 |
2
janvier 2007 |
|
|
 |
|
[
N°523
: du 2 janvier 2007] |
|
La
Primature cent jours après :
Me
AGBOYIBO entre rébellion et résignation |
|
En
acceptant le poste de Premier ministre, Me AGBOYIBO
était conscient de la nature du pouvoir togolais. L’Accord
Politique Global signé par les acteurs politiques
togolais n’ayant pas mis la Constitution sous
éteignoir, la nomination d’un Premier ministre au
sein de l’opposition résultait tout simplement d’un
arrangement politique. Et si le Premier ministre
peine à prendre ses marques, c’est qu’il est
conscient des limites de ses charges. |
|
En
tant que juriste il sait très bien que la
constitution actuelle (issue du toilettage) à ne pas
confondre avec l’originelle de septembre 1992 ne
confère fondamentalement aucun pouvoir au Premier
ministre. Il travaille sous l’autorité du chef de
l’Etat mais quand ça tourne mal c’est lui qui
ramasse les pots cassés. Pour respecter l’esprit
même du «toilettage», il aurait fallu
supprimer le poste de Premier Ministre qui n’est
plus qu’une coquille vide et qui ne mérite pas tant
de convoitises. On aura remarqué que les actes
concrets que pose le Premier ministre se limitent
aux discours à l’occasion des colloques et
séminaires.
Il
est donc clair que Me AGBOYIBO ne peut gérer un
pouvoir que la constitution ne lui confère pas sauf
à vouloir marcher sur cette constitution et engager
ainsi un bras de fer avec le chef de l’Etat. Encore
faut-il qu’il ait les moyens pour le faire.
En
s’inspirant du cas Koffigoh, il sait que ceux qui
lui demandent de s’octroyer une réelle autorité et
ainsi d’ouvrir une nouvelle crise seront les
premiers à prendre la poudre d’escampette quand ça
va péter Togolaiserie aidant, ceux qui lui demandent
de défier le pouvoir RPT seront les mêmes à le lui
reprocher après coup. Au lendemain de la Conférence
Nationale
Souveraine, le Premier Ministre de la transition,
fort de l’enthousiasme populaire était couvert par
l’Acte 7 Loi fondamentale organisant la période
transitoire qui faisait théoriquement du chef de
l’Etat un inaugurateur de chrysanthèmes. Koffigoh
qui était sur papier le chef de l’exécutif et
ministre de la défense a été poussé par ses amis de
l’opposition à affronter sans aucun moyen l’armée
prétorienne du Général Président mais au premier
coup de fusil d’un « incontrôlé » il a été
abandonné à son triste sort. Lorsque son Palais a
été pris d’assaut par l’Armée restée fidèle
à son «créateur» le
03
décembre 1991, ceux qui l’encourageaient à engager
le bras de fer avec Eyadema avaient pris leur jambe
au cou après avoir dissout le RPT. Cela ne les a pas
empêché de l’accuser de trahison malgré tout ce
qu’il a subi.
Son successeur Edem Kodjo, qui en vertu de la
constitution avait engagé une bataille juridique
contre la Présidence sur le contrôle de la
commission des marchés avait été poussé à la sortie
et remplacé par Kwassi Klutsè. C’est dire que dans
un pays où le pouvoir est au bout du fusil, on ne
s’y aventure pas impunément.
Me
AGBOYIBO qui a hérité du poste de Premier Ministre
vidé de son contenu par le toilettage
constitutionnel, n’a aucune autorité sur les forces
de sécurité et encore moins l’armée contrôlées par
Kpatcha Gnassingbé. Il ne bénéficie pas non plus de
l’enthousiasme populaire, les Togolais étant devenus
indifférents à la chose politique. Qui plus est,
l’attitude adoptée par l’UFC à la suite de sa
nomination ne l’arrange pas.
