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Le Changement

19 Dec 2007

[Du 17 Dec 2007]

Le gouvernement Mally a du pain sur la planche
Dans la lettre annonçant au Chef de l’Etat la levée des sanctions contre le Togo, l’UE a émis un certain nombre de vœux. L’institution européenne souhaite voir se poursuivre le dialogue entre les acteurs politiques togolais sur des sujets à déterminer d’un commun accord. Elle voudrait ensuite voir se consolider les acquis du processus démocratique avec les réformes institutionnelles et constitutionnelles. Enfin, l’UE souhaite que soit réglé dans un bref délai, le problème relatif à l’impunité au Togo.

Aujourd’hui, avec la reprise de la coopération de l’UE et la visite au Togo des émissaires des institutions financières internationales de Bretton Woods, on est tenté de dire que tout est définitivement rentré dans l’ordre et que le Togo est prêt pour un nouveau départ. Une telle assertion est vraie. Mais seulement en partie. Car tout porte à croire que sans le dire, et tout en ouvrant les vannes de la coopération au Togo, l’UE impose à notre pays, un cahier de charge au regard duquel le Togo sera jugé.

Il est hors de question de croire que la reprise de la coopération annoncée par l’U.E. est un blanc seing susceptible d’ouvrir la voie au retour à tous les excès ayant conduit à l’imposition des sanctions voilà une quinzaine d’années déjà.

Certes, pour en arriver à cette embellie, la chemin a été long et tortueux. Aujourd’hui, on peut cependant se féliciter d’avoir réussi à franchir les étapes et à surmonter les écueils. Mais il est clair que le plus dur reste à faire. Car en dépit de ce qui se dit, le Togo, pour garder et raffermir la confiance de ses partenaires doit progresser sur la voie de la démocratie. Ce qui suppose le maintien et la culture de l’esprit de consensus qui a présidé à la mise en œuvre de l’Accord Politique Global, fondement de l’organisation des élections législatives du 14 Octobre dernier.

Dans sa lettre de notification, l’UE  a été claire en ce qui concerne son souhait de voir se poursuivre le dialogue entre les protagonistes de la scène politique sur les sujets à déterminer d’un commun accord. Déterminer les sujets d’un commun accord signifie que toutes les parties convergent au moins leurs vues sur une ou plusieurs questions sur lesquelles porteront leurs discussions. Comment cela serait-il possible sans un début de consensus ?

Aujourd’hui, il est clair que l’UFC et le CAR n’étant pas au gouvernement, c’est le RPT qui a été mis devant ses responsabilités. Il est vrai que le RPT a 50 députés à l’Assemblée Nationale et que les sièges de l’UFC et du CAR réunis ne changent rien à sa tendance majoritaire. Mais le fait pour ce parti de se rabattre, faute de mieux, sur des formations qui, bien qu’ayant participé aux élections législatives n’ont pas le moindre député à l’Assemblé nationale laisse, plus qu’un goût d’inachevé, mais un sentiment de pis-aller qui grippe dangereusement les lendemains de la normalisation.

On peut se demander si, dans une situation comme celle-ci, l’UFC et le CAR peuvent s’adjoindre aux autres signataires de l’Accord Politique Global pour poursuivre le dialogue. La question est d’autant plus perspicace que dans sa lettre, l’UE n’indique pas le cadre dans lequel devra se tenir le dialogue en question.

Dans un récent article, nous avons évoqué les chances pour Komlan Mally de réussir sa mission. Nous en avions conclu que malgré les atouts dont on peut le créditer, rien n’est acquis d’avance. Cela est plus que jamais vrai. Car le nouveau gouvernement n’aura pas à jouer sur du velours. Un gouvernement majoritairement RPT, en ménage avec une Assemblée nationale majoritairement RPT dans un pays dirigé par un Président RPT doit savoir jouer en ménageant les uns et les autres pour éviter la dérive suicidaire. Or, le RPT ayant habitué les Togolais avec sa propension à tout prendre ne rassure guère sur ce plan.

La mission sera d’autant plus compliqué que, en même temps qu’il doit rendre compte de sa gestion pour démontrer aux partenaires internationaux qu’ils ne se sont pas trompés en levant les sanctions, le RPT majoritairement aux affaires doit préparer la réélection de Faure Gnassingbé en 2010.

Le RPT a donc du pain sur la planche. Car équilibrer une équation de ce genre n’est pas aisé. Le Premier Ministre Komlan Mally aura donc fort à faire pour rester à la hauteur des attentes.

