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Le Changement

16 décembre 2005

[ 001: 16-12-05]
Interview exclusive du 3e vice Président de l’UFC

Depuis quelque temps, circulent dans les milieux de la presse, des documents annonçant une fronde à l’UFC. On annonce mieux des démissions massives. Tout ceci intervient au moment où le Parti de Gilchrist  Olympio et le RPT ont entamé une série de discussions sous les hospices de la Communauté Sant’Egidio à Rome et où le gouvernement a ranimé le dialogue intertogolais. Pendant ce temps, les Togolais ayant fui le pays au lendemain de l’élection controversée du 24 avril dernier sont toujours en exil. Qu’attend l’UFC du « Processus de Rome » et du dialogue intertogolais ? Qu’en est-il de cette affaire de défections au sein du parti ? Que fait l’UFC pour les réfugiés ? Que devient la Coalition ? Autant de questions que se posent de nombreux Togolais. Afin d’y trouver une réponse, nous avons approché M. Patrick Lawson le 3e Vice Président de l’UFC qui a, volontiers, répondu à nos préoccupations.

Le changement (le chgt):   Monsieur le Vice-Président. Vous êtes de retour d’Europe, et très précisément de Rome, dans le cadre d’un dialogue entre le Pouvoir et l’UFC. Les résultats ne semblent pas probants. Et depuis quelques jours, il est question d’un dialogue national. Et de nouveau, nous voyons l’UFC présente au rendez-vous. Qu’en est-il exactement ! Et si vous le voulez, commençons par Rome !
Patrick LAWSON (P.L.):
  Rome pour les Togolais qui vivent une crise terrible et veulent en sortir, c’est d’abord cette Communauté de Sant’Egidio, née à Rome en 1968, au lendemain du Concile Vatican II. Sant’Egidio, comme l’indique Vatican II, c’est le chemin de la paix et de la collaboration entre les religions, mais aussi, c’est un mode de vie et une méthode pour la réconciliation dans les conflits.

Elle est au service de la paix et de l’humanisation du Monde «C’est l’obole de la veuve qui a une grande valeur aux yeux du Seigneur (Mc 12.41)».

L’amitié avec les pauvres a conduit Sant’Egidio à mieux comprendre que la guerre est la mère de toutes les pauvretés. C’est ainsi qu’aimer les pauvres, dans de nombreuses situations, est devenu travailler pour la paix, pour la protéger là où elle est menacée, pour aider à la reconstruire, en facilitant le dialogue là où elle est perdue.

Les moyens de ce service pour la paix et la réconciliation sont les moyens pauvres de la prière, de la parole, du partage des situations difficiles, la rencontre et le dialogue.

Même là où on ne peut pas travailler pour la paix, la Communauté cherche à réaliser la solidarité et à apporter l’aide humanitaire aux populations civiles qui souffrent le plus à cause de la guerre.

Certains membres de la Communauté ont été les « facilitateurs» ou «les véritables médiateurs dans les conflits fratricides qui ont duré plus de dix ans, comme au Mozambique, ou plus de trente ans, comme au Guatemala».

L’Afrique la plus pauvre, traversée par la guerre, ainsi que les Balkans, et bien d’autres pays, sont dans la mémoire et au centre des préoccupations et de l’engagement de Sant’Egidio. C’est donc à travers ces expériences, que Sant’Egidio fait confiance à la « force faible» de la prière et le « pouvoir de changement» par la non-violence et la persuasion. N’est ce pas les aspects de la vie du Seigneur Jésus lui-même ?

Aussi, d’autres initiatives humanitaires ont été conduites par la Communauté de Sant’Egidio, comme celles des mines antipersonnel, l’aide concrète aux réfugiés et aux victimes des guerres et des famines, par exemple au Soudan Sud, au Burundi, en Albanie et au Kosovo, ou encore les récentes actions pour venir en aide aux populations touchées par l’ouragan Mitch en Amérique Centrale, etc.

