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Conséquence de l’échec des négociations Faure-Gilchrist :
L’UFC, le CAR, la CDPA boudent le gouvernement Mally
Après près de trois semaines de suspense, le Chef de
l’Etat Faure Gnassingbé a, enfin nommé, le lundi 03
décembre dernier, son Premier ministre. Il s’appelle
Komlan Mally. Il est membre du bureau politique du
Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) et Ministre de la
Ville du gouvernement sortant dirigé par Me Yawovi
Agboyibo (voir ci-dessous son Curriculum Vitae).
Depuis cette nomination, les commentaires vont bon train.
En effet, pour certains observateurs, M. Mally, malgré
son cursus, n’est pas l’homme qu’il faut à la place qu’il
faut surtout dans le contexte politique qui est le nôtre.
Dans le contexte togolais où les rivalités de personnes
ont pris le pas sur la politique, il faut un Premier
ministre consensuel de poids, d’envergure politique et
rassembleur d’hommes pour servir de pont entre les deux
tendances RPT-UFC, deux grands partis qui constituent,
quoi qu’on dise, le mal togolais. Komlan Mally est
certes, un homme calme, effacé mais pas trop connu du
public togolais malgré ses multiples fonctions politico –
administratives. Mally n’est pas un homme politiquement
zélé comme les Natchaba, Agbéyomé, Agba et autres. Mais
plusieurs observateurs s’accordent à reconnaître que dans
ce climat politique miné de vives tensions il faut un
Premier ministre politiquement oint et qui maîtrise les
rouages de l’administration togolaise devenue un panier à
crabes.
Le Togo est malade et il faut des hommes capables de le
guérir de ses maux. Certes, personne ne doute de la
compétence de Komlan Mally, un descendant de l’ancien
Ministre Théophile Mally. Mais les difficultés politico –
économiques auxquelles le pays est confrontées commandent
que Faure prenne quelqu’un qui puisse résister aux
pressions des faucons du RPT membres du gouvernement
qu’il aura à former.
La tache, en réalité, ne sera pas du tout facile pour
Komlan Mally si on fait un bref retour à toutes les
difficultés que le Premier ministre sortant Me Agboyibo a
eues à gérer avec certains ministres RPT de son
gouvernement. Ces ministres estimaient, qu’ils n’ont de
compte à rendre qu’au chef de l’Etat. Pour ce faire, ils
en faisaient à leur tête. On se rappelle encore le bras
de fer Agboyibo-Bawara. En effet, sur certains sujets, Me
Agboyibo, la plupart du temps, était obligé de se référer
directement au Chef de l’Etat parce que certains
ministres RPT considèrent que seul Faure est leur maître.
Komlan Mally, un RPTiste pur sang peut-il réussir là où
ses prédécesseurs ont échoué ? La question reste posée.
Avec la reprise de la coopération, Faure Gnassingbé a le
devoir et l’obligation de choisir un Chef de gouvernement
qui soit respecté par tous les ministres. Tous les
ministres, quelle que soit leur affinité avec lui,
doivent savoir que Faure a placé à leur tête un
personnage qui a pour rang Premier ministre. C’est-à-dire
le patron de tous les ministres. Il ne doit donc pas y
avoir un ministre qui se considère comme un super
ministre.
Comme on le voit, beaucoup de chantiers attendent le
nouveau locataire de la primature. Il aura à gérer les
priorités du pays sur le plan économique et une gestion
saine des fonds qui seront alloués au Togo pour la
relance de notre économie. Il aura enfin à gérer les
politiques et la rue. Pour réussir, il a le devoir de
faire appel à tout son génie et faire preuve de sang
froid face à toutes les difficultés. Mais peut-il
résister aux pressions de tous bords et s’imposer
véritablement aux loups de sa maison ?
L’autre difficulté : L’UFC, le CAR et la CDPA boudent le
gouvernement Mally
1- La position de l’UFC
Le nombre de suffrages portés sur les listes de l’UFC
confirme selon les responsables de ce parti que l’UFC est
la force politique la plus importante du pays. Gilchrist
Olympio, durant les négociations qu’il avait entamées
avec Faure, avait déclaré que cette réalité devra
désormais être prise en compte pour l’adoption des
grandes décisions qui engagent le devenir de notre pays.
