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25 janvier 2006

[ 474:  24-01-06]

L’aide à la presse privée togolaise se fait attendre

L’aide de l’Etat à la presse n’est pas une faveur mais plutôt un droit à partir du moment où elle est prévue par les textes. Mais si dans certains pays de la sous-region l’appui officiel  à la presse privée est devenue chose banale, chez nous, on semble accorder peu d’intérêt à la chose au point de laisser croire que les journalistes qui réclament ce droit sont devenus des mendiants. Cela est dû en partie aux efforts déployés dans un passé récent par des confrères pour dévoyer l’aide à la presse.

Bien évidemment, il y avait une aide  que le Président défunt accordait à certains éditeurs qui y ont trouvé l’occasion de s’enrichir pendant que leurs rédacteurs  poireautaient. S’appuyant sur des collaborateurs du Général Président, ils lui avaient fait croire  que les journaux critiques à son égard étaient financés par l’opposition et qu’ils devraient aussi en bénéficier pour faire le contre poids aux journaux  considérés  à tort comme créés et financés par les adversaires du régime. C’est ainsi que des années durant, des individus avaient trouvé le facile moyen d’empocher des dizaines de millions de F CFA pour produire sporadiquement des titres qui, naturellement ne sont pas lus.

Plus tard, d’autres confrères se sont organisés sur  une base clientéliste pour persuader le chef de l’Etat qu’il ferait œuvre utile en leur offrant beaucoup d’argent à l’exclusion et contre d’autres journaux qu’on a voulu  voir disparaître du marché.  Ils n’hésitaient pas à fabriquer des histoires, jouant les grands patriotes dans le souci de s’attirer la fureur du Général Président sur leurs confrères  qui militaient pour une aide transparente.

Ils ont ainsi tout fait  pour empêcher l’aide officielle  et soutenaient mordicus que le fait pour le chef de l’Etat de leur offrir des centaines de millions de FCFA à eux seuls était une meilleure manière d’aider l’ensemble de la presse togolaise.

Evidemment, cette façon de faire a jeté le discrédit sur l’ensemble de la presse puisque les bénéficiaires  ont fini par se mordre le nez, les uns accusant les autres d’avoir gardé  le gros du butin. Conséquence : la corporation est sérieusement éprouvée et  les membres de ce club s’observent  en chiens de faïence.

Et comme il fallait s’y attendre, à la mort du « magnanime » donateur, beaucoup de ces bitosards ne savent plus où donner de la tête. Il y a plus de journalistes que de journaux. Il ne reste à certains qu’à chasser les mendiants du carrefour Deckon pour prendre leur place. Les plus entreprenants se sont reconvertis en commerçants véreux, animateurs d’ONG ou autres. Ceux des profiteurs qui continuent d’assurer leur parution le font grâce à l’arnaque et le chantage à l’égard des puissances d’argent. Ceux qui s’attendaient à ce que Faure Gnassingbé emboîte le pas à son père commencent à déchanter. Mais dans l’ensemble, la reconversion n’est pas aisée.

Et Maintenant ?
Lors de la présentation des vœux au ministre de la communication par des organisations de la presse, les journalistes ont appris que le montant de la subvention de l’Etat à la presse s’élève à cinquante millions de nos francs. Le ministre  a souligné au grand regret des bitosards  que l’aide telle que l’ex président l’octroyait à des journalistes  est révolue. « Plus jamais ça ! », a t-il  martelé. Cette révélation du ministre a visiblement courroucé certains  qui ont perçu dans ce geste du gouvernement, rien que du mépris à leur égard et pour cause.  50 millions, c’est presque le « petit déjeuner » d’un seul  « profiteur de la presse » du temps du Général Eyadema.

Il faut toutefois se féliciter de ce que le gouvernement réaffirme sa volonté de rompre avec la méthode d’avant Faure. Mais l’unanimité est faite dans les milieux de la presse que cette somme est insignifiante vu le nombre  des organes  et les besoins à satisfaire.

Pour répartir les 50 millions, il va falloir prendre un décret en conseil des ministres comme le prévoit le code de la presse. Ce qui, naturellement prendra du temps. Le ministre de la communication a invoqué la situation difficile que connaît notre pays et la suspension de la coopération. L’univers médiatique togolais compte, hormis les médias d’Etat six Télévisions, plus de 80 radios et une trentaine de journaux privés.  La raison invoquée pour justifier les 50 millions ne tient pas la route, car, il n’y a pas si longtemps,  le gouvernement a trouvé près de 400 millions de FCFA pour organiser les Assises de l’UPF qui n’ont duré que 4 jours. On a pu mobiliser cette somme colossale  pour des Assises qui n’ont pas  apporté grand-chose aux médias togolais tout simplement parce que l’UPF a usé de chantage pour faire plier le gouvernement.

