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Le changement (le chgt):
Monsieur le Vice-Président. Vous êtes de retour
d’Europe, et très précisément de Rome, dans le cadre
d’un dialogue entre le Pouvoir et l’UFC. Les résultats
ne semblent pas probants. Et depuis quelques jours, il
est question d’un dialogue national. Et de nouveau, nous
voyons l’UFC présente au rendez-vous. Qu’en est-il
exactement ! Et si vous le voulez, commençons par Rome !
Patrick LAWSON (P.L.):
Rome pour les Togolais qui vivent une crise terrible et
veulent en sortir, c’est d’abord cette Communauté de
Sant’Egidio, née à Rome en 1968, au lendemain du Concile
Vatican II. Sant’Egidio, comme l’indique Vatican II,
c’est le chemin de la paix et de la collaboration entre
les religions, mais aussi, c’est un mode de vie et une
méthode pour la réconciliation dans les conflits.
Elle est au service de la paix et de l’humanisation du
Monde «C’est l’obole de la veuve qui a une grande
valeur aux yeux du Seigneur (Mc 12.41)».
L’amitié avec les pauvres a conduit Sant’Egidio à
mieux comprendre que la guerre est la mère de toutes les
pauvretés. C’est ainsi qu’aimer les pauvres, dans de
nombreuses situations, est devenu travailler pour la
paix, pour la protéger là où elle est menacée, pour
aider à la reconstruire, en facilitant le dialogue là où
elle est perdue.
Les moyens de ce service pour la paix et la
réconciliation sont les moyens pauvres de la prière, de
la parole, du partage des situations difficiles, la
rencontre et le dialogue.
Même là où on ne peut pas travailler pour la paix, la
Communauté cherche à réaliser la solidarité et à
apporter l’aide humanitaire aux populations civiles qui
souffrent le plus à cause de la guerre.
Certains membres de la Communauté ont été les «
facilitateurs» ou «les véritables médiateurs dans
les conflits fratricides qui ont duré plus de dix ans,
comme au Mozambique, ou plus de trente ans, comme au
Guatemala».
L’Afrique la plus pauvre, traversée par la guerre, ainsi
que les Balkans, et bien d’autres pays, sont dans la
mémoire et au centre des préoccupations et de
l’engagement de Sant’Egidio. C’est donc à travers ces
expériences, que Sant’Egidio fait confiance à la «
force faible» de la prière et le « pouvoir de
changement» par la non-violence et la persuasion.
N’est ce pas les aspects de la vie du Seigneur Jésus
lui-même ?
Aussi, d’autres initiatives humanitaires ont été
conduites par la Communauté de Sant’Egidio, comme celles
des mines antipersonnel, l’aide concrète aux réfugiés et
aux victimes des guerres et des famines, par exemple au
Soudan Sud, au Burundi, en Albanie et au Kosovo, ou
encore les récentes actions pour venir en aide aux
populations touchées par l’ouragan Mitch en Amérique
Centrale, etc.
C’est dans cet esprit, que se situe ce qu’il convient
d’appeler aujourd’hui, le processus de Rome. Ces
rencontres de Rome sont une préoccupation majeure pour
Sant’Egidio qui y voit la seule démarche d’éviter qu’au
Togo, le sang ne coule de nouveau, ou même que le pire
n’arrive.
Mais Rome, c’est également le courage d’un homme, qu’il
n’y a pas si longtemps, personne n’imagine en train de
discuter avec ses adversaires politiques irréductibles.
Et pour cause ! exilé et éloigné de son propre pays,
depuis plus de 40 ans, privé pendant longtemps de ses
pièces d’identité Nationales, victime d’attentats, dont
celle de Soudou, condamné à mort par contumace à
plusieurs reprises, dépourvu de ses droits et devoirs
civiques, ayant connu des assassinats de membres de sa
famille et de sa sensibilité politique, etc., mais
toujours populaire et n’en déplaise à ceux qui refusent
de voir la réalité en face ! C’est cet homme là, adulé,
porté en triomphe par tout un peuple pour sa résistance
constante et de longue date à l’arbitraire, à
l’impunité, à la dictature, c’est cet homme là dis-je,
qui accepte d’aller à contre courant de la position
d’une large frange de nos populations qui ne veulent pas
qu’il rencontre les responsables d’un régime illégitime
et qui disent: « tout le monde, sauf lui, disent-ils!
