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Suite aux nombreux problèmes auxquels font face les
travailleurs et les ménages asphyxiés par un pouvoir
d'achat ridicule face à une cherté insolente du coût de
vie et face aux menaces répétées de grèves auxquelles
était confronté le cabinet Kodjo, le Gouvernement, le
Patronat et les Travailleurs s'étaient réunis en un
dialogue social. De ce dialogue social, était né un
Accord tripartite signé tambours battant à l'Hôtel 2
Février le 11 mai 2006.
Cet Accord met un certain nombre d'obligations à la
charge du Gouvernement, du Patronat ainsi que des
travailleurs regroupés au sein des syndicats. Certains
syndicats dispositions de cet Accord devraient être
mises en œuvre immédiatement après la signature du
protocole.
Curieusement, six mois après la signature de l'Accord
tripartite, aucun engagement n'a été appliqué. II n'en
fallait pas plus pour raviver la colère des travailleurs
qui se sentaient abusés et floués.
Le 14 novembre, l'Intersyndicale des Travailleurs du
Togo qui regroupe cinq centrales syndicales en son sein
avait présenté la situation dans les termes suivants : «
Le 11 mai 2006, Gouvernement, Conseil national du
patronat et Organisations syndicales de travailleurs ont
solennellement signé au Corinthia Hôtel 2 Février de
Lomé, le «Protocole d'accord» sanctionnant les
discussions du Dialogue social tripartite qui ont eu
lieu du 30 janvier au 07 avril 2006.
Ce Protocole d'Accord
comporte les engagements pris par les
différents protagonistes, ainsi qu'un échéancier de leur
mise en oeuvre.
Six (06) mois après la signature du document, aucun des
engagements pris par le gouvernement et qui devraient
être mis en oeuvre au cours de cette période, ne
l'a été,
Par exemple :
1-le Comité ad hoc de
suivi des accords qui devait être institué et
démarrer ses activités en attendant la mise en
place, dans un délai de six (06) mois, du Conseil
National du Dialogue Social (CNDS), ce comité n'est
toujours pas fonctionnel.
2-
les Etats généraux de l'Administration publique (EGAP),
annoncés pour une tenue effective à la date du 07 août
2006 ont été reportés par deux fois déjà et
seraient finalement prévus pour le mois de décembre. Or,
c'est au cours de ces EGAP que doivent être discutés et
arrêtés les éléments essentiels articulant la
revalorisation des salaires, rémunérations et pensions
(révision de la valeur et de la grille indiciaires,
augmentation du salaire minimum officiel
(SMIG), etc. en vue
de
l’indispensable relèvement du pouvoir d’achat des agents
du secteur public ; ces éléments essentiels devant avoir
leur traduction dans le budget, exercice 2007,
qui doit être voté par l'Assemblée nationale au
31 décembre 2006.
3-
l'apurement des arriérés de salaires, de pensions
de retraite et d'allocations familiales, convenu pour
être achevé dans un délai maximum de douze (12) mois à
compter de la signature du Protocole d'Accord, cet
apurement n'a pas connu, six (06) mois après, le moindre
début d'exécution, bien que les organisations syndicales
aient cru, à juste titre, avoir été entendues
lorsqu'elles ont réclamé le paiement d'un (1) mois
d'arriéré pour la rentrée scolaire de septembre et deux
(2) autres mois avant la fin de l'année 2006.
Par contre, certaines dispositions du Protocole
d'Accord,
favorables au gouvernement, sont
immédiatement entrées en vigueur, comme convenu : par
exemple, la limitation draconienne de la consommation de
l'électricité et du téléphone dans l'Administration
publique...
Alors même que ne sont pas tenus les tout premiers
engagements dont dépendent les perspectives d'un début
d'amélioration des conditions de vie des travailleurs,
le coût de la vie, depuis la signature du Protocole
d'Accord,
renchérit, notamment par toute une série
d'augmentations de prix, ceux du ciment et des
télécommunications en particulier, sans compter les
hausses récentes du prix des produits pétroliers. Le
‘’panier de la ménagère’’ ne cesse de se réduire de jour
en jour...
