Site Web entier

AgoraPress

 

Tribune

 

Politique

 

Culture

 

Société

 

Sites

 

31 janvier 2006

[ 475:  31-01-06]
La question  de la Réforme de l’armée et de la Constitution va planer sur les discussions

Après la migraine de la désignation du facilitateur, place à la fièvre des problèmes de fond. La question qui préoccupe les partis de la Coalition et l’Alliance, c’est comment faire – puisqu’il est question de législatives –pour que le mot « élection » ne soit plus synonyme de chasse à l’homme et de compétition à la machette dans notre pays. Il faut le dire, l’élection du 24 avril dernier a élargi le fossé entre des Togolais et l’armée. Une partie de la population qui s’identifie à l’opposition considère la grande muette comme une force dressée pour réprimer en cas de besoin.

            La Commission Nationale Spéciale d’Enquête mise en place par le pouvoir a été claire. « Les rapports de  la police et de la gendarmerie sur les actions des agents des forces de l’ordre laissent apparaître des agissements qui traduisent manifestement un traitement discriminatoire au détriment des partisans de l’opposition ou de certains groupes cibles. Ainsi par leur comportement général au cours de cette période cruciale de l’histoire de notre pays, leur complicité avec les miliciens du RPT ou certains individus particulièrement zélés, les Forces Armées Togolaises et les Forces de Sécurité doivent être tenues pour responsables des actes de violence et de vandalisme commis avant, pendant et après l’élection présidentielle du 24 avril2005 ». L’opposition s’attend à ce que les éléments qui se sont illustrés dans cette répression sans précédent soient dénoncés et sanctionnés ou à tout le  moins, que les autorités fassent quelque chose  qui puisse persuader les populations que ce qui s’est passé ne se répétera  plus.

Mais apparemment, le pouvoir  semble ne prêter aucune attention à cette préoccupation. On ne sent pas de la part des autorités togolaises une réelle volonté de dissuader ce genre de comportement qui confirme la complicité de l’armée et des forces de  l’ordre avec les miliciens du parti au pouvoir.

En tout état de cause, ce sont les dérapages  de certains  corps habillés qui tendent à donner à l’armée une image peu reluisante.  Le refus de dénoncer au moins les éléments qui ont commis des exactions injustifiées sur de paisibles citoyens est plutôt perçu comme une prime à l’impunité.

            L’article 21 de la constitution dispose que :

« La  personne humaine est inviolable. Nul ne peut être soumis à la torture, ou à d’autres formes de traitements cruels, inhumains  ou dégradants.

            Nul ne peut se soustraire à la peine encourue du fait de ces violations en invoquant l’ordre supérieur ou d’une autorité publique.

            Tout individu, tout agent de l’Etat coupable de tels actes, soit de sa propre initiative, soit sur instruction sera puni conformément à la loi.

            Tout individu, tout agent de l’Etat est délié du devoir d’obéissance lorsque l’ordre reçu constitue  une atteinte grave et manifeste au respect des Droits de l’homme et des libertés publiques ».

L’immixtion récurrente des hommes en uniforme dans les querelles partisanes durant les processus électoraux au Togo convainc certains acteurs politiques que la solution au problème  de l’impunité doit être recherchée  dans la réforme de l’armée.

Délicate réforme

            La question de la réforme est très délicate. On n’en parle pas sans déchaîner les passions. Et pour cause. Notre armée est le produit d’une longue histoire.  Sa  composition a suscité et suscite encore moult commentaires. Elle est perçue par les uns comme un bouclier tandis que d’autres la considèrent comme une menace.

