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Le Changement

9 Dec 2007

[N° 100 : du 7 Dec 2007]

Conséquence de l’échec des négociations Faure-Gilchrist : L’UFC, le CAR, la CDPA boudent le gouvernement Mally
Après près de trois semaines de suspense, le Chef de l’Etat Faure Gnassingbé a, enfin nommé, le lundi 03 décembre dernier, son Premier ministre. Il s’appelle Komlan Mally. Il est membre du bureau politique du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) et Ministre de la Ville du gouvernement sortant dirigé par Me Yawovi Agboyibo (voir ci-dessous son Curriculum Vitae).

Depuis cette nomination, les commentaires vont bon train. En effet, pour certains observateurs, M. Mally, malgré son cursus, n’est pas l’homme qu’il faut à la place qu’il faut surtout dans le contexte politique qui est le nôtre. Dans le contexte  togolais où les rivalités de personnes ont pris le pas sur la politique, il faut un Premier ministre consensuel de poids, d’envergure politique et rassembleur d’hommes pour servir de pont entre les deux tendances RPT-UFC, deux grands partis qui constituent, quoi qu’on dise, le mal togolais. Komlan Mally est certes, un homme calme, effacé mais pas trop connu du public togolais malgré ses multiples fonctions politico – administratives. Mally n’est pas un homme politiquement zélé comme les Natchaba, Agbéyomé, Agba et autres. Mais plusieurs observateurs s’accordent à reconnaître que dans ce climat politique miné de vives tensions il faut un Premier ministre politiquement oint et qui maîtrise les rouages de l’administration togolaise devenue un panier à crabes.

Le Togo est malade et il faut des hommes capables de le guérir de ses maux. Certes, personne ne doute de la compétence de Komlan Mally, un descendant de l’ancien Ministre Théophile Mally. Mais les difficultés politico – économiques auxquelles le pays est confrontées commandent que Faure prenne quelqu’un qui puisse résister aux pressions des faucons du RPT membres du gouvernement qu’il aura à former.

La tache, en réalité, ne sera pas du tout facile pour Komlan Mally si on fait un bref retour à toutes les difficultés que le Premier ministre sortant Me Agboyibo a eues à gérer avec certains ministres RPT de son gouvernement. Ces ministres estimaient, qu’ils n’ont de compte à rendre qu’au chef de l’Etat. Pour ce faire, ils en faisaient à leur tête. On se rappelle encore le bras de fer Agboyibo-Bawara. En effet, sur certains sujets, Me Agboyibo, la plupart du temps, était obligé de se référer directement au Chef de l’Etat parce que certains ministres RPT considèrent que seul Faure est leur maître.

Komlan Mally, un RPTiste pur sang peut-il réussir là où ses prédécesseurs ont échoué ? La question reste posée.

Avec la reprise de la coopération, Faure Gnassingbé a le devoir et l’obligation de choisir un Chef de gouvernement qui soit respecté par tous les ministres. Tous les ministres, quelle que soit leur affinité avec lui, doivent savoir que Faure a placé à leur tête un personnage qui a pour rang Premier ministre. C’est-à-dire le patron de tous les ministres. Il ne doit donc pas y avoir un ministre qui se considère comme un super ministre.

Comme on le voit, beaucoup de chantiers attendent le nouveau locataire de la primature. Il aura à gérer les priorités du pays sur le plan économique et une gestion saine des fonds qui seront alloués au Togo pour la relance de notre économie. Il aura enfin à gérer les politiques et la rue. Pour réussir, il a le devoir de faire appel à tout son génie et faire preuve de sang froid face à toutes les difficultés. Mais peut-il résister aux pressions de tous bords et s’imposer véritablement aux loups de sa maison ?


L’autre difficulté : L’UFC, le CAR et la CDPA boudent le gouvernement Mally
1- La position de l’UFC

Le nombre de suffrages portés sur les listes de l’UFC confirme selon les responsables de ce parti que l’UFC est la force politique la plus importante du pays. Gilchrist Olympio, durant les négociations qu’il avait entamées avec Faure, avait déclaré que cette réalité devra désormais être prise en compte pour l’adoption des grandes décisions qui engagent le devenir de notre pays. Sur la base de cette assertion contenue dans une déclaration de l’UFC en date du 12 novembre 2007, Gilchrist Olympio a, dans un entretien le 14 novembre 2007 demandé à la majorité parlementaire RPT de prendre en compte, son poids électoral pour réformer rapidement les institutions.

