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La 25è édition de la Coupe
d’Afrique des Nations qui se
dispute actuellement au Caire en
Egypte relève de l’histoire pour
les Eperviers du Togo. Après une
défaite surprise face aux Simba de
la RDC 2-0 au stade militaire du
Caire le 21 janvier, une autre
défaite a été enregistrée 4 jours
plus tard face aux Lions
Indomptables du Cameroun sur le
même score et sur les mêmes
installations et le sort de
l’équipe a donc été scellé. Pour
la première fois depuis Abidjan
1984, le Togo a attendu son
troisième match comme une
formalité, rencontre qu’il était
tenu de livrer non plus pour
espérer se qualifier mais pour
obéir aux exigences de la
compétition de haut niveau sous
peine de sanctions. Et comme il
n’y a jamais deux sans trois, les
Eperviers ont de nouveau courbé
l’échine face aux Palencas Négras
d’Angola deux buts contre trois.
Ainsi, s’est terminée pour le
Togo, plus tôt que prévue, la
grande messe du ballon rond
continental.
*Togo, pays des paradoxes
A la veille de sa 6e participation
du Togo à la phase finale de la
Coupe d’Afrique des Nations, bien
malins seraient ceux qui pouvaient
prédire que le parcours des
Eperviers allait être un véritable
fiasco. Ayant terminé les
éliminatoires combinées
CAN/Mondial en tête des grandes
sélections africaines, avec 23
points en dix journées, le Togo
avait pour la première fois
bénéficié des faveurs des
pronostics dans un groupe composé
des outsiders comme la RDC,
l’Angola et chapeauté par leur
aîné camerounais. Tous étaient
convenus à tort que pour la
première fois, les Eperviers
allaient franchir la barre du
premier tour et briser le signe
indien qui les empêchait
d’évoluer. Mais, le sort en a
décidé autrement et très
tristement le Togo a regagné
prématurément la maison.
Après avoir terminé meilleur de tous les
groupes zone Afrique, le Togo
termine probablement dernier des
derniers, Adébayor meilleur buteur
pendant les éliminatoires,
Adébayor malheureux buteur à la
CAN. Un véritable paradoxe donc.
* Que retenir de la CAN ?
Comme la goutte d’eau qui a débordé le
vase, le conflit entre Adébayor et
Keshi aura été tout ce que le Togo
et les Togolais pouvaient retenir
de cette CAN. Ce contentieux né de
la volonté de Keshi de devenir le
manager improvisé de la Star
togolaise a tellement occulté les
graves carences qui ont marqué les
conditions de préparation de
l’équipe qui devraient être en
principe sujet d’attraction. En
réalité, comme en 1998 à
Ouagadougou, en 2000 à Accra et
Lagos ou en 2002 à Bamako, les
dirigeants sportifs du Togo ont
prouvé à la face du monde que leur
amateurisme reste sans pareil et
eux-mêmes réfractaires à tout
changement de comportement.
En ce vingt et unième siècle où le
football devient une affaire de
gros sous et une profession
permettant au joueur de partir de
rien pour devenir quelque chose,
les dirigeants togolais se
refusent à investir mais exigent
des résultats.
Il a fallu que les joueurs tapent du point
sur la table pour que les
autorités réalisent que leurs
réclamations sont légitimes pour
tenter de les écouter. Alors que
le Cameroun pleure encore son
élimination de la Coupe du Monde,
le pouvoir Paul Biya a déboursé
plus d’un milliard pour les Lions
Indomptables. Comment l’équipe ne
sera-t-elle pas à l’aise dans
l’esprit pour défendre
valablement les couleurs du pays?
Aujourd’hui, alors qu’il urge de penser à
comment rectifier le tir et bien
évoluer en Allemagne c’est le
limogeage du sélectionneur
togolais qui semble hanter les
esprits des autorités. On estime à
tort ou à raison que la débâcle ne
provient que de celui-ci comme si
son limogeage et son remplacement
par un Européen vont changer
quelque chose au niveau de
l’organisation de la Fédération.
Alors que les observateurs les
plus avisés du football togolais
doutaient encore de cette option
risquée, les propos du ministre en
charge de la jeunesse et des
sports viennent renforcer les
rumeurs. Certes, il n’a jamais été
formel dans son intervention sur
cette question du limogeage mais à
analyser ses propos, il est
évident de penser que Keshi serait
désormais sur une chaise
éjectable. Pour le ministre donc,
« moi au niveau du gouvernement
les leçons à tirer je le sais. Au
niveau de la Fédération les leçons
à tirer elle le sait… Mais je
crois qu’il y a véritablement des
leçons à tirer et il faut prendre
courageusement les décisions de
manière à ce que les Eperviers
soient à même de faire une
meilleure prestation lors de la
Coupe du Monde ».
Considérer Keshi comme seul responsable
du fiasco des Eperviers et le
limoger ressemblerait quelque peu
à l’attitude de quelqu’un qui se
ferme les yeux et refuse
délibérément de voir. Il serait
préférable que les autorités se
disent qu’elles en sont aussi pour
quelque chose dans cette
déconvenue et se résolvent à
investir dans le football. Les
dépenses pour l’équipe nationale
ne seront pas plus onéreuses que
celles qu’on a versé dans la
célébration du 13 janvier ou du 23
septembre.
C’est vrai et nous ne nous y trompons pas
d’ailleurs que ce disant, beaucoup
vont penser que nous sommes des
mordus du coach, Stephen Keshi et
que nous tentons de le blanchir.
Loin de nous cette prétention car,
dans le choix des joueurs, il
s’est montré très clientéliste en
sélectionnant des gens que
lui-même reconnaît être blessés.
Le cas de Nibombé Daré reste
révélateur. Aussi, dans le
contentieux avec Shéyi, sa
responsabilité reste entièrement
engagée.
Mais au moins une fois, il faut
que les autorités aient la tête
sur les épaules et discutent
ensemble avec lui pour faire
avancer l’équipe. Si non confier
l’équipe à un autre technicien qui
ne connaît pas encore les joueurs
à 4 mois du mondial s’assimilerait
cruellement à quelqu’un qui se
creuse un tombeau en prévision de
sa propre mort.
* Après la CAN, la résurgence du
doute
Jamais, l’équipe togolaise n’a été aussi
confuse qu’aujourd’hui. Alors que
l’on espérait que la CAN allait
servir d’occasion pour mettre en
place une équipe type en vue de la
Coupe du Monde en Allemagne, elle
vient plutôt jeter un doute
profond sur l’avenir de l’équipe.
Malgré son retour en sélection
lors du deuxième match face au
Cameroun, le maestro togolais,
Adébayor serait toujours, selon
des indiscrétions en train de
réfléchir sur son avenir au sein
de l’équipe. Son éventuel départ
constituerait un coup de poignard
dans le dos de tout un peuple qui
ne jure que par son génie et son
talent pour envisager une
résistance face aux Coréens,
Suisses et Français en Coupe du
monde.
De plus les trois sorties en Coupe
d’Afrique ont révélé de graves et
étonnantes carences que les quatre
prochains mois ne pourraient guère
permettre de combler.
Méconnaissable de la défense en
attaque, l’équipe a totalement
été décevante et loin d’inspirer
confiance.
Faut-il repartir à la recherche de
nouveaux talents pour étoffer
l’effectif ? Adébayor
reviendra-t-il à de meilleurs
sentiments ? La Fédération et le
ministère de la jeunesse et des
sports parviendront-ils à
convaincre le gouvernement pour
financer la relance de l’équipe ?
Autant d’interrogations qui
restent sans réponses et qui
méritent réflexions.
K. Ségniagbéto |