Sur la base de cette assertion contenue dans une
déclaration de l’UFC en date du 12 novembre 2007,
Gilchrist Olympio a, dans un entretien le 14 novembre
2007 demandé à la majorité parlementaire RPT de prendre
en compte, son poids électoral pour réformer rapidement
les institutions.
Dans les milieux proches de l’UFC, on considère
l’éventualité de l’entrée de ce parti au gouvernement
comme une affaire déjà réglée. L’UFC n’entend pas entrer
dans le gouvernement RPT à n’importe quel prix. Puisque
le RPT considère qu’il a gagné, qu’il gouverne seul. Il
n’a pas besoin de négocier avec l’opposition. L’UFC a,
alors, déclaré qu’elle se consacrera à son rôle
d’opposant à l’Assemblée.
L’UFC, on se rappelle, avait posé ses conditions si Faure
juge utile son entrée au gouvernement. C’est ainsi que
entre autres, il avait suggéré que le Premier ministre
soit issu de ses rangs. Il avait posé également comme
condition, la garantie à l’UFC d’avoir au moins trois
portefeuilles de souveraineté.
Mais au RPT, on indique que l’ouverture voulue par le
Chef de l’Etat ne se fera qu’avec les partis désireux de
saisir la main tendue. Rien ne se fera le couteau sur la
gorge parce que, dit-on, le parti qui a gagné les
élections à la régulière, n’entend pas se soumettre aux
diktats des perdants. Le Secrétaire Général du RPT,
Solitoki Esso a déclaré qu’une collaboration avec les
autres formations est certes possible mais doit se faire
sans condition.
Le Directeur de Cabinet du Président de la République,
Pascal Bodjona est revenu à la charge pour rejeter les
conditions radicales posées par Gilchrist Olympio.
« Le RPT est disposé à travailler avec toutes les bonnes
volontés. Mais tous les partis qui veulent travailler
avec nous doivent le faire sans condition. Ce n’est pas
parce qu’un parti veut travailler avec nous qu’il va
nous dicter sa loi… Nous au RPT, nous disons NON. Il n’y
a pas de conditions à poser au RPT qui a gagné les
élections du 14 octobre 2007 ».
La position de la CDPA
A la question de savoir si la CDPA
participera au prochain gouvernement, s’il arrivait qu’il
soit invité, le Prof. Léopold Gnininvi a déclaré que
« c’était une obligation suite à la signature de l’Accord
Politique Global qu’il y ait un Gouvernement d’union
Nationale. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Les
vainqueurs peuvent jouir de leur victoire comme
la Constitution leur en donne droit ».
Dans le cas actuel, la majorité parlementaire
(RPT) coïncide avec la majorité présidentielle. C’est
normal que Faure nomme son Premier ministre au sein de
son parti. S’il nomme Komlan Mally, comme chef de
gouvernement, il n’y a rien d’anormal, a déclaré le Prof.
Gnininvi.
Il a souligné que la CDPA n’a pas de
prétention et n’a aucun droit de revendication dans ce
gouvernement. « La
CDPA n’a pas de députés à l’Assemblée Nationale. Ainsi
donc, qui ne va pas à la chasse n’a pas de prétention
sur le gibier et donc n’a pas la prétention de
revendiquer une part »,
a laissé entendre Gnininvi. Le Secrétaire Général de la
CDPA se demande dans quel intérêt son parti sera invité à
participer au prochain gouvernement.
La position de Me Agboyibo
Me Yawovi Agboyibo est catégorique. Le CAR ne
participera pas au gouvernement. Déjà, dans notre
dernière livraison, nous l’avions annoncé. De source bien
informée, le Premier ministre sortant Me Yawovi Agboyibo
avait rencontré il y a quelques jours, le Conseiller
Spécial du Chef de l’Etat, M. Barry Moussa Barqué, à qui
il a livré ses intentions. Il aurait eu d’autres
rencontres avec Faure la semaine dernière
En effet, selon Me Agboyibo « Le consensus
étant le fondement de la vision politique du CAR, il est
prêt à tout sacrifice qui serait de nature à élargir le
champ actuel de la gestion consensuelle du pays et à
favoriser la réconciliation nationale ». A cet égard,
le CAR est disposé à travailler avec tout nouveau Premier
ministre qui assurerait la participation de l’UFC au
prochain gouvernement.