            L’UFC a toujours soutenu que « la crise togolaise procède du refus de l’alternance politique et de l’instrumentalisation de l’armée togolaise à des fins politiques ».  Selon ce parti, « aucune élection crédible ne peut se tenir au Togo, aucune alternance politique ne peut y avoir lieu si l’armée ne subit une réforme profonde et valorisante ». Pour le Parti de Gilchrist Olympio, « dans les circonstances particulières qui sont celles du Togo, cette réforme pour réussir devrait s’opérer avec l’implication effective et active de la communauté internationale, notamment l’ONU et l’UE ». Mais le hic, c’est qu’il subsiste un mystère sur la façon dont il faut procéder pour réformer cette armée. On ignore ce que renferme concrètement cette notion de « Réforme  Profonde et Valorisante de l’armée».

On  nous a appris que l’armée togolaise est créée à l’image du Gal Eyadema. En tant qu’instrument du pouvoir, elle ne peut donc que servir à renforcer le régime de son créateur que la famille et les proches de celui-ci entendent pérenniser.

Touche pas à mon bouclier !

A partir du moment où le pouvoir ne se négocie pas mais se conquiert, aucun détenteur du pouvoir d’Etat ne peut applaudir à l’idée d’alternance qui signifierait sa déchéance. Ainsi donc, dire que, sans  la réforme de l’armée, aucune alternance n’est possible au Togo, c’est attirer l’attention des tenants du pouvoir sur le fait qu’ils ont intérêt à ne pas céder  s’ils veulent toujours détenir le pouvoir. Subordonner l’alternance politique à la réforme de l’armée, c’est faire savoir  au détenteur du pouvoir et à  ses fidèles  qu’ils gagnent  à entretenir le statu quo. Pour eux, une  « Réforme Profonde et Valorisante de l’armée » signifie, neutralisation du levier du pouvoir.

Ce n’est donc pour rien que le contrôle strict de l’armée est assuré par la présidence  qui  en a confié la charge à Kpatcha Gnassingbé qui, dit-on, au temps du Général Président défunt, avait été discrètement  initié à l’art  d’assurer la continuité de la gestion  de la défense nationale.

De tout ce qui précède, on peut comprendre la réticence du RPT– qui en réalité n’est que le cache sexe du pouvoir réel qui est militaire– à satisfaire à cette exigence des adversaires de son régime.

Pour le parti  du créateur de l’armée togolaise,  « les militaires togolais sont des citoyens à part entière jouissant de la plénitude de leur droit. Ils ont donc droit au respect et à la considération. Le RPT rejette catégoriquement l’idée d’un quelconque dégraissage de l’armée évoquée par l’UFC et fait remarquer que les récentes nominations dans le commandement des FAT procèdent de la volonté de réforme du chef de l’Etat ».

L’autre difficulté, c’est qu’en voulant poser le débat sur la composition ethnique et régionale de l’armée, on peut offrir l’occasion à certains de faire comprendre aux siens  qu’à travers l’armée, c’est à eux  qu’on s’attaque indirectement.

Le Général Président défunt expliquait la composition  de son armée par le fait que certaines populations détestaient cette profession parce qu’elles la  trouvaient risquée ou déshonorante  et que l’engagement dans l’armée étant volontaire on ne pouvait pas forcer ceux qui ne le voulaient pas à se faire enrôler. Il n’empêche qu’à une époque donnée, le Général Président se sentant menacé a développé autour de lui, un système sécuritaire  tendant à faire de l’armée, un instrument de renforcement de son pouvoir. C’est sans avoir très tôt compris que le pouvoir se trouve au bout du fusil que Sylvanus Olympio s’est laissé liquider aussi facilement.

L’implication de la France dans l’assassinat du Premier Président a offert l’occasion au  Général Président  qui ne pouvait que bénéficier du soutien de la puissance coloniale dans la consolidation de son pouvoir. En se présentant à un moment donné comme l’auteur de l’assassinat de Sylvanus par souci –disent certains– de camoufler la responsabilité de la France, Eyadema savait qu’il s’attirait la foudre des fils et des partisans du premier Président du Togo. La France qui en était aussi consciente l’avait aidé à se protéger contre d’éventuels revanchards. 