C’est dans cet esprit, que se situe ce qu’il convient d’appeler aujourd’hui, le processus de Rome. Ces rencontres de Rome sont une préoccupation majeure pour Sant’Egidio qui y voit la seule démarche d’éviter qu’au Togo, le sang ne coule de nouveau, ou même que le pire n’arrive.

Mais Rome, c’est également le courage d’un homme, qu’il n’y a pas si longtemps, personne n’imagine en train de discuter avec ses adversaires politiques irréductibles.

Et pour cause ! exilé et éloigné de son propre pays, depuis plus de 40 ans, privé pendant longtemps de ses pièces d’identité Nationales, victime d’attentats, dont celle de Soudou, condamné à mort par contumace à plusieurs reprises, dépourvu de ses droits et devoirs civiques, ayant connu des assassinats de membres de sa famille et de sa sensibilité politique, etc., mais toujours populaire et n’en déplaise à ceux qui refusent de voir la réalité en face !  C’est cet homme là, adulé, porté en triomphe par tout un peuple pour sa résistance constante et de longue date à l’arbitraire, à l’impunité, à la dictature, c’est cet homme là dis-je, qui accepte d’aller à contre courant de la position d’une large frange de nos populations qui ne veulent pas qu’il rencontre les responsables d’un régime illégitime et qui disent: « tout le monde, sauf lui, disent-ils! Il est notre seul espoir! Il est le seul incorruptible! Il est le seul à avoir résisté parfois même avec les armes à ce régime et de tout temps! » « Qu’on ne nous le dévierge pas! ».

C’est donc en homme de mission et de conviction, qu’il s’est dit : seul moi, je peux poser un tel acte sans disparaître de la scène politique. Pourquoi ? A l’instar d’un Sharon en Israël (la comparaison s’arrêtant au degré de popularité et le sens de l’acte posé ! ), ou d’un Mandela, Gilchrist Olympio a pris le risque, d’accepter cette démarche, parce qu’il est populaire. Il a décidé d’utiliser cette popularité pour tenter une ultime négociation pour la paix au Togo avec ses adversaires de toujours et de tous les jours, mais dans la vérité et la sincérité. Il aurait pu dilapider cette confiance populaire dans le populisme et la démagogie. Il a choisi plutôt de la capitaliser dans le seul intérêt de nos populations, appauvries, meurtries, avilies, désemparées, humiliées, déshumanisées. Il a choisi de faire l’ultime démarche avant qu’il ne soit trop tard, pour réconcilier le peuple togolais avec lui même, pour appeler ses adversaires de toujours à la raison, pour apaiser les tensions entre les populations civiles, l’armée et les milices.

Rome a pour but d’apporter le ferment de bonne foi et de bonne volonté dans les deux camps, afin que le futur dialogue national ne souffre de blocage insurmontable. L’UFC et son Président, conscients du risque et tout en refusant la duplicité et les effets d’annonce, se sont engagés dans cette voie périlleuse, mais combien salutaire et courageuse.

Avons-nous besoin réellement pour exister d’un « One Man Show » dont certains parlent ? Les mêmes demandent une chose et son contraire.

Servons notre peuple. Il nous jugera à l’heure du bilan. Le reste n’est que calomnie et en fin de compte, de peu d’importance.

Le chgt: avant de revenir sur les sujets discutés à Rome et qui, à coup sûr, vont revenir au dialogue national, parlez-nous de votre appréciation du dialogue national annoncé !
P.L. : Voici un pays meurtri, et qui vit une crise extrêmement grave, « faite de discrimination et d’exclusion, de dégradation de l’économie nationale et d’expansion de la misère et de la pauvreté », d’élections frauduleuses qui déclenchent souvent des émeutes suivies de répressions brutales par les milices et les forces de Sécurité, d’arrestations et de détentions arbitraires. Toutes choses qui avilissent  pour que les filles et fils de ce pays le Togo, disent ensemble: cela suffit !