Il est notre seul espoir! Il est le seul incorruptible!
Il est le seul à avoir résisté parfois même avec les
armes à ce régime et de tout temps! » « Qu’on ne
nous le dévierge pas! ».
C’est donc en homme de mission et de conviction, qu’il
s’est dit : seul moi, je peux poser un tel acte sans
disparaître de la scène politique. Pourquoi ? A l’instar
d’un Sharon en Israël (la comparaison s’arrêtant au
degré de popularité et le sens de l’acte posé ! ), ou
d’un Mandela, Gilchrist Olympio a pris le risque,
d’accepter cette démarche, parce qu’il est populaire. Il
a décidé d’utiliser cette popularité pour tenter une
ultime négociation pour la paix au Togo avec ses
adversaires de toujours et de tous les jours, mais dans
la vérité et la sincérité. Il aurait pu dilapider cette
confiance populaire dans le populisme et la démagogie.
Il a choisi plutôt de la capitaliser dans le seul
intérêt de nos populations, appauvries, meurtries,
avilies, désemparées, humiliées, déshumanisées. Il a
choisi de faire l’ultime démarche avant qu’il ne soit
trop tard, pour réconcilier le peuple togolais avec lui
même, pour appeler ses adversaires de toujours à la
raison, pour apaiser les tensions entre les populations
civiles, l’armée et les milices.
Rome a pour but d’apporter le ferment de bonne foi et de
bonne volonté dans les deux camps, afin que le futur
dialogue national ne souffre de blocage insurmontable.
L’UFC et son Président, conscients du risque et tout en
refusant la duplicité et les effets d’annonce, se sont
engagés dans cette voie périlleuse, mais combien
salutaire et courageuse.
Avons-nous besoin réellement pour exister d’un « One
Man Show » dont certains parlent ? Les mêmes
demandent une chose et son contraire.
Servons notre peuple. Il nous jugera à l’heure du bilan.
Le reste n’est que calomnie et en fin de compte, de peu
d’importance.
Le chgt: avant de revenir sur les sujets discutés à Rome et qui, à
coup sûr, vont revenir au dialogue national, parlez-nous
de votre appréciation du dialogue national annoncé !
P.L. :
Voici un pays meurtri, et qui vit une crise extrêmement
grave, « faite de discrimination et d’exclusion, de
dégradation de l’économie nationale et d’expansion de la
misère et de la pauvreté », d’élections frauduleuses
qui déclenchent souvent des émeutes suivies de
répressions brutales par les milices et les forces de
Sécurité, d’arrestations et de détentions arbitraires.
Toutes choses qui avilissent pour que les filles et
fils de ce pays le Togo, disent ensemble: cela suffit !
Pourquoi donc ne pas se parler pour faire redémarrer ce
pays sur de nouvelles bases, plus saines, plus
fraternelles, plus conviviales, plus justes ? Surtout
que toutes ces exactions ont abouti à la rupture de
l’aide internationale avec Togo ! Depuis les années 90,
la communauté internationale subordonne la reprise de
l’aide au respect des principes démocratiques et des
droits et libertés fondamentaux.
Les 22 engagements, texte imposé par le cours
tourmenté de la vie politique togolaise, tentent à
l’évidence de trouver un nouveau terrain d’entente dans
les difficiles échanges qui doivent s’instaurer entre
l’opposition togolaise et le pouvoir de Lomé. Cependant,
la dernière élection présidentielle d’Avril 2005 prouve
à souhait que des discussions autour des 22 engagements
ne suffisent pas et qu’il faut aller au delà pour bannir
à jamais de notre pays, l’impunité, les violences
pendant les périodes électorales; bref, pour assainir
l’environnement politique togolais.
