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Après la migraine de la
désignation du facilitateur, place
à la fièvre des problèmes de fond.
La question qui préoccupe les
partis de la Coalition et
l’Alliance, c’est comment faire –
puisqu’il est question de
législatives –pour que le mot « élection »
ne soit plus synonyme de chasse à
l’homme et de compétition à la
machette dans notre pays. Il faut
le dire, l’élection du 24 avril
dernier a élargi le fossé entre
des Togolais et l’armée. Une
partie de la population qui
s’identifie à l’opposition
considère la grande muette comme
une force dressée pour réprimer en
cas de besoin.
La Commission
Nationale Spéciale d’Enquête mise
en place par le pouvoir a été
claire. « Les
rapports de la police et de la
gendarmerie sur les actions des
agents des forces de l’ordre
laissent apparaître des
agissements qui traduisent
manifestement un traitement
discriminatoire au détriment des
partisans de l’opposition ou de
certains groupes cibles. Ainsi par
leur comportement général au cours
de cette période cruciale de
l’histoire de notre pays, leur
complicité avec les miliciens du
RPT ou certains individus
particulièrement zélés, les Forces
Armées Togolaises et les Forces de
Sécurité doivent être tenues pour
responsables des actes de
violence et de vandalisme commis
avant, pendant et après l’élection
présidentielle du 24 avril2005 ».
L’opposition s’attend à ce que les
éléments qui se sont illustrés
dans cette répression sans
précédent soient dénoncés et
sanctionnés ou à tout le moins,
que les autorités fassent quelque
chose qui puisse persuader les
populations que ce qui s’est passé
ne se répétera plus.
Mais apparemment, le pouvoir
semble ne prêter aucune attention
à cette préoccupation. On ne sent
pas de la part des autorités
togolaises une réelle volonté de
dissuader ce genre de comportement
qui confirme la complicité de
l’armée et des forces de l’ordre
avec les miliciens du parti au
pouvoir.
En tout état de cause, ce sont les
dérapages de certains corps
habillés qui tendent à donner à
l’armée une image peu reluisante.
Le refus de dénoncer au moins les
éléments qui ont commis des
exactions injustifiées sur de
paisibles citoyens est plutôt
perçu comme une prime à
l’impunité.
L’article 21 de la
constitution dispose que :
« La personne humaine est
inviolable. Nul ne peut être
soumis à la torture, ou à d’autres
formes de traitements cruels,
inhumains ou dégradants.
Nul ne peut se
soustraire à la peine encourue du
fait de ces violations en
invoquant l’ordre supérieur ou
d’une autorité publique.
Tout individu, tout
agent de l’Etat coupable de tels
actes, soit de sa propre
initiative, soit sur instruction
sera puni conformément à la loi.
Tout individu, tout
agent de l’Etat est délié du
devoir d’obéissance lorsque
l’ordre reçu constitue une
atteinte grave et manifeste au
respect des Droits de l’homme
et des libertés publiques ».
L’immixtion récurrente des hommes
en uniforme dans les querelles
partisanes durant les processus
électoraux au Togo convainc
certains acteurs politiques que la
solution au problème de
l’impunité doit être recherchée
dans la réforme de l’armée.
Délicate réforme
La question de la
réforme est très délicate. On n’en
parle pas sans déchaîner les
passions. Et pour cause. Notre
armée est le produit d’une longue
histoire. Sa composition a
suscité et suscite encore moult
commentaires. Elle est perçue par
les uns comme un bouclier tandis
que d’autres la considèrent comme
une menace.
L’UFC a toujours
soutenu que « la crise
togolaise procède du refus de
l’alternance politique et de
l’instrumentalisation de l’armée
togolaise à des fins politiques ».
Selon ce parti, « aucune
élection crédible ne peut se tenir
au Togo, aucune alternance
politique ne peut y avoir lieu si
l’armée ne subit une réforme
profonde et valorisante ».
Pour le Parti de Gilchrist
Olympio, « dans les
circonstances particulières qui
sont celles du Togo, cette réforme
pour réussir devrait s’opérer avec
l’implication effective et active
de la communauté internationale,
notamment l’ONU et l’UE ».
Mais le hic, c’est qu’il subsiste
un mystère sur la façon dont il
faut procéder pour réformer cette
armée. On ignore ce que renferme
concrètement cette notion de « Réforme
Profonde et Valorisante de
l’armée».
On nous a appris que l’armée
togolaise est créée à l’image du
Gal Eyadema. En tant qu’instrument
du pouvoir, elle ne peut donc que
servir à renforcer le régime de
son créateur que la famille et les
proches de celui-ci entendent
pérenniser.
Touche pas à mon bouclier !
A partir du moment où le pouvoir
ne se négocie pas mais se
conquiert, aucun détenteur du
pouvoir d’Etat ne peut applaudir à
l’idée d’alternance qui
signifierait sa déchéance. Ainsi
donc, dire que, sans la réforme
de l’armée, aucune alternance
n’est possible au Togo, c’est
attirer l’attention des tenants du
pouvoir sur le fait qu’ils ont
intérêt à ne pas céder s’ils
veulent toujours détenir le
pouvoir. Subordonner l’alternance
politique à la réforme de l’armée,
c’est faire savoir au détenteur
du pouvoir et à ses fidèles
qu’ils gagnent à entretenir le
statu quo. Pour eux, une
« Réforme Profonde et Valorisante
de l’armée » signifie,
neutralisation du levier du
pouvoir.
Ce n’est donc pour rien que le
contrôle strict de l’armée est
assuré par la présidence qui en
a confié la charge à Kpatcha
Gnassingbé qui, dit-on, au temps
du Général Président défunt, avait
été discrètement initié à l’art
d’assurer la continuité de la
gestion de la défense nationale.