Pourquoi donc ne pas se parler  pour faire redémarrer ce pays sur de nouvelles bases, plus saines, plus fraternelles, plus conviviales, plus justes ?  Surtout que toutes ces exactions ont abouti à la rupture de l’aide internationale avec Togo !  Depuis les années 90, la communauté internationale subordonne la reprise de l’aide au respect des principes démocratiques et des droits et libertés fondamentaux.

Les 22 engagements, texte imposé par le cours tourmenté de la vie politique togolaise, tentent à l’évidence de trouver un nouveau terrain d’entente dans les difficiles échanges qui doivent s’instaurer entre l’opposition togolaise et le pouvoir de Lomé. Cependant, la dernière élection présidentielle d’Avril 2005 prouve à souhait que des discussions autour des 22 engagements ne suffisent pas et qu’il faut aller au delà pour bannir à jamais de notre pays, l’impunité, les violences pendant les périodes électorales; bref, pour assainir l’environnement politique togolais.

Pour ce faire, il ne doit exister aucun sujet tabou. Le dialogue se doit d’être minutieusement et rationnellement préparé et les résultats de ces assises doivent être mis en œuvre par l’ensemble des acteurs politiques et s’imposer à tous; au risque de sanctions!

Le dialogue national revêt donc un caractère déterminant du fait que de son succès, dépend celui de l’ensemble du processus de sortie de crise. C’est aussi dans cette perspective que s’inscrivent les rencontres de Rome: préparer, se préparer pour faire aboutir cette fois-ci le dialogue politique au Togo.

L’UFC demeure convaincue que seule une bonne préparation, un ordre du jour tenant compte des problèmes réels, une volonté réelle et inlassable d’aboutir à des résultats consensuels, et la mise en place d’un système de sanctions aux manquements, feront réussir ce dialogue.

Le chgt:  Quels sont selon vous, M. le Vice-Président, les sujets clés à inscrire à l’ordre du jour ?
P.L.:
Sans se perdre dans les dédales, ils sont essentiellement de 4 ordres:
- L’assainissement de l’environnement politique qui passe par l’arrêt des violences sur les populations civiles avant, pendant et après les élections; la réforme des forces de sécurité (Police et Gendarmerie) et la fin de l’impunité.
- le 2e point est relatif à la question de la réforme de l’armée, reforme qui doit nécessairement rendre l’armée républicaine, lui éviter l’immixtion dans la vie politique nationale en en faisant un corps neutre et revaloriser les  conditions de vie des soldats, celles de leurs progénitures, car ne l’oublions pas, ce sont des gens qui ont fait don de leur vie pour défendre la nation togolaise en cas de périls extérieurs.
- le 3e point concerne les réformes institutionnelles notamment, en écartant les mesures discriminatoires contenues dans la Constitution et le Code Electoral, en redéfinissant les modes de scrutin et de règlement des contentieux électoraux et en revoyant les missions et compositions de certaines Institutions de la République, surtout celles qui sont impliquées dans le processus électoral.
- et enfin les structures susceptibles d’organiser le suivi, la mise en œuvre des décisions prises par consensus au cours de ces assises.

Ce sont des thèmes fondamentaux que l’UFC a identifiés comme devant contribuer à changer la mentalité et le paysage politiques au Togo, et ainsi créer dans la confiance et la sérénité, les nouvelles conditions pour une harmonie sociale avec moins de discrimination sociale et ethnique, et pour une alternance politique rassurante et pour les perdants et pour les vainqueurs.

Le chgt:   Et comment comptez-vous aller à ce dialogue ? En coalition ! chacun pour soi ! Comme à Abuja I ou comme à Abuja II ! ou encore, comme lors de la transmission de la plate forme de la coalition au chef de l’Etat Faure Gnassingbé en 2005 ?
P.L. : vous m’offrez l’occasion d’éclairer nos populations sur un certain nombre de faits et d’actes qui ont été posés par les uns et les autres depuis le décès du chef de l’Etat, le Général Gnassingbé Eyadéma.