Pour provoquer un choc politique, il faut s’assurer
qu’on dispose des moyens pour faire face aux
conséquences du choc. Apparemment, Me Agboyibo n’en
a pas. De plus le Premier Ministre n’est pas le
genre d’homme à porter des gants lorsqu’il est
attaqué. En tout cas, il n’affectionne pas la
violence. C’est ici que la méthode d’action du
Bélier Noir prend son sens. Faure aurait nommé un
Premier Ministre au sein de l’UFC que le Togo
sombrerait dans une nouvelle crise avec un Premier
Ministre contestataire fidèle aux ministres de son
parti et qui auraient la liberté d’opérer avec de
fortes chances que les conseils de ministres se
terminent par des combat de Kung-Fu. Or, si pour
parler comme Karl Marx entre deux forces, la force
seule peut décider, les rebelles
intergouvernementaux se verront tout simplement
limogés. Ceux qui donc espèrent que Me Agboyibo
décide un beau matin d’exécuter une danse endiablée
le couteau entre les dents en plein conseil des
Ministres attendront longtemps. Mais le refus par Me
Agboyibo d’aller vers l’affrontement est-il perçu
comme une faiblesse à exploiter pour l’écraser ?
Interrogé sur le processus de normalisation de la
situation politique au Togo, Me Agboyibo a déclaré
le 29 décembre dernier dans la capitale nigérienne
que « le processus est dynamique, il est en cours
et nous essayons de tous les côtés de faire en sorte
qu’il aille dans un bon sens. Nous sommes deux
parties animées d’un même souci, sortir le Togo de
l’impasse et quels que soient nos différends, nous
avons l’obligation d’harmoniser nos positions et
d’aller de l’avant ».
Au-delà de ce langage apaisant et rassurant, on
parle de plus en plus d’anicroches entre le Premier
ministre et des ministres fidèles au chef de l’Etat.
On raconte même qu’il y a quelques semaines, il
aurait été proprement sermonné par un collaborateur
du chef de l’Etat lorsqu’il a réagi par écrit à un
acte posé par un de ses ministres à son insu.
Il
est vrai que par souci du politiquement correct, Me
Agboyibo n’exhibera pas ses états d’âme quels que
soient les malentendus qui surviennent entre les
fidèles du Président et lui. Le leader du CAR est
assez carapacé pour supporter tout ce qui lui tombe
dessus. Mais son insensibilité apparente face aux
provocations cache sa nature imprévisible. Cet
acrobate politique hors pair et qui a l’art de se
retrouver là où on l’attend le moins peut surprendre
à tout moment. S’il n’est pas prêt de jeter l’éponge
malgré toutes les humiliations, c’est qu’il a un
intérêt à rester car même symboliquement, le Poste
de Premier Ministre - version constitution toilettée
- n’en demeure pas moins stratégique en perspective
des prochaines élections.
Abass SAIB |
|
|
|
Faure Gnassingbé maîtrisé par la vieille garde du
régime Eyadema |
|
Près
de deux ans après la mort du Général Président, le
fils qui lui a succédé
a
du
mal à
dompter le système mis en place par le père avec le
soutien intéressé des caciques. Il apparaît de plus
en plus que Faure Gnassingbé s’adapte plutôt au
système faute de pouvoir le révolutionner. Pour
bousculer les habitudes acquises quarante ans durant
avec des vieux barons prêts à tout pour préserver
leurs privilèges acquis sur le dos du pauvre
« peuple » togolais, il faut en avoir souffert. Or
Faure Gnassingbé qui est loin d’être victime de ce
système ne peut mordre la main qui a nourri le
système dont il hérite. Petit à petit le système
plus vieux que lui, le phagocyte. Irrésistiblement
ses discours non seulement s’éloignent des actes
mais deviennent inquiétants. |
|
En
réalité Faure Gnassingbé qui n’est pas assez
courageux voire téméraire pour dire aux
collaborateurs de son Père défunt qui l’appellent
affectueusement « mon fils » ce qu’il pense
réellement d’eux est obligé de les laisser faire
pour ne pas se créer des ennuis.
Ses récentes offensives médiatiques contre l’UFC et
son président Gilchrist Olympio visent sans doute à
rassurer les irréductibles de son bord qui
l’accusent de faire la part trop belle à
l’opposition et de vouloir privilégier les intérêts
de ses adversaires au détriment de « ceux qui
contre vents et marrés aux heures critiques de
l’histoire du Parti ont risqué leur vie pour
pérenniser les acquis ».
