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L’aide de l’Etat à
la presse n’est pas une faveur
mais plutôt un droit à partir du
moment où elle est prévue par les
textes. Mais si dans certains pays
de la sous-region l’appui
officiel à la presse privée est
devenue chose banale, chez nous,
on semble accorder peu d’intérêt à
la chose au point de laisser
croire que les journalistes qui
réclament ce droit sont devenus
des mendiants. Cela est dû en
partie aux efforts déployés dans
un passé récent par des confrères
pour dévoyer l’aide à la presse.
Bien évidemment,
il y avait une aide que le
Président défunt accordait à
certains éditeurs qui y ont trouvé
l’occasion de s’enrichir pendant
que leurs rédacteurs
poireautaient. S’appuyant sur des
collaborateurs du Général
Président, ils lui avaient fait
croire que les journaux critiques
à son égard étaient financés par
l’opposition et qu’ils devraient
aussi en bénéficier pour faire le
contre poids aux journaux
considérés à tort comme créés et
financés par les adversaires du
régime. C’est ainsi que des années
durant, des individus avaient
trouvé le facile moyen d’empocher
des dizaines de millions de F CFA
pour produire sporadiquement des
titres qui, naturellement ne sont
pas lus.
Plus tard,
d’autres confrères se sont
organisés sur une base
clientéliste pour persuader le
chef de l’Etat qu’il ferait œuvre
utile en leur offrant beaucoup
d’argent à l’exclusion et contre
d’autres journaux qu’on a voulu
voir disparaître du marché. Ils
n’hésitaient pas à fabriquer des
histoires, jouant les grands
patriotes dans le souci de
s’attirer la fureur du Général
Président sur leurs confrères qui
militaient pour une aide
transparente.
Ils ont ainsi tout
fait pour empêcher l’aide
officielle et soutenaient
mordicus que le fait pour le chef
de l’Etat de leur offrir des
centaines de millions de FCFA à
eux seuls était une meilleure
manière d’aider l’ensemble de la
presse togolaise.
Evidemment, cette
façon de faire a jeté le discrédit
sur l’ensemble de la presse
puisque les bénéficiaires ont
fini par se mordre le nez, les uns
accusant les autres d’avoir gardé
le gros du butin. Conséquence : la
corporation est sérieusement
éprouvée et les membres de ce
club s’observent en chiens de
faïence.
Et comme il
fallait s’y attendre, à la mort du
« magnanime » donateur,
beaucoup de ces bitosards ne
savent plus où donner de la tête.
Il y a plus de journalistes que de
journaux. Il ne reste à certains
qu’à chasser les mendiants du
carrefour Deckon pour prendre leur
place. Les plus entreprenants se
sont reconvertis en commerçants
véreux, animateurs d’ONG ou
autres. Ceux des profiteurs qui
continuent d’assurer leur parution
le font grâce à l’arnaque et le
chantage à l’égard des puissances
d’argent. Ceux qui s’attendaient à
ce que Faure Gnassingbé emboîte le
pas à son père commencent à
déchanter. Mais dans l’ensemble,
la reconversion n’est pas aisée.
Et Maintenant ?
Lors
de la présentation des vœux au
ministre de la communication par
des organisations de la presse,
les journalistes ont appris que le
montant de la subvention de l’Etat
à la presse s’élève à cinquante
millions de nos francs. Le
ministre a souligné au grand
regret des bitosards que l’aide
telle que l’ex président
l’octroyait à des journalistes
est révolue. « Plus jamais ça ! »,
a t-il martelé. Cette révélation
du ministre a visiblement
courroucé certains qui ont perçu
dans ce geste du gouvernement,
rien que du mépris à leur égard et
pour cause. 50 millions, c’est
presque le « petit déjeuner »
d’un seul « profiteur de la
presse » du temps du Général
Eyadema.
Il
faut toutefois se féliciter de ce
que le gouvernement réaffirme sa
volonté de rompre avec la méthode
d’avant Faure. Mais l’unanimité
est faite dans les milieux de la
presse que cette somme est
insignifiante vu le nombre des
organes et les besoins à
satisfaire.
Pour
répartir les 50 millions, il va
falloir prendre un décret en
conseil des ministres comme le
prévoit le code de la presse. Ce
qui, naturellement prendra du
temps. Le ministre de la
communication a invoqué la
situation difficile que connaît
notre pays et la suspension de la
coopération. L’univers médiatique
togolais compte, hormis les médias
d’Etat six Télévisions, plus de 80
radios et une trentaine de
journaux privés. La raison
invoquée pour justifier les 50
millions ne tient pas la route,
car, il n’y a pas si longtemps,
le gouvernement a trouvé près de
400 millions de FCFA pour
organiser les Assises de l’UPF qui
n’ont duré que 4 jours. On a pu
mobiliser cette somme colossale
pour des Assises qui n’ont pas
apporté grand-chose aux médias
togolais tout simplement parce que
l’UPF a usé de chantage pour faire
plier le gouvernement.