Après de longs débats qui ont fait couler beaucoup d’encre pour savoir qui portera le flambeau des forces démocratiques à l’élection qui s’en est suivie, c’est le Président Emmanuel Akitani Bob qui a été choisi par consensus au sein de la coalition des six partis d’alors (ADDI, CAR, CDPA, PSR, UDS-TOGO, UFC). C’était l’époque de la coalition forte où tous les partis devaient prendre et adopter les mêmes positions, effectuer des démarches communes après débats et délibérations.

Après l’élection présidentielle, et surtout au retour d’Abuja II, des partis n’ont plus respecté les contraintes de la coalition forte. C’est ainsi que les autres partis de la coalition se sont rendus à la Présidence, puis à Lomé II pour aller discuter d’une plate forme et du choix d’un Premier Ministre. Alors que l’UFC proposait l’approfondissement, l’analyse et l’approbation du document par la base et les responsables respectifs de chaque structure, l’adopter ensuite en plénière de la coalition avant quelque démarche que ce soit. Les collègues de la coalition n’ont pas voulu en tenir compte. Et à l’époque, ceux qui crient aujourd’hui haro! sur l’UFC n’ont pas trouvé à redire!  Ainsi, dès que l’UFC a quitté la réunion, les autres membres de la coalition se sont rendus à Lomé II à l’insu de l’UFC, et la suite, tout le monde le connaît. La plate forme présentée a été rejetée par le pouvoir et le Premier Ministre choisi en dehors de la coalition. Il y a eu également Accra où un leader a été invité seul par le Président Obassanjo à Accra, sans qu’il n’en dise mot aux autres membres de la coalition. C’est par une acrobatie que la coalition s’est rendue en délégation à Accra. Aussi, réunis en conclave les 14 et 23 Juin, les partis de la coalition  ont tiré les leçons qui s’imposent  après ces faits que je viens de relater et ont décidé de recouvrer chacun, son autonomie d’actions, faisant ainsi de la coalition, une structure plus lâche et plus souple. En conséquence, les objectifs de la coalition sont réduits dès cet instant, essentiellement à la gestion du passif de l’élection présidentielle (réfugiés; blessés; morts; cas sociaux, etc.) et à la concertation et à l’harmonisation des positions de ces partis sur les grands enjeux telles les conditions d’organisation d’élections transparentes, les questions liées à la crise politique. Ainsi, la possibilité a été donnée à chaque parti de prendre des initiatives et si elles sont bonnes, elles profiteront à tous et à chacun.

C’est les conditions dans lesquelles les rencontres de Rome ont commencé.
Vous me direz et Abuja I ?: je n’ai pas l’intention d’occulter la question. Vous savez, depuis 1963, les populations togolaises ont eu et ont défendu une cause juste; mais elles n’ont jamais eu de parrain, capable de soutenir leurs préoccupations à l’extérieur. L’élection présidentielle venait d’avoir lieu. Depuis un certain temps et ce, du vivant du Général Eyadéma, des rencontres périodiques avaient lieu entre le Président Obassandjo et le Président Gilchrist Olympio pour rechercher la voie idoine de sortie de crise au Togo. Et les positions du Président Obassanjo jusque là militaient en faveur des intérêts des populations togolaises, toutes tendances confondues: apaisement politique; reforme de l’armée; nécessité de créer les conditions d’une alternance politique au Togo, etc.

Ayant suivi la campagne électorale et étant au courant des risques de débordement et de déflagration, le Pt Obassanjo a cru bon d’inviter M. Olympio à Abuja. A une période où les communications étaient coupées, les frontières fermées, etc. !  Malgré cela, M. Olympio a fini par me (Patrick LAWSON) joindre par d’autres voies et m’a dit de transmettre aux collègues ce qui se passe. J’avoue que je l’ai fait, mais en informant certains individuellement compte tenu des raisons que je viens d’évoquer. M. Olympio lui même ne connaissait pas la teneur de ces discussions avec le Président Obassanjo avant de s’y rendre.

J’avoue que M. Olympio avait pour le Président Obassanjo, beaucoup de respect et d’estime pour ce qu’il recherchait à faire pour le Togo. A ce titre, M. Olympio le considérait comme un interlocuteur précieux, vu surtout la place stratégique qui était celle du Président Obassanjo.

