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Le Changement

16 fevrier 2007

[N° 60 : du 15 fev. 2007]
Les exigences de la clairvoyance et de l’objectivité : Vers un report des élections législatives

Les élections législatives auront-elles effectivement lieu au Togo le 24 juin 2007 ? Même si tous les partenaires politiques et les protagonistes de la crise togolaise auraient voulu qu’il en soit ainsi, il devient de plus en plus prétentieux de répondre par l’affirmative à cette question.

On se rappelle que c’est lors de son périple européen qui l’a conduit en Belgique, en Italie et en France dans le courant du mois de septembre 2006 que le Président Faure Gnassingbé avait annoncé la tenue d’élections législatives anticipées au Togo en juin prochain. Ce faisant, il répondait à une exigence de l’UE qui posait entre autres, comme condition de la normalisation de ses relations avec le Togo, l’annonce d’une date pour les élections législatives. La date du 24 juin sera retenue par la suite, parce qu’étant le dernier dimanche du mois de juin.

            L’annonce des élections pour le mois de juin avait été faite à un moment où le gouvernement qui aura pour mission d’organiser le scrutin n’était pas en place. C’est seulement de retour de Paris et après avoir donné cette date que le Chef de l’Etat procédera à la nomination de Me Agboyibo à la Primature le 16 septembre, nomination qui sera suivie par la formation du gouvernement le 20 septembre 2006.

            Un petit calcul permet de se rendre compte que le Gouvernement Agboyibo disposait de sept (7) mois pour organiser les élections législatives anticipées. Sept mois pour préparer les élections tout en s’occupant de la gestion quotidienne du pays.

            Une fois en place, le Gouvernement s’est mis à la tâche. La Commission Electorale Nationale Indépendante a été rapidement créée et installée. Mais alors qu’on attendait de voir cette institution, cheville ouvrière de l’organisation des consultations avec les services de l’Etat se mettre au travail en engageant une course contre la montre, c’est plutôt à une série de piétinements qu’on assiste. Non seulement la CENI peine à se doter d’un règlement intérieur, ses membres n’arrivent pas à accorder les violons sur les questions d’importance capitale. C’est ainsi qu’on passera de longues semaines à s’affronter sur le mode de recensement à adopter, question à laquelle, il fallait trouver une réponse avant de pouvoir établir un chronogramme et dresser le budget de l’opération.

            Aujourd’hui, grâce au concours du Comité de Suivi de l’application de l’Accord Politique Global, on est parvenu à un dénouement de la situation. Il y a quelques semaines l’Assemblée nationale a adopté par vote, un certain nombre de dispositions qui constituent un arsenal d’instruments juridiques à la disposition de la CENI. Mais force est de reconnaître que le retard pris est important et risque forcément d’agir sur le processus.

            De plus en plus, de voix s’élèvent pour émettre des doutes sur la tenue effective des élections législatives le 24 juin prochain. Même si selon nos sources, la Primature ne dispose pas de tous les moyens dont elle a besoin pour mener à bien sa mission, le gouvernement se démène et se bat comme un beau diable et fait tout comme si les élections allaient avoir lieu en juin prochain. En tout cas, aucune source officielle n’a pas indiqué un éventuel report. Mais ce serait faire preuve d’un manque d’objectivité que d’ignorer la réalité. Déjà, organiser des élections dans un pays comme le Togo où le secteur électoral est en friche, requiert beaucoup de temps parce qu’il faut tout reprendre à zéro. Sept mois pour préparer une élection dans ces conditions relève d’une gageure. Aujourd’hui, s’il faut tenir compte de la date du 24 juin, il reste seulement quatre mois et quelques jours pour que les Togolais aillent aux urnes. Les partis politiques s’échauffent. Dans les états-majors, c’est la veillée d’armes. On fait des incursions sur le terrain. Mais paradoxalement, les grandes opérations comme le recensement qui requiert beaucoup de temps avec la nouvelle formule adoptée n’ont pas démarré. Au regard de cette situation, on ne sera pas surpris si on en arrivait à un report des élections.

            L’autre réalité qu’on ne doit pas perdre de vue, c’est que les élections annoncées pour juin prochain revêtent un caractère capital pour le Togo. C’est de la façon dont sera organisé le scrutin que dépend l’avenir des relations entre le Togo et ses partenaires au développement.

Pour être efficace, ces élections doivent être transparentes, libres, démocratiques, avec des résultats acceptables par tous. Une élection répondant à ces critères requiert du doigté et du savoir faire dans son organisation. Il vaut mieux mettre le temps qu’il faut pour aboutir à un scrutin utile plutôt que d’escamoter et de brûler des étapes, au nom du temps pour finalement aboutir à une élection qui ne fera que compliquer la situation.