 L. Cosmas 

Eviction de Kpatcha du nouveau gouvernement : Le ministre Bodjona dément les propos de RFI « La confiance est totale entre les deux hommes »
Le week-end dernier, M. Pascal Bodjona, ex-Directeur de Cabinet de la Présidence de la République, et actuel Ministre d’Etat, Ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des collectivités locales, Porte-parole du Gouvernement a démenti les propos de Radio France Internationale (RFI) faisant état de ce que Kpatcha Gnassingbé, demi-frère de Faure Gnassingbé et ex-ministre de la Défense et des Anciens Combattants a été écarté du nouveau gouvernement Mally à cause d’une prétendue cupidité et des réseaux mafieux qu’il entretiendrait. RFI avait, au sujet de ses allégations, cité une source proche de la Présidence de la République pour appuyer ses propos relatifs à la fameuse rivalité entre les deux frères. Comme il fallait s’y attendre, cela a suscité beaucoup de réactions dans l’opinion surtout en ce moment où tous les regards sont rivés sur la nouvelle composition du gouvernement.

Hier dimanche 16 décembre 2007, le porte-parole du gouvernement a protesté que l’éviction de Kpatcha Gnassingbé du gouvernement soit le résultat des rivalités avec son frère le Président Faure. Pour Pascal Bodjona, il s’agit d’allégation et  que « la confiance est totale entre les deux hommes ».

            Pour beaucoup d’observateurs, les démentis de Bodjona au sujet de cette éternelle affaire de conflit, est une bonne chose. En apportant un démenti, il coupe l’herbe sous le pied des détracteurs qui veulent voir la famille Gnassingbé divisée. Car, en réalité, le silence de Faure a donné l’occasion à des auteurs de ces allégations d’intoxiquer davantage l’opinion.

            Il n’y a pas longtemps, Kpatcha Gnassingbé a, pour sa part, finalement rompu le silence, en se prononçant sur le sujet. En effet, lorsque la presse étrangère s’en était mêlée, Kpatcha n’a ménagé aucun effort pour déclarer qu’aucune divergence de quelque nature que ce soit ne l’oppose à son frère aîné Faure Gnassingbé. Il a dit qu’il ne lui viendra jamais à l’idée d’en vouloir à qui que ce soit surtout à Faure. En bon chrétien, il reconnaît que ce n’est pas lui qui a donné la vie à quelqu’un pour la lui ôter. « Je suis prêt à mourir à la place de mon frère si c’est nécessaire. C’est ceux qui veulent m’opposer à mon frère qui font écrire de telles informations » a laissé entendre le demi-frère de Faure, Kpatcha Gnassingbé. Comme pour confirmer que les tenants des allégations mensongères, sont en mission commandée, RFI cite des sources proches de la présidence de la République. L’événement tel que commenté par RFI n’a laissé personne indifférent même après le démenti du porte-parole du gouvernement. Pour beaucoup d’observateurs, le Chef de l’Etat doit peser de tout son poids pour mettre fin à cette polémique inutile. Seul maître à bord, Faure Gnassingbé est le seul  à pouvoir mettre un terme à ces supputations.

Hier, c’est « Jeune Afrique» qui s’est intéressé au sujet. Suivront d’autres journaux. Aujourd’hui, c’est RFI qui enfonce le clou comme si au Togo, la seule information qui les préoccupe, ce sont les rivalités entre les deux frères. La question reste de savoir ce que ces informateurs tirent comme profit en inventant des histoires à dormir debout sur Kpatcha et Faure.

            Dans tous les cas, à notre avis, Faure Gnassingbé a intérêt à agir en tant que Président de la République pour rétablir l’ordre. Quand on sait le rôle que l’un a joué au côté de l’autre pour la conservation du pouvoir après le décès de leur père feu président Eyadéma, ces fils ont grand intérêt à s’entendre. Car dit-on souvent, le linge sale se lave en famille.

