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27 janvier 2006

Le Changement
[ 007: 26-01-06]

Professeur Léopold Gnininvi:  « La CDPA propose que l’on interpelle ceux qui sont déjà soupçonnés d’avoir commandité ou commis de violences politiques… »

Deux événements ont marqué la journée : la messe organisée par le pouvoir à la cathédrale de Lomé en mémoire du père de l’indépendance, M. Sylvanus Olympio et l’imposant défilé militaire et civil sur le boulevard Gnassingbé Eyadema en face du Garage Central Administratif organisé par le même pouvoir pour célébrer ce qu’il  appelle la fête de la libération nationale. Quelle réflexion ces deux événements vous inspirent-il ?

Tout le monde a remarqué la contradiction entre ces deux célébrations, d’un côté la messe à la mémoire de la victime, de l’autre, la célébration  de l’acte posé ce jour-là.

Nous avons déploré le côté malencontreux de cette concélébration.

A la cathédrale de Lomé, un fait marquant : l’absence de l’opposition radicale. Dites-nous monsieur le professeur les raisons pour lesquelles votre parti n’a pas voulu faire le déplacement de la cathédrale ?

Je crois que la réponse est déjà donnée plus haut. La célébration du 13 janvier a été une fausse note par rapport aux discours séduisants sur la réconciliation nationale, discours auxquels l’opinion avait commencé à croire.

Revenons à cette journée controversée du 13 janvier. Selon certaines rumeurs, il semble que Faure Gnassingbé qui, dit-on, a fait du pardon et de la réconciliation son credo, n’était pas partant pour la célébration du 13 janvier 2006 et que c’est la haute hiérarchie militaire et certains caciques de son régime qui le lui ont contraint. Croyez-vous à cela ?   

Ce sont là des rumeurs. Moi, je me contente de constater les faits.

La célébration du 13 janvier intervient au moment où le dialogue national relancé le 18 novembre 2005 bat de l’aille. Cette célébration est-elle donc de nature à restaurer la confiance entre les acteurs politiques pour un heureux aboutissement de ce dialogue ?

Bien sûr que non, bien sûr que non  et cela est fort regrettable

Quelles sont, selon vous, les chances de succès de ce dialogue s’il venait à redémarrer ?

Les sujets à discuter ne sont pas bien nouveaux, on les a déjà examinés de Colmar à Ouaga en passant par Paris et Lomé. Ce qui peut donner une chance de succès, c’est une disposition d’état d’esprit ; pour cela nous sommes restés sur notre soif ; à part les discours généreux, il n’y a aucun signe visible à l’horizon pouvant faire voir que l’on est disposé à avancer

Le dialogue, toujours le dialogue. Nous en sommes au 11e. Le temps n’est-il pas arrivé pour marquer un arrêt et faire le bilan de ces interminables pourparlers et envisager d’autres stratégies de sortie de crise ? Négocier par exemple un partage de pouvoir avec le RPT ?

Absolument, nous avons proposé deux alternatives :

- le pouvoir seul pense avoir les moyens d’opérer le changement de cap en mettant un coup d’arrêt à l’impunité ; la CDPA et tous les Togolais en seraient ravis

- dans le cas contraire, un gouvernement doit être mis en place tout de suite pour que la tâche de changement de cap soit menée ensemble avec toutes les forces politiques et sociales.

La voie du dialogue telle que préconisée par l’UE semble être décalée par rapport à l’histoire récente du pays.

Peut-être très bientôt le démarrage du dialogue. Comment comptez-vous aller à ce dialogue ? En Coalition ou en rang dispersé. Dites-nous au jour d’aujourd’hui ce qui reste de la Coalition ? Les rapports entre les différents partis de la Coalition.

La coalition a vécu et n’est plus qu’un lointain souvenir. C’est dommage mais c’est un fait et il faut faire avec. Mais ceci n’est pas bien nouveau, les coalitions naissent et meurent, souvenez-vous du FAR en 91, du COD1 en 91, du COD2 en 92, du Front en 2002, de la CFD en 2002. Pour le moment, les rapports entre les différents partis de l’opposition sont inexistants.

 

M. le professeur,  à vous entendre, c’est comme pour vous, aucune résolution durable à la crise togolaise ne peut être obtenue tant que le problème de l’impunité restera entier. Que ce soit dans  les communiqués ou interview, vous insistez sur la nécessité de prendre des dispositions pour mettre un terme définitif à l’impunité ; ce qui suppose l’arrestation et la traduction des auteurs ou commanditaires des crimes impunis devant les tribunaux. Ne pensez-vous pas que pour un apaisement social qu’il faille mettre un trait sur cette question ?

La volonté de mettre un terme à l’impunité est la condition pour ne pas compromettre d’avance la durabilité des conclusions d’un éventuel dialogue.

La CDPA veut tout simplement la preuve comme quoi, cette fois-ci le dialogue n’est plus une simple manœuvre de diversion.

