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Ceux qui mettaient les malheurs du peuple togolais, à
l’actif exclusif de feu président Eyadema, commencent
par se raviser : Eyadema ne serait qu’un maillon d’un
système solidement implanté avec des tentacules de part,
et d’autres du continent qui régente les Togolais depuis
plus de 3 décennies. Le fait est d’autant plus évident
que certains se mettent à parler d’Eyadema comme la face
visible de l’Iceberg. Tout simplement. Qu’on en juge.
Après la mort d’Eyadema annoncée publiquement le 5
février 2005 par le Premier ministre de l’époque, M.
Koffi Sama, la dictature a fait sombrer le pays dans un
cycle de violences qui a culminé avec les tueries ayant
marqué le scrutin présidentiel du 24 avril. Par
ailleurs, des Togolais qui ont quitté leur pays pour se
réfugier dans des pays voisins refusent de regagner le
bercail tant que les auteurs et les commanditaires de
ces massacres ne seront pas arrêtés et jugés
conformément à la loi en vigueur.
Mais force est de constater qu’au jour d’aujourd’hui
rien n’est entrepris dans ce sens par les autorités
quoiqu’une liste des auteurs et commanditaires présumés
annexée au rapport de la Commission Koffigoh a été
remise au premier magistrat de la République.
La non tenue du dialogue national qui semble avoir du
plomb dans les ailes, ne fait que repousser aux calendes
grecques le rétablissement de la coopération UE-Togo
rompue depuis plus de 10 ans pour déficit démocratique.
Conséquence, les affres de la misère continuent par
s’accentuer puisque le chômage se fait de plus en plus
endémique et les inflations galopantes. Pendant ce
temps, la dilapidation des deniers publics injectés dans
des secteurs aussi improductifs que l’organisation des
fêtes folkloriques des voyages et des séjours à
l’étranger à des frais onéreux et qui ne rapportent rien
au pays en termes de devises ou d’opportunités
d’affaires, défrayent la chronique. Il y a quelques
semaines seulement, des médias internationaux
ironisaient certains de ces voyages sous le vocable
complaisant mais dégoûtant d’ « invité surprise ».
Sur le plan des droits de l’Homme, aucune avancée
significative n’est notable. Des détenus politiques
croupissent dans nos prisons sous l’étiquette de détenus
de droits communs. Nous en voulons pour preuves les cas
des militants de l’UFC dont les forces démocratiques ne
cessent de réclamer la libération.
Cependant certaines mesures sont adoptées
par les pouvoirs publics pour apporter un peu
d’éclairage au sombre tableau des réalités togolaises.
Il s’agit entre autres de la réduction des frais de
scolarités des étudiants togolais à 25 000 FCFA contre
50 000 FCFA, de la mise sur pied d’une commission devant
faire une relecture de l’histoire togolaise,
l’engagement à intégrer certains agents dans la fonction
publique et le déblocage des avancements de certains
autres.
Mais dans un cas comme dans les autres, la
galère des togolais qui se poursuit inlassablement
appelle ceux-ci à s’interroger sur leur avenir.
Ceux qui rendent Eyadéma responsables de
nos malheurs, fondent leur conviction sur le fait que
c’est cet homme qui a refusé de s’ouvrir au changement
auquel aspire le peuple togolais. Comme les militants
de la démocratie aimeraient tant voir Eyadéma vivre plus
longtemps encore, pour goûter aux fruits de changement
dont pendant des décennies, il a privé les Togolais.
Jacqueline Nyarley Tarsi |