Il nous revient même que l’année 2006 sera bouclée sans que la subvention  à la presse n’intervienne. Certains des prédateurs de l’ère Eyadema qui avaient tenté de liquider la presse en la discréditant clament déjà à qui veut les entendre qu’ils sont des seigneurs autoproclamés de la presse togolaise et que si tous les éditeurs ne viennent  pas se prosterner devant eux, ils feront bloquer l’aide à la presse pour montrer de quoi ils sont capables à celui qui doute encore de leur toute puissance.  Ils se disent incontournables  et capables d’amener le Président Faure  à donner plus  allant même jusqu’à  insinuer qu’ils ont plus que nul autre, des entrées faciles à la présidence, que le chef de l’Etat  succombe  à leur volonté parce qu’ils posséderaient des puissances  « bangosiennes » susceptibles de lui faire accepter ce qu’ils veulent. Ces maîtres chanteurs promettent une aide plus substantielle à la presse privée à condition bien sûr que tous les éditeurs de presse se mettent sous leur dictée et se laissent marchander  et truander par eux,  comme au temps du Général Président. Mais une chose est sure,  à moins de prendre tous les éditeurs pour des bougnoules, pour rien au monde, ces  individus qui croient trouver une oreille attentive à la présidence  au point d’en user à des fins mercantilistes  devront revoir leur prétention à la baisse.

Que vive alors la médiocrité ?
S’il faut respecter les textes en ce qui concerne la subvention de l’Etat à la presse, il n’est écrit nulle part que les éditeurs doivent s’organiser en association unique  sous l’égide d’un leader  qui porte la présidence sur ses épaules avant d’en bénéficier. En vertu du code de la presse (art. 6), la subvention concerne individuellement les organes qui auront rempli certains critères définis par les textes. La presse togolaise a besoin d’aide conséquente qui puisse inciter les éditeurs à mettre sur pied de véritables entreprises de presse et à se donner les moyens de travailler dans  de bonnes conditions, dans le respect de la déontologie. Car il faut le dire, le manque de moyens est une  des causes de la médiocrité de la presse. Un journal qui n’a pas le minimum  lui permettant  de payer les frais de téléphone, de déplacement  de ses reporters etc... est enclin à donner dans la facilité en spéculant sur les rumeurs.  La presse écrite selon les économistes, est une « production conjointe ». Deux marchés coexistent. Celui des lecteurs et celui des annonceurs. L’éditeur devrait donc tenir compte dans l’évaluation de ses coûts et dans sa stratégie commerciale, de la double origine de ses ressources. Dans certains pays,  de la sous-région, les annonces publicitaires représentent 60%  et même plus du coût de production des journaux.

Dans notre pays, les opérateurs économiques n’ont pas encore perçu l’importance de la presse écrite comme support publicitaire et le rôle de la communication dans la promotion de leurs produits. Les rares entreprises  qui ont compris l’utilité de la presse s’adressent plutôt aux radios  et télévisions pour conquérir la clientèle.

Ainsi, les journaux privés togolais sont exclusivement dépendants des lecteurs clients grâce à qui ils font des recettes leur permettant d’assurer la régularité de leur parution. Ainsi, faute d’autres sources de revenus ou d’appuis pouvant leur alléger les charges,  des publications sont obligées de véhiculer les discours ou des opinions de ceux qui leur procurent de quoi survivre. Et il  n’est pas évident que ces opinions concourent  toujours à l’apaisement du climat socio politique.  Cette situation rend difficile tout équilibre de l’information dans la mesure où le souci de plaire  aux clients  l’emporte sur le besoin d’évolution vers l’objectivité et l’excellence. La tentation est grande de faire passer des messages pas du tout corrects pour faire vendre son journal comme de petits pains.

On comprend aisément pourquoi des journaux en viennent à fabriquer des informations à base de rumeurs, à publier de faux avis de disparition de gaillards moyennant  quelques subsides ou à relayer des articles  incendiaires copiés sur les sites internet.

Lorsque l’Etat se refuse donc à apporter une aide substantielle à la presse qui se retrouve confrontée à des difficultés financières, il lui sera difficile de dissuader le recours aux rumeurs et à des informations erronées ou tronquées.


A.S.

 

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