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La décision du GTI
de ne plus prolonger le mandat de
l’Assemblée nationale ivoirienne
qui a expiré le 16 décembre
dernier a été une occasion pour
Gbagbo et les siens de montrer à
l’opinion internationale qu’ils
n’entendent pas se soumettre au
diktat de l’ONU et de la France
accusées d’être engagées dans un
processus de mise sous tutelle de
la Côte d’Ivoire. «Le FPI
demande au chef de l`Etat Laurent
Gbagbo d`entreprendre
immédiatement les démarches
nécessaires afin que le pays soit
débarrassé de l`occupant étranger
et d`engager sur des bases
autonomes et autochtones le
processus de paix et de
réconciliation», a déclaré
Affi N’Guessan, le chef du parti
présidentiel.
Les «jeunes
patriotes» ont réclamé en
outre le départ des 7.000 casques
bleus et des 4.000 militaires
français de la force Licorne
déployés dans le pays, qui reste
scindé en deux depuis le coup
d`Etat manqué de septembre 2002 et
la prise de la moitié nord par les
rebelles des Forces nouvelles.
A Guiglo, dans
l’Ouest, plusieurs centaines de
manifestants ont pénétré de force
dans l‘enceinte d‘un bâtiment où
sont cantonnés des casques bleus
bangladais et d‘autres se sont
rassemblés pour la deuxième
journée consécutive devant des
bâtiments onusiens à Abidjan et
devant l’ambassade de France. Des
véhicules de l‘Onu ont en outre
fait l‘objet de jets de pierres.
En fait, il n’y
avait pas de quoi manifester car
le GTI n’a fait que constater que
le mandat de l’Assemblée est
arrivé à son terme comme
l’indique la constitution. Tirant
donc cette conclusion, le GTI a
chargé le chef de l’Etat et le
Premier ministre de se concerter
pour confier une mission de paix
aux députés. Il ne s’est donc pas
agi de dissoudre l’Assemblée. La
machine du FPI y a juste trouvé un
alibi pour prouver à la face de la
communauté internationale que
Gbagbo conserve l’essentiel de ses
pouvoirs réels et que Konan Banny
ne maîtrise rien.
Même
si la mission du Président
Obasanjo a eu le mérite de faire
baisser la tension, le bras de fer
persiste entre les institutions de
la République et l’ONU.
En fin
manipulateur de la rue, l’opposant
Gbagbo au pouvoir et sa machine de
contestation viennent de défier la
communauté internationale. Le
Président ivoirien en bon stratège
n’hésite pas à faire comprendre à
ses détracteurs par la rue qu’il
est prêt à mettre le feu si on
l’y contraint. Et il sait très
bien que personne n’a intérêt à ce
que la Côte d’Ivoire qui est un
poids économique important dans la
sous-région ouest africaine
s’embrase. Il peut donc compter
sur l’armée qu’il a domptée et les
patriotes pour narguer l’ONU.
Depuis le déclenchement des
troubles par les partisans de
Laurent Gbagbo, les Abidjanais ont
vu des pick-up bourrés de jeunes
gens, au corps badigeonné de
charbon déversés dans des
quartiers réputés proches de
l’opposition.
A Adjamé, au
quartier Dallas, de véhicules du
Cecos (Forces de Sécurité) ont
ainsi convoyé des manifestants à
certains points chauds. Notamment
sur le boulevard Nangui Abrogoua,
à proximité de la pharmacie Diby.
Cette même scène a eu lieu à
Yopougon Toits-rouges et, toujours
dans la même commune, au niveau de
l’Eglise Saint-André.
