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Le peuple togolais qui, pendant près de 30 ans, a ployé
sous le poids écrasant d’une des dictatures les plus
implacables du continent noir, s’est mobilisé au début
des années 90 pour arracher sa liberté à la faveur du
vent de l’Est ayant emporté sans pitié le mur de Berlin
en 1989. Diverses couches sociales à savoir hommes,
femmes étudiants, élèves, associations, syndicats etc tel
un seul homme se sont investis dans cette lutte qui a
permis d’arracher au pouvoir, des concessions majeures
ayant conduit tout le peuple togolais à la conférence
nationale souveraine. Il s’agit notamment de la liberté
d’association, de la libéralisation de l’espace
médiatique, et de l’ouverture au multipartisme. Au cours
de la transition ayant suivi la Conférence Nationale
Souveraine, fut adoptée et promulguée la loi fondamentale
devant garantir les bases du nouvel Etat moderne et
démocratique tant désiré par nos compatriotes.
Mais hélas, le processus ainsi enclenché sera mis à
mal par un certain nombre de facteurs d’ordre interne et
externe. Il s’agit, en l’occurrence, de la mauvaise foi
du régime pour ce qui concerne la création des conditions
réelles d’une ouverture démocratique, la mauvaise gestion
de la période de la transition par le PM Joseph Kokou
Koffigoh, l’ingérence intempestive des Forces Armées
Togolaises dans les affaires politiques du pays et le
manque d’unité d’action de la part des partis
d’opposition qui, au lieu de combattre le régime, se
combattaient les uns les autres. La responsabilité de la
communauté internationale notamment de la France n’est
pas à écarter. Les forces vives de notre pays qui, en
tout temps, appelaient à un changement n’avaient pas été
soutenus à l’époque par la communauté internationale qui
vient de récidiver le même coup contre le Togo à la suite
du décès du Gal Eyadema et lors du coup d’Etat organisé
pour mettre son fils Faure E. Gnassingbé au pouvoir.
A présent que la lutte pour l’alternance au pouvoir
semble réduite à sa plus simple expression par la
dévolution monarchique du pouvoir imposée dans notre
pays, rien ne semble plus initier pour en découdre
sérieusement avec le déficit démocratique qui nous attire
plus de mal que de bien. Désormais la léthargie et la
résignation paraissent normales aux yeux des Togolais ne
voulant plus se faire massacrer gratuitement.
L’Organisation d’Afrique au Développement Local (OADEL)
à la quelle la gravité de cette situation n’échappe pas,
prend sur elle d’organiser des conférences, débats
publiques avec l’objectif de procéder à une analyse
comparative des tenants et aboutissants de la
mobilisation des forces citoyennes au Togo dans les
années 90-92 et dans les années 93-2005. C’est dans ce
cadre que se situe la conférence-débat tenue hier
mercredi 12 avril au Foyer Pie 12 marquée par deux
communications présentées par des personnes ressources,
au demeurant, chevronnées en la matière.
La grande règle d’après les organisateurs, est de
réfléchir à la façon de recréer les conditions de la
mobilisation et de la forte énergie d’action de
1990-1992, de redonner le goût de la lutte aux Togolais
et les amener à abandonner la résignation ; il s’agit
également de dégager des leçons à tirer de la
mobilisation des années 90-92 et la meilleure orientation
à donner à une nouvelle synergie d’action des forces
citoyennes au Togo aujourd’hui.
Il est question de voir si, au regard des exemples de
la Révolution Orange en Ukraine, de la Coalition contre
la Vie chère au Niger et de la mobilisation contre le CPE
en France, on peut imaginer une alliance stratégique au
Togo entre la société civile et les partis politiques à
la veille d’un énième dialogue national.
Jacqueline Nyonley Tarsi |