En
fait le jeune président est pris entre deux feux
dans un univers politique manichéen. S’il accepte
toutes les exigences de l’opposition radicale, ses
partisans l’accuseront de les abandonner au profit
des adversaires. Et s’il n’écoute que les points de
vue des irréductibles de son parti- qui ont la
situation en main-, il est contraint de faire de « l’Eyadémaïsme
sans Eyadema ». Dans cette situation, la
recherche de la solution du juste milieu n’est pas
chose aisée. Mais là où le bât blesse, c’est qu’en
multipliant des propos provocateurs en ne faisant
rien pour maîtriser certains de ses collaborateurs
qui font montre d’une irrévérence notoire à l’égard
de l’ « opposition gouvernementale », il
renforce par la même occasion ceux qui pensent qu’il
est vain, voire suicidaire de composer avec le
pouvoir RPT. Avec l’imposition d’un dur du régime au
Secrétariat Général du RPT et la volonté manifeste
d’écraser politiquement des partis de l’opposition
qui ont accepté de jouer le jeu de l’apaisement, on
tend irrémédiablement vers le choc des extrêmes.
L.
R. |
|
|
|
La
Présidence
allemande de l’UE inquiète les autorités togolaises |
|
Depuis hier, l’Allemagne assume pour la douzième
fois la présidence de l’Union Européenne. Elle est
de ce fait à la tête des organes du Conseil de
l’Union Européenne. Pendant cette période
l’Allemagne jouera un rôle majeur en tant que
représentant de l’UE et donc de tous les citoyennes
et citoyens de l’Union Européenne. |
|
Sur la crise togolaise la Première puissance
colonisatrice et la France n’accordent pas leurs
violons. Si à l’issue de l’élection présidentielle,
Jacques Chirac s’est empressé de féliciter
l’élection du fils de son cher ami, aucun dirigeant
allemand n’a franchi ce pas. De fait, l’Allemagne
qui n’a jamais cautionné des mascarades électorales
au Togo reste intransigeante quant au respect des
droits humains dans ce pays. Les autorités
togolaises ont toujours accusé l’Allemagne d’être
favorable à l’opposition togolaise. En 1995 un
diplomate allemand a été tué par un agent de
sécurité au niveau d’un poste de contrôle non loin
de l’Hôtel Sarakawa. L’Ambassade d’Allemagne n’avait
pas hésité à accueillir et faciliter l’exfiltration
de l’ex ministre Boko entré en dissidence quelques
jours avant l’élection du 24 avril 2005. Le Centre
Culturel Allemand avait été incendié par des
éléments cagoulés et les enquêtes diligentées n’ont
toujours pas abouti à l’identification des auteurs.
Il
est vrai qu’à la faveur de la signature de l’Accord
Politique Global et l’entrée au gouvernement de
l’opposition l’Allemagne où Me Agboyibo
bénéficierait de soutien auprès de certains
dirigeants et parlementaires a desserré l’étau. Le 9e FED
a été notifié au Togo. A présent une attention
particulière va être portée par l’Allemagne sur la
manière dont se dérouleront les prochaines
législatives. Ironie du sort la présidence allemande
de l’UE prendra fin en juin, mois retenu pour le
déroulement des élections. La fermeté des
dirigeants et des parlementaires allemands à l’égard
des autorités togolaises est jugée inquiétante par
celles-ci. Comme le reconnaît Faure Gnassingbé dans
une interview récemment accordée à « Jeune
Afrique » : l’« Allemagne fait preuve à
notre encontre d’une hostilité de longue date dont
la persistance aujourd’hui encore m’étonne. Cette
position influence hélas une bonne partie des pays
membres de l’Union Européenne ».
