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Qui
occupera le fauteuil du président de la CENI ? La
question devient de plus en plus récurrente depuis
quelques jours. En effet, depuis la nomination des
membres de l’institution le 13 Octobre dernier, et leur
prestation de serment, les nombreuses séances de travail
n’ont pas encore permis de mettre en place un bureau
définitif. Les séances convoquées par le bureau
provisoire pour ce faire se sont toujours terminées sans
succès.
La Commission Electorale
Nationale Indépendante dans sa version issue de l’Accord
Politique Global signé à Lomé le 20 Août
2006 a
la charge d’organiser les législatives prochaines. De
fait, la présidence de l’institution qui revêt un
caractère politique hautement stratégique se retrouve
au centre de toutes les convoitises. Au total quatre
candidats s’étaient présentés à l’élection :
- Abalo Petchélébia (RPT)
- Dr James Amaglo (CAR)
- Henri Kolani (PDR) et
- Délava Jean Claude Codjo (UFC).
Dès
les premiers jours, le RPT a retiré son candidat de la
course. M. Abalo Petchélébia avait déjà eu à présider
dans un passé récent, une CENI qui n’avait réussi qu’à
compliquer la situation déjà difficile qui était celle
du Togo. Et puis, sa position de magistrat, Président de
la Cour d’Appel de Lomé risque d’influer sur le travail
des CELI qui seront présidées par des magistrats au
niveau des préfectures.
Reste donc désormais en lice, les trois
autres candidats dont deux issus de l’opposition
démocratique et un du PDR, un parti devenu depuis peu,
un allié objectif du RPT. Ces trois candidats se
démènent comme des beaux diables pour accéder à la
présidence de la CENI. Aucun d’entre eux n’a, du reste
pour l’heure, manifesté une quelconque volonté de
désistement. Et la situation semble d’autant plus
complexe que le mode de décision au sein de la CENI est
le consensus et non le vote. Cependant, la nouvelle
configuration du landerneau politique togolais permet
d’envisager des probables cas de figure.
Un
risque de marginalisation de l’UFC
Depuis quelque temps, l’état des relations
entre le parti de Gilchrist Olympio et ses pairs de
l’opposition s’est considérablement dégradé. Le CAR qui
avait soutenu avec toute son énergie le choix de Akitani
Bob de l’UFC comme candidat unique de la Coalition lors
de l’élection présidentielle d’Avril 2005 n’avait pas
bénéficié de la mobilisation qu’elle se croyait en droit
d’attendre de l’UFC lors du choix du Premier ministre.
Finalement, Me Agboyibo qui était pressenti pour occuper
la primature au lendemain de l’élection d’Avril 2005 a
vu passer le poste, à son nez et à sa barbe, dans
l’escarcelle de Edem Kodjo, un politicien atypique et
aux ambitions démesurées qu’il faut oublier.
Ayant tiré leçon de cette expérience, le
parti de Me Agboyibo semble avoir décidé (sans le dire),
de ne plus compter que sur lui-même. Aussi, lorsque vint
l’ouverture du dialogue intertogolais, Me Agboyibo et
les siens ont opéré des choix qu’ils ont assumés.
De son côté, l’UFC qui, en sa qualité de
parti créé pour accéder au pouvoir, avait sa stratégie
qu’elle appliquait dans son propre intérêt. Au moment du
choix du Président du Directoire du dialogue, poste
auquel Me Agboyibo s’était positionné, l’UFC était de
ceux qui, une fois encore, avaient refusé de le
soutenir.
Dès lors, il était clair que l’esprit de
solidarité qui devait exister entre ces deux partis de
l’opposition était ruiné. La situation tournera à
l’antagonisme avec la nomination de Me Agboyibo au poste
de Premier ministre le 16 septembre dernier. Suite à
cette nomination, Gilchrist Olympio était monté au
créneau pour annoncer sa décision de boycotter le
gouvernement de Me Agboyibo dont il avait traité, au
passage, le parti de « satellite » du RPT.
Cette réaction a soulevé un tollé général au
sein de l’opinion nationale. La prise de position du
leader de l’UFC contre Me Agboyibo a été considérée
surtout à la base du CAR comme un divorce entre les deux
partis. Il est donc peu probable dans ces conditions, à
moins d’un revirement, que le CAR fasse un cadeau à l’UFC
en sortant en sa faveur son candidat de la course à la
présidence de la CENI.
Si l’UFC ne peut pas compter sur son allié
naturel le CAR, ce n’est certainement pas sur le PDR
qu’elle pourra compter, Zarifou Ayéva et son parti ayant
de fait, rejoint le RPT avec armes et bagages.
L’UFC, malgré les compétences intrinsèques
de son candidat risque de se retrouver marginalisée et
le jeu, de se jouer entre le CAR et le PDR.
Un
danger certain
Une éventuelle mise à la touche de l’UFC ne
pourrait que réjouir ses adversaires politiques. Mais la
situation, si elle se présentait, ne serait pas
forcément pour désavantager le RPT. En effet, ce parti
qui aura réussi ainsi le tour de force de renvoyer dos à
dos ses vrais challengers pourrait tirer son épingle du
jeu en faisant introniser Henri Kolani du PDR qu’il
présentera aux yeux de l’opinion comme issu de
l’opposition alors que tout le monde sait qu’il n’en est
rien. Dans le même temps, le RPT peut avoir avec
Kolani, ce qu’il pourrait attendre de Petchélébia.
Un tel cas de figure qui ne se fonde que sur
la division de l’opposition ne profitera qu’au RPT. Eau
trouble pêche claire. Avant la rencontre de demain,
rencontre au cours de laquelle le Président de la CENI
sera désigné, il importe que la balle soit mise à terre
et que la réflexion soit mûrie afin que les élections
s’annoncent sous de bons auspices pour tous. Dans tous
les cas, le sort du Togo doit être joué entre Amaglo
(CAR) et Codjo (UFC). Tout sauf Kolani.
L.C |