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S’il est un fait qui
embarrasse des fois certains agents opérant dans l’administration pénitentiaire,
c’est bien le dysfonctionnement qui est parfois observé ici et là en violation
des règles qui régissent cette institution. Cet état de chose met très mal à
l’aise certains responsables devenus, malgré eux, impuissants. Les pesanteurs
politiques, les ordres de la haute hiérarchie et même le zèle de certains font
que des responsables n’arrivent pas à exercer pleinement leur pouvoir. De quoi
s’agit-il ?
En
effet, le 23 janvier dernier, M. Tudzi Kossi, représentant de l’Union des Forces
de Changement (UFC) à Agomé Koussountou (Kpalimé) détenu à la prison civile de
Lomé depuis juillet 2005, a été extrait de sa cellule, sans aucun ordre (papier)
justificatif. Il a été extrait vers 10 h, conduit au CTR pour des
interrogatoires puis ramené à la prison civile de Lomé vers 17 h.
Des
sources proches de l’UFC et confirmées par des membres de sa famille qui
devraient lui apporter à manger font état de ce que ce jour-là, le chef prison
M. Ouro était seulement saisi verbalement. Les agents qui devraient ramener M.
Tudzi au CTR (Centre de Traitement et de Renseignement) pour, a-t-on dit,
« des renseignements », n’ont présenté ni un ordre d’extraction ni aucune
pièce justificative. Devant le fait accompli, la famille était très scandalisée
et ne savait à quel saint se vouer.
Au
retour de Tudzi, le soir vers 17 h, le chef prison était absent. Au préposé qui
était de service, on aurait demandé de signer une décharge pour attester que M.
Tudzi était ramené sain et sauf. Le préposé qui maîtrisait les règles de
l’administration pénitentiaire aurait exigé d’abord l’ordre d’extraction qui a
permis de faire partir et de ramener M. Tudzi. En vain. Il a estimé qu’il ne
pouvait pas donner de quitus parce que si, au départ, il n’y a aucune pièce à
conviction, il ne pouvait faire la décharge. Cela aurait fait l’objet d’une
petite altercation avant que les choses ne rentrent dans l’ordre.
Ce
n’est pas la première fois que les choses se passent ainsi à la prison. En
effet, le 18 août 2005, trois semaines après son arrestation, Mr Hermès Woamédé
da Silveira, leader de l’Alliance des Patriotes pour l’Unité et l’Action (APUA)
a été également extrait dans les mêmes conditions de 14h à 21h. Dans un premier
temps, il serait ramené au CTR puis à « la Présidence annexe » sise à la
cité OUA et enfin à la prison. Ce jour là, on lui aurait signifié que le juge
même sera là ; ce qui n’avait pas été le cas.
Autant de dysfonctionnements qui font d’ailleurs dire à certains observateurs
que notre justice n’est pas indépendante malgré la bonne volonté de certains,
décidés, à bien travailler.
Il
faut rappeler par ailleurs que l’arrestation de Tudzi et da Silveira ensemble
avec l’Adjudant Kpakpo, les Sergents Folly et Akakpo, le caporal-chef Amétépé
remonte à juillet 2005. Ils sont accusés de tentative de coup d’Etat contre
Faure Gnassingbé, d’atteinte à la sûreté de l’Etat, de recrutement et de
formation de mercenaires, d’acquisition de matériels militaires pour attaquer le
Togo en vue de renverser les institutions de la République. Une thèse réfutée
par beaucoup d’observateurs qui pensent que le mobile est plutôt politique. Dans
un tout autre registre, il convient de dire qu’il y a une contradiction dans les
propos des tenants du pouvoir qui crient sur les toits qu’il n’y a plus de
détenus politiques au Togo.
Plusieurs fois déjà, l’UFC a tiré la sonnette d’alarme
pour demander l’élargissement de ses militants qui
croupissent toujours en prison. De Sant’Egidio à Lomé,
le problème a toujours été évoqué. Mais jusqu’au jour
d’aujourd’hui, nous ne saurions dire la suite réservée à
ce dossier. Le tout ajouté aux dysfonctionnements de
l’administration pénitentiaire et aux traitements
inhumains réservés à ces détenus, donne la preuve que la
réconciliation tant prônée par le pouvoir n’est qu’un
vain mot.
Concernant l’extraction sans ordre dont certains prévenus font l’objet, la
question reste de savoir si le ministre de la Justice et le Procureur sont au
courant de ces manquements. Si oui, qu’en disent-ils ?
Le
problème est d’autant plus sérieux qu’il faut prendre toutes les mesures pour
que tout se fasse selon la loi à l’administration pénitentiaire. C’est aussi
cela, la bonne gouvernance.
Aux dernières
nouvelles, nous apprenons qu’au cours de son interrogatoire, il aurait été
demandé à M. Tudzi de dénoncer les autres, pour recouvrer la liberté. Mais
celui-ci se serait vivement opposé au motif que les charges retenues contre eux
ne sont pas fondées. Bref, des tractations sont en cours pour libérer les uns et
enfoncer les autres détenus. Dans le groupe, certaines sources indiquent que M.
da Silveira est la principale cible.
A suivre
Amouzouvi |