Les travailleurs et les travailleuses auraient-ils eu
tort, au sortir du dialogue social, de nourrir quelque
espoir de voir enfin leurs souffrances allégées et leurs
éprouvantes conditions de vie commencer de s'améliorer ?
Ce dialogue social n'aurait-il été qu'un marché de dupes
?
De profondes inquiétudes se sont fait jour et le doute
s'est généralisé...
En conséquence de cet état de choses, les organisations
regroupées au sein de
l'intersyndicale des travailleurs
du Togo (ISTT)
constatent que le Gouvernement n'a respecté
ni l'Esprit,
ni la Lettre du ‘’Protocole d'accord entre le
Gouvernement, le Conseil
national du
patronat et les
Organisations syndicales de travailleurs»
qu'il a solennellement signé, 1e11 mai 2006, au
Corinthia Hôtel 2 Février de Lomé.
C’est pourquoi le
14 novembre 2006,
six (6) mois après la signature du protocole d’Accord,
l’Intersyndicale des travailleurs du Togo se trouve dans
l’obligation de prendre acte de la situation créée par
le non-respect des engagements auxquels le gouvernement
a solennellement souscrit.
En conséquence,
l'Intersyndicale des travailleurs du Togo se
réserve le droit légitime d'entreprendre toutes les
actions qu'elle jugera appropriées, y compris d'appeler
à la mobilisation générale des travailleurs, en vue
d'obtenir satisfaction.
Fait à Lomé, le
14 novembre 2006».
Pour désamorcer la bombe de la grève, l'équipe Agboyibo
qui a hérité du dossier est entrée en négociation avec
les travailleurs. Une séance de travail avait eu lieu à
cet effet entre une délégation de
l'Intersyndicale et les ministres concernés, sous la
présidence du Premier Ministre à la Primature le
17 novembre 2006.
Selon les termes du communiqué ayant sanctionné la
réunion, « Au cours de cette rencontre qui fait suite à
une précédente du 15 novembre 2006,
des échanges ont porté sur six points, à savoir:
-la mise sur pied du Comité ad hoc de suivi du dialogue
social, l'organisation des états généraux de la fonction
publique
-le reliquat de la ligne appui aux organisations des
travailleurs revalorisation des traitements des agents
de l'Etat
-arriérés de salaires
-le prix du carburant.
Les deux ministres en charge du dossier ont exposé à
l'intersyndicale la position du Gouvernement sur ces
différentes questions.
1. Concernant le premier point, l'Intersyndicale a été
informée de la création, par arrêté du Premier ministre,
du Comité ad hoc prévu parle Dialogue social.
2. Sur le deuxième point, le Ministre du travail, de
l'emploi et de la fonction publique a informé
l'Intersyndicale de la tenue du 05 au 09 décembre 2006
des Etats généraux de l'Administration publique.
3. En ce qui concerne le reliquat de la ligne budgétaire
d'appui aux organisations des travailleurs, le Ministre
des finances a signifié à l'Intersyndicale que le
paiement se fera le mardi 21 novembre 2006.
4. Abordant le point relatif à la revalorisation des
salaires et pensions, le Ministre des finances a rappelé
que selon les termes de l’engagement N° 71 du protocole
du dialogue social, il faut revaloriser les traitements
des agents de l’Etat dans la limite des 35% de
l’évolution des recettes fiscales à répartir à raison, à
titre indicatif : 70% du taux obtenu seraient pour la
revalorisation des salaires des et 30% pour les
nouveaux emplois. Le ministre a précisé qu’en
application de cette disposition, l’augmentation des
pensions et salaires devrait être de 1,4%. Il a déclaré
toutefois que sur instructions du Chef de l’Etat et du
premier Ministre, la revalorisation s’effectue au-delà
de ce taux.