Pour ce faire, il ne doit exister aucun sujet tabou.
Le dialogue se doit d’être minutieusement et
rationnellement préparé et les résultats de ces assises
doivent être mis en œuvre par l’ensemble des acteurs
politiques et s’imposer à tous; au risque de sanctions!
Le dialogue national revêt donc un caractère
déterminant du fait que de son succès, dépend celui de
l’ensemble du processus de sortie de crise. C’est aussi
dans cette perspective que s’inscrivent les rencontres
de Rome: préparer, se préparer pour faire aboutir cette
fois-ci le dialogue politique au Togo.
L’UFC demeure convaincue que seule une bonne
préparation, un ordre du jour tenant compte des
problèmes réels, une volonté réelle et inlassable
d’aboutir à des résultats consensuels, et la mise en
place d’un système de sanctions aux manquements, feront
réussir ce dialogue.
Le chgt:
Quels sont selon vous, M. le Vice-Président, les sujets
clés à inscrire à l’ordre du jour ?
P.L.:
Sans se perdre dans les dédales, ils sont
essentiellement de 4 ordres:
- L’assainissement de l’environnement politique qui
passe par l’arrêt des violences sur les populations
civiles avant, pendant et après les élections; la
réforme des forces de sécurité (Police et Gendarmerie)
et la fin de l’impunité.
- le 2e point est relatif à la question de la réforme de
l’armée, reforme qui doit nécessairement rendre l’armée
républicaine, lui éviter l’immixtion dans la vie
politique nationale en en faisant un corps neutre et
revaloriser les conditions de vie des soldats, celles
de leurs progénitures, car ne l’oublions pas, ce sont
des gens qui ont fait don de leur vie pour défendre la
nation togolaise en cas de périls extérieurs.
- le 3e point concerne les réformes institutionnelles
notamment, en écartant les mesures discriminatoires
contenues dans la Constitution et le Code Electoral, en
redéfinissant les modes de scrutin et de règlement des
contentieux électoraux et en revoyant les missions et
compositions de certaines Institutions de la République,
surtout celles qui sont impliquées dans le processus
électoral.
- et enfin les structures susceptibles d’organiser le
suivi, la mise en œuvre des décisions prises par
consensus au cours de ces assises.
Ce sont des thèmes fondamentaux que l’UFC a identifiés
comme devant contribuer à changer la mentalité et le
paysage politiques au Togo, et ainsi créer dans la
confiance et la sérénité, les nouvelles conditions pour
une harmonie sociale avec moins de discrimination
sociale et ethnique, et pour une alternance politique
rassurante et pour les perdants et pour les vainqueurs.
Le chgt:
Et comment comptez-vous aller à ce dialogue ? En
coalition ! chacun pour soi ! Comme à Abuja I ou comme à
Abuja II ! ou encore, comme lors de la transmission de
la plate forme de la coalition au chef de l’Etat Faure
Gnassingbé en 2005 ?
P.L. :
vous m’offrez l’occasion d’éclairer nos populations sur
un certain nombre de faits et d’actes qui ont été posés
par les uns et les autres depuis le décès du chef de
l’Etat, le Général Gnassingbé Eyadéma.
Après de longs débats qui ont fait couler beaucoup
d’encre pour savoir qui portera le flambeau des forces
démocratiques à l’élection qui s’en est suivie, c’est le
Président Emmanuel Akitani Bob qui a été choisi par
consensus au sein de la coalition des six partis d’alors
(ADDI, CAR, CDPA, PSR, UDS-TOGO, UFC). C’était l’époque
de la coalition forte où tous les partis devaient
prendre et adopter les mêmes positions, effectuer des
démarches communes après débats et délibérations.
