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24 mars 2006

Le Changement
[ 15: 23 mars 2006]
Vers  la dynamique d’un mouvement citoyen au Togo: Tous sont d’avis pour un partage du pouvoir

Dans l’édition n°14 du 16 mars 2006 du Changement, nous faisions le compte rendu de la journée de réflexion organisée au Centre Communautaire de Bè le jeudi 9 mars 2006, par l’Organisation d’ Appui au Développement (OADEL) sur le thème : « Luttes sociales et politique au Togo de 1990 à 2005 ; bilan, convergences, perspectives et quelles contributions de la société civile pour une normalisation de la vie économique, sociale et politique »

            Aujourd’hui comme promis, nous revenons sur le sujet pour mettre en exergue et ceci, dans toutes ses dimensions, l’importance politique qu’il revêt pour tout le peuple togolais en lutte pour un changement durable. Comment pouvait-il en être autrement, puisque selon les organisateurs, il était question de dresser le bilan des 15 ans de lutte du peuple togolais et d’explorer les perspectives existantes pour  une mobilisation du peuple …

Ce sur quoi, il convient de mettre un accent particulier, est sans doute la conclusion finale ayant sanctionnée cette journée de réflexion qui lance un appel pour la création d’un mouvement citoyen susceptible d’insuffler davantage de dynamisme à la lutte comme l’illustre l’expérience faite en 1991 avec le Front des Associations pour le Renouveau (FAR) qui, sous la direction de Me Yawovi  Agboyibo s’est jeté à la pointe des revendications populaires pour arracher au régime RPT, une série de changements dont entre autres : l’amnistie générale, le rétablissement du multipartisme, la tenue d’un forum national de dialogue au cours duquel il devait être procédé à la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale et la mise en place d’institutions transitoires représentatives etc.…

            Pour en arriver là, il a fallu une prise de conscience générale dans tout le pays par laquelle les Togolais, sans distinction d’ethnie et de religion s’étaient engagés résolument pour le changement et militaient en tant que citoyens tout court à travers soit des associations, soit de manière indépendante. Mais tous, et chacun à sa façon, participait au combat pour le changement démocratique. Le FAR rappelons-le, n’était pas une structure d’embrigadement quelconque, mais le symbole vivant d’une volonté partagée d’œuvrer à la démocratisation de notre pays le Togo qui ployait sous le poids splendide d’une dictature implacable dont les méthodes ont été à juste titre fustigées et étalées dans toutes leurs dimensions à la conférence nationale.

            A partir de la fin de 1991, les partis politiques firent leur apparition  (la CDPA de Léopold Gnininvi, l’UTD d’Edem Kodjo, la CDPA-BT de Gu-Konu, l’UFC de Gilchrist Olympio, le CAR de Me Yawovi Agboyibo etc.…) et du coup la lutte se fractionna en diverses obédiences. Le phénomène le plus marquant à l’époque, fut le transfert du centre d’impulsion de la lutte vers l’extérieur.

            En effet, le président de l’UFC Gilchrist Olympio qui, par des concours de circonstance, avait pris de l’avance sur les autres leaders résidait à l’extérieur. De fil en aiguille on en était venu à attendre le salut de l’extérieur. La tentation de croire qu’on peut atteindre le but recherché sans prendre le risque de se compromettre avec le régime à travers des négociations était grande. D’où l’option d’un changement brusque et radical prise par un groupe d’acteurs politiques qui sur le terrain caracolait avec les partisans d’un partage graduel du pouvoir avec le RPT. Ces deux conceptions qui ont fragilisé l’opposition togolaise conduiront au boycott des législatives de 1994 par des radicaux et à la participation aux mêmes consultations des modérés, et plus récemment encore en 2002, au boycott des législatives par l’ensemble de l’opposition. Ce qui a permis au pouvoir RPT de rafler tous les sièges à l’assemblée nationale et de procéder sans difficulté au « toilettage » de la loi Fondamentale. Cette expérience a donc duré de mai 1991 jusqu’au lendemain du scrutin présidentiel du 24 avril 2005.

            Mais depuis le 25 avril 2005, les choses ont changé. Avec la rencontre du 25 avril entre Faure Gnassingbé et Gilchrist Olympio à Abuja, tous les courants politiques de l’opposition, sont d’avis aujourd’hui qu’on ne peut pas sortir de la crise sans négocier et partager le pouvoir avec le parti gouvernant. Si désormais on peut parler, sans risque de se tromper, de convergence de vues sur les solutions de sortie de crise à partir du 25 avril 2005 au Togo, il n’est cependant pas aisé d’indiquer la façon d’y parvenir concrètement puisque la convergence ne se situe qu’au niveau des idées.

            L’erreur consisterait à croire qu’on pourrait y arriver en comptant sur la bonne volonté du RPT. Dans l’histoire, faut-il le rappeler, il n’existe guère de parti politique qui, bénéficiant à la manière du RPT, des privilèges importants, s’en dessaisisse de son propre gré au profit de ceux qui le combattent. C’est pour cette raison que, plus que jamais, il incombe aux partisans du changement de créer les conditions requises pour un partage réel du pouvoir. D’où la nécessité d’une mobilisation populaire.

            C’est en cela qu’il est à saluer l’initiative de l’OADEL pour la création d’un mouvement citoyen comme instrument de mobilisation pour le changement. On se rappelle que déjà, le 26 décembre 2005, dans son message de fin d’année adressé au peuple togolais, le CAR avait lancé un appel pour la création d’une coalition citoyenne dans laquelle doivent se retrouver tous les Togolais sans exclusive, sans égard à leur appartenance ethnique, religieuse ou politique. Auparavant, des Togolais de la diaspora européenne ont lancé un appel similaire. Aux acteurs politiques, à la société civile et aux Togolais de prendre leur responsabilité pour éviter que le changement tant  attendu au Togo ne soit une illusion

L.C

 

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