5. S'agissant des arriérées de salaire et des pensions,
le Ministre des finances a également rappelé qu'aux
termes de l'article 66 du protocole d'accord du dialogue
social, le Gouvernement doit «engager le processus
d'apurement des
arriérés de salaires et de
pensions dans un
délai de 0 à 12 mois ». II a précisé que la
procédure à engager pour la mise en oeuvre de cette
clause est essentiellement d'ordre budgétaire; qu'il
fallait attendre l'élaboration du budget de 2007 en
cours de finalisation à son niveau pour y procéder. II a
rassuré l'Intersyndicale
qu'il fera en sorte
que le gouvernement respecte son engagement dans les
délais convenus.
6. Enfin, en raison de l’absence du territoire du
ministre du commerce, le Premier ministre et
l’Intersyndicale se sont convenus que le point
concernant le prix du carburant sera examiné à une date
ultérieure.
L'Intersyndicale n'a pas exprimé d'objection à propos
des nations qui leur ont été fournies sur les points 1,
2, 3 et 6.
Elle a en revanche estimé, au sujet des points 4 et 5
que le ministre des finances aurait tort d'avoir
privilégié la lettre aux dépens de l'esprit des
dispositions du protocole d'accord du dialogue social.
Le Premier ministre, pour conclure, a réitéré son
engagement à suivre, en concertation avec le Chef de
l’Etat, le dialogue avec l'Intersyndicale la mise en
oeuvre du protocole d’accord
Fait à Lomé le 2lnovembre 2006
Visiblement insatisfaite, l’Intersyndicale des
Travailleurs du Togo a lancé un préavis de grève
d’avertissement pour ce jeudi 30 novembre 2006
Préavis de grève générale d'avertissement de l'ISTT
Les organisations syndicales regroupées au sein de
l’Intersyndicale des Travailleurs du Togo (ISTT) :
Confédération Générale des Cadres du Togo (CGCT) ;
Confédération Nationale des Travailleurs du Togo (CNTT)
; Confédération Syndicale Des Travailleurs du Togo
(CSTT) ; Union Générale Des Syndicats Libres (UGSL)
- Union Nationale des Syndicats Indépendants du Togo (UNSIT),
ont, à maintes reprises, par diverses voies, et ce
depuis plusieurs mois, alerté le gouvernement et M. le
Premier ministres sur les conséquences prévisibles de la
dégradation générale caractérisant, depuis plusieurs
années, les conditions de vie des travailleurs au Togo.
En particulier, les préoccupations nées de la brusque
accentuation de la déliquescence du pouvoir d'achat des
travailleurs induite par les effets aggravants des
hausses des produits pétroliers sur ces conditions de
vie, ont poussé les responsables de l'ISTT à multiplier
les initiatives pour que le gouvernement prenne, en
urgence, les mesures qui s'imposent pour améliorer les
conditions des travailleurs : par le paiement, en
premier lieu, des arriérés de salaires, de pensions et
d'allocations familiales, la réduction des prix des
produits pétroliers ainsi que la mise en oeuvre
effective du Protocole d'Accord du Dialogue Social.
En réponse à l'ensemble de ces initiatives, les
organisations syndicales n'ont obtenu, dans le meilleur
des cas, que des déclarations d'intention et des
promesses conditionnées.
