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10 fevrier 2006

Le Changement
[ 009: 9  fev 2006]

Interview de M. GNANDI Thomas, Ancien président du CEUL 

"Les étudiants qui manifestent ne le font que lorsqu’ils vivent dans des conditions précaires"

 

Il y a quelques jours, le campus universitaire de Lomé a renoué avec des mouvements revendicatifs estudiantins réprimés. C’est désormais fréquent. Les étudiants manifestent, exposent leurs problèmes et en retour, on envoie des escouades d’hommes en uniforme pour les mater. Afin de comprendre ce phénomène récurrent, nous avons tendu notre micro à M. Gnandi Thomas, ancien président du Conseil des Etudiants de l’Université de Lomé (CEUL) qui a bien voulu répondre à nos questions.

 

Le Changement : Le 31 janvier dernier, le campus universitaire de Lomé était une fois encore en ébullition : jets de pierre, gaz lacrymogènes, course-poursuite entre forces de l’ordre et étudiants. Si l’on sait que la crise universitaire ne date pas d’aujourd’hui, vous qui êtes un ancien président du CEUL, quel regard portez-vous ou mieux encore quel bilan faites-vous de ces manifestations à répétition des étudiants ?
GNANDI A. T : Comme vous le savez, les étudiants togolais sont accablés depuis plus d’une dizaine d’années par des problèmes qui s’aggravent au fil des jours : problèmes financiers, conditions d’étude et de vie difficiles. En l’absence de toute négociation entre les responsables élus des étudiants et les autorités, cette situation déprimante restera malheureusement toujours source de manifestations récurrentes ; organisées ou non. Je pense qu’il est grand temps pour les autorités et les étudiants de s’apercevoir que le dualisme, manifestations-répressions qui met à rude épreuve les calendriers universitaires n’apporteront aucune solution aux problèmes universitaires. Il faut forcément aller aux négociations.

Le Changement :
Vous et certains de vos camarades aviez été exclus des universités du Togo, justement à cause de ces manifestations. De toute vraisemblance, les raisons de votre exclusion seraient, entre autres, l’illégalité de votre mouvement et sa prétendue affiliation à certains partis politiques de l’opposition. Quelle analyse faites-vous par rapport à cela.
GNANDI A. T
 : Non, le Conseil des Etudiants de l’Université de Lomé n’est pas un mouvement illégal. Les délégués et le bureau exécutif du CEUL sont réglementairement élus à l’issue d’élections organisées et supervisées par le Rectorat à travers la DAAS. Les délégués viennent donc de divers horizons d’opinion et on ne peut, objectivement, taxer ce mouvement de satellite de l’opposition. Mon exclusion était plutôt motivée par la volonté du gouvernement de stopper les manifestations de revendication qui prenaient l’allure d’une véritable insurrection. Mais, malheureusement, cet acte produisit l’effet contraire ; je ne souhaite pas y revenir. Pour mes camarades qui n’ont pas été réglementairement élus, c’est injuste de les exclure pour illégalité.

Le Changement : Pensez-vous sincèrement, Monsieur Gnandi, que les étudiants togolais n’ont pas de revendications à formuler et que toutes les manifestations de revendications qu’ils ont organisées ou organisent sont l’œuvre d’une manipulation politique ?
GNANDI A. T : Hum ! Les mouvements de protestation au campus se déroulent dans une atmosphère politique délétère, où, régime et opposition riment sur le même slogan : « qui n’est pas avec nous est contre nous ». Dans ces conditions, certaines prises de position et certaines interférences sont des faits qui compliquent les rapports étudiants- autorités. A ce titre, l’on peut comprendre les accusations de manipulation des leaders étudiants, qui viennent de tous les côtés politiques. Mais sachez que les foules qui manifestent au risque de leur vie ne le font que lorsque les étudiants ont faim, manquent de logement et vivent dans des conditions d’étude précaires. Les autorités doivent comprendre que l’université est un milieu tout à fait particulier qu’il est difficile de réduire au silence ou à la soumission. Il faut que chacun mette de côté ses hésitations, jette ses prudences aux orties et relève le défi d’un dialogue responsable et fructueux.