            Au niveau de la CENI, on semble prendre conscience de la chose. Des sources proches de l’institution n’écartent pas l’éventualité d’un report. Certains parlent même d’un report de trois mois. En tout cas, trois mois de plus ou de moins pour bien faire une bonne fois pour tout, le jeu en vaut la chandelle.

             Le peuple togolais a beaucoup souffert. Il a même trop souffert. Pour une fois qu’on tient le bout, il faut y aller, sans passion et sans précipitation.

Le Changement

 
Bilan d’un retour au pays natal : Gilchrist Olympio confirme les relations de l’UFC avec le CAR et la CDPA

Du 02 au 10 février 2007, le président national de l’UFC, M. Gilchrist Olympio a séjourné au Togo. Au cours de son séjour, il a présidé personnellement les travaux du 2e Conseil national de son parti, animé un meeting populaire sur la Place Anani Santos le 04 février avant d’entreprendre une série de tournées à l’intérieur du pays pour exprimer de vive voix, sa compassion aux compatriotes affectés par les exactions d’avril 2005.

            Démarré le 03 février 2007 dans la salle de Conférence Christ Rédempteur de l’Ecole Professionnelle Brother Home à Lomé autour du thème central : « La mobilisation pour un véritable changement », les travaux du Conseil ont donné l’occasion au parti de l’Ablodé de faire entre autres une exploration de la situation sociale, politique et économique du Togo et dans le monde, avant de se prononcer sur l’évolution du processus devant aboutir aux législatives de juin 2007.

            Sur le plan politique national, le conseil a rappelé les exactions d’avril 2005 ayant amplifié la crise togolaise et conduit au dialogue inter togolais sous la facilitation du Président Blaise Compaoré du Burkina-Faso. Après avoir relevé que l’immense espoir suscité parmi les populations par la signature de l’Accord Politique Global (APG) est très vite mal mené par la propension du régime RPT a tenter par tous les moyens de contourner sa mise en œuvre effective, le Conseil s’est étonné de ce que les principales reformes institutionnelles recommandées par l’Accord n’ont à ce jour pas connu un début d’exécution. Il s’agit entre autre de la réforme de la Cour Constitutionnelle et de la réforme de l’Armée.

            Par ailleurs, devant le constat que rien n’est encore entrepris par le pouvoir dans le sens de la traduction en justice, des commanditaires et des auteurs des massacres des populations pendant les évènements d’avril 2005 en dépit des appels répétés dans ce sens par des rapports des Nations Unies et des organisations de défense des Droits de l’Homme telles que la LTDH, AI, la FIDH, la Human Right Watch et la Commission Nationale mise en place par le Chef  de l’Etat, le conseil a recommandé au Bureau National de saisir instamment le Facilitateur, le Comité de Suivi et la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies à Genève afin de faire enclencher les procédure appropriées de justice et d’œuvrer à la mise en place de la commission « Vérité, Justice et Réconciliation » dans le sens de favoriser l’apaisement politique et la réconciliation nationale.

            Le problème des réfugiés exilés et autres déplacés, ont entre autres, retenu l’attention du Conseil qui, dans un autre registre, demande aux instances du parti, d’œuvrer à l’accessibilité de la femme aux ressources économiques et financières et à sa pleine implication dans la gestion des affaires de la cité.

            Sur le plan international, après avoir relevé que les déclarations selon lesquelles, chaque peuple doit aller vers la démocratie selon son propre rythme, traduisent une vision hypocrite et dangereuse, le Conseil a exprimé sa préoccupation face aux évènements dramatiques qui secouent le continent africain. En l’occurrence, la persistance de conflits fratricides et de crises dans plusieurs pays tels que la Côte d’Ivoire, le Soudan, le Tchad, la Centrafrique, la Somalie et la Guinée qui, hélas, trouvent leur fondement  dans la marginalisation, la discrimination et l’exclusion avec en toile de fond, un déficit démocratique notoire.

            Le conseil à cet égard, exhorte la communauté internationale à s’impliquer davantage, dans les processus électoraux des pays africains, singulièrement ceux en crise dont le Togo.

            Pour ce qui est de la vie des fédérations, le Conseil s’est réjoui de l’implication du parti sur toute l’étendue du territoire national et dans de nombreux pays à travers le monde avant de mettre un accent sur la nécessité où se trouvent toutes les fédérations à œuvrer efficacement à la victoire des candidats de l’UFC aux législatives de juin prochain.

            Il a recommandé au Bureau National de faire en sorte que les actes des militants de l’UFC s’inspirent quotidiennement de ceux des nationalistes togolais qui ont su rechercher, trouver et mettre en œuvre une stratégie adéquate de lutte non violente par laquelle le Togo a accédé à la souveraineté internationale.

            En ce qui concerne les élections, après avoir réaffirmé sa détermination à œuvrer pour l’organisation d’élections libres et transparentes dans un climat de sécurité, l’UFC a exprimé des inquiétudes, vis-à-vis de la recommandation du Comité de Suivi relative à l’introduction à la CENI, du recours au vote comme mode de décision.

