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31 mars 2006

Le Changement
[ 16: 30 mars 2006]
Gestion calamiteuse au Conseil National des Chargeurs du Togo : Les autorités publiques interpellées

Dans notre dernière édition, nous avions publié un article sur la dérive de M. KOMOU Maguénani au Conseil National des Chargeurs du Togo. Nous revenons cette semaine encore sur les frasques de cet homme et les préjudices financiers importants qu’il cause à l’économie nationale togolaise.

Il y a quelque temps, M. KOMOU Secrétaire Général, autoproclamé Directeur  Général  du CNCT a été invité par les services de la Primature qui voulaient s’enquérir des recettes et du montant du budget de cette structure. On leur a donné un chiffre deux ou trois fois en deçà des milliards que récolte le Conseil National des Chargeurs Togolais. Les statistiques du Port Autonome de Lomé démontrent clairement les rentrées de fonds au CNCT même si on a vu dans le bureau du chef comptable GUETOU une machine à broyer les papiers peut-être compromettants, et que le Secrétaire général M. KOMOU garde lui aussi une autre broyeuse  de papier dans son bureau.

Ces témoignages peuvent paraître excessifs. Mais il faut éplucher les statistiques et analyser les fichiers depuis Anvers à Lomé pour comprendre ce qui se passe dans la dilapidation des recettes du CNCT. Des missions fictives à l’intérieur du pays comme à l’extérieur sont constamment créées. Le Conseil National des Chargeurs Togolais n’a aucune relation de travail avec la Suisse, ni aucune représentation dans ce pays. Mais en 2004, le comptable GUETOU y est allé en mission  pour, selon certaines sources ouvrir un compte.

De même, en août 2005, il est parti en mission pour huit jours à Paris. On apprendra plus tard que  c’était pour des raisons purement familiales et privées.

Le parc automobile du conseil est la propriété privée de M. KOMOU qui vient de s’acheter, malgré la crise, deux nouvelles voitures de plus de 20 millions chacune chez le concessionnaire CICA-TOYOTA avec l’argent des chargeurs Togolais. Une Peugeot 406 est laissée à la disposition de sa femme avec un chauffeur engagé par le CNCT. Une Toyota bâchée est affectée au transport de charbon, d’ignames,  de planches et de matériaux de construction pour les chantiers du S.G, et pour le transport d’articles et de marchandises diverses pour un magasin qu’on dit appartenir à sa fille.

Chaque année, les locaux du CNCT sont badigeonnés. Des témoignages signalent à l’occasion,  d’autres travaux fictifs et le détournement de tonnes de ciment, de sable, de graviers, de peintures consciemment achetées à l’excès.

Pour se rendre compte du pillage du CNCT, il suffirait aux autorités de commanditer un audit tout juste sur un exemple, à savoir la construction de l’aire de stationnement des cargaisons à Kpéwa qui aurait coûté plus de trois cent millions de francs CFA.

Depuis trois ans, l’adjointe du secrétaire Général est exclue de l’Assemblée générale du Conseil d’Administration, et est remplacée par le chef comptable, dont nul n’ignore la parenté avec le patron. Un autre frère du DG autoproclamé est bombardé au secrétariat particulier et a été envoyé récemment à un séminaire à Cotonou pour deux semaines, alors que la secrétaire particulière du Conseil est la personne indiquée pour cette formation.

Les autorités togolaises doivent rassurer les bailleurs de fonds qui assistent impuissants et étonnés aux dilapidations des biens de l’Etat au moment où ce même Etat tend les mains pour des aides et des dons. Le Conseil d’Administration, la Commission Nationale de Lutte contre le Sabotage Economique et la Corruption et certains ministres qui ont eu à gérer ce dossier n’ont pas pu aller loin. Et pour cause. Il semble que là-bas, on sait fermer la bouche aux gens avec des espèces sonnants et trébuchants

Les étudiants qui arrivent au Conseil des Chargeurs Togolais pour leur mémoire de BTS de secrétariat Bureautique ou de Comptabilité sont carrément envoyés au service des dépouillements où ils passent des heures, des jours et des semaines à compter les conteneurs et les tonnages sans réellement avoir accès aux pièces et documents administratifs alors que le CNCT est une structure de l’Etat dont les dossiers doivent être accessibles à tout citoyen désireux de les consulter.

Lorsque le CNCT finalise par exemple un budget annuel pour 15 millions de recettes, et qu’il se retrouve avec 75 millions de revenus en l’espace d’un seul trimestre, le bon sens recommanderait qu’on viabilise cette structure en commandant une étude analytique.

Un ancien ministre de tutelle du CNCT avait même recommandé une enquête de moralité sur la direction du Conseil des Chargeurs Togolais. Malheureusement, cette enquête avait été fermée avant même d’être ouverte. C’est pourquoi, il urge qu’en cette période où l’Etat togolais mendie plus qu’il ne demande, certaines sociétés soient auditées courageusement sur leur gestion. Et que les autorités togolaises donnent les raisons qui ont motivé la privatisation des Bordereaux de Suivi des Cargaisons à une société dite Béninoise, alors que c’est le CNCT qui paie encore le salaire des employés de cette fausse société.

L’inspection d’Etat et la Commission Anti-Corruption qui ont eu à connaître un peu de ce dossier savent de quoi il en retourne, et il est malheureux que des comportements de ce genre continuent. S’il suffisait de dire, comme on le fait au CNCT, qu’on est ami personnel du Chef de l’Etat et qu’on a battu campagne pour lui, donc qu’on peut gaspiller les recettes et biens de l’Etat sans avoir honte ni peur, alors là le pays court à la catastrophe. Qu’on se glorifie d’avoir la Commission Anti-Corruption dans sa poche, et qu’elle ne trouvera rien, c’est déjà un aveu de culpabilité.

Il est aujourd’hui urgent que les autorités togolaises prennent leurs responsabilités pour se concentrer sur l’indentification des problèmes clés dans la gestion des biens publics, la faisabilité politique des réformes suggérées par les bailleurs de fonds et l’engagement sincère et courageux de mettre fin à l’impunité vis-à-vis des fossoyeurs de l’économie de l’Etat qui se cachent sous le militantisme et la servitude au parti au pouvoir pour s’enrichir plus que l’Etat même. Il y va de la crédibilité du nouveau pouvoir et de ses chances pour asseoir une légitimité saine et dépourvue de tout jugement de valeur inapproprié.                                         

L.C.

 

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