Le Changement : Avec le changement à la tête de l’Etat (Eyadema étant considéré par certains comme un obstacle à toute négociation), l’on avait pensé qu’il y aurait une certaine évolution dans la situation des étudiants d’autant plus que Faure Gnassingbé,  avait, au cours de sa campagne électorale, mis un accent particulier sur la jeunesse (dans ses XX plus fort). Mais depuis lors rien, alors que les conditions de vie et  d’études des étudiants ne cessent de se dégrader avec les nouvelles hausses des prix de certains produits. Qu’est-ce qui, selon vous, explique ce mutisme des nouvelles autorités sur le sort des étudiants togolais. L’Etat n’a-t-il pas vraiment les moyens pour assurer la formation de la jeunesse, relève de demain ?
GNANDI A. T : On ne peut indéfiniment chanter, « on n’a pas de moyens. On n’a pas de moyens ! » à ces jeunes désabusés. Ce n’est pas aussi exact de parler de mutisme total de la part des nouvelles autorités. Nous nous rappelons qu’il y a eu récemment une diminution de moitié des frais de scolarité. Même si elle est insuffisante c’est un geste à encourager. Je crois savoir également qu’il y a des débuts de contact entre les leaders étudiants et les autorités. Il faut vite formaliser tout cela afin d’enclencher de véritables négociations pour soulager progressivement les peines de ces nombreux jeunes étudiants aussi chers au chef de l’Etat comme il le dit lui-même, mais qui ne savent plus véritablement à quel saint se vouer.

Le Changement : On assiste aujourd’hui à la naissance de plusieurs associations estudiantines se réclamant de telle ou de telle tendance politique au grand dam d’une grande majorité d’étudiants. Cette multiplicité des mouvements (opposés politiquement mais se disant  défendant tous la même cause, celle de l’intérêt des étudiants), n’est-elle pas de nature à entamer leur crédibilité vis-à-vis de l’autorité ?
GNANDI A. T : Dans les normes, les associations estudiantines sont apolitiques et, les étudiants peuvent réglementairement en créer autant qu’ils le souhaitent. Mais une autre réalité est de savoir que personne ne peut leur en vouloir d’avoir un penchant pour tel ou tel autre courant politique. Dans ce cas, le poids réel d’une association se mesure par le nombre de ses adhérents qui répondent à ses mots d’ordre. Je ne sais pas si à ce jour, les différentes associations qui opèrent sur le campus disposent des listes fiables de leurs adhérents. C’est pourquoi, je continue de dire que seul le CEUL, qui est constitué des délégués élus par toute la communauté estudiantine dans sa diversité, reste l’organe le plus crédible pour prendre le devant des revendications des étudiants sans aucune compromission pour ses dirigeants. Le mérite de ce dernier sera de réussir à cristalliser les énergies des associations autour des points essentiels des revendications estudiantines et à les porter sur la table de négociation du gouvernement.

Le Changement : Par ailleurs, nous venons d’apprendre qu’un certain nombre d’associations a été choisi– on ne sait sur quel critère – à siéger au conseil de l’université. Votre appréciation sur ce choix sélectif. Ne pensez-vous pas que cette «cooptation» participe d’une volonté délibérée des autorités rectorales à diviser les étudiants et à fragiliser leur mouvement ?
GNANDI A. T : Ah ! C’est vous qui m’informez et je ne peux me prononcer sur ce que je ne sais pas. En revanche, j’ai appris qu’il y a eu des délégués réglementairement élus et officiellement investis la semaine dernière pour occuper la place que nous avons abandonnée au conseil depuis le 03 mai 2001, date de notre exclusion ; si tel est vraiment le cas, c’est une bonne chose à la fois pour les autorités et les étudiants d’avoir, de nouveau, des responsables étudiants légitimes et crédibles.

