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23 fevrier 2006

Le Changement
[ 11: 23 fev 2006]
Port Autonome de Lomé : La réhabilitation des hauts cadres arbitrairement licenciés par le Col. Béléyi piétine : Le Col. ADEGNON interpellé

Depuis la nomination du colonel ADEGNON à la tête du Port Autonome de Lomé en remplacement de l’intendant militaire Awa Béléyi, des informations de plus en plus concordantes font état de ce que le nouveau locataire de la Direction Générale du port serait instruit à réhabiliter  ceux qui ont été arbitrairement licenciés avant sa prise de fonction.

Informée, notre rédaction a vainement tenté de le joindre pour en savoir plus. Plusieurs fois, son secrétariat particulier nous a signifié qu’il est soit en séance de travail, ou carrément absent.

Selon nos sources, il est instruit d’étudier cas par cas, les problèmes de licenciements arbitraires et de voir dans quelle mesure, la réintégration pourra se faire. Et c’est fort de ces recommandations des Autorités de l’Etat que certains hauts cadres arbitrairement licenciés en 2001 ont eu une séance de travail avec le Colonel ADEGNON quelques semaines après sa prise de fonction. L’entretien a duré des heures et il aurait été convenu que les victimes  seraient rappelées pour un autre rendez-vous.

Seulement voilà ! Depuis lors, rien. Et on se demande si cette démarche fort louable initiée est faite à dessein pour tromper l’opinion. Qu’est-ce qui peut être à la base de cette lenteur qui donne raison à ceux qui pensent que Faure Gnassingbé n’a en réalité, aucune volonté de réhabiliter ceux qui hier, étaient remerciés en monnaie de singe parce que, soupçonnés d’appartenir à l’opposition démocratique.

Dans cette affaire, on se souvient comment des hauts cadres du port étaient mis à la porte en 2001 comme de vulgaires bandits. Et pour cause, les griefs portés contre eux n’avaient aucun fondement juridique. Ainsi, entre autres cas, il y avait

1- Monsieur ADJA Komlan, Chef de services Statistiques et Etudes Economiques à la Direction Commerciale. Il est licencié de ses fonctions pour indiscipline caractérisée, injure grossière publique à l’encontre de l’employeur, atteinte à l’Autorité de l’employeur et incitation au trouble et à la révolte au sein du personnel du Port Autonome de Lomé.

2- Monsieur NENE Kwame Touman Will, Chef de Service du développement Social à la direction du Centre Médico-social est licencié de ses fonctions pour indiscipline caractérisée, injure grossière publique, atteinte à l’honneur et à l’autorité de l’employeur, et incitation au trouble et à la révolte au sein du personnel du Port Autonome de Lomé.

3- Monsieur VIAGBO Kokouda, Chef de service Gestion des Ressources Domaniales à la Direction Commerciale « licencié pour indiscipline caractérisée, injure grossière publique à l’encontre de l’employeur, atteinte à l’autorité de l’employeur, et incitation au trouble et à la révolte au sein du personnel du Port Autonome de Lomé.

4- Monsieur KUDZU Kwami Agbénoxévi, Conseiller Technique du Directeur des Opérations Portuaires, licencié pour atteinte à l’honneur et à l’autorité de l’employeur, incitation à la haine ethnique et aux troubles au sein du personnel de l’entreprise.

5- Monsieur Tomety Ekoué Mawulé « paix à son âme », Directeur du Centre Médico-social, licencié pour indiscipline caractérisée, atteinte à l’honneur et à l’autorité de l’employeur et incitation au trouble au sein du personnel du Port Autonome de Lomé
.

6- Monsieur SAIBOU Zarifou, Comptable à la Direction financière et comptable du Port Autonome de Lomé est licencié sans préavis ni indemnités pour violation du secret professionnel du fait de la soustraction frauduleuse, en tout cas sans l’autorisation du chef de l’Entreprise, de documents comptables ou renseignements sur la gestion du Port Autonome de Lomé, et de la publication de ces documents et renseignements.

7- Monsieur Ayassou Kossi Agbolou, Aide Comptable à la Direction financière et Comptable du Port Autonome de Lomé est licencié, sans préavis ni indemnités pour violation du secret professionnel du fait de la soustraction frauduleuse, en tout cas sans l’autorisation du chef de l’Entreprise, de documents comptables ou renseignements sur la gestion du Port Autonome de Lomé, et de la publication de ces documents et renseignements.