            Il déplore que le gouvernement ait adopté le mode de scrutin proportionnel à la plus forte moyenne sans consulter l’UFC et sans chercher un minimum de consensus auprès des signataires de l’APG.

            Cependant, le Conseil s’est félicité de la fermeté avec laquelle l’UFC a exigé et obtenu, avec l’ensemble des partis de l’opposition démocratique et les forces de changement, le mode de recensement électoral permettant l’enregistrement des élections et la délivrance de la carte d’électeur avec photo numérisée séance tenante.

            Les questions liées à la sécurisation de la transmission des résultats des bureaux de vote aux CELI et des CELI à la CENI de même que celles relatives à la protection des candidats n’ont pas échappé à l’attention du Conseil qui a donné au Bureau national, des instructions formelles à travers des recommandations précises.

            Une motion de gratitude à l’adresse du Facilitateur, le Président Blaise Compaoré du Burkina-Faso pour son engagement dans la recherche d’une solution à la crise togolaise et une recommandation au chef de l’Etat ont bouclé la boucle des travaux du deuxième Conseil national de l’UFC.

            Au sortir du Conseil national, le président national de l’UFC s’est rendu sur la place Anani Santos où l’attendait une foule relativement nombreuse pour le meeting inscrit au programme.

            Revigoré par la chaleur de l’accueil d’une foule déchaînée, M. Gilchrist Olympio a pris la parole sous un tonnerre d’applaudissement. Le président national de l’UFC a d’entrée de jeu, abordé la situation économique désastreuse de notre pays dont la persistance a engendré le chômage et la misère que la jeunesse togolaise brave stoïquement, depuis quelque temps à travers le métier de moto taximan. Avant-hier, a-t-il laissé entendre, quand la foule constituée en majorité de jeunes gens était venue m’accueillir à la frontière, à la vue de ces motos taximens. Je me disais tout bas que peut être ce soir, ces jeunes qui militent tant pour la cause du changement n’auront rien à manger une fois rentrés chez eux.

             En vue de mettre définitivement fin à des situations du genre dans notre pays M. Gilchrist Olympio a invité l’assistance à tout mettre en œuvre pour que les législatives en vue, soient remportées par les Forces de Changement. Il s’est appesanti sur les problèmes liés au dialogue national à la signature de l’Accord Politique Global, à la nomination du premier ministre et au refus de l’UFC à entrer au gouvernement.

            Pendant tout le meeting, M. Gilchrist Olympio n’a pas manqué de faire l’éloge de son parti qu’il a présenté comme un arbre bien enraciné dans le microcosme politique de notre pays. Les autres partis politique n’étant que des branches de cet arbre gigantesque qui est l’UFC. Il a par ailleurs fustigé avec véhémence, les manquements décelés dans la mise en œuvre de l’APG avant d’appeler la population à la vigilance pour éviter de tomber dans le piège de l’adversaire. Toutefois, le leader charismatique de l’UFC a passé sous silence l’acte d’insubordination posé par le 2e vice-président de l’UFC M. Amah Gnassingbé et ses problèmes subséquents.

            Une tournée dans les villes affectées par les exactions d’avril 2005 en l’occurrence Atakpamé, Tsévié, Aného, Aklakou, Vogan où Gilchrist Olympio a exprimé au nom de son parti et en son nom personnel, sa compassion et sa solidarité aux victimes des drames et a rendu hommage aux disparus, a terminé en beauté le séjour du président national de l’UFC au Togo. Cette tournée est la première du genre après l’attentat de Soudou en mai 1992 M. Gilchrist Olympio a quitté le Togo le samedi 10 février 2007.

            Mais on retiendra que pendant son séjour au Togo, Gilchrist Olympio au cours d’une rencontre avec la presse a tenu à faire un exercice de clarification. Contrairement à ce qui se dit dans certains milieux, l’UFC n’est pas en conflit avec ses amis de l’ex-coalition. Pas plus que Gilchrist n’a rien contre les autres leaders qui, tous luttent pour le changement et le bonheur des Togolais. « Nous n’avons rien contre Me Agboyibo. Nos responsables qui sont sur place entretiennent certaines relations avec le CAR et la CDPA. Mais nous ne voyons pas les choses de la même façon. Le CAR et la CDPA pensent qu’on peut faire des réformes en participant au gouvernement. Nous pensons que nous serons beaucoup plus efficaces à l’extérieur tant que nous ne somme pas liés par des problèmes de responsabilité politique », a déclaré en substance le leader de l’UFC.

            Il ressort que entre les membres de l’ex-coalition, c’est plus une question de méthode qui divise. La finalité, elle, reste la même pour tous : Le changement.

JNT

 
 
 

 

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