Après l’élection présidentielle, et surtout au retour
d’Abuja II, des partis n’ont plus respecté les
contraintes de la coalition forte. C’est ainsi que les
autres partis de la coalition se sont rendus à la
Présidence, puis à Lomé II pour aller discuter d’une
plate forme et du choix d’un Premier Ministre. Alors que
l’UFC proposait l’approfondissement, l’analyse et
l’approbation du document par la base et les
responsables respectifs de chaque structure, l’adopter
ensuite en plénière de la coalition avant quelque
démarche que ce soit. Les collègues de la coalition
n’ont pas voulu en tenir compte. Et à l’époque, ceux qui
crient aujourd’hui haro! sur l’UFC n’ont pas trouvé à
redire! Ainsi, dès que l’UFC a quitté la réunion, les
autres membres de la coalition se sont rendus à Lomé II
à l’insu de l’UFC, et la suite, tout le monde le
connaît. La plate forme présentée a été rejetée par le
pouvoir et le Premier Ministre choisi en dehors de la
coalition. Il y a eu également Accra où un leader a été
invité seul par le Président Obassanjo à Accra, sans
qu’il n’en dise mot aux autres membres de la coalition.
C’est par une acrobatie que la coalition s’est rendue en
délégation à Accra. Aussi, réunis en conclave les 14 et
23 Juin, les partis de la coalition ont tiré les leçons
qui s’imposent après ces faits que je viens de relater
et ont décidé de recouvrer chacun, son autonomie
d’actions, faisant ainsi de la coalition, une structure
plus lâche et plus souple. En conséquence, les objectifs
de la coalition sont réduits dès cet instant,
essentiellement à la gestion du passif de l’élection
présidentielle (réfugiés; blessés; morts; cas sociaux,
etc.) et à la concertation et à l’harmonisation des
positions de ces partis sur les grands enjeux telles les
conditions d’organisation d’élections transparentes, les
questions liées à la crise politique. Ainsi, la
possibilité a été donnée à chaque parti de prendre des
initiatives et si elles sont bonnes, elles profiteront à
tous et à chacun.
C’est les conditions dans lesquelles les rencontres de
Rome ont commencé.
Vous me direz et Abuja I ?: je n’ai pas l’intention
d’occulter la question. Vous savez, depuis 1963, les
populations togolaises ont eu et ont défendu une cause
juste; mais elles n’ont jamais eu de parrain, capable de
soutenir leurs préoccupations à l’extérieur. L’élection
présidentielle venait d’avoir lieu. Depuis un certain
temps et ce, du vivant du Général Eyadéma, des
rencontres périodiques avaient lieu entre le Président
Obassandjo et le Président Gilchrist Olympio pour
rechercher la voie idoine de sortie de crise au Togo. Et
les positions du Président Obassanjo jusque là
militaient en faveur des intérêts des populations
togolaises, toutes tendances confondues: apaisement
politique; reforme de l’armée; nécessité de créer les
conditions d’une alternance politique au Togo, etc.
Ayant suivi la campagne électorale et étant au courant
des risques de débordement et de déflagration, le Pt
Obassanjo a cru bon d’inviter M. Olympio à Abuja. A une
période où les communications étaient coupées, les
frontières fermées, etc. ! Malgré cela, M. Olympio a
fini par me (Patrick LAWSON) joindre par d’autres voies
et m’a dit de transmettre aux collègues ce qui se passe.
J’avoue que je l’ai fait, mais en informant certains
individuellement compte tenu des raisons que je viens
d’évoquer. M. Olympio lui même ne connaissait pas la
teneur de ces discussions avec le Président Obassanjo
avant de s’y rendre.
J’avoue que M. Olympio avait pour le Président
Obassanjo, beaucoup de respect et d’estime pour ce qu’il
recherchait à faire pour le Togo. A ce titre, M. Olympio
le considérait comme un interlocuteur précieux, vu
surtout la place stratégique qui était celle du
Président Obassanjo.
C’est ainsi donc qu’il se rendit à Abuja à bord d’un
avion, à lui prêté par le Président Kufuor du Ghana. Sur
place, il prit connaissance du contenu du message. C’est
donc à l’issue de ces échanges avec le Président
Obassanjo qu’il a su également que M. Faure Gnassingbé
était lui aussi à Abuja.
