déclaration
avait soulevé le tollé au sein
de l’opposition et
particulièrement à l’UFC où on
a laissé entendre que les
violations massives des droits
de l’homme avant, pendant et
après l’élection du 24 avril
dernier constitue un aveu
d’échec de la mise en œuvre de
ces engagements. Un
responsable de l’UFC avait
même répliqué que si c’est
pour les amener à se soumettre
à la volonté du pouvoir
togolais qu’il
fait ce genre de déclarations,
il se trompe. De tout temps,
Louis Michel a été en
désaccord avec les positions
exprimées par le parti de
Gilchrist Olympio qu’il
considère comme maximalistes.
Ce diplomate atypique qui a
l’habitude de mettre le pied
dans le plat a eu à maintes
reprises à
échanger des propos violents
avec des responsables de ce
parti. Sa première visite au
Togo a laissé un souvenir amer
aux partis de la Coalition.
De
plus, le fait que Louis Michel
ait de l’opposition une vision
manichéenne (une bonne
opposition et une autre
extrémiste), le
présente comme un adversaire
des partis de l’ex-Coalition
qui l’accusent d’être plus
tolérant voire laxiste à
l’égard des tenants du pouvoir
et impitoyable face aux partis
de l’opposition. Il est vrai
que le Commissaire européen,
au vu des rapports de force
préfère la solution facile qui
consiste à exercer des
pressions sur les opposants
pour les contraindre à lâcher
du lest à celle difficile qui
consiste à amener les
détenteurs du pouvoir à faire
des concessions.
Louis Michel n’a pas bonne
presse auprès de l’opposition
togolaise en raison de
sa préférence pour des
solutions françafricaines à la
crise togolaise.
L’indignation suscitée par sa
dernière déclaration auprès du
Président National du CAR,
rétrécit le fossé qu’il
voudrait bien creuser entre ce
parti et l’UFC. Et si Louis
Michel réussi ainsi à faire
l’unanimité des deux
principaux partis de
l’opposition contre lui, il
risque de s’imposer comme un
élément perturbateur du
dialogue inter togolais.
A. S.
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