A. S. |
|
Quand le président se passe de la presse |
|
Contrairement à son père défunt qui était très
sensible aux critiques de la presse, Faure
Gnassingbé se montre plutôt indifférent quant à
l’impact des médias sur l’opinion. Ceux qui sous le
Général Président défilaient à Lomé 2 afin de
comploter contre leurs confrères pour en sortir avec
des dizaines de millions de nos francs sont
aujourd’hui criblés de dettes, et tirent le diable
par la queue. S’il faut saluer le fait que le fils
ait tourné le dos à la politique du gain facile à
laquelle le père avait habitué les journalistes, en
revanche le peu d’intérêt que Faure Gnassingbé
accorde aux médias n’augure rien de bon. Mais le
plus inquiétant est qu’il donne l’air de se passer
des médias. |
|
Sur presque tous les pays de la Sous-région, le Togo
est l’un des rares pays avec le Libéria et la Sierra
Léone à avoir une chaîne de télévision nationale qui
ne soit pas captée par satellite et qui est de plus
en plus inaccessible aux Togolais. De source
informée on signale qu’environ cinq cent millions
suffisent pour moderniser totalement la TVT mais le
chef de l’Etat qui dit affectionner les nouvelles
technologies de l’information ne semble pas pressé
de donner les moyens pour propulser la TVT dans le
numérique. En attendant que la seule Télévision
nationale arrête de fonctionner totalement, les
journalistes et techniciens se démènent avec des
cameras en forme de Bazooka et du matériel vétuste
et démodé qu’on cherche ailleurs pour orner des
musées afin de nourrir la curiosité des générations
présentes et futures. Le seul quotidien national
« Togo Presse » notre aîné est toujours à
l’ère de la table de montage, l’ATOP est dans une
situation calamiteuse. Les ministres qui se
succèdent à la tête du ministère de la communication
se contentent de visiter les locaux des médias
d’Etat, louent l’ardeur au travail de nos confrères
qui se décarcassent dans des conditions impossibles
et puis rien.
Quant à la presse privée, (radio, télévision, presse
écrite confondues) elle végète dans la médiocrité
totale par rapport aux médias de la sous-région.
Faure Gnassingbé est résolu à ne rien faire qui
puisse attenter à la liberté de presse et
d’expression mais il ne fait non plus rien pour
encourager l’excellence dans les médias quitte à
laisser la presse écrite s’immoler par la
dépénalisation. La consigne semble avoir été donnée
de laisser déconner jusqu’à ce que la presse se
fasse prendre au piège de ses propres défauts. Bref
l’attitude du Chef d l’Etat à l’égard de la Presse
privée peut se résumer en une phrase. « Ecrivez
ce que vous voulez, je m’en moque ! ». Mais un
tel état d’esprit n’est-il pas de nature à
encourager la presse à s’installer dans la
désinformation, les fausses nouvelles et le
sensationnel avec à la clé la décrédibilisation du
monde médiatique togolais aux yeux de l’opinion ?
On se demande si les autorités n’espèrent pas la
généralisation de la médiocrité pour justifier une
éventuelle repénalisation des délits de presse ?
A.S |
|
|
|
La
problématique du fonctionnement des partis
politiques au Togo |
|
Dans son discours improvisé à la fin du dernier
Congrès ordinaire du RPT, Faure Gnassingbé a, mine
de rien, décoché des flèches empoisonnées pour
égratigner tourner en dérision certains partis de
l’opposition démocratique. Faisant la comparaison
entre le parti qu’il préside depuis la mort de son
père en 2005 et les autres formations, il a déclaré
en substance que, de tous les partis politiques
togolais, le RPT est le seul qui tient régulièrement
et dans les délais, ses congrès statutaires. Il a
mis au défi les autres acteurs de la scène politique
à qui il demande d’inviter le RPT à leurs congrès
statutaires. Mais le tout pour un parti politique
est-il de tenir dans les délais, ses congrès
statutaires ? |
|
Des propos de ce genre venant du Président du RPT
frisent la provocation gratuite et ne justifient
d’aucune pertinence. En effet, dans un pays comme le
nôtre où le jeu politique, ruiné et miné par des
décennies de règne RPéTeux est loin d’être normal,
il est illusoire de vouloir voir les choses se
dérouler comme dans un Etat normal. Lorsqu’on
détient tous les instruments du pouvoir, lorsqu’on a
à son service les moyens de l’Etat ; lorsqu’on peut
utiliser les véhicules administratifs et les camions
des FAT pour déverser par paquets, des délégués là
où on veut et lorsqu’on peut bénéficier de l’apport
des hommes d’affaires étrangers ou nationaux qui,
pour des raisons évidentes soutiennent
matériellement le parti au pouvoir en fournissant
des tricots, des gadgets ou des espèces sonnantes et
trébuchantes, il est facile d’organiser des congrès.