Dans les milieux proches de l’UFC, on considère l’éventualité de l’entrée de ce parti au gouvernement comme une affaire déjà réglée. L’UFC n’entend pas entrer dans le gouvernement RPT à n’importe quel prix. Puisque le RPT considère qu’il a gagné, qu’il gouverne seul. Il n’a pas besoin de négocier avec l’opposition. L’UFC a, alors, déclaré qu’elle se consacrera à son rôle d’opposant à l’Assemblée.

L’UFC, on se rappelle, avait posé ses conditions si Faure juge utile son entrée au gouvernement. C’est ainsi que entre autres, il avait suggéré que le Premier ministre soit issu de ses rangs. Il avait posé également comme condition, la garantie à l’UFC d’avoir au moins trois portefeuilles de souveraineté.

Mais au RPT, on indique que l’ouverture voulue par le Chef de l’Etat ne se fera qu’avec les partis désireux de saisir la main tendue. Rien ne se fera le couteau sur la gorge parce que, dit-on, le parti qui a gagné les élections à la régulière, n’entend pas se soumettre aux diktats des perdants. Le Secrétaire Général du RPT, Solitoki Esso a déclaré qu’une collaboration avec les autres formations est certes possible mais doit se faire sans condition.

Le Directeur de Cabinet du Président de la République, Pascal Bodjona est revenu à la charge pour rejeter les conditions radicales posées par Gilchrist Olympio.

« Le RPT est disposé à travailler avec toutes les bonnes volontés. Mais tous les partis qui veulent travailler avec nous doivent le faire sans condition. Ce n’est pas  parce qu’un parti veut travailler avec nous qu’il  va nous dicter sa loi… Nous au RPT, nous disons NON. Il n’y a pas de conditions à poser au RPT qui a gagné les élections du 14 octobre 2007 ».

La position de la CDPA

            A la question de savoir si la CDPA participera au prochain gouvernement, s’il arrivait qu’il soit invité, le Prof. Léopold Gnininvi a déclaré que « c’était une obligation suite à la signature de l’Accord Politique Global qu’il y ait un Gouvernement d’union Nationale. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Les vainqueurs peuvent jouir de leur victoire comme la Constitution leur en donne droit ».

            Dans le cas actuel, la majorité parlementaire (RPT) coïncide avec la majorité présidentielle. C’est normal que Faure nomme son Premier ministre au sein de son parti. S’il nomme Komlan Mally, comme chef de gouvernement, il n’y a rien d’anormal, a déclaré le Prof. Gnininvi.

            Il a souligné que la CDPA n’a pas de prétention et n’a aucun droit de revendication dans ce gouvernement. « La CDPA  n’a pas de députés à l’Assemblée Nationale. Ainsi donc, qui ne va pas à la chasse n’a  pas de prétention sur le gibier et donc n’a pas la prétention de revendiquer une part », a laissé entendre Gnininvi. Le Secrétaire Général de la CDPA se demande dans quel intérêt son parti sera invité à participer au prochain gouvernement.

La position de Me Agboyibo

            Me Yawovi Agboyibo est catégorique. Le CAR ne participera pas au gouvernement. Déjà, dans notre dernière livraison, nous l’avions annoncé. De source bien informée, le Premier ministre sortant Me Yawovi Agboyibo avait rencontré il y a quelques jours, le Conseiller Spécial du Chef de l’Etat, M. Barry Moussa Barqué, à qui il a livré ses intentions. Il aurait eu d’autres rencontres avec Faure la semaine dernière

            En effet, selon Me Agboyibo « Le consensus étant le fondement de la vision politique du CAR, il est prêt à tout sacrifice qui serait de nature à élargir le champ actuel de la gestion consensuelle du pays et  à favoriser la réconciliation nationale ». A cet égard, le CAR est disposé à travailler avec tout nouveau Premier ministre qui assurerait la participation de l’UFC au prochain gouvernement.

