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La participation du Premier Ministre Edem Kodjo à la
fête du 23 septembre et récemment encore, aux festivités
du 13 janvier organisées par le pouvoir RPT au mépris du
pardon et de la réconciliation pose une fois encore, la
question de la marge de manœuvre dont dispose un Premier
Ministre au Togo aujourd’hui. En effet, pour nombre de
Togolais, le grand Enarque Kodjo ne saurait, de son
propre gré, verser dans une contradiction aussi
flagrante, en allant s’extasier au 13 janvier, une date
qui divise profondément et fondamentalement les Togolais
alors que dans le même temps, il clame vouloir conduire
le Togo au pardon et à la réconciliation.
Depuis que le poste de Premier Ministre a
été créé au Togo après la Conférence Nationale
Souveraine, Edem Kodjo est le seul homme politique à
avoir occupé ces fonctions deux fois de suite. D’abord,
de 1994 à 1996 sous feu le Gal Eyadema et depuis les
lendemains de l’élection controversée d’avril dernier
sous Faure Gnassingbé. On peut pérorer à loisir sur les
circonstances dans lesquelles le Président national de
l’UTD avait accédé à la primature après les législatives
de février 1994. Mais il est unanimement admis que le
passage de Edem Kodjo au Palais de l’Entente avait
procuré une embellie à l’économie nationale.
A l’époque, Edem Kodjo était un Premier
Ministre qui se fondait sur la constitution pour poser
les actes qu’il croyait salutaires pour le Togo, quitte
à mécontenter le Gal Eyadema et son parti le RPT.
Pendant les deux ans qu’il avait passés à la primature,
on n’avait vu Edem Kodjo à aucune des fêtes fabriquées
par le RPT pour la gloire de son président Fondateur. On
ne l’avait jamais vu au 13 janvier ou au 23 septembre.
Aujourd’hui, ceux qui s’attendaient à voir
un Kodjo comme celui des années 1994-1996 ont vite fait
de déchanter. Certes, l’homme lui-même donne
l’impression d’une certaine assurance. Mais il est des
faits qui ne trompent pas sur la réalité des choses et
personne n’est dupe. La participation de Edem Kodjo aux
festivités du 23 septembre et du 13 janvier qu’il avait
et qu’il continue, selon certains de ses collaborateurs,
de condamner est une preuve que Edem Kodjo est en train
d’avaler des couleuvres. Il est obligé d’aller contre
ses convictions personnelles pour garder son fauteuil.
La vérité, c’est que les choses ont beaucoup
évolué et le contexte constitutionnel a changé au Togo.
Edem Kodjo ne peut plus être aujourd’hui au Togo, le
Premier Ministre qu’il avait été en 1994-1996. Ce qui
reste de la constitution du 14 octobre 1992 après le
toilettage du 31 décembre 2002 ne le lui autorise pas.
Pour accéder à la Primature en 1994, Edem
Kodjo avait été nommé sur la base de l’article 66 de la
Constitution qui voulait que « le Président de la
République nomme le Premier Ministre dans la majorité
parlementaire » et mette fin à ses fonctions
« sur la présentation par celui-ci de la démission de
son gouvernement ».
Aujourd’hui, après le toilettage, « le
Président de la République nomme le Premier ministre. Il
met fin à ses fonctions » un point, un
trait.
Dans les années 1994-1996, le Gouvernement
déterminait et conduisait la politique de la Nation.
Aujourd’hui, c’est « Sous l’autorité du Président de
la République » qu’il le fait.
Le poste de Premier Ministre a été vidé de
sa substance. Edem Kodjo à beau ergoter, il reste et
demeure sur la base de la constitution toilettée, un
Premier ministre sans pouvoir réel dont on peut se
passer des services à tout moment. N’importe quel leader
de l’opposition nommé dans ces conditions sera
dépouillé de tout pouvoir comme c’est le cas pour Edem
Kodjo. Que ce soit Gnininvi, Gilchrist Olympio ou
Agboyibo, la situation serait la même, peut-être pire.
Et c’est pour pallier le mal que la Coalition d’alors
avait, après les élections présidentielles du 24 avril
2005, soumis une plate-forme au chef de l’Etat afin que
certaines « garanties politiques » soient
acceptées de part et d’autre avant la nomination d’un
Premier ministre. Non seulement cette plate-forme avait
été rejetée, mais M. Edem Kodjo s’était arrangé pour se
faire nommer à ce poste. Ce qui aujourd’hui pose
problème, c’est la gestion qu’il en fait. Il suffit de
voir les conditions dans lesquelles Edem Kodjo et ses
conseillers travaillent pour s’en convaincre. Dans son
entourage on n’a de cesse de se plaindre.
Certains de ses proches regrettent même d’avoir accepté
leur nomination. Ce n’est pas parce que les mêmes
personnes vont dire une chose en dehors de la primature
et son contraire lorsqu’elles seront interpellées par
le Premier ministre qu’il faut croire que tout va bien.
Edem Kodjo a peut-être la volonté de mettre son talent
au service du peuple et redresser notre économie. Mais,
il n’a pas les mains libres.
Aujourd’hui, sa présence à la Primature est
un faire-valoir pour le régime RPT qui le brandit comme
la preuve de sa volonté d’ouverture. Mais pour rester en
place, il y a un prix à payer. La pilule est peut-être
amère. Mais, que faire, dès lors qu’on est déjà
embarqué ? A moins qu’il ne décide de claquer la porte,
Kodjo ira toujours au 23 septembre au 13 janvier et à
toutes les fêtes qu’il avait toujours condamnées. Il
pourrait même être amené à faire plus. Cela relève de la
base constitutionnelle sur laquelle il a été nommé. Et
tant qu’on ne sera pas retourné à la constitution de
1992 comme l’exige l’opposition démocratique, il en sera
ainsi.
L.C. |