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CAN

2006

31 janvier 2006

[ 475:  31-01-06]
25ème édition de la CAN, c’est fini pour le Togo : Les leçons d’une élimination prématurée

La 25è édition de la Coupe d’Afrique des Nations qui se dispute actuellement au Caire en Egypte relève de l’histoire pour les Eperviers du Togo. Après une défaite surprise face aux Simba de la RDC 2-0 au stade militaire du Caire le 21 janvier, une autre défaite  a été enregistrée 4 jours plus tard face aux Lions Indomptables du Cameroun sur le même score et sur les mêmes installations et le sort de l’équipe a donc été scellé. Pour la première fois depuis Abidjan 1984, le Togo a attendu son troisième match comme une formalité, rencontre  qu’il était tenu de livrer  non plus pour espérer se qualifier mais pour obéir aux exigences de la compétition de haut niveau sous peine de sanctions. Et comme il n’y a jamais deux sans trois, les Eperviers ont de nouveau courbé l’échine face aux Palencas Négras d’Angola deux buts contre trois. Ainsi, s’est terminée pour le Togo, plus tôt que prévue, la grande messe du ballon rond continental.

*Togo, pays des paradoxes

            A la veille de sa 6e participation du Togo à la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations, bien malins seraient ceux qui pouvaient prédire que le parcours des Eperviers allait être un véritable fiasco. Ayant terminé les éliminatoires combinées CAN/Mondial en tête des grandes sélections africaines, avec 23 points en dix journées, le Togo avait pour la première fois bénéficié des faveurs des pronostics dans un groupe composé des outsiders comme la RDC, l’Angola et chapeauté par leur aîné camerounais. Tous étaient convenus à tort que pour la première fois, les Eperviers allaient franchir la barre  du premier tour et briser le signe indien qui les empêchait  d’évoluer. Mais,  le sort en a décidé autrement et très tristement le Togo a regagné prématurément la maison.

            Après avoir terminé meilleur de tous les groupes zone Afrique, le Togo termine probablement dernier des derniers, Adébayor meilleur buteur pendant les éliminatoires, Adébayor malheureux  buteur à la CAN. Un  véritable paradoxe donc.

 

* Que retenir de la CAN ?

            Comme la goutte d’eau qui a débordé le vase, le conflit entre Adébayor et Keshi aura été tout ce que le Togo et les Togolais pouvaient retenir de cette CAN. Ce contentieux né de la volonté de Keshi de devenir le manager improvisé de la Star togolaise a tellement occulté les graves carences qui ont marqué les conditions de préparation de l’équipe qui devraient être en principe sujet d’attraction. En réalité, comme en 1998 à Ouagadougou, en 2000 à Accra et Lagos ou en 2002 à Bamako, les dirigeants sportifs du Togo ont prouvé à la face du monde que leur amateurisme reste sans pareil et eux-mêmes  réfractaires à tout changement de comportement.

            En ce vingt et unième siècle où le football devient une affaire de gros sous et une profession permettant au joueur de partir de rien pour  devenir quelque chose, les dirigeants togolais se refusent à investir mais exigent des résultats.

            Il a fallu que les joueurs tapent du point sur la table pour que les autorités réalisent que leurs réclamations sont légitimes pour tenter de les écouter. Alors que le Cameroun pleure encore son élimination de la Coupe du Monde, le pouvoir Paul Biya a déboursé plus d’un milliard pour les Lions Indomptables. Comment l’équipe ne sera-t-elle pas à l’aise dans l’esprit  pour défendre valablement les couleurs du pays?

            Aujourd’hui, alors qu’il urge de penser à comment rectifier le tir et bien évoluer en Allemagne c’est le limogeage du sélectionneur togolais  qui semble hanter  les esprits des autorités. On estime à tort ou à raison que la débâcle ne provient que de celui-ci comme si son limogeage et son remplacement par un Européen  vont changer quelque chose au niveau de l’organisation de la Fédération. Alors que les observateurs les plus avisés du football togolais doutaient encore de cette option risquée, les propos du ministre en charge de la jeunesse et des sports viennent renforcer les rumeurs. Certes, il n’a jamais été formel dans son intervention sur cette question du limogeage mais à analyser ses propos, il est évident de penser que Keshi serait désormais sur une chaise éjectable. Pour le ministre donc, « moi au niveau du gouvernement les leçons à tirer je le sais. Au niveau de la Fédération les leçons à tirer elle le sait… Mais je crois qu’il y a véritablement des leçons à tirer et il faut prendre courageusement les décisions de manière à ce que les Eperviers soient à même de faire une meilleure prestation lors de la Coupe du Monde ».

            Considérer Keshi comme seul responsable  du fiasco des Eperviers et le limoger ressemblerait quelque peu à l’attitude de quelqu’un qui se ferme les yeux et refuse délibérément de voir. Il serait préférable que les autorités se disent qu’elles en sont aussi pour quelque chose dans cette déconvenue et se résolvent à investir dans le football. Les dépenses pour l’équipe nationale ne seront pas plus onéreuses que celles qu’on a versé dans la  célébration du 13 janvier ou du 23 septembre.

            C’est vrai et nous ne nous y trompons pas d’ailleurs que ce disant, beaucoup vont penser que nous sommes des mordus du coach, Stephen Keshi  et que nous tentons de le blanchir. Loin de nous cette prétention car, dans le choix des joueurs, il s’est montré très clientéliste en sélectionnant des gens que lui-même reconnaît être blessés. Le cas de Nibombé Daré reste révélateur. Aussi, dans le contentieux avec Shéyi, sa responsabilité reste entièrement engagée.

Mais au moins une fois, il faut que les autorités aient la tête sur les épaules et discutent ensemble avec lui pour faire avancer l’équipe. Si non confier l’équipe à un autre technicien qui ne connaît pas encore les joueurs à 4 mois du mondial s’assimilerait cruellement à quelqu’un qui se creuse un tombeau en prévision de sa propre mort.

* Après la CAN, la résurgence du doute 

            Jamais, l’équipe togolaise n’a été aussi confuse qu’aujourd’hui. Alors que l’on espérait que la CAN allait servir d’occasion pour mettre en place une équipe type en vue de la Coupe du Monde en Allemagne, elle vient plutôt jeter un doute profond sur l’avenir de l’équipe. Malgré son retour en sélection lors du deuxième match face au Cameroun, le maestro togolais, Adébayor serait toujours, selon des indiscrétions en train de réfléchir sur son avenir au sein de l’équipe. Son éventuel départ constituerait un coup de poignard dans le dos de tout un peuple qui ne jure que par son génie et son talent pour envisager une résistance face aux Coréens, Suisses et Français en Coupe du monde.

            De plus les trois sorties en Coupe d’Afrique ont révélé de graves et étonnantes carences que les quatre prochains mois ne pourraient guère permettre de combler. Méconnaissable de la défense en attaque, l’équipe a totalement été  décevante  et loin d’inspirer confiance.

            Faut-il repartir à la recherche de nouveaux talents pour étoffer l’effectif ? Adébayor reviendra-t-il à de meilleurs sentiments ? La Fédération et le ministère de la jeunesse et  des sports parviendront-ils à convaincre le gouvernement pour financer la relance de l’équipe ?  Autant d’interrogations qui restent sans réponses et qui méritent réflexions.

K. Ségniagbéto

 

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