            En clair, le nouveau locataire de la primature Komlan Mally doit parvenir à convaincre les responsables de l’UFC de leur entrée au gouvernement avant celle du CAR. Le refus de l’UFC signifie celle du CAR. Or, les négociations qui ont eu lieu à Lomé entre le patron de l’UFC, Gilchrist Olympio et le Chef de l’Etat Faure ont échoué. Gilchrist Olympio après l’échec de ces négociations a quitté Lomé et n’entend plus revenir sur sa décision. La rupture des négociations étant consommée avant l’arrivée de Mally, on se demande de quoi ce dernier sera capable. Mally peut-il réussir là où Faure a échoué ? Nous ne saurions le dire. D’ores et déjà, des sources proches de l’UFC font état de ce que la cohabitation n’est plus possible. « Notre souci, c’est 2010. Nous préférons préparer sérieusement les présidentielles de 2010 que de vouloir perdre le temps pour l’entrée de notre parti dans le gouvernement Mally » a-t-on appris auprès de certains responsables de l’UFC.

            Le Premier ministre Mally a, pour sa part, commencé les consultations. Mais cela n’a rien donné au niveau de certaines formations. Si à travers une baguette magique il peut, dans les jours qui suivent, convaincre in extremis l’UFC, le CAR ne trouvera aucun inconvénient à y participer également. Mais  pour l’heure, la rupture est consommée. Seulement au CAR, les avis sont partagés. Il y a ceux qui sont pour l’entrée au gouvernement et ceux qui sont contre.

            La question reste de savoir si le parti de Me Agboyibo a encore quelque chose à gagner ou à perdre en entrant au gouvernement vu les résultats obtenus par ce parti pendant les élections du 14 octobre 2007 malgré tous les efforts de Me Agboyibo pour la réussite de l’Accord Politique Global, se demandent certains observateurs.

            Nous y reviendrons.

AMOU

Komlan Mally, Premier ministre : Les dessous d’une nomination
Plus d’un mois après la proclamation des résultats définitifs des législatives du 14 octobre dernier et une quinzaine de jours après la démission de Me Agboyibo et de son équipe gouvernementale, le Président de la République Faure Gnassingbé a finalement procédé à la nomination d’un nouveau Premier ministre le lundi 03 décembre 2007. L’heureux élu s’appelle Komlan Mally, 47 ans. Inconnu du grand public togolais, le nouveau Premier ministre togolais n’est pas moins une personnalité publique avant sa nomination. Il a été entre autres, Préfet de Wawa, Préfet du Golfe, ministre de la ville dans le cabinet Agboyibo et député élu du RPT lors des dernières élections législatives.

La nomination de ce natif de la Préfecture d’Amou à la Primature a surpris plus d’un. L’homme, effacé et considéré comme un modéré n’appartient pas au groupe des faucons du RPT. Mais son choix pour former un nouveau gouvernement reste diversement apprécié au sein de l’opinion
.

Pour certains observateurs, il s’agit d’une décision qui a dribblé tous les pronostics. On sait que depuis qu’il a accédé au pouvoir, Faure Gnassingbé n’a jamais eu de cesse de faire l’apologie d’une ouverture politique. Au lendemain des élections législatives qui avaient crédité son parti de 50 sièges, le Chef de l’Etat, dans un message adressé à la nation, a une fois encore, réaffirmé l’option de la formation d’un gouvernement de large ouverture. Il était donc normal que dans plusieurs milieux, on s’attende à la nomination d’un Premier ministre issu des rangs de l’opposition. Des partis avaient même été consultés à cet effet et très vite, des noms avaient commencé à circuler. On a d’abord parlé d’une probable reconduction de Me Agboyibo qui a su mener avec maestria, sa mission à terme, en organisant des élections législatives transparentes. Puis on a évoqué un possible retour de Edem Kodjo qui a eu aussi à faire ses preuves à la primature. Les noms de Emile Dadzie, Kossivi Kpétigo ou autre Victor Alipui seront également évoqués. On savait que rien n’était impossible mais on s’attentait à tout sauf la nomination d’un militant du RPT.