Il
nous revient même que l’année 2006
sera bouclée sans que la
subvention à la presse
n’intervienne. Certains des
prédateurs de l’ère Eyadema qui
avaient tenté de liquider la
presse en la discréditant clament
déjà à qui veut les entendre
qu’ils sont des seigneurs
autoproclamés de la presse
togolaise et que si tous les
éditeurs ne viennent pas se
prosterner devant eux, ils feront
bloquer l’aide à la presse pour
montrer de quoi ils sont capables
à celui qui doute encore de leur
toute puissance. Ils se disent
incontournables et capables
d’amener le Président Faure à
donner plus allant même jusqu’à
insinuer qu’ils ont plus que nul
autre, des entrées faciles à la
présidence, que le chef de l’Etat
succombe à leur volonté parce
qu’ils posséderaient des
puissances « bangosiennes »
susceptibles de lui faire accepter
ce qu’ils veulent. Ces maîtres
chanteurs promettent une aide plus
substantielle à la presse privée à
condition bien sûr que tous les
éditeurs de presse se mettent sous
leur dictée et se laissent
marchander et truander par eux,
comme au temps du Général
Président. Mais une chose est
sure, à moins de prendre tous les
éditeurs pour des bougnoules, pour
rien au monde, ces individus qui
croient trouver une oreille
attentive à la présidence au
point d’en user à des fins
mercantilistes devront revoir
leur prétention à la baisse.
Que vive alors la
médiocrité ?
S’il
faut respecter les textes en ce
qui concerne la subvention de
l’Etat à la presse, il n’est écrit
nulle part que les éditeurs
doivent s’organiser en association
unique sous l’égide d’un leader
qui porte la présidence sur ses
épaules avant d’en bénéficier. En
vertu du code de la presse (art.
6), la subvention concerne
individuellement les organes qui
auront rempli certains critères
définis par les textes. La presse
togolaise a besoin d’aide
conséquente qui puisse inciter les
éditeurs à mettre sur pied de
véritables entreprises de presse
et à se donner les moyens de
travailler dans de bonnes
conditions, dans le respect de la
déontologie. Car il faut le dire,
le manque de moyens est une des
causes de la médiocrité de la
presse. Un journal qui n’a pas le
minimum lui permettant de payer
les frais de téléphone, de
déplacement de ses reporters
etc... est enclin à donner dans la
facilité en spéculant sur les
rumeurs. La presse écrite selon
les économistes, est une
« production conjointe ». Deux
marchés coexistent. Celui des
lecteurs et celui des annonceurs.
L’éditeur devrait donc tenir
compte dans l’évaluation de ses
coûts et dans sa stratégie
commerciale, de la double origine
de ses ressources. Dans certains
pays, de la sous-région, les
annonces publicitaires
représentent 60% et même plus du
coût de production des journaux.
Dans
notre pays, les opérateurs
économiques n’ont pas encore perçu
l’importance de la presse écrite
comme support publicitaire et le
rôle de la communication dans la
promotion de leurs produits. Les
rares entreprises qui ont compris
l’utilité de la presse s’adressent
plutôt aux radios et télévisions
pour conquérir la clientèle.
Ainsi,
les journaux privés togolais sont
exclusivement dépendants des
lecteurs clients grâce à qui ils
font des recettes leur permettant
d’assurer la régularité de leur
parution. Ainsi, faute d’autres
sources de revenus ou d’appuis
pouvant leur alléger les charges,
des publications sont obligées de
véhiculer les discours ou des
opinions de ceux qui leur
procurent de quoi survivre. Et il
n’est pas évident que ces opinions
concourent toujours à
l’apaisement du climat socio
politique. Cette situation rend
difficile tout équilibre de
l’information dans la mesure où le
souci de plaire aux clients
l’emporte sur le besoin
d’évolution vers l’objectivité et
l’excellence. La tentation est
grande de faire passer des
messages pas du tout corrects pour
faire vendre son journal comme de
petits pains.
On
comprend aisément pourquoi des
journaux en viennent à fabriquer
des informations à base de
rumeurs, à publier de faux avis de
disparition de gaillards
moyennant quelques subsides ou à
relayer des articles incendiaires
copiés sur les sites internet.
Lorsque l’Etat se refuse donc à
apporter une aide substantielle à
la presse qui se retrouve
confrontée à des difficultés
financières, il lui sera difficile
de dissuader le recours aux
rumeurs et à des informations
erronées ou tronquées.
A.S. |