On peut même en organiser plusieurs par an parce que
cela ne serait qu’un jeu d’enfant.
Le vrai problème qui se pose aujourd’hui, c’est
l’instauration du jeu démocratique au sein de nos
partis. Cela est d’autant plus vrai que la
démocratie, pour parvenir au plan national, doit
d’abord commencer par se cultiver au sein des
partis. Mais à quoi cela sert-il pour un parti, de
tenir des congrès sans laisser au moins le soin aux
militants de choisir ou d’élire librement leurs
dirigeants ?
Lors de la grande messe du parti dont le Président
se targue d’être le seul à organiser des Congrès
dans les délais, de nombreux observateurs ont estimé
tout simplement scandaleuse, la manière dont on a
procédé pour désigner le nouveau Secrétaire Général.
Alors que les jeunes s’attendaient à voir
positionner un des leurs pour injecter du sang neuf
au parti gangrené par une vieille garde qui les
empêche de jouer leur partition, c’est « un vieux
de la vieille » qui a été pratiquement imposé.
Tout s’était passé comme au bon vieux temps du
Timonier. A ce détail près qu’il n’y a même pas eu
un simulacre d’élection. Il a suffit que le
Président du parti « propose » un candidat
pour que tout le monde s’aligne derrière ce choix.
Pour une fois, l’élection du Secrétaire Général
s’est faite par acclamation. Quand bien même une
seule candidature a été proposée, ç’aurait été un
peu démocratique de la soumettre au vote des
militants pour apprécier la popularité de M.
Solitoki. Mais il n’en a rien été.
Au regard de ce seul exemple, il est clair que la
démocratie au sein du parti ne saurait se jauger à
l’aune des congrès. C’est bien beau de tenir des
congrès dans les délais. Mais tant que ces congrès
ne permettent pas aux militants, à tout le moins, de
choisir librement leurs dirigeants, ils ne seront
d’aucune utilité pour l’enjeu de l’heure, à savoir
l’apprentissage de la démocratie. Tenir
régulièrement des congrès sans donner le minimum de
marge de liberté aux militants dans le choix des
dirigeants du parti, c’est s’engager sur la voie de
la démocratie de façade.
Aujourd’hui, après ce qu’ils ont vu le 18 décembre
dernier, nombreux sont les «RPeTeux» qui,
déçus, poussent des jurons et tournent le dos au
parti et au nouveau Secrétaire Général. Cela
valait-il vraiment la peine d’organiser un Congrès
pour en arriver là ?
Le fonctionnement normal des partis politiques pose
un problème de fond au Togo. La question est
intimement liée au contexte et aux conditions dans
lesquelles sont créés les partis d’opposition. Si
ces formations ne tiennent pratiquement jamais de
congrès la chose peut se comprendre même si elle ne
les dédouane guère.
En effet, créer un parti et l’animer au Togo n’est
pas chose aisée. La plus grande équation qui se pose
est celle des moyens. Où trouver de l’argent et des
hommes pour travailler ? La question devient un
véritable casse-tête si l’on sait qu’au Togo, le
sens du militantisme au sein d’un parti a été dévoyé
par des décennies de dérives et de travestissement.
Au Togo, très peu de gens savent que lorsqu’on est
militant d’un parti on a l’obligation de cotiser au
lieu de s’attendre à recevoir des billets de banque
du Président Fondateur.
Dans un environnement paupérisé où la pauvreté est
la chose la mieux partagée, les chefs de partis qui
ploient déjà sous le coup de représailles limitant
considérablement leurs revenus se retrouvent seuls à
la recherche des moyens pour faire vivre leur parti
et porter secours à leurs militants en difficulté.
Les autres membres du bureau qui parfois dépendent
eux-mêmes matériellement du même chef de parti
laissent faire. A force de faire vivre seul le parti
et les autres n’ayant franchement pas les moyens de
le faire à sa place, le chef de parti devient
inamovible et incontournable. Il lui revient même de
désigner les membres du Bureau sous les
applaudissements des militants qui ne savent pas
comment vit le parti.