Les tenants de cette thèse étaient d’autant plus convaincus de la justesse de leur opinion que le Chef de l’Etat avait multiplié ses rencontres avec Gilchrist Olympio, leader de la deuxième force politique au parlement.

Aujourd’hui, ceux qui s’attendaient à la nomination d’un Premier ministre au sein de l’opposition ne peuvent qu’être surpris par le choix du Chef de l’Etat. Mais comment en est-on arrivé là ?

Dans plusieurs milieux, on estime que si Faure Gnassingbé a finalement nommé un militant de son parti à la primature, c’est tout simplement parce que ses négociations avec l’UFC n’ont rien donné. Depuis toujours, l’UFC s’est situé dans une logique de cohabitation et de partage avec le RPT.

« Nous n’entrerons pas au gouvernement à tous les prix »
. C’est ce qu’ont déclaré des responsables de ce parti au lendemain des législatives. C’est pour cela que pour son entrée au gouvernement, l’UFC a posé un certain nombre d’exigences dont le partage équitable des portefeuilles de souveraineté. Ce qui n’était pas pour plaire à l’entourage du Chef de l’Etat qui estime que l’ouverture dont parle Faure Gnassingbé n’est pas synonyme de partage.

Les nombreux jours de dialogue entre Gilchrist et Faure et ensuite entre des représentants de l’UFC et du RPT n’ont finalement pas permis d’aplanir les divergences.

Les mêmes sources indiquent qu’en nommant un Premier ministre RPT, le Chef de l’Etat n’a fait qu’accéder à une exigence du leader de l’UFC qui a clairement signifié au Chef de l’Etat son hostilité à une quelconque reconduction de Me Agboyigbo. Si le Premier ministre n’est pas issu des rangs de l’UFC (deuxième force publique), Gilchrist ne trouvait aucun inconvénient à ce qu’il soit nommé au RPT, (première force politique).

Faure Gnassingbé qui voyait en cette exigence, une condition pour l’entrée de l’UFC au gouvernement  a naturellement fait son choix.

La nomination d’une « colombe » du RPT à la primature est interprétée dans les milieux proches de ce parti comme le signe renouvelé d’une volonté d’ouverture politique. M. Mally qui n’a aucun antécédent avec les leaders de l’opposition est plus indiqué à faire un minimum d’unanimité autour de sa personne qu’un de ces faucons qui ont toujours eu des frictions avec l’opposition.

On estime aussi que le choix porté sur Komlan Mally n’est pas délibéré. Il est originaire de la Région des Plateaux, une région où le RPT a réussi à partager les voix avec l’UFC qui a fait du sud, sa chasse gardée. Pour tout dire, dans un environnement polarisé comme le nôtre, le RPT n’aurait pas eu autant de sièges à l’Assemble nationale s’il n’avait pas contraint l’UFC au partage dans les Plateaux.

Enfin, Komlan Mally à la primature peut rassurer l’UFC qui se dit héritier de l’Ablodé. En effet, le nouveau Premier ministre est le descendant d’une figure de proue de l’Ablodé. Un certain Théophile Mally a été Ministre de l’Intérieur et homme de confiance du père de Gilchrist Olympio, leader de l’UFC.

Au sortir d’une rencontre avec Faure Gnassingbé, Gilchrist Olympio avait évoqué la nécessité pour chacun de mettre de l’eau dans son vin. Tout porte à croire aujourd’hui qu’il s’agissait d’une profession de foi factice puisque chacun a finalement campé sur ses positions.

A voir de près, l’UFC a joué un rôle déterminant dans le processus de nomination du Premier ministre. Ce parti aura été plus intransigeant avec ses alliés de l’opposition d’hier que vis-à-vis du RPT. En témoigne son choix de voir nommer un Premier ministre au RPT s’il ne devait pas être de l’UFC.

Depuis qu’au lendemain de la signature de l’Accord Politique Global, Me Agboyibo a été nommé à la Primature, Gilchrist Olympio et son parti n’ont jamais pardonné au CAR qui est devenu à leurs yeux, un ennemi à abattre. Aujourd’hui, tous les Togolais, l’UFC au premier rang, tirent profit du passage du Bélier noir à la primature. Mais cela n’a en rien émoussé la haine mortelle nourrie contre Me Agboyibo et son parti.