C’est ainsi donc qu’il se rendit à Abuja à bord d’un avion, à lui prêté par le Président Kufuor du Ghana. Sur place, il prit connaissance du contenu du message. C’est donc à l’issue de ces échanges avec le Président Obassanjo qu’il a su également que M. Faure Gnassingbé était lui aussi à Abuja.

En gros, le Président Obasanjo proposa aux deux parties d’observer une période de transition quelque soit celui qui gagne, afin d’instaurer la paix et la confiance, nécessaires à l’établissement d’un système fiable d’alternance politique.

Sûr que le candidat de la coalition gagnera, M. Olympio a dit que lui personnellement, ne trouve pas d’inconvénients si cela peut éviter au Togo, les grabuges, la guerre, la violence; mais qu’il consultera l’UFC son parti, lequel en discutera avec la coalition.

A l’issue de cette rencontre, c’est la Présidence nigériane qui a sorti un communiqué disant que les deux parties se sont mises d’accord pour l’instauration d’un gouvernement d’Union Nationale. Ce qui ne correspond d’ailleurs pas tout à fait à la réalité, étant donné que des officiers de haut rang qui accompagnaient M. Faure Gnassingbé avaient refusé entre autres, le principe de la réforme de l’armée, rendant ainsi caduc tout communiqué conjoint. Bref, considérons que ce fut un écueil de parcours. Seuls les esprits qui veulent nuire et détruire diront que cette démarche a été faite pour isoler les autres. Dans quel intérêt ?

Ceci dit, il est devenu aujourd’hui, quasiment impossible pour les partis membres de la coalition de mener des actions communes, en raison du refus catégorique qui opposent certains d’entre eux qui subordonnent leur participation à toute action commune à la signature préalable d’une alliance électorale en vue des élections législatives. Ainsi une proposition d’organisation d’offices religieux par la coalition en mémoire des victimes de la répression de la période électorale, présentée par l’UFC, n’a pas abouti parce qu’elle s’est heurtée à ce préalable d’alliance électorale. L’alliance électorale en question, c’est le partage des circonscriptions électorales entre les partis membres de la coalition, dès le 1er tour, avec seul critère objectif de sélection, l’appartenance à la coalition.

En revanche, pour l’UFC nous n’avons jamais eu d’élections législatives auxquelles tous ont participé et pouvant nous servir ainsi de référence  objective dans la couverture des 81 circonscriptions. Pour cela l’UFC proposait donc que chaque formation se présente au 1er tour  avec ses propres candidats et qu’au second tour le désistement automatique en faveur du candidat le mieux placé soit la règle.

Avec cette nuance que dans d’éventuelles circonscriptions difficiles, on peut accepter des arrangements dès le 1er tour. L’UFC, pour rassurer, a ajouté que quelques soient les scores des uns et des autres de la coalition, c’est ensemble que nous gouvernerons sans tenir compte en notre propre sein de ces résultats sortis des urnes. Dans le seul souci d’éviter d’humilier les uns par rapport aux autres. Rien n’y fit. Des partis membres de la coalition soumettent désormais même la possibilité d’une concertation ou l’harmonisation de nos positions à l’acceptation d’abord d’une alliance électorale intégrale telle que eux ils le préconisent. Vous constatez donc que ce préalable paralyse aujourd’hui toute action commune. Que faire alors ?

Dans les rencontres de Rome, nous y avons vu, dans ce contexte, l’occasion d’œuvrer pour le groupe et en avons informé nos camarades qui ont compris que nous ne violons en rien les règles auxquelles nous sommes désormais soumis.

L’UFC est très soucieuse de l’unité de l’opposition et ne posera aucun acte qui puisse la compromettre. Malheureusement, il est dommage que ce soit les mêmes qui s’opposent à toute action commune qui nous accusent dans la presse de jouer perso. En ce qui nous concerne, nous ne voulons pas  engager une polémique inutile.

