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Dans l’édition n°14 du 16 mars 2006 du Changement,
nous faisions le compte rendu de la journée de réflexion
organisée au Centre Communautaire de Bè le jeudi 9 mars
2006, par l’Organisation d’ Appui au Développement
(OADEL) sur le thème : « Luttes sociales et politique
au Togo de 1990 à 2005 ; bilan, convergences,
perspectives et quelles contributions de la société
civile pour une normalisation de la vie économique,
sociale et politique »
Aujourd’hui comme promis, nous revenons sur
le sujet pour mettre en exergue et ceci, dans toutes ses
dimensions, l’importance politique qu’il revêt pour tout
le peuple togolais en lutte pour un changement durable.
Comment pouvait-il en être autrement, puisque selon les
organisateurs, il était question de dresser le bilan des
15 ans de lutte du peuple togolais et d’explorer les
perspectives existantes pour une mobilisation du peuple
…
Ce sur quoi, il convient de mettre un accent particulier,
est sans doute la conclusion finale ayant sanctionnée
cette journée de réflexion qui lance un appel pour la
création d’un mouvement citoyen susceptible d’insuffler
davantage de dynamisme à la lutte comme l’illustre
l’expérience faite en 1991 avec le Front des Associations
pour le Renouveau (FAR) qui, sous la direction de Me
Yawovi Agboyibo s’est jeté à la pointe des
revendications populaires pour arracher au régime RPT,
une série de changements dont entre autres : l’amnistie
générale, le rétablissement du multipartisme, la tenue
d’un forum national de dialogue au cours duquel il devait
être procédé à la dissolution du gouvernement et de
l’Assemblée nationale et la mise en place d’institutions
transitoires représentatives etc.…
Pour en arriver là, il a fallu une prise de
conscience générale dans tout le pays par laquelle les
Togolais, sans distinction d’ethnie et de religion
s’étaient engagés résolument pour le changement et
militaient en tant que citoyens tout court à travers soit
des associations, soit de manière indépendante. Mais
tous, et chacun à sa façon, participait au combat pour le
changement démocratique. Le FAR rappelons-le, n’était pas
une structure d’embrigadement quelconque, mais le symbole
vivant d’une volonté partagée d’œuvrer à la
démocratisation de notre pays le Togo qui ployait sous le
poids splendide d’une dictature implacable dont les
méthodes ont été à juste titre fustigées et étalées dans
toutes leurs dimensions à la conférence nationale.
A partir de la fin de 1991, les partis
politiques firent leur apparition (la CDPA de Léopold
Gnininvi, l’UTD d’Edem Kodjo, la CDPA-BT de Gu-Konu, l’UFC
de Gilchrist Olympio, le CAR de Me Yawovi Agboyibo etc.…)
et du coup la lutte se fractionna en diverses obédiences.
Le phénomène le plus marquant à l’époque, fut le
transfert du centre d’impulsion de la lutte vers
l’extérieur.
En effet, le président de l’UFC Gilchrist
Olympio qui, par des concours de circonstance, avait pris
de l’avance sur les autres leaders résidait à
l’extérieur. De fil en aiguille on en était venu à
attendre le salut de l’extérieur. La tentation de croire
qu’on peut atteindre le but recherché sans prendre le
risque de se compromettre avec le régime à travers des
négociations était grande. D’où l’option d’un changement
brusque et radical prise par un groupe d’acteurs
politiques qui sur le terrain caracolait avec les
partisans d’un partage graduel du pouvoir avec le RPT.
Ces deux conceptions qui ont fragilisé l’opposition
togolaise conduiront au boycott des législatives de 1994
par des radicaux et à la participation aux mêmes
consultations des modérés, et plus récemment encore en
2002, au boycott des législatives par l’ensemble de
l’opposition. Ce qui a permis au pouvoir RPT de rafler
tous les sièges à l’assemblée nationale et de procéder
sans difficulté au « toilettage » de la loi
Fondamentale. Cette expérience a donc duré de mai 1991
jusqu’au lendemain du scrutin présidentiel du 24 avril
2005.
Mais depuis le 25 avril 2005, les choses ont
changé. Avec la rencontre du 25 avril entre Faure
Gnassingbé et Gilchrist Olympio à Abuja, tous les
courants politiques de l’opposition, sont d’avis
aujourd’hui qu’on ne peut pas sortir de la crise sans
négocier et partager le pouvoir avec le parti gouvernant.
Si désormais on peut parler, sans risque de se tromper,
de convergence de vues sur les solutions de sortie de
crise à partir du 25 avril 2005 au Togo, il n’est
cependant pas aisé d’indiquer la façon d’y parvenir
concrètement puisque la convergence ne se situe qu’au
niveau des idées.
L’erreur consisterait à croire qu’on pourrait
y arriver en comptant sur la bonne volonté du RPT. Dans
l’histoire, faut-il le rappeler, il n’existe guère de
parti politique qui, bénéficiant à la manière du RPT, des
privilèges importants, s’en dessaisisse de son propre gré
au profit de ceux qui le combattent. C’est pour cette
raison que, plus que jamais, il incombe aux partisans du
changement de créer les conditions requises pour un
partage réel du pouvoir. D’où la nécessité d’une
mobilisation populaire.
C’est en cela qu’il est à saluer l’initiative
de l’OADEL pour la création d’un mouvement citoyen comme
instrument de mobilisation pour le changement. On se
rappelle que déjà, le 26 décembre 2005, dans son message
de fin d’année adressé au peuple togolais, le CAR avait
lancé un appel pour la création d’une coalition citoyenne
dans laquelle doivent se retrouver tous les Togolais sans
exclusive, sans égard à leur appartenance ethnique,
religieuse ou politique. Auparavant, des Togolais de la
diaspora européenne ont lancé un appel similaire. Aux
acteurs politiques, à la société civile et aux Togolais
de prendre leur responsabilité pour éviter que le
changement tant attendu au Togo ne soit une illusion
L.C |