Cette haine s’est décuplée en s’adjoignant du mépris et de la condescendance depuis que les résultats du scrutin législatif d’octobre dernier ont donné l’UFC comme deuxième force politique du pays. Depuis, cette formation qui considérait les autres partis comme résiduels tente de limiter la scène politique togolaise au RPT et à l’UFC. Une vision dangereuse qui risque de faire payer un lourd tribut au processus démocratique togolais.

Avec un Président de la République RPT, une Assemblée nationale majoritairement RPT avec un Bureau 100% RPT et un Chef de gouvernement RPT, on peut dire que les jeux sont faits. C’est le retour à un Etat RPT qui vient de s’amorcer. Ce ne sont pas les partis satellites qui s’échauffent déjà dans l’anti chambre qui diront le contraire. Mais à qui la faute ?

L. Cosmas

Quelles chances de succès pour le Premier ministre Komlan Mally ?
Depuis lundi 3 décembre 2007, l’homme qui, à la tête du gouvernement sera chargé de mener de front la réalisation du programme de société RPT et des réformes constitutionnelles et institutionnelles prévues par l’Accord Politique Global est connu. Il s’agit du Ministre Komlan Mally de la ville du gouvernement sortant qui, jusqu’à la date de sa nomination siégeait au Parlement sous la bannière du parti au pouvoir, le Rassemblement du Peuple Togolais, (RPT).

Si compte tenu du caractère effacé et peu controversé du personnage, cette nomination n’a pas suscité de récriminations et autres réactions épidémiques, elle appelle en revanche à des interrogations sur les capacités réelles de M. Komlan Mally à assumer avec brio ses nouvelles charges primatoriales. Quels sont donc les atouts et les faiblesses du nouveau Premier ministre de tous les Togolais ?

Les atouts
A l’instar de tout chef de gouvernement nommé par le président de la République, M. Komlan Mally va bénéficier du soutien inébranlable de ce dernier tant qu’il sera disposé à jouer au garçon de course. Maintenant, il doit s’attendre à la même disposition d’esprit de la part du RPT dont il était jusqu’à lundi dernier un représentant au Parlement. Le parti au pouvoir étant majoritaire à l’Assemblée nationale, nul doute que son passage au Parlement à la tête des membres du gouvernement pour le vote de confiance ne sera qu’une formalité. Il n’aura pas à subir des humiliations, des réprimandes et des quolibets de la part de ses amis qui sont d’une susceptibilité effarante lorsqu’il s’agit d’accabler un opposant au régime.

Côté opposition, le nouveau Premier ministre n’aura véritablement pas de soucis à se faire étant donné qu’il n’est personnellement presque pas sujet à controverses. Le pire qui puisse lui arriver ne sera autre que des injonctions dans le sens de la réalisation sans faille des réformes constitutionnelles et institutionnelles qui s’imposent pour le redressement d’un pays complètement paralysé par des années de crise sociopolitique et économique. Sans doute, c’est pour y parvenir sans faute que l’Accord Politique Global dont le RPT est signataire, a préconisé une co-gestion de la période post-électorale. Au Togo, le pouvoir n’a pas changé de camp. Le RPT détient encore les instruments du pouvoir et ses hommes à la tête des instances décisionnelles. Il s’agit là, d’un atout notable qui hélas ne saura pas à lui seul, compenser les faiblesses qui peuvent gripper l’action du nouveau premier ministre.

Les faiblesses
Sauf changement significatif de dernière minute et dans les rapports de force, le gouvernement Mally ne saura pas combler les attentes du chef de l’Etat qui, à maintes reprises, appelle à la formation d’un gouvernement d’union. Cela suppose la participation des forces de l’opposition démocratique de l’envergure de l’UFC, du CAR et de la CDPA  entre autres.