En clair, le nouveau locataire de la
primature Komlan Mally doit parvenir à convaincre les
responsables de l’UFC de leur entrée au gouvernement
avant celle du CAR. Le refus de l’UFC signifie celle du
CAR. Or, les négociations qui ont eu lieu à Lomé entre le
patron de l’UFC, Gilchrist Olympio et le Chef de l’Etat
Faure ont échoué. Gilchrist Olympio après l’échec de ces
négociations a quitté Lomé et n’entend plus revenir sur
sa décision. La rupture des négociations étant consommée
avant l’arrivée de Mally, on se demande de quoi ce
dernier sera capable. Mally peut-il réussir là où Faure a
échoué ? Nous ne saurions le dire. D’ores et déjà, des
sources proches de l’UFC font état de ce que la
cohabitation n’est plus possible. « Notre souci, c’est
2010. Nous préférons préparer sérieusement les
présidentielles de 2010 que de vouloir perdre le temps
pour l’entrée de notre parti dans le gouvernement Mally »
a-t-on appris auprès de certains responsables de l’UFC.
Le Premier ministre Mally a, pour sa part,
commencé les consultations. Mais cela n’a rien donné au
niveau de certaines formations. Si à travers une baguette
magique il peut, dans les jours qui suivent, convaincre
in extremis l’UFC, le CAR ne trouvera aucun inconvénient
à y participer également. Mais pour l’heure, la rupture
est consommée. Seulement au CAR, les avis sont partagés.
Il y a ceux qui sont pour l’entrée au gouvernement et
ceux qui sont contre.
La question reste de savoir si le parti de Me
Agboyibo a encore quelque chose à gagner ou à perdre en
entrant au gouvernement vu les résultats obtenus par ce
parti pendant les élections du 14 octobre 2007 malgré
tous les efforts de Me Agboyibo pour la réussite de
l’Accord Politique Global, se demandent certains
observateurs.
Nous y reviendrons.
AMOU
Komlan Mally, Premier ministre : Les dessous d’une
nomination
Plus d’un mois après la proclamation des résultats
définitifs des législatives du 14 octobre dernier et une
quinzaine de jours après la démission de Me Agboyibo et
de son équipe gouvernementale, le Président de la
République Faure Gnassingbé a finalement procédé à la
nomination d’un nouveau Premier ministre le lundi 03
décembre 2007. L’heureux élu s’appelle Komlan Mally, 47
ans. Inconnu du grand public togolais, le nouveau Premier
ministre togolais n’est pas moins une personnalité
publique avant sa nomination. Il a été entre autres,
Préfet de Wawa, Préfet du Golfe, ministre de la ville
dans le cabinet Agboyibo et député élu du RPT lors des
dernières élections législatives.
La nomination de ce natif de la Préfecture d’Amou à la
Primature a surpris plus d’un. L’homme, effacé et
considéré comme un modéré n’appartient pas au groupe des
faucons du RPT. Mais son choix pour former un nouveau
gouvernement reste diversement apprécié au sein de
l’opinion.
Pour certains observateurs, il s’agit d’une décision qui
a dribblé tous les pronostics. On sait que depuis qu’il a
accédé au pouvoir, Faure Gnassingbé n’a jamais eu de
cesse de faire l’apologie d’une ouverture politique. Au
lendemain des élections législatives qui avaient crédité
son parti de 50 sièges, le Chef de l’Etat, dans un
message adressé à la nation, a une fois encore, réaffirmé
l’option de la formation d’un gouvernement de large
ouverture. Il était donc normal que dans plusieurs
milieux, on s’attende à la nomination d’un Premier
ministre issu des rangs de l’opposition. Des partis
avaient même été consultés à cet effet et très vite, des
noms avaient commencé à circuler. On a d’abord parlé
d’une probable reconduction de Me Agboyibo qui a su mener
avec maestria, sa mission à terme, en organisant des
élections législatives transparentes. Puis on a évoqué un
possible retour de Edem Kodjo qui a eu aussi à faire ses
preuves à la primature. Les noms de Emile Dadzie, Kossivi
Kpétigo ou autre Victor Alipui seront également évoqués.
On savait que rien n’était impossible mais on s’attentait
à tout sauf la nomination d’un militant du RPT.