En gros, le Président Obasanjo proposa aux deux parties
d’observer une période de transition quelque soit celui
qui gagne, afin d’instaurer la paix et la confiance,
nécessaires à l’établissement d’un système fiable
d’alternance politique.
Sûr que le candidat de la coalition gagnera, M. Olympio
a dit que lui personnellement, ne trouve pas
d’inconvénients si cela peut éviter au Togo, les
grabuges, la guerre, la violence; mais qu’il consultera
l’UFC son parti, lequel en discutera avec la coalition.
A l’issue de cette rencontre, c’est la Présidence
nigériane qui a sorti un communiqué disant que les deux
parties se sont mises d’accord pour l’instauration d’un
gouvernement d’Union Nationale. Ce qui ne correspond
d’ailleurs pas tout à fait à la réalité, étant donné que
des officiers de haut rang qui accompagnaient M. Faure
Gnassingbé avaient refusé entre autres, le principe de
la réforme de l’armée, rendant ainsi caduc tout
communiqué conjoint. Bref, considérons que ce fut un
écueil de parcours. Seuls les esprits qui veulent nuire
et détruire diront que cette démarche a été faite pour
isoler les autres. Dans quel intérêt ?
Ceci dit, il est devenu aujourd’hui, quasiment
impossible pour les partis membres de la coalition de
mener des actions communes, en raison du refus
catégorique qui opposent certains d’entre eux qui
subordonnent leur participation à toute action commune à
la signature préalable d’une alliance électorale en vue
des élections législatives. Ainsi une proposition
d’organisation d’offices religieux par la coalition en
mémoire des victimes de la répression de la période
électorale, présentée par l’UFC, n’a pas abouti parce
qu’elle s’est heurtée à ce préalable d’alliance
électorale. L’alliance électorale en question, c’est le
partage des circonscriptions électorales entre les
partis membres de la coalition, dès le 1er tour, avec
seul critère objectif de sélection, l’appartenance à la
coalition.
En revanche, pour l’UFC nous n’avons jamais eu
d’élections législatives auxquelles tous ont participé
et pouvant nous servir ainsi de référence objective
dans la couverture des 81 circonscriptions. Pour cela
l’UFC proposait donc que chaque formation se présente au
1er tour avec ses propres candidats et qu’au second
tour le désistement automatique en faveur du candidat le
mieux placé soit la règle.
Avec cette nuance que dans d’éventuelles
circonscriptions difficiles, on peut accepter des
arrangements dès le 1er tour. L’UFC, pour rassurer, a
ajouté que quelques soient les scores des uns et des
autres de la coalition, c’est ensemble que nous
gouvernerons sans tenir compte en notre propre sein de
ces résultats sortis des urnes. Dans le seul souci
d’éviter d’humilier les uns par rapport aux autres. Rien
n’y fit. Des partis membres de la coalition soumettent
désormais même la possibilité d’une concertation ou
l’harmonisation de nos positions à l’acceptation d’abord
d’une alliance électorale intégrale telle que eux ils le
préconisent. Vous constatez donc que ce préalable
paralyse aujourd’hui toute action commune. Que faire
alors ?
Dans les rencontres de Rome, nous y avons vu, dans ce
contexte, l’occasion d’œuvrer pour le groupe et en avons
informé nos camarades qui ont compris que nous ne
violons en rien les règles auxquelles nous sommes
désormais soumis.
L’UFC est très soucieuse de l’unité de l’opposition et
ne posera aucun acte qui puisse la compromettre.
Malheureusement, il est dommage que ce soit les mêmes
qui s’opposent à toute action commune qui nous accusent
dans la presse de jouer perso. En ce qui nous concerne,
nous ne voulons pas engager une polémique inutile.
Le chgt:
Dans ces conditions, restez-vous optimiste pour l’issue
du dialogue ? Qu’en sera-t-il de la réhabilitation de
l’histoire du Togo, de la formation d’un gouvernement de
transition ? ou encore quel sens donnez vous aux
dernières déclarations de Louis Michel et de la venue
d’une délégation de l’UE au Togo à compter du 07
Décembre ?