En conséquence, l'ensemble des travailleurs, réunis en
assemblée générale convoquée par l'ISTT à la Bourse du
travail de Lomé, le 17 novembre 2006,
- Estimant que le gouvernement est fort insuffisamment
préoccupé de leurs problèmes et en réalité peu enclin à
prendre en compte leurs légitimes doléances;
-Soucieux de la suite effective réservée aux divers
engagements pris par le Gouvernement lors du Dialogue
Social;
- Résolus à obtenir, à l'approche de la fin de l'année
2006, une amélioration immédiate, si ponctuelle et
limitée soit elle, de leurs conditions de vie, décident
d'observer, dans tous les secteurs, public, para-public,
privé et dans l'économie informelle un mot d'ordre de
grève générale d'avertissement de vingt-quatre (24)
heures, le jeudi 30 novembre 2006,
à partir de
06 Heures (T.U.)
L'ISTT exhorte toutes les travailleuses et tous les
travailleurs (enseignants, agents de banque, agents de
l'Administration publique et privée, commerçants et
commerçantes, transporteurs, conducteurs de taxi moto,
artisans etc.), à respecter scrupuleusement ce mot
d'ordre de grève, pour exiger:
1 °) le paiement immédiat de deux (02) mois d'arriérés
de salaires et de pensions, et six (06) mois d'arriérés
d'allocations familiales;
2°) la réduction rapide du prix des produits pétroliers;
3°) la mise en oeuvre effective des engagements contenus
dans le Protocole d'Accord entre le Gouvernement, le
Patronat et les Organisations des Travailleurs, signé le
11 mai 2006
à l'Hôtel 2 Février.
Fait à Lomé, le 20 novembre 2006.
Mais, entre le
20 novembre 2006
et le
28 novembre 2006,
les négociations se sont intensifiées. L'Intersyndicale
a pour la première fois été reçue par le Chef de l'Etat.
Ce sera au tour du Premier ministre de recevoir plus
tard, une délégation de la même Intersyndicale.
De ces rencontres sont sorties un certain nombre
d'acquis. Notamment, la ferme promesse de paiement d'un
mois sur les arriérés de salaire, et la révision à la
baisse du prix des produits pétroliers la
revalorisation des salaires à la fin janvier 2007
et l'adoption d'un nouveau Code du Travail.
En outre, par décret en date du 28 novembre 2006, le
Premier Ministre Me Agboyibo a procédé à la mise en
place du Comité ad hoc de suivi de l'Application des
termes de l'Accord tripartite.
C'est fort de ces acquis qui constituent une avancée
significative, que l'Intersyndicale a décidé de
suspendre son mot d'ordre de grève d'avertissement
Commentaire
Le dénouement heureux de cette crise est à inscrire à
l'actif de la bonne foi du gouvernement. Mais nos
dirigeants, loin de dormir sur leurs lauriers, doivent
veiller au grain et faire en sorte que toutes les
dispositions de l'Accord tripartite soient mises en
oeuvre en leur temps. Le dialogue social doit être
permanent et les travailleurs mis en confiance.
Mais au-delà de tout commentaire, il faut reconnaître
que cette crise qui est venue perturber le gouvernement
à un moment où il avait besoin de sérénité pour
s'occuper des tâches principales afférentes à sa mission
est un héritage légué par le gouvernement précédent qui,
en son temps, avait fait des promesses irréalistes pour
endormir les travailleurs qui menaçaient de faire grève.
Qu'on le veuille ou non, Edem Kodjo n'avait pas joué
franc jeu. L'Accord tripartite a été signé le 11 mai
2006. Et le protocole prévoyait des dispositions à
mettre en pratique dès la signature. M. Edem
Kodjo qui a quitté la Primature le 16 septembre 2006,
soit plus de quatre mois jour pour jour après la
signature de l'Accord n'avait pas fait mettre en
oeuvre la moindre disposition. Pourquoi Edem Kodjo
n'avait-il pas signé le décret mettant en place le
Comité Ad hoc de suivi de l'application des termes de
l'Accord tripartite ? L'a-t-il fait à dessein ? Les
nouveaux hommes au pouvoir doivent donc savoir à quoi
s'en tenir.
Pour l'heure, on peut dire que le pire a été évité grâce
à Faure et Me Agboyibo. Mais l'épée de Damoclès reste
toujours suspendue.
L. C |