Les forces de
défense et de sécurité sont amenés
à laisser faire les patriotes
voire à les renforcer. La
situation ivoirienne est telle que
tout militaire qui serait aux
prises avec les patriotes de
Gbagbo serait immédiatement rangé
dans le camp des rebelles et
traité comme tel. L’ex Chef
d’Etat-major Mathias Doué en sait
quelque chose. Ainsi, a t-on vu
des officiers de l’armée
ivoirienne appuyer des jeunes
patriotes qui ont pris d’assaut
la RTI pour y diffuser des
appels à la mobilisation. Ce
soutien militaire oblige la
majorité des Ivoiriens et ceux qui
tenteraient de s’opposer au
dressage de barricades à se terrer
chez eux. Charles Konan Banny est
devenu un chef de gouvernement
sans autorité, contraint à se
soumettre au camp présidentiel dès
lors qu’il ne contrôle pas
l’armée.
Hypothétiques
sanctions
Une
liste de personnalités politiques
susceptibles de subir des
sanctions ciblées avait été
établie après l’affaire du
charnier de Yopougon, mais sans
aucune suite. Gbagbo peut-il
utiliser l’appareil de l’Etat
pour résister aux probables
sanctions de l’ONU en usant de la
méthode de la terre
brûlée ? En imposant un
Premier ministre aux pouvoirs
élargis, l’ONU n’a pas songé à
régler le problème du choc entre
ses décisions politiques et les
dispositions constitutionnelles,
étant entendu que la constitution
ivoirienne est toujours en
vigueur. La formation du
gouvernement laisse croire que
les postes de souveraineté
échappent au Président Gbagbo.
Mais dans les faits, c’est lui qui
contrôle l’appareil de l’Etat.
Le
sort réservé au Président ivoirien
est perçu à certains égards comme
une injustice d’une part en
raison de la compréhension dont
la communauté internationale
fait preuve à l’égard de la
rébellion et d’autre part le
fait qu’on n’ait pas laissé le
temps au Président Gbagbo de
mettre en place un gouvernement
qui lui permette de mettre en
œuvre son projet de société pour
lequel il a été élu. A ceux qui
disent que le « Woody de Mama »
est mal élu, ses partisans
rétorquent qu’il a été plutôt
bien élu comparé à d’autres chefs
d’Etat qui ont accédé au pouvoir
dans la violence et la rébellion
armée mais qui paradoxalement
bénéficient de la complicité de la
communauté internationale. Gbagbo
et les siens estiment avoir tout
concédé sans obtenir le
désarmement et la réunification du
pays. Ils perçoivent dans
l’attitude de la communauté
internationale plutôt une volonté
de retirer le pouvoir au chef de
l’Etat. Une sorte de coup d’Etat
qui ne dit pas son nom. Le FPI
en veut particulièrement à la
France qui, dit-il, continue de
considérer la Côte d’Ivoire comme
sa colonie. Du côté des patriotes,
on ne comprend pas au nom de quoi,
la France soumet des résolutions
sur la Côte d’Ivoire indépendante
à l’ONU ?
« Nous sommes
devant l’ambassade de France
puisque pour nous tout ce qui se
décide au Gti vient d’ici.
On ne comprend pas comment c’est
le Gti qui vient décider du
maintien ou non du parlement de la
Côte d’Ivoire «, lance Blé
Goudé. Autour de lui, des
centaines de jeunes, qui écoutent
Serges Kassy, haranguer une foule
avec des slogans anti français.
« Nous allons reprendre le combat
là où nous l’avons laissé. En
décidant de dissoudre l’Assemblée
nationale, il laisse croire que
c’est Charles Konan Banny qui est
le président de la Côte d’Ivoire ».
La foule qui ne cesse de grossir
pousse des cris de protestation.
Des policiers de la Compagnie
républicaine de sécurité ( Crs)
observent l’air grave, et donnent
l’impression de comprendre ce qui
s’y déroule. Des militaires
français perchés sur le toit
observent à leur tour, à l’aide
des longues vues.
Que peut l’ONU
face à cette machine contestataire
redoutable qui agite la fibre
patriotique en se fondant sur le
slogan mobilisateur « Libérez
le pays » ?
Yao
ASSOU |