P.L. :
La réhabilitation de l’histoire du Togo passe par la
recherche des solutions aux maux qui ont pour noms
crimes politiques, disgrâces, fraudes électorales,
exactions de tous genres, discriminations, impunité,
etc.
Si à l’issue du dialogue, les togolais sentent jour
après jour que ces maux commencent à disparaître de leur
quotidien, de leur conscience collective, Eh bien, les
togolais recommenceront à fraterniser, à se pardonner, à
s’accepter dans la complémentarité de leurs cultures
diverses. Le jour où les togolais seront convaincus
qu’il n’y aura plus de crimes politiques au Togo ou
qu’aucun crime politique ne demeurera impuni, que les
élections seront la seule voie démocratique d’accession
au pouvoir, la réconciliation nationale sera effective.
C’est alors qu’on peut se pencher avec discernement sur
les actes symboliques dans le but de cristalliser et de
pérenniser les actes concrets posés; et non sur la base
de mesures de façade.
De même, si le dialogue permet de poser les vrais
problèmes et de s’entendre sur la manière de mettre en
œuvre des solutions, l’UFC ne refusera pas de faire
partie, voire diriger, un gouvernement d’Unité Nationale
et de transition, basé sur le partage du pouvoir et
susceptible de sortir le Togo notre pays, de la longue
crise politique et sociale.
Pour réussir ce dialogue, chacun doit savoir raison
garder; c’est sur cette base que je demanderais que le
Commissaire Européen qui a un rôle historique à jouer au
cours de ce dialogue, mesure ses propos et fasse en
sorte qu’il ne soit perçu comme un juge partial, qui n’a
cure des victimes.
Car, M. Louis Michel a la capacité de faire de bonnes
choses ici au Togo, s’il se donne les moyens et la
volonté.
Le chgt:
Et que pensez-vous du report de la mission de l’UE.
prévue pour le début du mois de décembre ?
P.L.:
Cela dénote deux choses fondamentales: - d’abord, la
complexité de la crise togolaise qui nécessite beaucoup
de doigté et de rigueur pour éviter au Togo de sombrer
définitivement tant sur le plan politique qu’économique
en cas d’échec du dialogue.
La 2e
chose est l’insuffisance de préparation de cette mission
qui au delà des 22 engagements, doit tenir compte des
autres problèmes fondamentaux qui sont à la base de la
crise togolaise et de la méfiance entre les
protagonistes de cette crise. Citons pèle mêle, les
questions de l’impunité, de la réforme de l’armée, de la
réforme de la constitution, et le profil d’un médiateur
pour le dialogue. Toutes choses qu’on ne peut aborder
par improvisation et sans autorité.
Espérons que ce n’est pas un report sine die et que l’UE
prendra rapidement ses responsabilités pour assurer aux
togolais, un déroulement serein, productif, et équitable
du dialogue.
Le chgt :
on parle actuellement de Moustapha Niasse comme
médiateur. Quelle est la position de l’UFC ?
P.L. :
Effectivement, nous avons émis un avis défavorable sur
la nomination éventuelle de M. Moustapha Niasse comme
médiateur dans la crise togolaise. Le médiateur est un
élément important du dialogue. Si vous vous rappelez, la
faiblesse de la facilitation a été déterminante dans
l’échec du dialogue commencé en 1999.
Monsieur Niasse est un homme politique important de
l’échiquier politique sénégalais. Il a des ambitions
légitimes pour la magistrature suprême de son pays et de
ce fait, n’est pas suffisamment disponible pour jouer le
rôle de médiateur. Sa compétence n’est pas en cause. Il
appartenait au collège des facilitateurs qui a conduit
le dialogue inter togolais à partir de 1999. Il ne
prenait pas son rôle à cœur. Il a fini par quitter la
facilitation et son départ en 2000 a donné lieu à une
valse des facilitateurs qui a porté préjudice au
dialogue. Il faut éviter de rééditer cette expérience.
