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8 fevrier 2006

[ 476:  7 fev. 2006]
Cafouillage sur le rôle du facilitateur du dialogue inter togolais

Alors  que tout  semble  fin prêt pour la reprise du dialogue attendu, les acteurs politiques semblent se rejeter  les responsabilités. Le pouvoir accuse l’opposition de faire perdurer la situation et de jouer le pourrissement.  « Que dire en effet de l’attitude de certains partis de l’opposition dont les leaders retranchés derrière leurs certitudes prennent un malin plaisir à bloquer le système et à pourrir la vie des Togolais ? », s’interroge le site on-line du pouvoir togolais.

Ainsi donc, du côté de la mouvance présidentielle, on prend les devants pour prêter de mauvaises intentions à l’adversaire, peut-être pour justifier à l’avance, certaines  réticences à faire des concessions susceptibles de faire bouger les choses.

L’opposition de son côté accuse le pouvoir de ruser, de faire preuve de duplicité et d’user du dilatoire pour gagner du temps comme d’habitude. Au Togo, le pouvoir a pris l’habitude de rejeter ce que l’opposition accepte et vice versa. Il y a quelques semaines, c’est l’opposition qui était accusée de dresser des obstacles à la désignation du facilitateur  en avançant les critères et le profil de la personnalité à désigner. Le Commissaire Européen au Développement et à l’Action Humanitaire, Louis Michel, incapable de désigner un facilitateur consensuel s’est référé à l’ONU qui a proposé le diplomate algérien Lakhdar Brahimi.

Mais voilà que du côté de l’opposition, on indique – se fondant sur les confidences du Conseiller Afrique de l’Elysée – que la mouvance présidentielle rejette le facilitateur désigné. Cette information est confirmée par le site officiel  de la République du Togo qui semble remettre en cause le principe même  de la facilitation. « Un facilitateur est-il bien nécessaire ? Les Togolais ne sont-ils pas assez adultes pour se débrouiller seuls et enfin travailler dans le sens de l’intérêt  commun et non des plans de carrière des uns et des autres ?  », écrit le journal on-line  qui reflète souvent le point de vue officieux des autorités togolaises. Pourtant, le SG du RPT que nous avons tenté de joindre hier en vain, aurait confié à un confrère que son parti est prêt à accepter  tout facilitateur, « seulement que celui qui sera désigné ne doit pas être une personne à polémique mais plutôt qui connaît  mieux le problème togolais et qui sera enfin quelqu’un qui n’a jamais pris position dans le cadre de la crise togolaise » , a déclaré Dama Dramani.

Le mémorandum remis par la présidence aux partis politiques indique qu’ « au besoin, le dialogue bénéficiera du concours d’une personnalité étrangère ayant pour rôle de faciliter et animer le débat ».

Au cours des entretiens que le Conseiller Afrique de Jacques Chirac a eus avec des partis de la Coalition, ces derniers ont compris la réticence du pouvoir togolais par le fait qu’il a voulu savoir s’ils accepteraient de dialoguer sans facilitateur. Sur ce point, certains responsables politiques restent évasifs.

Pour le Professeur Gnininvi, « la résolution du problème togolais est avant tout une affaire de Togolais. Si les Togolais ne marquent pas de leur volonté à sortir leur pays de la crise actuelle en trouvant des solutions aux vrais problèmes que traverse leur pays, le meilleur facilitateur n’y  pourra strictement rien. Mais s’il y a une volonté affichée par tous de régler le problème togolais, la présence d’un facilitateur serait fort  peu utile ».


Me Agboyibo pour sa part, considère que « la position du CAR sur la question est liée à notre expérience des différentes facilitations accueillies par le Togo dans le passé. Les dialogues qui ont fait avancer notre processus démocratique se sont déroulés sans facilitateurs. Les partenaires togolais à ces dialogues, eurent à mettre en place des mécanismes internes de déblocage de leurs divergences. C’est ainsi que nous avons procédé lors des discussions de mars - avril 1991 entre le régime et le FAR (Front des Associations pour le Renouveau). Il convient de rappeler par ailleurs que les négociations inter-togolaises de juillet 1999 avaient quasiment échoué malgré la présence des facilitateurs de l’Union Européenne, de la France, de l’Allemagne et de la Francophonie, et n’ont débouché de justesse sur l’Accord cadre du 29 juillet 1999, que grâce à un entretien que j’ai eu une heure auparavant avec le feu Président Eyadema après en avoir avisé certains collègues de l’opposition. En réalité, il est moins gênant entre togolais, de se confier les inquiétudes, les peurs et les préoccupations qui constituent les causes profondes de la crise. C’est pour ces raisons que notre parti considère que la recherche d’un facilitateur ne devrait pas continuer à bloquer le démarrage du dialogue.

Encore faut-il que le Gouvernement rassure de sa disponibilité à consentir les concessions susceptibles de sortir le pays de la crise. Mais qu’est-ce qui pourrait l’inciter à une telle disponibilité ? Avec ou sans facilitateur, le problème se pose dans les mêmes termes. Eu égard au contexte politique actuel, l’aboutissement heureux du dialogue implique que le RPT se décide à desserrer la confiscation de l’Etat pour permettre au pays de s’ouvrir aux valeurs républicaines et démocratiques. J’éprouve à cet égard des doutes sur sa bonne foi. C’est pourquoi je demeure prudent sur la réponse à donner à la question de savoir si notre parti pourrait accepter de prendre part ou non à un dialogue sans facilitateur. ».

Du côté de l’UFC, on insiste sur la nécessité d’un facilitateur ou mieux, d’un médiateur, parce qu’il faut une personnalité impartiale  qui puisse aider les acteurs  à trancher lorsqu’il y aura incompréhension  sur certains points. Ici aussi, on est réticent à donner un blanc seing à la facilitation  telle qu’elle avait été menée lors des précédents  dialogues. Il faut changer de méthode.

C’est donc dire que par dessus tout, la question sur le rôle de la facilitation continue de se poser. Quelle sera la contribution de la présidence  burkinabé  à ce dialogue ? Le ou les facilitateurs devront-ils recourir à l’ONU, à l’UE pour régler les points conflictuels ?

La diplomatie française, la CEDEAO et l’UA redoutée par l’opposition togolaise  vont-elles influencer  la facilitation ? Attendons de voir.


A. S.
 

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