C’est ainsi que depuis plusieurs années, il s’est
formé à la tête des partis, des équipes pratiquement
intouchables. Aujourd’hui, il est impossible
d’imaginer
la
CDPA sans Léopold Gnininvi et Martin Aduayom. Il est
malaisé de penser à l’UFC sans entrevoir Gilchrist
Olympio entouré de Jean-Pierre Fabre et Patrick
Lawson. Il est impensable de considérer le CAR sans
Me Agboyibo, Me Hegbor et autre Apévon. Il en est de
même pour Edem Kodjo de la CPP et Zarifou Ayéva du
PDR. Le changement qui survient au sein des équipes
dirigeantes se limite souvent à des permutations.
Quant aux présidents qui en réalité sont des
« propriétaires » de partis, ils demeurent à leur
poste « à vie ». Vu sous cet angle, il n’est pas
nécessaire de tenir des congrès qui ne seraient que
des kermesses inutiles.
La question ne se pose pas seulement au Togo. En
Afrique, la gestion d’un parti politique reste une
cuisine interne des gourous. Ils sont nombreux, des
cadres de partis qui ont été débarqués pour avoir
voulu disputer le leadership au président. Appeler à
respecter les statuts est une véritable défiance. On
se rappelle comment certains jeunes de
la
NDP avaient fini par rompre avec l’UFC après qu’ils
aient vainement réclamé un congrès.
Mais au lieu de s’en servir comme prétexte pour
tourner les autres en dérision, Faure Gnassingbé
devait voir en cette situation, l’une des
conséquences désastreuses du long règne du système
incarné par le parti qu’il préside aujourd’hui. Car
si après seize ans d’apprentissage de la démocratie,
le Togo en est encore là, le RPT en est bien pour
quelque chose. C’est la preuve que ce parti n’a pas
pu faire du Togo, un pays normal ou se joue dans les
règles de l’art, le jeu démocratique. Le pire, c’est
que, au lieu de chercher à se rattraper, ce parti se
complait dans des congrès folkloriques dénués de
tout intérêt pédagogique. En voulant, dans ces
conditions tourner l’opposition en dérision, Faure
Gnassingbé se trompe de combat.
L.R |
|
Conclave à Notsè :
Des experts de 4 pays au secours de la CENI |
|
On tend vers l’accélération du processus électoral.
Dans son communiqué en date du 16 décembre 2006, le
Comité de Suivi réuni en sa deuxième séance
demandait à la CENI de s’inspirer des expériences
des pays de la sous-région. Les membres de cette
institution ont donc retenu 4 pays dont les experts
électoraux sont attendus demain dans notre pays.
Ainsi donc les membres de la CENI seront en conclave
à Notsè avec les experts du Mali, du Ghana, du Bénin
et du Burkina Faso. Il s’agit de partager avec les
membres de la Commission Electorale togolaise,
l’expérience de tous ces pays en matière de
recensement et d’établissement du fichier électoral
et de sécurisation des cartes d’électeurs. |
|
Au
terme des travaux qui dureront quatre jours, la CENI
devrait être en mesure de prendre une décision
consensuelle et définitive en mettant ainsi un terme
aux dissenssions. Il faut rappeler que depuis
plusieurs semaines déjà les travaux piétinent à la
CENI où deux camps s’opposent au sujet de la formule
à adopter pour la sécurisation des cartes
d’électeurs.
Certains proposent que les cartes d’électeurs à
établir sont munis de photos, ce à quoi d’autres
s’opposent. On remarque que sur les quatre pays d’où
viennent les experts électoraux, seul le Ghana a
adopté le système de carte d’électeur avec photo.
Ainsi donc la communication sur l’expérience
ghanéenne, devra mériter une attention particulière,
car il s’agira de voir si l’exemple ghanéen peut
être reproduit au Togo.
En tout état de cause « la
CENI devra affiner davantage les estimations pour
tirer compte des données disponibles, des réalités
nationales togolaises et des contraintes
financières »
et se pencher sur la finalisation du chronogramme,
des actions préparatoires des électeurs du budget
requis et des méthodes pour effectuer le recensement
électoral et établi les cartes d’électeurs
sécurisées.
C’est donc le lundi
15
janvier 2007
que la CENI devra présenter ses résultats au Comité
de Suivi. Parallèlement, une mission conjointe
UE-PNUD est attendue à Lomé dans le courant de ce
mois pour procéder à une évaluation.
A.S |
|
|
|