De plus, l’expérience que nous venons de vivre, après la
mort du Gal. Gnassingbé Eyadéma, avec l’attitude étrange
des deux présidents en exercice de l’UA et de la CEDEAO,
nous impose de faire preuve d’une extrême vigilance à
l’égard de certaines institutions africaines et de
personnalités africaines qui sont enclines à se laisser
fragiliser et manipuler.
Le chgt:
comment se porte le parti à la veille de ces assises
décisives pour l’avenir de tout un peuple ? Que pense la
jeunesse de l’UFC en ces instants particuliers ? Les
femmes de l’UFC ? On parle de défections à l’UFC, qu’en
est-il exactement ? Quelle est la situation des
réfugiés ?
P.L. :
l’UFC se porte bien. L’issue de l’élection
présidentielle d’avril 2005 a désaxé tous les togolais,
surtout les militants et cadres de l’UFC. Mais,
conscients du rôle d’avant garde qui est le notre,
« cent fois sur le métier, ...nous remettons
l’ouvrage ». Le parti, avec la torpeur dans laquelle
la coalition est plongée, a repris son travail de
terrain, en direction des militants de base, à travers
les sous-sections, Sections et Fédérations sur
l’ensemble du territoire. Un travail de redynamisation
des Sections Jeunesse et Dames est en cours. Cette
jeunesse qui a été très meurtrie et déçue par le hold-up
électoral d’Avril 2005. La jeunesse dont nous parlons
ici, c’est celle qui reste ancrée au parti et qui nous
reproche d’être trop conciliants avec ceux qui ont pris
sur eux de passer outre les consignes du parti en
rejoignant les tenants du pouvoir en place. Ceux dont
nous parlons ici ne sont pas ceux qui nous reprochent
d’avoir exclu des militants qui n’ont pas respecté la
ligne du parti. Il en est de même de la Section Dames
qui demande au parti de faire très attention dans sa
démarche de dialogue avec le pouvoir pour ne pas tomber
dans la compromission. C’est loin, très loin de la
fameuse « stratégie réaliste et participationniste »
Les tournées que nous commençons devront donner des
explications et rassurer les uns et les autres.
Quant à ceux qui prétendent suspendre leurs activités du
parti, parce que tel ou tel a été exclu pour n’avoir pas
respecté les consignes du parti, je voudrais vous dire
que parmi eux il y a déjà des gens suspendus pour faute
grave, exclus, démissionnés ou démissionnaires pour
faute lourde.
Comment dans ces conditions ils peuvent encore suspendre
leur appartenance au parti ? Deux mille dit-on ? Dites
donc ! C’est la preuve que l’UFC est un grand parti
pour supporter une telle hémorralgie ? En réalité, ce
document est un faux. Des gens mal intentionnés sont
allés dire à des militants dans certaines localités
comme Tchamba qu’ils sont venus pour recenser les
militants ayant des cartes de l’UFC. Ceux là se
retrouvent aujourd’hui sur la fameuse liste des 2000 (en
réalité moins de 600). A d’autres encore, on est allé
établir des cartes tout récemment juste pour cette
opération et en lisant le document, vous verrez que des
numéros se suivent. Dans d’autres cas, c’est la même
personne qui a pris les noms et a inventé des
signatures.
En définitive, le Bureau National ne juge pas nécessaire
de faire une mise au point. Cela viendra des individus
eux mêmes qu’on cite dans ce document et des Fédérations
vastes.
Mais, l’occasion m’est donnée de dénoncer d’ores et déjà
le caractère faux et frauduleux du dit document. Il
n’empêche que nous ne prétendons pas être exempt de tout
reproche. Pour ceux qui sont au parti, nous disons que
le débat interne est nécessaire et que c’est de cette
façon là que nous rechercherions les voies et moyens les
plus appropriées pour l’amélioration de notre
organisation et de notre fonctionnement. Tout parti
politique qui vit, affronte périodiquement ce que vous
appelez remous. Regardez autour de vous, aussi bien en
Afrique qu’en Europe. C’est le propre de la démocratie.