Mais c’est surtout  les agressions réelles ou supposées contre sa personne qui ont renforcé en  lui  la détermination à modeler l’armée de manière à se prémunir contre toute attaque. Et en bon Africain, on ne se sent  en sécurité  qu’en se faisant entourer des siens.

Aussi les  discours menaçants  de ses adversaires politiques ont-ils  été pour beaucoup dans le façonnement de l’armée. Car, il est évident que lorsque vos opposants jurent publiquement de débarrasser le pays du « tyran sanguinaire » qu’on dit que vous êtes, vous n’avez pas besoin de réfléchir de midi à quatorze heures pour savoir qu’il vous faut mettre tous les moyens afin de parer à toute éventualité sauf si vous auriez envie de vous laisser attraper comme un poulet par l’ennemi.

Eyadema a donc tenu compte des menaces  de ses adversaires  en son encontre pour faire de l’armée son bouclier, un moyen de résistance contre  toute attaque dirigée contre sa personne. Le mythe des commandos armés basés dans un pays voisin n’était pas pour dissuader cette obsession sécuritaire. Au bout du compte, on s’est retrouvé avec  une armée prétorienne avec laquelle il faut compter.

            En fait, le problème réside dans la possibilité ou non de réconcilier véritablement l’armée et les populations. Il s’agit de faire en sorte que lorsqu’on donnera le coup d’envoi pour des élections, on ne verra plus des éléments des FAT et des forces de sécurité s’inviter dans le débat politique et manifester un traitement discriminatoire à l’égard d’une frange de la population en raison de sa tendance politique.

            A partir du moment où les divergences sont profondes au sujet de la « Réforme de l’armée», il revient donc à l’ONU et à l’UE de proposer une formule qui puisse satisfaire toutes les parties sur cette question.

 

Réforme institutionnelle

            Outre la question de l’impunité, l’autre problème crucial concerne  la révision  du cadre électoral.

            « Face aux nécessités objectives, il  convient cependant de donner la priorité à la recherche du consensus sur les questions qui sont en relation évidentes avec les conditions optimales en vue de la tenue des élections législatives et locales, libres, fiables et transparentes », indique le mémorandum de la présidence  sur le dialogue intertogolais. Tout comme la question de la Réforme de l’armée, la réforme institutionnelle est un autre problème  dont la résolution permettra un dénouement heureux du dialogue.

            Le principal parti d’opposition attache du prix à la réforme institutionnelle, notamment l’abrogation des dispositions discriminatoires. Ce qui suppose le retour à la constitution originelle d’octobre 1992 et au code électoral du 05 avril 2000.

            Mais pour le parti présidentiel, la Constitution issue du toilettage de Natchaba constitue la  base en vue des modifications consensuelles.

            Si l’UE et l’ONU proposent à ce sujet un compromis qui soit acceptable par tous, le dialogue intertogolais ne serait qu’une concertation en vue de définir les modalités de suivi et de la mise en œuvre des accords qui seront conclus.

            Ainsi donc la réussite du dialogue intertogolais dépend des solutions de compromis que les institutions impliquées dans la résolution de la crise togolaise pourraient soumettre à l’appréciation des protagonistes.

Yao ASSOU

 

shirtcity.com - click your shirt

 

 

 

 
 
 

Nécrologie

  • C'est la Nouvelle rubrique à votre service. La publication dans cette rubrique n'est pas gratuite. Envoyez-nous vos, avis de décès.
     
  • Contacter nous à  togoforum@hotmail.com pour les modalités de publication

Décès

Hubert Tchalo: 1965 - 2005
 

Les rapports sur le Togo

  Rapport de l'ONU / PDF
  Rapport FIDH
  Rapport Koffigoh

Publicité

Copy your games, movies, dvds, and data onto DVD.

 

You'll be amazed at the prices at CallingCards.com

 

AmericanSingles.com

 

Roxio Backup MyPC Deluxe!

 

Rappel

 
 
   
 

© 2005  www.togoforum.com All rights reserved