Le Changement : Revenons à la crise universitaire de la semaine dernière. Un membre du gouvernement en l’occurrence M. Gilbert Atsu, Secrétaire d’Etat chargé de la Promotion de la Jeunesse a été accusé de vouloir saboter le mouvement de revendications des étudiants parce qu’il a tenté de jouer la médiation entre les différents mouvements opposés. Vous qui seriez proche de ce dernier (selon certains), de quoi était-il question exactement ? Pourquoi ce soit le Ministre chargé de la Jeunesse qui intervienne pour jouer la médiation entre les Etudiants et non le Ministre de l’Enseignement Supérieur ?
GNANDI A. T : Ne parlons pas au conditionnel,  M. Gilbert Atsu, aujourd’hui Secrétaire d’Etat chargé de la promotion de la jeunesse est un vieux compagnon de lutte pour moi. Nous avons fait la lutte estudiantine et créé ensemble la NDP. Je me souviens particulièrement de sa grande peine au sujet des souffrances des étudiants quand nous étions encore aux commandes du CEUL. Je ne sais d’où on tire ses informations, mais ça m’étonnerait que M. Gilbert Atsu s’érige en saboteur de mouvement au campus. En revanche, le poste qu’il occupe au gouvernement lui commande, en principe, de s’intéresser à toutes les questions qui touchent à la jeunesse, y compris les étudiants. En plus, c’est quelqu’un qui maîtrise parfaitement les contours de la crise estudiantine pour avoir longtemps été un acteur discret mais efficace du CEUB (aujourd’hui CEUL). A ce titre, je pense plutôt que sa présence au gouvernement est un atout considérable pour rapprocher les positions des uns et des autres.

Le Changement : La crise s’éternise et les tentatives de lui trouver une solution n’ont pas, jusqu’alors, abouti. Etes-vous de ceux qui pensent qu’il vaut mieux que les étudiants se résignent et poursuivent tranquillement leurs études parce que leur avenir en dépend ?
GNANDI A. T : C’est vrai qu’aujourd’hui un sentiment d’impuissance et de dégoût face aux multiples difficultés sans solutions se lit facilement dans la communauté estudiantine. Mais ce serait un leurre de rêver bâtir une communauté estudiantine définitivement apaisée sous le coup de la souffrance et de la déception. L’université sera toujours peuplée d’étudiants talentueux, débordant d’énergie et avides de s’exprimer qu’on ne peut réduire au silence. Je pense plutôt qu’il faut leur donner les moyens et la liberté de s’exprimer afin que se réalise, en leur sein, une véritable adhésion populaire au processus de règlement des problèmes par voie de dialogue.

Le Changement : Si vous avez un mot en tant qu’ancien président du CEUL à l’endroit des différents mouvements associatifs et étudiants, que leur direz-vous ?
GNANDI A. T : A notre temps, notre mérite aura été incontestablement d’avoir réussi à faire crier haut et fort toute la communauté estudiantine son ras-le-bol et d’avoir défié si longtemps le gouvernement. Mais l’autre vérité est que sur le fond du problème, la réalité reste la même, voire pire en ce  qui concerne les frais de scolarité, les bourses, les logements et j’en passe. C’est pourquoi, j’exhorte vivement les leaders des associations notamment ceux du CEUL qui sont les élus à saisir l’occasion de la dynamique de dialogue instaurée par le gouvernement pour régler graduellement leurs problèmes par la négociation. Ils doivent savoir au même moment garder les relations avec leur base pour ne pas laisser libre cours aux agitateurs de tous bords, prêts à enflammer la situation à tout moment.

En ce qui me concerne, je resterai à leur disposition s’ils me le demandent. Bon courage à eux et merci à vous aussi qui m’avez permis de m’exprimer.

Interview réalisée par Anicet

 

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