En tant que démocrates, nous ne nous opposerons jamais
au débat interne, nécessaire dans le parti. Mais nous
combattrons sans faiblesse tout ce qui ressemble à une
manœuvre puérile de déstabilisation orchestrée par
l’adversaire par l’intermédiaire d’éléments fragiles.
Certains se surestiment en participant à une manœuvre de
déstabilisation de l’UFC. Nous, nous sommes sereins.
L’UFC a abattu un travail politique énorme dans ce pays
et n’entend donc pas se laisser divertir par «des
grenouilles qui veulent se faire plus grosses que le
bœuf «. « Parturiunt montes; nascetur ridiculus mus»:
les montagnes sont en travail; il en naîtra une souris
ridicule.
Sur les réfugiés, c’est une préoccupation constante de
notre parti. Ceux qui sont en exil sont pour la majeure
partie, des militants et sympathisants de notre parti.
Nous n’avons pas le droit d’exploiter leur malheur en
profitant de leur situation précaire pour les
transformer en mendiants, parce que indigents
temporairement ou en posant des actes d’éclats juste
pour le clientélisme et pour insulter les autres de ne
rien faire à l’endroit de ces réfugiés.
Que ce soit avec ceux de 1993, que ce soit avec ceux de
2003, que ce soit avec ceux de 2005, nous avons toujours
assumé nos responsabilités dans la dignité et la
discrétion. Sans trompette, ni tambour.
Si des leaders de notre parti ne vont pas se présenter
dans les camps, c’est pour respecter les recommandations
des responsables des terres d’accueil qui nous ont dit
de ne pas venir transformer leurs territoires en terrain
politique togolais par des manifestations hostiles au
régime togolais. C’est tout et rien d’autre !
Un jour, on saura qui a fait quoi et avec quoi à ces
réfugiés. Pour le moment, pour nous, ce qui compte,
c’est de créer les conditions de leur retour. « Les
grands diseurs ne sont pas les grands faiseurs ».
Le chgt :
On vous accuse de n’avoir demandé que la libération de
vos proches; idem pour les affectations.
P.L. :
Tout cela est mesquin. La liste de référence que nous
avons transmise au pouvoir par mon truchement n’est
autre que celle établie par la coalition elle même, sans
aucune discrimination. Concernant les affectations
arbitraires, nous nous sommes gardés de transmettre les
noms de nos responsables affectés, sans une liste
complète. Le pouvoir peut en témoigner. Au lieu de
s’organiser pour l’instauration de la démocratie au
Togo, l’on préfère dénigrer, espérant vainement
handicaper l’UFC. Le parti pris ferme l’esprit à tout
éclaircissement. Il est temps que nous nous occupons des
anges, c’est-à-dire de nous mêmes, plutôt que des sexes
des anges, comme dirait l’autre.
Le chgt :
le 13 Janvier approche. Il parait que l’organisation des
défilés va bon train. Qu’en dites-vous ?
P.L. :
Le calendrier des fêtes nationales fera l’objet de
discussion au cours du dialogue National.
C’est une fête qui divise les togolais. Aucun togolais
ne peut oublier que c’est un 13 Janvier 63 que le 1er
Président démocratiquement élu du Togo, Feu Sylvanus
Olympio a été lâchement assassiné. Pour ce jour, si on
veut aller vers la réconciliation, on doit tenir compte
de la recommandation de la Conférence Nationale
Souveraine pour en faire une journée de recueillement et
de Réconciliation Nationale, si ce n’est une journée de
deuil National. Dans tous les cas, nous à l’UFC de même
que tous les enfants de l’ « Ablode », nous
porterons à jamais ce deuil. Et il faut que la mémoire
nous serve pour éviter au Togo à l’avenir, un tel drame.
Le chgt :
le mot de la fin!
P.L. :
Que le Tout Puissant bénisse le Togo et ses enfants !
Qu’il fasse renaître en nous, l’amour de la patrie et la
volonté de vaincre le mal, la discrimination et
l’injustice au cours de nos assises. Pour qu’enfin,
triomphe le désir de rebâtir notre patrie le Togo, or de
l’humanité.
Propos recueillis par La Rédaction |