Nous voudrions tester la sincérité de chaque partenaire du dialogue. Veut-on un dialogue pour la forme  ou a-t-on vraiment décidé de rompre avec des pratiques qui mettent en péril la paix sociale et la cohésion nationale ?

Un parti politique a pour rôle d’examiner les problèmes de la société et de proposer des solutions. Nous avons le devoir d’information préalable, il revient aux concitoyens  de juger de la pertinence des propositions de chacun des partis.

La CDPA propose que  l’on interpelle ceux qui sont déjà soupçonnés d’avoir commandité ou commis des violences politiques ; qu’on les interroge pour qu’ils s’expliquent.

Même si la clémence doit s’en suivre sous forme d’amnistie, la simple interpellation contribuera à apaiser les cœurs meurtris et elle dissuadera les uns et les autres de recommencer.

Ce ne sont que des propositions, la CDPA ne dispose pas d’un droit de veto, l’on peut passer outre si l’on veut mais que demain on ne nous reproche pas de ne pas l’avoir dit.

La reforme de l’armée, un autre problème qui divise la classe politique. Etes-vous d’avis avec ceux qui pensent qu’il serait périlleux de s’aventurer sur ce sujet  tant qu’on n’est pas au pouvoir ? 

Le sujet n’est ni nouveau ni tabou mais il est  simplement spécial et mérite un traitement spécial. Je crois savoir que même le RPT l’a mentionné comme problème à discuter. Il convient de le traiter sans effaroucher inutilement tout le corps. Il est dans l’intérêt de l’armée elle-même qu’elle soit bien intégrée à son peuple.

Revenons à votre parti. Comment se porte t-il ? On avait parlé d’une brouille entre vous et un de vos principaux collaborateurs. Par ailleurs, un des reproches que l’on fait à votre parti c’est de suivre la politique de l’UFC et de ne pas être capable de prendre ses responsabilités devant des situations données. Certains vont jusqu’à dire que c’est à cause de votre faible audience sur l’échiquier politique national que vous vous laissez phagocyter par l’UFC. Que réagissez-vous?

La brouille au sein d’une organisation démocratique est chose normale, il y a des divergences passagères et des brouilles  définitives, La force d’un parti est de pouvoir les  surmonter à travers un débat démocratique franc et ouvert. La CDPA aura très bientôt l’occasion de ce débat. La CDPA est l’un des rares partis qui organisent régulièrement ses congrès

Quant aux rumeurs sur la dépendance de la CDPA vis-à-vis d’un quelconque parti,  je crois qu’elles sont colportées par ceux qui redoutent une cohésion de l’opposition. Nous ne sommes « aux chaussures » de quiconque.

Il arrive que nous préconisions les mêmes solutions qu’un autre parti sur tel ou tel autre sujet mais cela relève davantage de la simple logique plutôt que d’un copiage sur le petit copain. Les divergences d’analyses sont tout aussi fréquentes que les convergences.

Le Conseiller Afrique du président français, Michel de Bonnecorse était la semaine dernière à Lomé pour, dit-on, une mission de conciliation. Après sa rencontre avec les autorités du pays, il aurait eu des entretiens séparés avec certains leaders de l’opposition  dont vous-mêmes à l’ambassade de France. Dites-nous l’ambiance qui a prévalu au cours de cette rencontre : ce qu’il vous a apporté comme message et ce que vous lui avez dit.

M. de Bonnecorse a cherché à savoir où en était le projet de dialogue. Nous lui avons exposé nos vues sur la question, à savoir que le problème de l’impunité doit trouver une solution pour que les Togolais croient à cet énième dialogue.

Dans tous les cas la CDPA ne fera pas obstruction si les autres forces politiques  convenaient de se jeter à l’eau sans cette garantie préalable. La suite nous  dira qui a eu raison.

Nous apprenons que le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan vient de nommer l’ancien ministre des affaires étrangères algérien M. Lakhdar Brahimi comme médiateur dans le dialogue intertogolais. Confirmez vous cela ? Si oui quelle appréciation faites-vous sur le personnage qu’on présente comme un diplomate chevronné hors pair ?

Officiellement, la CDPA n’est pas encore saisie  de cette nomination. De toutes les façons, nous ne faisons pas de cette nomination un point de rupture car des dialogues avec médiateur et des dialogues sans médiateurs, nous en avons eus, c’est la mise unilatérale en œuvre des conclusions qui a toujours déçu nos espérances. L’une des parties au dialogue a toujours conservé tous les moyens pour revenir impunément sur les acquis.

M. Lakhdar Brahimi est précédé d’une bonne réputation, j’espère qu’il  disposera des moyens pour imposer enfin le respect des conclusions.

Monsieur le professeur, pour terminer cet entretien, votre mot de fin à l’endroit des acteurs politiques et du peuple togolais.  

Ce ne serait que des redites, notre pays est sur une pente dangereuse, il est grand temps de nous ressaisir pour que les Togolais connaissent aussi une vie politique économique et sociale sereine.

Interview réalisée par
AMOUZOUVI et Anicet

 

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