            Quant à la non reconduction de Kpatcha Gnassingbé dans le nouveau gouvernement, il ne nous revient pas de verser dans des commentaires inutiles dès lors que nous n’avons aucune idée de ce qui sous-tend la décision de Faure d’écarter son frère. Nous savons cependant le rôle positif que ce dernier (Kpatcha) a joué lors des élections législatives du 14 octobre 2007 pour la victoire du RPT qui, à la surprise générale, a raflé 50 sièges sur les 81 à l’Assemblée nationale. Si malgré tous ses efforts il ne se retrouve pas à l’Assemblée, ni au gouvernement et que, comme par enchantement le Ministère de la Défense se retrouve  rattacher à la Présidence de la République, nous au CHANGEMENT, nous ne pouvons que constater. Faure Gnassingbé et Kpatcha ont leur raison que nous ne maîtrisons pas. Mais, de grâce Faure Gnassingbé doit désormais, prendre des mesures au niveau de son entourage pour que les sources proches de la Présidence de la République rapportent des informations vraies. Ce laisser-aller peut finalement donner raison à ceux qui pensent qu’il y a réellement problème entre les deux frères. Il est temps que Faure prenne ses responsabilités. Surtout pour son image et l’image de notre pays à l’étranger.

AMOU

Autopsie d’une équipe gouvernementale restreinte : Le RPT se taille la part du lion
La liste du nouveau gouvernement a été rendue publique comme nous l’annoncions dans notre dernière édition, le jeudi 13 décembre 2007 dans la nuit. Si après la démission du cabinet Agboyibo, il a fallu tant et tant de temps pour nommer un nouveau Premier Ministre et former un nouveau gouvernement, c’est tout simplement parce que les négociations n’ont pas été de tout repos. Faure Gnassingbé ayant annoncé la formation d’un gouvernement d’ouverture, il fallait prendre le pouls de toutes les grandes formations politiques et discuter de leur entrée au gouvernement. Ce qui n’est pas chose aisée si l’on sait qu’il s’agit d’une affaire d’intérêt politique majeur et au Togo, d’une matière qui rend toujours frileux.

            La nouvelle équipe qu’aura à diriger le Premier ministre Komlan Mally se compose de vingt un (21) ministres. Un cabinet beaucoup plus restreint, par rapport au gouvernement sortant qui comptait 35 membres.

            De même, contrairement au gouvernement Agboyibo qui comptait en son sein cinq (05) femmes, le gouvernement Mally n’a attribué que deux (02) places à la gente féminine.

            L’autre constat, c’est que le gouvernement Mally ne comporte pas de ministre délégué, ni de Secrétaire d’Etat. On note cependant trois (03) portefeuilles de ministres d’Etat.

            Un coup d’œil sur la liste des membres du nouveau gouvernement permet de remarquer l’absence de l’UFC et du CAR. Chacune de ces formations avait, en son temps, donné sa position quant à son entrée au gouvernement. (Cf. Le Changement N° 100 du 06 Décembre 2007).

            La grande surprise est venue de la CDPA qui avait dans un passé récent exprimé son refus de participer au gouvernement avant de s’y retrouver avec deux (02) portefeuilles, notamment celui du ministère d’Etat, ministère des Affaires étrangères détenu par le Prof. Léopold Messan Gnininvi lui-même et celui de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche géré par M. Martin Adimado Aduayom.

            Moins on est nombreux, plus on est efficace, dit-on. C’est certainement fort de cette sagesse que nos dirigeants ont opté pour une équipe restreinte au sein de laquelle on retrouve des technocrates.

            L’ouverture dont parlait Faure Gnassingbé n’a visiblement donné aucune chance aux petits partis qui s’échauffaient dans l’anti-chambre. Mieux, les opportunistes qui s’étaient retrouvés comme par enchantement dans le Gouvernement Agboyibo ont été remerciés.

            Pour la première fois de son histoire, l’UDS-Togo de M. Antoine Folly, un parti qui avait beaucoup fait parler de lui, même s’il est devenu aujourd’hui moins que son propre ombre, siège au Gouvernement avec le portefeuille de la Jeunesse, des Sports et des loisirs attribué à son premier responsable, Antoine Folly.

            Au bout du compte, au total dix-neuf (19) personnalités auront quitté le gouvernement. Il s’agit de :

1.               Amah Gnassingbé, ministre d’Etat sans portefeuille.

2. Zarifou Ayéva, ministre d’Etat, ministre des Affaires Etrangères et de l’Intégration Africaine.

3. Jean-Lucien Savi de Tové, ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat.

4. Komi Sélom Klassou, ministre des Enseignements Primaire et Secondaire.

5. Kpatcha Gnassingbé, ministre de la Défense et des Anciens Combattants.

6 .Me Georges Gahoun Hegbor, ministre de la Communication et de la Formation Civique.