Les tenants de cette thèse étaient d’autant plus
convaincus de la justesse de leur opinion que le Chef de
l’Etat avait multiplié ses rencontres avec Gilchrist
Olympio, leader de la deuxième force politique au
parlement.
Aujourd’hui, ceux qui s’attendaient à la nomination d’un
Premier ministre au sein de l’opposition ne peuvent
qu’être surpris par le choix du Chef de l’Etat. Mais
comment en est-on arrivé là ?
Dans plusieurs milieux, on estime que si Faure Gnassingbé
a finalement nommé un militant de son parti à la
primature, c’est tout simplement parce que ses
négociations avec l’UFC n’ont rien donné. Depuis
toujours, l’UFC s’est situé dans une logique de
cohabitation et de partage avec le RPT.
« Nous n’entrerons pas au gouvernement à tous les prix ».
C’est ce qu’ont déclaré des responsables de ce parti au
lendemain des législatives. C’est pour cela que pour son
entrée au gouvernement, l’UFC a posé un certain nombre
d’exigences dont le partage équitable des portefeuilles
de souveraineté. Ce qui n’était pas pour plaire à
l’entourage du Chef de l’Etat qui estime que l’ouverture
dont parle Faure Gnassingbé n’est pas synonyme de
partage.
Les nombreux jours de dialogue entre Gilchrist et Faure
et ensuite entre des représentants de l’UFC et du RPT
n’ont finalement pas permis d’aplanir les divergences.
Les mêmes sources indiquent qu’en nommant un Premier
ministre RPT, le Chef de l’Etat n’a fait qu’accéder à une
exigence du leader de l’UFC qui a clairement signifié au
Chef de l’Etat son hostilité à une quelconque
reconduction de Me Agboyigbo. Si le Premier ministre
n’est pas issu des rangs de l’UFC (deuxième force
publique), Gilchrist ne trouvait aucun inconvénient à ce
qu’il soit nommé au RPT, (première force politique).
Faure Gnassingbé qui voyait en cette exigence, une
condition pour l’entrée de l’UFC au gouvernement a
naturellement fait son choix.
La nomination d’une « colombe » du RPT à la primature est
interprétée dans les milieux proches de ce parti comme le
signe renouvelé d’une volonté d’ouverture politique. M.
Mally qui n’a aucun antécédent avec les leaders de
l’opposition est plus indiqué à faire un minimum
d’unanimité autour de sa personne qu’un de ces faucons
qui ont toujours eu des frictions avec l’opposition.
On estime aussi que le choix porté sur Komlan Mally n’est
pas délibéré. Il est originaire de la Région des
Plateaux, une région où le RPT a réussi à partager les
voix avec l’UFC qui a fait du sud, sa chasse gardée. Pour
tout dire, dans un environnement polarisé comme le nôtre,
le RPT n’aurait pas eu autant de sièges à l’Assemble
nationale s’il n’avait pas contraint l’UFC au partage
dans les Plateaux.
Enfin, Komlan Mally à la primature peut rassurer l’UFC
qui se dit héritier de l’Ablodé. En effet, le nouveau
Premier ministre est le descendant d’une figure de proue
de l’Ablodé. Un certain Théophile Mally a été Ministre de
l’Intérieur et homme de confiance du père de Gilchrist
Olympio, leader de l’UFC.
Au sortir d’une rencontre avec Faure Gnassingbé,
Gilchrist Olympio avait évoqué la nécessité pour chacun
de mettre de l’eau dans son vin. Tout porte à croire
aujourd’hui qu’il s’agissait d’une profession de foi
factice puisque chacun a finalement campé sur ses
positions.
A voir de près, l’UFC a joué un rôle déterminant dans le
processus de nomination du Premier ministre. Ce parti
aura été plus intransigeant avec ses alliés de
l’opposition d’hier que vis-à-vis du RPT. En témoigne son
choix de voir nommer un Premier ministre au RPT s’il ne
devait pas être de l’UFC.
Depuis qu’au lendemain de la signature de l’Accord
Politique Global, Me Agboyibo a été nommé à la Primature,
Gilchrist Olympio et son parti n’ont jamais pardonné au
CAR qui est devenu à leurs yeux, un ennemi à abattre.
Aujourd’hui, tous les Togolais, l’UFC au premier rang,
tirent profit du passage du Bélier noir à la primature.