8- Monsieur TETSHIE Kondé Koffi, chef de Division Analyse financière et Trésorerie à la Direction financière et Comptable du Port Autonome de Lomé est licencié, sans préavis ni indemnités pour violation du secret professionnel du fait de la soustraction frauduleuse, en tout cas sans l’autorisation du chef de l’Entreprise, de documents comptables ou renseignements sur la gestion du Port Autonome de Lomé, et de la publication de ces documents et renseignements.

La décision du licenciement des cinq premiers date du même jour c’est-à-dire le vendredi 18 mai 2001. Après avoir signifié cette décision aux intéressés avec les mêmes motifs, ils avaient été conduits manu militari, chacun dans son bureau, afin qu’ils ramassent leurs effets personnels   avant que les militaires ne ferment les portes. La même nuit, le Colonel Béléyi avait ordonné qu’on change toutes les serrures des cinq bureaux. Comme cela ne suffisait pas, il leur intima l’ordre d’évacuer les villas sises dans la cité du Port où ils étaient logés.

Ils ont été licenciés parce qu’ils avaient osé dénoncer, lors d’un séminaire organisé par le port à l’intention des agents, cadres et personnels de ladite institution, à l’hôtel Mercure Sarakawa, du 20 au 25 avril 2001, la mauvaise gestion du port par le Colonel Béléyi. Le séminaire, en fait, était organisé pour « se familiariser avec les valeurs morales dans le cadre de la corruption et le sabotage économique ».

Contrairement à l’objectif qui sous-tendait ce séminaire, c’était plutôt un piège pour écarter ceux  qui gênaient le Colonel Béléyi qui  gérait le port comme un patrimoine familial. Une source proche de Béléyi ne disait-elle pas qu’il peut nourrir toute une préfecture par jour avec ce qu’il a frauduleusement ramassé au port ?

Malheureusement, c’est pour avoir dénoncé la mauvaise gestion de cette institution que les hauts cadres avaient été virés. Le Colonel Béléyi, dans sa réplique, avait rétorqué que ses collaborateurs avaient transformé le séminaire à une « conférence nationale bis ». Qui plus est, les hauts cadres étaient présentés à feu Président Eyadema comme des opposants et pire, des hommes proches de l’ancien premier ministre Messan Agbéyomé Kodjo qui, avant de fuir le pays, avait publié son brûlot contre le régime

Une autre remarque s’impose, c’est que, comme on pouvait le constater, les trois autres cas de licenciement que nous venons de publier contiennent les mêmes motifs à savoir licenciement sans préavis ni indemnité pour violation  du secret professionnel. « Des chefs d’accusations qui ne tiennent pas débout selon un responsable de la main d’œuvre et du travail qui trouve ridicule ces licenciements. »

Certes, entre temps, certains hauts cadres, ont dû faire un « faux vrai mea culpa » pour pouvoir reprendre leur place. Mais, certains ont résisté au chantage et à l’humiliation et ont refusé de «gambader». Jusqu’à ce jour, ces derniers sont toujours à la maison.

C’est au vu de cette injustice flagrante que les nouvelles Autorités du pays ont instruit le nouveau Directeur Général, le Colonel Adégnon de prendre des contacts avec les victimes en vue de leur réhabilitation. Contre toute attente, la réhabilitation piétine.

Pour l’heure, nous ne saurions dire ce qui explique le blocage de cette démarche. S’il advenait que ceux-ci sont réhabilités, ce serait un pas positif vers la réconciliation et l’apaisement.

Dans un tout autre registre, le nouveau pouvoir doit démontrer sa bonne foi aux Togolais. Ou il décide de faire quelque chose de sérieux et il prend les mesures qui s’imposent pour que les décisions soient exécutées. Ou il reste dans la logique du passé avec les conséquences fâcheuses. Il est malsain de donner l’impression qu’on veut changer les choses alors qu’on ne le veut pas. Faure Gnassingbé doit désormais prendre ses responsabilités. Car les victimes de licenciements arbitraires sont très nombreuses. Comme au Port Autonome de Lomé, on en voit aussi dans les autres secteurs de la vie socioprofessionnelle. Vivement, que le cas des cadres du port soit résolu pour que les autres emboîtent le pas.


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