De tout ce qui précède, on peut
comprendre la réticence du RPT–
qui en réalité n’est que le cache
sexe du pouvoir réel qui est
militaire– à satisfaire à cette
exigence des adversaires de son
régime.
Pour le parti du créateur de
l’armée togolaise, « les
militaires togolais sont des
citoyens à part entière jouissant
de la plénitude de leur droit. Ils
ont donc droit au respect et à la
considération. Le RPT
rejette catégoriquement l’idée
d’un quelconque dégraissage de
l’armée évoquée par l’UFC
et fait remarquer que les récentes
nominations dans le commandement
des FAT procèdent de la volonté de
réforme du chef de l’Etat ».
L’autre difficulté, c’est qu’en
voulant poser le débat sur la
composition ethnique et régionale
de l’armée, on peut offrir
l’occasion à certains de faire
comprendre aux siens qu’à travers
l’armée, c’est à eux qu’on
s’attaque indirectement.
Le Général Président défunt
expliquait la composition de son
armée par le fait que certaines
populations détestaient cette
profession parce qu’elles la
trouvaient risquée ou
déshonorante et que l’engagement
dans l’armée étant volontaire on
ne pouvait pas forcer ceux qui ne
le voulaient pas à se faire
enrôler. Il n’empêche qu’à une
époque donnée, le Général
Président se sentant menacé a
développé autour de lui, un
système sécuritaire tendant à
faire de l’armée, un instrument de
renforcement de son pouvoir. C’est
sans avoir très tôt compris que le
pouvoir se trouve au bout du fusil
que Sylvanus Olympio s’est laissé
liquider aussi facilement.
L’implication de la France dans
l’assassinat du Premier Président
a offert l’occasion au Général
Président qui ne pouvait que
bénéficier du soutien de la
puissance coloniale dans la
consolidation de son pouvoir. En
se présentant à un moment donné
comme l’auteur de l’assassinat de
Sylvanus par souci –disent
certains– de camoufler la
responsabilité de la France,
Eyadema savait qu’il s’attirait la
foudre des fils et des partisans
du premier Président du Togo. La
France qui en était aussi
consciente l’avait aidé à se
protéger contre d’éventuels
revanchards.
Mais c’est surtout les agressions
réelles ou supposées contre sa
personne qui ont renforcé en lui
la détermination à modeler l’armée
de manière à se prémunir contre
toute attaque. Et en bon Africain,
on ne se sent en sécurité qu’en
se faisant entourer des siens.
Aussi les discours menaçants de
ses adversaires politiques
ont-ils été pour beaucoup dans le
façonnement de l’armée. Car, il
est évident que lorsque vos
opposants jurent publiquement de
débarrasser le pays du « tyran
sanguinaire » qu’on dit que
vous êtes, vous n’avez pas besoin
de réfléchir de midi à quatorze
heures pour savoir qu’il vous faut
mettre tous les moyens afin de
parer à toute éventualité sauf si
vous auriez envie de vous laisser
attraper comme un poulet par
l’ennemi.
Eyadema a donc tenu compte des
menaces de ses adversaires en
son encontre pour faire de l’armée
son bouclier, un moyen de
résistance contre toute attaque
dirigée contre sa personne. Le
mythe des commandos armés basés
dans un pays voisin n’était pas
pour dissuader cette obsession
sécuritaire. Au bout du compte, on
s’est retrouvé avec une armée
prétorienne avec laquelle il faut
compter.
En fait, le problème
réside dans la possibilité ou non
de réconcilier véritablement
l’armée et les populations. Il
s’agit de faire en sorte que
lorsqu’on donnera le coup d’envoi
pour des élections, on ne verra
plus des éléments des FAT et des
forces de sécurité s’inviter dans
le débat politique et manifester
un traitement discriminatoire à
l’égard d’une frange de la
population en raison de sa
tendance politique.
A partir du moment où
les divergences sont profondes au
sujet de la « Réforme de
l’armée», il revient donc à
l’ONU et à l’UE de proposer une
formule qui puisse satisfaire
toutes les parties sur cette
question.
Réforme institutionnelle
Outre la question de
l’impunité, l’autre problème
crucial concerne la révision du
cadre électoral.
« Face aux
nécessités objectives, il
convient cependant de donner la
priorité à la recherche du
consensus sur les questions qui
sont en relation évidentes avec
les conditions optimales en vue de
la tenue des élections
législatives et locales, libres,
fiables et transparentes »,
indique le mémorandum de la
présidence sur le dialogue
intertogolais. Tout comme la
question de la Réforme de l’armée,
la réforme institutionnelle est un
autre problème dont la résolution
permettra un dénouement heureux du
dialogue.
Le principal parti
d’opposition attache du prix à la
réforme institutionnelle,
notamment l’abrogation des
dispositions discriminatoires. Ce
qui suppose le retour à la
constitution originelle d’octobre
1992 et au code électoral du 05
avril 2000.
Mais pour le parti
présidentiel, la Constitution
issue du toilettage de Natchaba
constitue la base en vue des
modifications consensuelles.
Si l’UE et l’ONU
proposent à ce sujet un compromis
qui soit acceptable par tous, le
dialogue intertogolais ne serait
qu’une concertation en vue de
définir les modalités de suivi et
de la mise en œuvre des accords
qui seront conclus.
Ainsi donc la réussite
du dialogue intertogolais dépend
des solutions de compromis que les
institutions impliquées dans la
résolution de la crise togolaise
pourraient soumettre à
l’appréciation des protagonistes.
Yao ASSOU
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