Mais cela n’a en rien émoussé la haine mortelle nourrie
contre Me Agboyibo et son parti.
Cette haine s’est décuplée en s’adjoignant du mépris et
de la condescendance depuis que les résultats du scrutin
législatif d’octobre dernier ont donné l’UFC comme
deuxième force politique du pays. Depuis, cette formation
qui considérait les autres partis comme résiduels tente
de limiter la scène politique togolaise au RPT et à l’UFC.
Une vision dangereuse qui risque de faire payer un lourd
tribut au processus démocratique togolais.
Avec un Président de la République RPT, une Assemblée
nationale majoritairement RPT avec un Bureau 100% RPT et
un Chef de gouvernement RPT, on peut dire que les jeux
sont faits. C’est le retour à un Etat RPT qui vient de
s’amorcer. Ce ne sont pas les partis satellites qui
s’échauffent déjà dans l’anti chambre qui diront le
contraire. Mais à qui la faute ?
L. Cosmas
Quelles chances de succès pour le Premier ministre Komlan
Mally ?
Depuis lundi 3 décembre 2007, l’homme qui, à la tête du
gouvernement sera chargé de mener de front la réalisation
du programme de société RPT et des réformes
constitutionnelles et institutionnelles prévues par
l’Accord Politique Global est connu. Il s’agit du
Ministre Komlan Mally de la ville du gouvernement sortant
qui, jusqu’à la date de sa nomination siégeait au
Parlement sous la bannière du parti au pouvoir, le
Rassemblement du Peuple Togolais, (RPT).
Si compte tenu du caractère effacé et peu controversé du
personnage, cette nomination n’a pas suscité de
récriminations et autres réactions épidémiques, elle
appelle en revanche à des interrogations sur les
capacités réelles de M. Komlan Mally à assumer avec brio
ses nouvelles charges primatoriales. Quels sont donc les
atouts et les faiblesses du nouveau Premier ministre de
tous les Togolais ?
Les atouts
A l’instar de tout chef de gouvernement nommé par le
président de la République, M. Komlan Mally va bénéficier
du soutien inébranlable de ce dernier tant qu’il sera
disposé à jouer au garçon de course. Maintenant, il doit
s’attendre à la même disposition d’esprit de la part du
RPT dont il était jusqu’à lundi dernier un représentant
au Parlement. Le parti au pouvoir étant majoritaire à
l’Assemblée nationale, nul doute que son passage au
Parlement à la tête des membres du gouvernement pour le
vote de confiance ne sera qu’une formalité. Il n’aura pas
à subir des humiliations, des réprimandes et des
quolibets de la part de ses amis qui sont d’une
susceptibilité effarante lorsqu’il s’agit d’accabler un
opposant au régime.
Côté opposition, le nouveau Premier ministre n’aura
véritablement pas de soucis à se faire étant donné qu’il
n’est personnellement presque pas sujet à controverses.
Le pire qui puisse lui arriver ne sera autre que des
injonctions dans le sens de la réalisation sans faille
des réformes constitutionnelles et institutionnelles qui
s’imposent pour le redressement d’un pays complètement
paralysé par des années de crise sociopolitique et
économique. Sans doute, c’est pour y parvenir sans faute
que l’Accord Politique Global dont le RPT est signataire,
a préconisé une co-gestion de la période post-électorale.
Au Togo, le pouvoir n’a pas changé de camp. Le RPT
détient encore les instruments du pouvoir et ses hommes à
la tête des instances décisionnelles. Il s’agit là, d’un
atout notable qui hélas ne saura pas à lui seul,
compenser les faiblesses qui peuvent gripper l’action du
nouveau premier ministre.
Les faiblesses
Sauf changement significatif de dernière minute et dans
les rapports de force, le gouvernement Mally ne saura pas
combler les attentes du chef de l’Etat qui, à maintes
reprises, appelle à la formation d’un gouvernement
d’union. Cela suppose la participation des forces de
l’opposition démocratique de l’envergure de l’UFC, du CAR
et de la CDPA entre autres.