Le chgt: Dans ces conditions, restez-vous optimiste pour l’issue du dialogue ?  Qu’en sera-t-il de la réhabilitation de l’histoire du Togo, de la formation d’un gouvernement de transition ? ou encore quel sens donnez vous aux dernières déclarations de Louis Michel et de la venue d’une délégation de l’UE au Togo à compter du 07 Décembre ?
P.L. :   La réhabilitation de l’histoire du Togo passe par la recherche des solutions aux maux qui ont pour noms crimes politiques, disgrâces, fraudes électorales, exactions de tous genres, discriminations, impunité, etc.

Si à l’issue du dialogue, les togolais sentent jour après jour que ces maux commencent à disparaître de leur quotidien, de leur conscience collective, Eh bien, les togolais recommenceront à fraterniser, à se pardonner, à s’accepter dans la complémentarité de leurs cultures diverses. Le jour où les togolais seront convaincus qu’il n’y aura plus de crimes politiques au Togo ou qu’aucun crime politique ne demeurera impuni, que les élections seront la seule voie démocratique d’accession au pouvoir, la réconciliation nationale sera effective. C’est alors qu’on peut se pencher avec discernement sur les actes symboliques dans le but de cristalliser et de pérenniser les actes concrets posés; et non sur la base de mesures de façade.

De même, si le dialogue permet de poser les vrais problèmes et de s’entendre sur la manière de mettre en œuvre des solutions, l’UFC ne refusera pas de faire partie, voire diriger, un gouvernement d’Unité Nationale et de transition, basé sur le partage du pouvoir et susceptible de sortir le Togo notre pays, de la longue crise politique et sociale.

Pour réussir ce dialogue, chacun doit savoir raison garder; c’est sur cette base que je demanderais que le Commissaire Européen qui a un rôle historique à jouer au cours de ce dialogue, mesure ses propos et fasse en sorte qu’il ne soit perçu comme un juge partial, qui n’a cure des victimes.

Car, M. Louis Michel a la capacité de faire de bonnes choses ici au Togo, s’il se donne les moyens et la volonté.


Le chgt:
  Et que pensez-vous du report de la mission de l’UE. prévue pour le début du mois de décembre ?
P.L.:  Cela dénote deux choses fondamentales:  - d’abord, la complexité de la crise togolaise qui nécessite beaucoup de doigté et de rigueur pour éviter au Togo de sombrer définitivement tant sur le plan politique qu’économique en cas d’échec du dialogue.

La 2e  chose est l’insuffisance de préparation de cette mission qui au delà des 22 engagements, doit tenir compte des autres problèmes fondamentaux qui sont à la base  de la crise togolaise et de la méfiance entre les protagonistes de cette crise. Citons pèle mêle, les questions de l’impunité, de la réforme de l’armée, de la réforme de la constitution, et le profil d’un médiateur pour le dialogue. Toutes choses qu’on ne peut aborder par improvisation et sans autorité.

Espérons que ce n’est pas un report sine die et que l’UE prendra rapidement ses responsabilités pour assurer aux togolais, un déroulement serein, productif, et équitable du dialogue.

Le chgt : on parle actuellement de Moustapha Niasse comme médiateur. Quelle est la position de l’UFC ?
P.L. : Effectivement, nous avons émis un avis défavorable sur la nomination éventuelle de M. Moustapha Niasse comme médiateur dans la crise togolaise. Le médiateur est un élément important du dialogue. Si vous vous rappelez, la faiblesse de la facilitation a été déterminante dans l’échec du dialogue commencé en 1999.

Monsieur Niasse est un homme politique important de l’échiquier politique sénégalais. Il a des ambitions légitimes pour la magistrature suprême de son pays et de ce fait, n’est pas suffisamment disponible pour jouer le rôle de médiateur. Sa compétence n’est pas en cause. Il appartenait au collège des facilitateurs qui a conduit le dialogue inter togolais à partir de 1999. Il ne prenait pas son rôle à cœur. Il a fini par quitter la facilitation et son départ en 2000 a donné lieu à une valse des facilitateurs qui a porté préjudice au dialogue. Il faut éviter de rééditer cette expérience.