Mais depuis l’échec du Dialogue Faure/Gilchrist aux lendemains de l’installation du bureau du Parlement dans les conditions que tout le monde sait, la perspective d’une participation des ténors de l’opposition démocratique à l’équipe gouvernementale en gestation s’éloigne de jour en jour. Et ce n’est pas un Komlan Mally complètement à court d’arguments politiques qui serait susceptible de faire changer d’avis à  Gilchrist Olympio et ses pairs de l’opposition sur la question.

Tout au plus, le Premier ministre peut-il s’accommoder de petits partis se réclamant de l’opposition mais qui n’ont jamais donné le moindre gage de combativité pour le changement au Togo et qui se bousculent présentement au portillon du gouvernement. Il n’est pas exclu que les organisations de la société civile réputées politiquement indépendantes soient appelées à la rescousse.

A priori, un gouvernement à dominante RPT agrémenté par un résiduel de l’opposition et quelques représentants de la société civile peut difficilement opérer un changement au Togo. A moins qu’il ne s’agisse d’un changement de façade.

M. Komlan Mally ne peut pas s’attendre à un soutien spontané de l’ensemble du RPT parce que le parti au pouvoir se trouve aujourd’hui en proie à des antagonismes qui en affectent considérablement l’unicité d’action. On parle des conservateurs et des rénovateurs qui se livrent constamment une « guerre d’hégémonie » qui dépasserait présentement le seuil du tolérable et que le président national aurait toutes les peines du monde à gérer au mieux.

Or, le nouveau Premier ministre n’a aucun poids politique et aucune notoriété administrative capables  de transcender ces querelles intestines devant lui permettre de s’imposer. Son passage peu reluisant à la tête du Ministère de la ville ne fait que confirmer l’étiquette d’un responsable vide d’initiatives que lui collent ses détracteurs.

La grande question se pose de savoir aujourd’hui qu’il est nommé à la primature, comment peut-il se prendre pour combler les attentes ? Wait and see !

J.N.T. 

Kpatcha Gnassingbé, Pékemsi, Kanékatoua et Noupokou Dammipi démissionnent de l’Assemblée nationale
La Cour Constitutionnelle a jugé recevable leur demande

Kpatcha Gnassingbé, Kanékatoua Yao, Noupokou Dammipi et Kudjow-Kum Pékemsi,  respectivement Ministre de la Défense et des Anciens Combattants, Directeur Général de la BTCI, Directeur Général de la CEET et Directeur Général de la LONATO, tous élus du RPT à la nouvelle Assemblée nationale auraient remis leur démission au Président de cette institution qui l’aurait, à son tour, transmise à la Cour Constitutionnelle qui aurait jugé recevable leur demande. Cette démarche se justifie par la situation d’incompatibilité des fonctions actuelles de ces grands commis de l’Etat avec le mandat de Député.

L’article 203 du Code électoral dispose en son alinéa 1 que « le mandat de député est incompatible avec l’exercice de toute fonction publique et de tout emploi salarié ». Il s’agit d’un principe général qui s’applique à tous les élus, à l’exception « des membres du personnel de l’Enseignement supérieur ».

L’article 205 du même Code électoral revient plus en détail sur la question en disposant ce qui suit : « Sont incompatibles avec le mandat de député, les fonctions de chef d’entreprise, de président de Conseil d’administration, d’administrateur délégué, de directeur général, de directeur adjoint ou de gérant exercées dans :

1- Les sociétés ayant exclusivement un objet financier et faisant publiquement appel à l’épargne et au crédit ;

2- Les sociétés et entreprises dont l’activité consiste principalement dans l’exécution de travaux, la prestation de fourniture ou de service pour le compte ou sous le contrôle de l’Etat, d’une collectivité ou d’un établissement dont plus de la moitié du capital social est constitué de participation de sociétés ou d’entreprises ayant ces mêmes activités ;

3- Les établissements publics et entreprises placés sous le contrôle de l’Etat.

Il en est de même des fonctions de Président Directeur Général ou de Chefs d’entreprises et de sociétés privées ».


Suite à  l’avis favorable de la Cour Constitutionnelle, Kpatcha Gnassingbé, Kanékatoua Yao, Kudjow-Kum Pékemsi et Noupokou Dammipi seront remplacés à l’Assemblée nationale par leurs suppléants.

Nous y reviendrons.


L.C.

 
 

 

 
 

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