Mais depuis l’échec du Dialogue Faure/Gilchrist aux
lendemains de l’installation du bureau du Parlement dans
les conditions que tout le monde sait, la perspective
d’une participation des ténors de l’opposition
démocratique à l’équipe gouvernementale en gestation
s’éloigne de jour en jour. Et ce n’est pas un Komlan
Mally complètement à court d’arguments politiques qui
serait susceptible de faire changer d’avis à Gilchrist
Olympio et ses pairs de l’opposition sur la question.
Tout au plus, le Premier ministre peut-il s’accommoder de
petits partis se réclamant de l’opposition mais qui n’ont
jamais donné le moindre gage de combativité pour le
changement au Togo et qui se bousculent présentement au
portillon du gouvernement. Il n’est pas exclu que les
organisations de la société civile réputées politiquement
indépendantes soient appelées à la rescousse.
A priori, un gouvernement à dominante RPT agrémenté par
un résiduel de l’opposition et quelques représentants de
la société civile peut difficilement opérer un changement
au Togo. A moins qu’il ne s’agisse d’un changement de
façade.
M. Komlan Mally ne peut pas s’attendre à un soutien
spontané de l’ensemble du RPT parce que le parti au
pouvoir se trouve aujourd’hui en proie à des antagonismes
qui en affectent considérablement l’unicité d’action. On
parle des conservateurs et des rénovateurs qui se livrent
constamment une « guerre d’hégémonie » qui
dépasserait présentement le seuil du tolérable et que le
président national aurait toutes les peines du monde à
gérer au mieux.
Or, le nouveau Premier ministre n’a aucun poids politique
et aucune notoriété administrative capables de
transcender ces querelles intestines devant lui permettre
de s’imposer. Son passage peu reluisant à la tête du
Ministère de la ville ne fait que confirmer l’étiquette
d’un responsable vide d’initiatives que lui collent ses
détracteurs.
La grande question se pose de savoir aujourd’hui qu’il
est nommé à la primature, comment peut-il se prendre pour
combler les attentes ? Wait and see !
J.N.T.
Kpatcha Gnassingbé, Pékemsi, Kanékatoua et Noupokou
Dammipi démissionnent de l’Assemblée nationale
La Cour Constitutionnelle a jugé recevable leur demande
Kpatcha Gnassingbé, Kanékatoua Yao, Noupokou Dammipi et
Kudjow-Kum Pékemsi, respectivement Ministre de la
Défense et des Anciens Combattants, Directeur Général de
la BTCI, Directeur Général de la CEET et Directeur
Général de la LONATO, tous élus du RPT à la nouvelle
Assemblée nationale auraient remis leur démission au
Président de cette institution qui l’aurait, à son tour,
transmise à la Cour Constitutionnelle qui aurait jugé
recevable leur demande. Cette démarche se justifie par la
situation d’incompatibilité des fonctions actuelles de
ces grands commis de l’Etat avec le mandat de Député.
L’article 203 du Code électoral dispose en son alinéa 1
que « le mandat de député est incompatible avec
l’exercice de toute fonction publique et de tout emploi
salarié ». Il s’agit d’un principe général qui
s’applique à tous les élus, à l’exception « des
membres du personnel de l’Enseignement supérieur ».
L’article 205 du même Code électoral revient plus en
détail sur la question en disposant ce qui suit :
« Sont incompatibles avec le mandat de député, les
fonctions de chef d’entreprise, de président de Conseil
d’administration, d’administrateur délégué, de directeur
général, de directeur adjoint ou de gérant exercées
dans :
1- Les sociétés ayant exclusivement un objet financier et
faisant publiquement appel à l’épargne et au crédit ;
2- Les sociétés et entreprises dont l’activité consiste
principalement dans l’exécution de travaux, la prestation
de fourniture ou de service pour le compte ou sous le
contrôle de l’Etat, d’une collectivité ou d’un
établissement dont plus de la moitié du capital social
est constitué de participation de sociétés ou
d’entreprises ayant ces mêmes activités ;
3- Les établissements publics et entreprises placés sous
le contrôle de l’Etat.
Il en est de même des fonctions de Président Directeur
Général ou de Chefs d’entreprises et de sociétés
privées ».
Suite à l’avis favorable de la Cour Constitutionnelle,
Kpatcha Gnassingbé, Kanékatoua Yao, Kudjow-Kum Pékemsi et
Noupokou Dammipi seront remplacés à l’Assemblée nationale
par leurs suppléants.
Nous y reviendrons.
L.C. |