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Le dialogue social
attendu pour s’ouvrir dans la
deuxième quinzaine du mois de
janvier a du plomb dans l’aile. A
une semaine de la fin du 1er mois
de l’année, les fonctionnaires sont
dans l’expectative des promesses
faites par le gouvernement suite
à leurs différentes
revendications. En attendant, les
agents de l’Etat traitent les
responsables de l’Intersyndicale de
« traîtres ».
«
Ces messieurs-là nous ont trahi.
Ils savent très bien que sans la
pression, les autorités ne
fléchiront jamais. Ils avaient
annoncé une marche de protestation
pour le 5 janvier dernier. Mais il
a suffi que le Premier ministre
les reçoivent pour les épater et
les saouler de propositions pour
qu’ils baissent les bras ». C’est
en ces termes qu’un fonctionnaire
de l’Etat fustigeait les
porte-paroles des centrales
syndicales, aujourd’hui réunis pour
la défense des causes communes. Et
un autre de poursuivre que,
« d’ailleurs, il y en a parmi eux,
qui ne veulent pas entendre parler
de manifestation contre le pouvoir
en place, alors que les résultats
des revendications profiteront à
tous les travailleurs ».
En
effet, après la marche avortée du 5
janvier dernier, les responsables
de l’Intersyndicale avaient, au
cours d’une conférence de presse,
indiqué que la manifestation
n’était pas annulée mais suspendue.
Les travailleurs vont rester
mobilisés et si jusqu’au 20
janvier, rien n’est fait du côté
des autorités pour ouvrir le
dialogue social, la manifestation
va reprendre.
Mais
dans quelques jours, ce sera la fin
du mois de janvier et rien ne
s’annonce, ni du côté des
autorités à propos de l’ouverture
du dialogue social, ni du côté des
responsables de l’Intersyndicale
pour situer leur base sur ce qui se
trame entre eux et les pouvoirs
publics.
Avec ce qui se
passe, beaucoup se demandent si le
dialogue social va s’ouvrir un
jour en vue de plancher sur les
revendications des fonctionnaires.
Jusqu’à ce jour, aucune préparation
n’est en vue.
Du côté
des responsables de
l’Intersyndicale, on ne veut pas
parler de trahison, mais plutôt de
déception des travailleurs qui
ignorent les tractations qui sont
en cours. « Dire qu’on a trahi
les travailleurs, le mot est trop
fort. Il n’y a de trahison que
lorsqu’il y a un pacte. Il y a
plutôt déception. Nous sommes dans
un processus de discussion et cela
doit pouvoir renforcer
l’organisation des travailleurs et
permettre que le dialogue soit
permanent dans l’avenir »,
explique un responsable de
l’Intersyndicale.
Pendant
les discussions qui se sont
ouvertes entre le gouvernement et
l’Intersyndicale les 3 et 4 janvier
à la veille de la marche de
protestation, des promesses avaient
été faites par les autorités. Mais
ces promesses n’étaient pas
consignées dans un document signé
par les deux parties en discussion.
C’est donc un engagement verbal que
l’Intersyndicale a brandi comme
trophée pour suspendre la
manifestation du 5 janvier. Les
discussions entre le Premier
ministre Edem Kodjo et les
responsables de l’Intersyndicale
avaient porté essentiellement sur
trois points à savoir : le paiement
des arriérés de salaire de décembre
2005, l’ouverture du dialogue
social et la baisse du prix des
produits pétroliers. A l’issue des
pourparlers, il a été décidé que le
dialogue social s’ouvre dans la
deuxième quinzaine du mois de
janvier.
Pour la baisse des produits
pétroliers, il avait été proposé
la mise sur pied d’une commission
composée de deux experts désignés
par les organisations des
travailleurs pour entrer en
discussion avec le ministre du
Commerce.
Le
point chaud des discussions a été
le paiement des arriérés de salaire
du mois de décembre 2005. Après
consultation du ministre des
finances, le Premier ministre avait
promis de payer les arriérés de
décembre dans le courant du mois de
Février. Mais à la fin du mois de
janvier, les agents de l’Etat vont
percevoir leur salaire de janvier
avec tous les avantages, à savoir,
les pensions et allocations. Et
dans le courant du mois de février,
ils devraient percevoir les
arriérés de décembre 2005 avant de
prendre le salaire de février à
terme échu avec également tous les
avantages y afférant comme promis
par le gouvernement Faure/Kodjo.
Mais à l’allure où
vont les choses, les fonctionnaires
se disent inquiets. Et pour cause.
Rien pour l’instant n’indique que
le gouvernement pourra tenir ses
promesses. « Avec les dépenses
effectuées pour la célébration du
13 janvier, les primes offertes aux
Eperviers et les funérailles du
défunt chef de l’Etat qui
s’annoncent, on aura encore de
beaux jours de calvaire devant nous »,
se lamente un fonctionnaire.
Certains agents de l’Etat parlent
de légèreté et de complaisance de
l’Intersyndicale dans le traitement
de leur dossier avec le
gouvernement. On parle même d’une
complicité passive. « Ils sont
partis prendre tout ce que le
Premier ministre leur a dit pour
argent comptant. Or, tout le monde
connaît la duplicité de nos
autorités. Ils n’ont même pas pris
soin, après les propositions du
gouvernement, de parapher ce qui
devrait être fait. Et ils sont
revenus nous dire de surseoir à la
marche. On a l’impression qu’ils
défendent les intérêts du pouvoir
au détriment des nôtres »,
s’indigne un agent de l’Etat
scandalisé par le comportement de
leur porte-voix face aux autorités.
Mais au niveau de
l’Intersyndicale, on ne désarme
pas. Les batteries sont au
chauffage et au cas où le dialogue
ne s’ouvrait pas dans cette
deuxième moitié de janvier, elles
seront mises en marche. «La
mobilisation n’a pas faibli»,
fait-on remarquer. Le cahier de
charges est toujours sur la table
du gouvernement et se résume en ces
points : les salaires, la formation
des travailleurs, la privatisation
(comment faire pour que le social
soit sauvé et pour qu’on ne brade
pas le patrimoine), etc.
Il faut reconnaître
que ce duel pouvoir/intersyndicale
est un test pour le mouvement des
travailleurs. Son échec serait
donc un discrédit pour
l’intersyndicale qui a, pour une
fois reconnu que son intérêt se
trouve dans la défense des
intérêts des travailleurs et non
dans des querelles inutiles et
partisanes.
A.
Isaac |