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Alors que tout
semble fin prêt pour la
reprise du dialogue attendu, les
acteurs politiques semblent se
rejeter les
responsabilités. Le pouvoir
accuse l’opposition de faire
perdurer la situation et de
jouer le pourrissement. « Que
dire en effet de l’attitude de
certains partis de l’opposition
dont les leaders retranchés
derrière leurs certitudes
prennent un malin plaisir à
bloquer le système et à pourrir
la vie des Togolais ? »,
s’interroge le site on-line du
pouvoir togolais.
Ainsi donc, du côté de la mouvance
présidentielle, on prend les
devants pour prêter de mauvaises
intentions à l’adversaire,
peut-être pour justifier à
l’avance, certaines réticences
à faire des concessions
susceptibles de faire bouger les
choses.
L’opposition de son côté accuse
le pouvoir de ruser, de faire
preuve de duplicité et d’user du
dilatoire pour gagner du temps
comme d’habitude. Au Togo, le
pouvoir a pris l’habitude de
rejeter ce que l’opposition
accepte et vice versa. Il y a quelques semaines, c’est
l’opposition qui était accusée
de dresser des obstacles à la
désignation du facilitateur en
avançant les critères et le profil de la
personnalité à désigner. Le
Commissaire Européen au
Développement et à l’Action
Humanitaire, Louis Michel,
incapable de désigner un
facilitateur consensuel s’est
référé à l’ONU qui a proposé le
diplomate algérien Lakhdar
Brahimi.
Mais
voilà que du côté de
l’opposition, on indique – se
fondant sur les confidences du
Conseiller Afrique de l’Elysée –
que la mouvance présidentielle
rejette le facilitateur désigné.
Cette information est confirmée
par le site officiel
de la République du Togo
qui semble remettre en cause le
principe même de la
facilitation. « Un
facilitateur est-il bien
nécessaire ? Les Togolais ne
sont-ils pas assez adultes pour
se débrouiller seuls et enfin
travailler dans le sens de
l’intérêt commun et non des
plans de carrière des uns et des
autres ? », écrit le
journal on-line
qui reflète souvent le point de
vue officieux des autorités
togolaises. Pourtant, le SG du
RPT que nous avons tenté de
joindre hier en vain, aurait
confié à un confrère que son
parti est prêt à accepter tout
facilitateur, « seulement que
celui qui sera désigné ne doit
pas être une personne à
polémique mais plutôt qui
connaît mieux le problème
togolais et qui sera enfin
quelqu’un qui n’a jamais pris
position dans le cadre de la
crise togolaise » , a
déclaré Dama Dramani.
Le
mémorandum remis par la
présidence aux partis politiques
indique qu’ « au besoin, le
dialogue bénéficiera du concours
d’une personnalité étrangère
ayant pour rôle de faciliter et
animer le débat ».
Au
cours des entretiens que le
Conseiller Afrique de Jacques
Chirac a eus avec des partis de
la Coalition, ces derniers ont
compris la réticence du pouvoir
togolais par le fait qu’il a
voulu savoir s’ils accepteraient
de dialoguer sans facilitateur.
Sur ce point, certains
responsables politiques restent
évasifs.
Pour
le Professeur Gnininvi, « la
résolution du problème togolais
est avant tout une affaire de
Togolais. Si les Togolais ne
marquent pas de leur volonté à
sortir leur pays de la crise
actuelle en trouvant des
solutions aux vrais problèmes
que traverse leur pays, le
meilleur facilitateur n’y
pourra strictement rien. Mais
s’il y a une volonté affichée
par tous de régler le problème
togolais, la présence d’un
facilitateur serait fort
peu utile ».
Me Agboyibo pour
sa part, considère que « la
position du CAR sur la question
est liée à notre expérience des
différentes facilitations
accueillies par le Togo dans le
passé. Les dialogues qui ont
fait avancer notre processus
démocratique se sont déroulés
sans facilitateurs. Les
partenaires togolais à ces
dialogues, eurent à mettre en
place des mécanismes internes de
déblocage de leurs divergences.
C’est ainsi que nous avons
procédé lors des discussions de
mars - avril 1991 entre le
régime et le FAR (Front des
Associations pour le Renouveau).
Il convient de rappeler par
ailleurs que les négociations
inter-togolaises de juillet 1999
avaient quasiment échoué malgré
la présence des facilitateurs de
l’Union Européenne, de la
France, de l’Allemagne et de la
Francophonie, et n’ont débouché
de justesse sur l’Accord cadre
du 29 juillet 1999, que grâce à
un entretien que j’ai eu une
heure auparavant avec le feu
Président Eyadema après en avoir
avisé certains collègues de
l’opposition. En réalité, il est
moins gênant entre togolais, de
se confier les inquiétudes, les
peurs et les préoccupations qui
constituent les causes profondes
de la crise. C’est pour ces
raisons que notre parti
considère que la recherche d’un
facilitateur ne devrait pas
continuer à bloquer le démarrage
du dialogue.
Encore faut-il que le
Gouvernement rassure de sa
disponibilité à consentir les
concessions susceptibles de
sortir le pays de la crise. Mais
qu’est-ce qui pourrait l’inciter
à une telle disponibilité ? Avec
ou sans facilitateur, le
problème se pose dans les mêmes
termes. Eu égard au contexte
politique actuel,
l’aboutissement heureux du
dialogue implique que le RPT se
décide à desserrer la
confiscation de l’Etat pour
permettre au pays de s’ouvrir
aux valeurs républicaines et
démocratiques. J’éprouve à cet
égard des doutes sur sa bonne
foi. C’est pourquoi je demeure
prudent sur la réponse à donner
à la question de savoir si notre
parti pourrait accepter de
prendre part ou non à un
dialogue sans facilitateur. ».
Du côté de l’UFC,
on insiste sur la nécessité d’un
facilitateur ou mieux, d’un
médiateur, parce qu’il faut une
personnalité impartiale qui
puisse aider les acteurs
à trancher lorsqu’il y
aura incompréhension sur
certains points. Ici aussi, on
est réticent à donner un blanc
seing à la facilitation
telle qu’elle avait été
menée lors des précédents
dialogues. Il faut changer de
méthode.
C’est donc dire
que par dessus tout, la question
sur le rôle de la facilitation
continue de se poser. Quelle
sera la contribution de la
présidence burkinabé
à ce dialogue ? Le ou les
facilitateurs devront-ils
recourir à l’ONU, à l’UE pour
régler les points conflictuels ?
La diplomatie
française, la CEDEAO et l’UA
redoutée par l’opposition
togolaise vont-elles influencer
la facilitation ?
Attendons de voir.
A. S.
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