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3 fevrier 2006

Le Changement
[ 008: 2 fev 2006]

Réduction de la Primature en coquille vide: Edem Kodjo, un Premier Ministre sans pouvoir réel

 

                        La participation du Premier Ministre Edem Kodjo à la fête du 23 septembre et récemment encore, aux festivités du 13 janvier organisées par le pouvoir RPT au mépris du pardon et de la réconciliation pose une fois encore, la question de la marge de manœuvre dont dispose un Premier Ministre au Togo aujourd’hui. En effet, pour nombre de Togolais, le   grand Enarque Kodjo ne saurait, de son propre gré, verser dans une contradiction aussi flagrante, en allant s’extasier au 13 janvier, une date qui divise profondément et fondamentalement les Togolais alors que dans le même temps, il clame vouloir conduire le Togo au pardon et à la réconciliation.

            Depuis que le poste de Premier Ministre a été créé au Togo après la Conférence Nationale Souveraine, Edem Kodjo est le seul homme politique à avoir occupé ces fonctions deux fois de suite. D’abord, de 1994 à 1996 sous feu le Gal Eyadema et depuis les lendemains de l’élection controversée d’avril dernier sous  Faure Gnassingbé. On peut pérorer à loisir sur les circonstances dans lesquelles le Président national de l’UTD avait accédé à la primature après les législatives de février 1994.  Mais il est unanimement admis que le passage de Edem Kodjo au Palais de l’Entente avait procuré une embellie à l’économie nationale.

            A l’époque, Edem Kodjo était un Premier Ministre qui se fondait sur la constitution pour poser les actes qu’il croyait salutaires pour le Togo, quitte à mécontenter le Gal Eyadema et son parti le RPT. Pendant les deux ans qu’il avait passés à la primature, on n’avait vu Edem Kodjo à aucune des fêtes fabriquées par le RPT pour la gloire de son président Fondateur. On ne l’avait jamais vu au 13 janvier ou au 23 septembre.

            Aujourd’hui, ceux qui s’attendaient à voir un Kodjo comme celui des années 1994-1996 ont  vite fait de déchanter. Certes, l’homme lui-même donne l’impression d’une certaine assurance. Mais il est des faits qui ne trompent pas sur la réalité des choses et personne n’est dupe. La participation de Edem Kodjo aux festivités du 23 septembre et du 13 janvier qu’il avait et qu’il continue, selon certains de ses collaborateurs, de condamner est une preuve que Edem Kodjo est en train d’avaler des couleuvres. Il est obligé d’aller contre ses convictions personnelles pour garder son fauteuil.

            La vérité, c’est que les choses ont beaucoup évolué et le contexte constitutionnel a changé au Togo. Edem Kodjo ne peut plus être aujourd’hui au Togo, le Premier Ministre qu’il avait été en 1994-1996. Ce qui reste de la constitution du 14 octobre 1992 après le toilettage du 31 décembre 2002 ne le lui autorise pas.

            Pour accéder à la Primature en 1994, Edem Kodjo avait été nommé sur la base de l’article 66 de la Constitution qui  voulait que « le Président de la République nomme le Premier Ministre dans la majorité parlementaire » et mette fin à ses fonctions « sur la présentation par celui-ci de la démission de son gouvernement ».

            Aujourd’hui, après le toilettage, « le Président de la République nomme le Premier ministre. Il met  fin à ses fonctions » un point, un trait.           

            Dans les années 1994-1996, le Gouvernement déterminait et conduisait la politique de la Nation. Aujourd’hui, c’est « Sous l’autorité du Président de la République » qu’il le fait.

            Le poste de Premier Ministre a été vidé  de sa substance. Edem Kodjo à beau ergoter, il reste et demeure sur la  base de la constitution toilettée, un Premier ministre sans pouvoir réel dont on peut se passer des services à tout moment. N’importe quel leader de l’opposition nommé  dans ces conditions sera dépouillé de tout pouvoir comme c’est le cas pour Edem Kodjo. Que ce soit Gnininvi, Gilchrist Olympio ou Agboyibo, la situation serait la même, peut-être pire. Et c’est pour pallier le mal  que la Coalition d’alors avait, après les élections présidentielles du 24 avril 2005, soumis une plate-forme au chef de l’Etat afin que certaines « garanties politiques » soient acceptées de part et d’autre avant la nomination d’un Premier ministre. Non seulement cette plate-forme avait été rejetée, mais M. Edem Kodjo s’était arrangé pour se faire nommer à ce poste. Ce qui aujourd’hui pose problème, c’est la gestion qu’il en fait. Il suffit de voir les conditions dans lesquelles Edem Kodjo et ses conseillers travaillent pour s’en convaincre. Dans son entourage on n’a de cesse de se plaindre.

Certains de ses proches regrettent même d’avoir accepté leur nomination. Ce n’est pas parce que les mêmes personnes vont dire une  chose en dehors de la primature et son contraire lorsqu’elles seront interpellées  par  le Premier ministre qu’il faut croire que tout va bien. Edem Kodjo a peut-être la volonté de mettre son talent au service du peuple et redresser notre économie. Mais, il n’a pas les mains libres.

            Aujourd’hui, sa présence à la Primature est un faire-valoir pour le régime RPT qui le brandit comme la preuve de sa volonté d’ouverture. Mais pour rester en place, il y a un prix à  payer. La pilule est peut-être amère. Mais, que faire, dès lors qu’on est déjà embarqué ? A moins qu’il ne décide de claquer la porte, Kodjo ira toujours au 23 septembre au 13 janvier et à toutes les fêtes qu’il avait toujours condamnées. Il pourrait même être amené à faire plus. Cela relève de la base constitutionnelle sur laquelle il a été nommé. Et tant qu’on ne sera pas retourné à la constitution de 1992 comme l’exige l’opposition démocratique, il en sera ainsi.

L.C.

Les textes de la Constitution qui fragilisent le Premier ministre

Article 66 ancien
Le Président de la République nomme le Premier Ministre dans la majorité parlementaire. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du gouvernement.

Sur proposition du Premier Ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions.

Le Président de la République préside le Conseil des Ministres.

Article 66 nouveau
Le Président de la République nomme le Premier Ministre. Il met fin à ses fonctions

Sur proposition du Premier Ministre, il nomme les autres membres des gouvernements et met fin à leurs fonctions.

Le Président de la République préside le Conseil des Ministres.

Article 77 ancien
Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Il dirige l’administration civile et militaire. A cet effet, il dispose de l’administration, de la force armée et des services de sécurité.

Le Gouvernement est responsable devant l’Assemblée Nationale.

Article 77 nouveau
Sous l’autorité du Président de la République, le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation et dirige l’administration civile et militaire. Il dispose de l’administration, des forces armées et des forces de sécurité.

Le gouvernement est responsable devant l’Assemblée Nationale.

 

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