7. Me Tchessa Abi, ministre des Relations avec les Institutions de la République.

8. Arthème Ahoomey-Zunu, ministre de l’Administration Territoriale.

9. Daniel Kloutsè, ministre de l’Economie et du Développement

10. Gabriel S. Dosseh-Anyron, ministre de la Culture, du Tourisme et des Loisirs.

11. Agbéwanou Edoh, ministre de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle

12. Yao Florent Maganawè, ministre de l’Eau et des Ressources Hydrauliques

13. Bernard E. Walla, ministre des Petites et Moyennes Entreprises et de la Promotion de la Zone Franche.

14. Sela Polo, Garde des Sceaux, ministre de la Justice.

15. Me Massan Acouetey, ministre Déléguée à la Présidence de la République chargée de la Réconciliation Nationale et des Institutions Ad’hoc

16. Mme Lydia Adanlété, ministre déléguée auprès du ministre des Petites et Moyennes Entreprises et de la Promotion de la Zone Franche, chargée du Secteur Informel.

17. Ouro-Bossi Tchacondoh, ministre délégué auprès du ministre de l’Administration Territoriale, chargé des Collectivités Locales.

18. Mme Agnélé Christine Mensah, ministre déléguée auprès du ministre des Affaires Sociales et de la Promotion de la Femme, chargée de la Protection de l’enfant et des Personnes âgées.

19. Gilbert Atsu, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Jeunesse et des Sports, chargé de la Promotion des Jeunes.

Non seulement ces personnalités ne figurent plus au gouvernement mais plusieurs parmi les portefeuilles qu’elles occupaient ont été supprimés s’ils n’ont pas été rattachés à d’autres départements.

Les autres membres du gouvernement Agboyibo ont été maintenus au sein de la nouvelle équipe même si trois (03) parmi eux se sont vus changer de portefeuille. Il s’agit de Yandja Yentchabré qui quitte le ministère de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation pour celui du Commerce de l’Industrie de l’Artisanat et des Petites et Moyennes entreprises et Yves Madow Nagou qui laisse le ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et Pêche pour celui des Enseignements Primaire et Secondaire et de l’Enseignement Technique. Enfin, le Prof. Léopold Messan Gnininvi précédemment en charge des Mines et de l’Energie part pour le ministère d’Etat des Affaires étrangères. Outre les trois qui changent de poste, les neuf (09) autres conservent leurs portefeuilles. Il s’agit de :

1. Kondi Charles Agba

2. Issifou Okoulou Kantchati

3. Katari Foli-Bazi

4. Gilbert Bawara

5. Messan Adimado Aduayom

6. Mme Célestine Akouavi Aïdam

7. Mme Méminatou Ibrahima

8. Kokouvi Dogbé

9. Adji Oteth Ayassor

Huit nouvelles personnalités font leur entrée au Gouvernement. Il s’agit de :

1. Pascal Bodjona, ministre d’Etat, ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, porte-parole du Gouvernement.

2. Kossi Messan Ewovor, ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche.

3. Noupokou Dammipi, ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau.

4. Kokou Biossey Tozoun, Garde des Sceaux, ministre de la Justice.

5. Antoine Folly, ministre de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs.

6. Cornelius Aïdam, ministre de la Communication, de la Culture et de la Formation Civique.

7. Broohm Nicoué, Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale

8. Célestin Ekpaou Talaki, ministre des Travaux publics, des Transports, de l’Urbanisme et de l’Habitat.

Le nouveau cabinet se présente donc comme suit : (voir encadré). Un constat de taille : l’absence de Kpatcha Gnassingbé dans la nouvelle équipe gouvernementale. Le département de la Défense et des Anciens Combattants qu’il gérait depuis 2005 a été rattaché à la Présidence de la République. Aucun commentaire n’a été fait pour justifier la mesure. Mais ce n’est pas sans étonner plus d’un observateur si l’on sait le rôle important joué par Kpatcha dans le processus de l’avènement de Faure à la présidence de la République et l’estime dont il jouit de la part des militaires et éléments des forces de sécurité togolaise.

En définitive, malgré l’ouverture prônée par le chef de l’Etat, très peu de place a été finalement attribuée aux autres partis dans le nouveau gouvernement. En l’absence de l’UFC et du CAR, respectivement deuxième et troisième forces politiques du pays qui ont refusé d’entrer au gouvernement, la CPP a eu droit à deux (02) portefeuilles. La société civile reste représentée avec un portefeuille ministériel.

Une fois encore, le RPT s’est taillé la part du lion avec plus d’une quinzaine de portefeuilles sur 21. Reste à savoir s’il a de sérieuses chances de mener à bien la bataille et de négocier le nouveau départ.

L. C.

 
 

 

 
 

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