De plus, l’expérience que nous venons de vivre, après la mort du Gal. Gnassingbé Eyadéma, avec l’attitude étrange des deux présidents en exercice de l’UA et de la CEDEAO, nous impose de faire preuve d’une extrême vigilance à l’égard de certaines institutions africaines et de personnalités africaines qui sont enclines à se laisser fragiliser et manipuler.

Le chgt:  comment se porte le parti à la veille de ces assises décisives pour l’avenir de tout un peuple ? Que pense la jeunesse de l’UFC en ces instants particuliers ?  Les femmes de l’UFC ?  On parle de défections à l’UFC, qu’en est-il exactement ?  Quelle est la situation des réfugiés ?
P.L. :   l’UFC se porte bien. L’issue de l’élection présidentielle d’avril 2005 a désaxé tous les togolais, surtout les militants et cadres de l’UFC. Mais, conscients du rôle d’avant garde qui est le notre, « cent fois sur le métier, ...nous remettons l’ouvrage ». Le parti, avec la torpeur dans laquelle la coalition est plongée, a repris son travail de terrain, en direction des militants de base, à travers les sous-sections, Sections et Fédérations sur l’ensemble du territoire. Un travail de redynamisation des Sections Jeunesse et Dames est en cours. Cette jeunesse qui a été très meurtrie et déçue par le hold-up électoral d’Avril 2005. La jeunesse dont nous parlons ici, c’est celle qui reste ancrée au parti et qui nous reproche d’être trop conciliants avec ceux qui ont pris sur eux de passer outre les consignes du parti en rejoignant les tenants du pouvoir en place. Ceux dont nous parlons ici ne sont pas ceux qui nous reprochent d’avoir exclu des militants qui n’ont pas respecté la ligne du parti. Il en est de même de la Section Dames qui demande au parti de faire très attention dans sa démarche de dialogue avec le pouvoir pour ne pas tomber dans la compromission. C’est loin, très loin de la fameuse « stratégie réaliste et participationniste »

Les tournées que nous commençons devront donner des explications et rassurer les uns et les autres.

Quant à ceux qui prétendent suspendre leurs activités du parti, parce que tel ou tel a été exclu pour n’avoir pas respecté les consignes du parti, je voudrais vous dire que parmi eux il y a déjà des gens suspendus pour faute grave, exclus, démissionnés ou démissionnaires pour faute lourde.

Comment dans ces conditions ils peuvent encore suspendre leur appartenance au parti ? Deux mille dit-on ? Dites donc !  C’est la preuve que l’UFC est un grand parti pour supporter une telle hémorralgie ? En réalité, ce document est un faux. Des gens mal intentionnés sont allés dire à des militants dans certaines localités comme Tchamba  qu’ils sont venus pour recenser les militants ayant des cartes de l’UFC. Ceux là se retrouvent aujourd’hui sur la fameuse liste des 2000 (en réalité moins de 600). A d’autres encore, on est allé établir des cartes tout récemment juste pour cette opération et en lisant le document, vous verrez que des numéros se suivent. Dans d’autres cas, c’est la même personne qui a pris les noms et a inventé des signatures.

En définitive, le Bureau National ne juge pas nécessaire de faire une mise au point. Cela viendra des individus eux mêmes qu’on cite dans ce document et des Fédérations vastes.

Mais, l’occasion m’est donnée de dénoncer d’ores et déjà le caractère faux et frauduleux du dit document. Il n’empêche que nous ne prétendons pas être exempt de tout reproche. Pour ceux qui sont au parti, nous disons que le débat interne est nécessaire et que c’est de cette façon là que nous rechercherions les voies et moyens les plus appropriées pour l’amélioration de notre organisation et de notre fonctionnement. Tout parti politique qui vit, affronte périodiquement ce que vous appelez remous. Regardez autour de vous, aussi bien en Afrique qu’en Europe. C’est le propre de la démocratie. En tant que démocrates, nous ne nous opposerons jamais au débat interne, nécessaire dans le parti. Mais nous combattrons sans faiblesse tout ce qui ressemble à une manœuvre puérile de déstabilisation orchestrée par l’adversaire par l’intermédiaire d’éléments fragiles.

