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Lors de son audience du mercredi 15
février 2006, la chambre correctionnelle du tribunal
de première instance de Lomé composé de M. Tchodie
Kouyou Président, M. Robert Bakaï procureur et de Me
Koubou greffier, a examiné le dossier d’un artiste
musicien et son acolyte tous de nationalité ivoirienne,
poursuivis pour escroquerie d’une somme d’argent de 91
millions de nos francs au préjudice de l’ancien chef
de l’Etat feu président Eyadema.
Les faits
Courant septembre 2003 l’artiste
musicien (dont nous taisons le nom) prend contact avec
le Général Gnassingbé Eyadema pour l’informer d’une
conspiration ourdie contre sa personne visant à
l’éliminer physiquement. Il explique au chef de l’Etat
que les armes destinés à la sale besogne se trouvaient
à bord d’un bateau naviguant vers le port d’Abidjan
(en provenance d’un pays étranger) où la cargaison
sera déchargée avant d’être cheminée vers le Burkina
Faso d’où partiraient les rebelles pour l’opération.
Par la suite une stratégie a été proposée au « Vieux »
visant à mettre en péril le plan des commanditaires de
l’opération par son interlocuteur qui s’était présenté
comme un officier des services de renseignement. Il
s’agissait de détourner la cargaison d’armes sur le
port autonome de Lomé. Naturellement le général qui a
adhéré à la chose n’a lésiné sur aucun moyen pour ce
faire. Au total, 91 millions de francs CFA furent
envoyés aux prévenus qui contrairement à leur
proposition n’ont jamais pu louer un bateau pour
convoyer la cargaison d’armes sur Lomé. Puisque c’est
du vent, cette histoire de conspiration, de bateau
etc.…
A la barre, les prévenus ont reconnu les faits qui
leurs sont reprochés et ont demandé pardon. Cependant
ont-ils relevé, ils n’ont jamais traité avec l’Etat
togolais, mais au contraire avec le Général Gnassingbé
Eyadema aujourd’hui disparu.
Au président du tribunal qui leur demandait de relater
les faits tels qu’ils se sont déroulés, ils ont
répondu qu’ils ne pouvaient pas le faire, en respect
de la mémoire du président Eyadema qui a beaucoup fait
pour la côte d’Ivoire leur pays et pour toute
l’Afrique.
-Est-ce que les faits que vous avez exposés au Chef de
l’Etat étaient réels ?
-Non M. le Président fit l’artiste musicien. Il s’agit
d’un scénario monté pour lui soutirer de l’argent.
A une question du procureur Bakaï au sujet de
l’utilisation qui a été faite des sous, l’artiste
musicien laissa entendre.
-Depuis plus de 2 ans que je suis ici, je ne sais plus
l’utilisation qui en a été faite. J’ai voulu faire un
enregistrement, puis lancer un appel d’offre, mais
cela n’a pu tenir. J’ai acheté une Mercedez Benz avec.
Depuis le 20 décembre 2003 j’étais arrêté par la DPJ,
j’ai été déféré à la prison civile le 6 février 2004.
A propos de construction, je rappelle que je suis un
artiste musicien depuis 20 ans en Cote d’Ivoire. Je ne
crois pas que ce soit avec cet argent que j’ai
construit. Vous savez, quand on gagne de l’argent
facile, on ne fait rien de bon avec.
C’est malgré moi que je me suis retrouvé dans cette
affaire. Mais au moment où j’en ai mesuré la gravité,
il était déjà trop tard et je ne pouvais plus faire
marche arrière. Aujourd’hui ma vie s’est arrêtée. Ce
que je porte même comme vêtement m’a été offert par la
mission catholique. Je vis une galère totale. C’est
pourquoi lorsqu’il m’a été demandé de verser le 1/3 de
l’argent avant d’être libéré je ne sais plus où donner
la tête.
-Vous avez pourtant déclaré avoir un compte à
Abidjan ? Intervint le président.
-Je l’avais avant M. le Président mais il parait
qu’entre temps il a été saisi. Je dois de l’argent au
Ministère de la Culture de mon pays. Je ne connais pas
exactement le montant que j’ai sur ce compte, mais je
me rappelle avoir fait un dépôt de 30 millions que
j’ai par la suite retirés à petits coups. Dans cette
affaire je n’ai touché que 40 millions.
Interrogé à son tour, l’acolyte de l’artiste musicien
reconnaît avoir touché sur 91 millions, 27.
Mais quel est le critère de partage ? S’étonna le
président
- Il n’y en a pas M. le Président !
Qu’est ce que vous avez fait des 27 millions ? Reprit
M. Kouyou.
- J’ai acheté des véhicules de transport dont j’ai
confié la gestion à quelqu’un qui a disparu du circuit
depuis mon arrestation.
- Qui a eu l’idée du coup ? Demanda le Président
- C’est la 3ème personne du groupe.
Nous avons appris qu’il est décédé.
- Le bateau dont vous avez fait cas, intervint le
Procureur, qui contiendrait des armes, est-ce réel ou
faux ? Comment êtes-vous rentré dans le scénario, vu
que vous n’êtes pas militaire, mais Guillaume se fait
appeler colonel ?
- Le bateau dont nous avons fait cas
est vrai. Moi je suis rentré dans le scénario grâce à
mes relations.
Dans son long réquisitoire, le procureur Bakaï, après
un survol des faits a relevé dans ce dossier deux
degrés de gravité.
- Le premier porte sur l’abus de
l’hospitalité des togolais par les étrangers. « Nous
aimons trop les étrangers ! Nous leur ouvrons nos
coffres, nos greniers. S’ils finissent par abuser de
notre hospitalité d’après le Procureur c’est parce que
chez-nous, les sanctions infligées ne sont jamais
aussi lourdes que ce qui se fait chez eux.
- S’il ne tenait qu’à l’argent a-t-il
poursuivi, les 91 millions, c’est rien. Le Togo est
généreux, c’est rien du tout.
Mais la gravité en second lieu est le scandale
diplomatique que cette affaire peut provoquer si feu
président Eyadéma n’était pas un chef d’Etat sage et
charismatique. Pour le Procureur, l’intention des deux
ivoiriens et leur compare en escroquant le chef de
l’Etat, était tout simplement de s’enrichir
fortuitement. En conséquence, il a demandé au
Président de les maintenir dans les liens de la
détention pendant 34 mois conformément aux articles
107 et 108 du Code Pénal.
Jacqueline Nyarley Tarsi
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