Certains se surestiment en participant à une manœuvre de déstabilisation de l’UFC. Nous, nous sommes sereins. L’UFC a abattu un travail politique énorme dans ce pays et n’entend donc pas se laisser divertir par «des grenouilles qui veulent se faire plus grosses que le bœuf «. « Parturiunt montes; nascetur ridiculus mus»: les montagnes sont en travail; il en naîtra une souris ridicule.

Sur les réfugiés, c’est une préoccupation constante de notre parti. Ceux qui sont en exil sont pour la majeure partie, des militants et sympathisants de notre parti. Nous n’avons pas le droit d’exploiter leur malheur en profitant de leur situation précaire pour les transformer en mendiants, parce que indigents temporairement ou en posant des actes d’éclats juste pour le clientélisme et pour insulter les autres de ne rien faire à l’endroit de ces réfugiés.

Que ce soit avec ceux de 1993, que ce soit avec ceux de 2003, que ce soit avec ceux de 2005, nous avons toujours assumé nos responsabilités dans la dignité et la discrétion. Sans trompette, ni tambour.

Si des leaders de notre parti ne vont pas se présenter dans les camps, c’est pour respecter les recommandations des responsables des terres d’accueil qui nous ont dit de ne pas venir transformer leurs territoires en terrain politique togolais par des manifestations hostiles au régime togolais. C’est tout et rien d’autre !

Un jour, on saura qui a fait quoi et avec quoi à ces réfugiés. Pour le moment, pour nous, ce qui compte, c’est de créer les conditions de leur retour. « Les grands diseurs ne sont pas les grands faiseurs ».

Le chgt : On vous accuse de n’avoir demandé que la libération de vos proches; idem pour les affectations.
P.L. : Tout cela est mesquin. La liste de référence que nous avons transmise au pouvoir par mon truchement n’est autre que celle établie par la coalition elle même, sans aucune discrimination. Concernant les affectations arbitraires, nous nous sommes gardés de transmettre les noms de nos responsables affectés, sans une liste complète. Le pouvoir peut en témoigner. Au lieu de s’organiser pour l’instauration de la démocratie au Togo, l’on préfère dénigrer, espérant vainement handicaper l’UFC. Le parti pris ferme l’esprit à tout éclaircissement. Il est temps que nous nous occupons des anges, c’est-à-dire de nous mêmes, plutôt que des sexes des anges, comme dirait l’autre.

Le chgt : le 13 Janvier approche. Il parait que l’organisation des défilés va bon train. Qu’en dites-vous ?
P.L. : Le calendrier des fêtes nationales fera l’objet de discussion au cours du dialogue National.

C’est une fête qui divise les togolais. Aucun togolais ne peut oublier que c’est un 13 Janvier 63 que le 1er Président démocratiquement élu du Togo, Feu Sylvanus Olympio a été lâchement assassiné. Pour ce jour, si on veut aller vers la réconciliation, on doit tenir compte de la recommandation de la Conférence Nationale Souveraine pour en faire une journée de recueillement et de Réconciliation Nationale, si ce n’est une journée de deuil National. Dans tous les cas, nous à l’UFC de même que tous les enfants de l’ « Ablode », nous porterons à jamais ce deuil. Et il faut que la mémoire nous serve pour éviter au Togo à l’avenir, un tel drame.

Le chgt :   le mot de la fin!
P.L. :
   Que le Tout Puissant bénisse le Togo et ses enfants ! Qu’il fasse renaître en nous, l’amour de la patrie et la volonté de vaincre le mal, la discrimination et l’injustice au cours de nos assises. Pour qu’enfin, triomphe le désir de rebâtir notre patrie le Togo, or de l’humanité.

Propos recueillis par La Rédaction

 

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