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Tout le monde a remarqué la contradiction
entre ces deux célébrations, d’un côté la messe à la
mémoire de la victime, de l’autre, la célébration de
l’acte posé ce jour-là.
Nous avons déploré le côté malencontreux
de cette concélébration.
A la cathédrale de Lomé, un fait
marquant : l’absence de l’opposition radicale.
Dites-nous monsieur le professeur les raisons pour
lesquelles votre parti n’a pas voulu faire le
déplacement de la cathédrale ?
Je crois que la réponse est déjà donnée
plus haut. La célébration du 13 janvier a été une fausse
note par rapport aux discours séduisants sur la
réconciliation nationale, discours auxquels l’opinion
avait commencé à croire.
Revenons à cette journée controversée du
13 janvier. Selon certaines rumeurs, il semble que Faure
Gnassingbé qui, dit-on, a fait du pardon et de la
réconciliation son credo, n’était pas partant pour la
célébration du 13 janvier 2006 et que c’est la haute
hiérarchie militaire et certains caciques de son régime
qui le lui ont contraint. Croyez-vous à cela ?
Ce sont là des rumeurs. Moi, je me
contente de constater les faits.
La célébration du 13 janvier intervient
au moment où le dialogue national relancé le 18 novembre
2005 bat de l’aille. Cette célébration est-elle donc de
nature à restaurer la confiance entre les acteurs
politiques pour un heureux aboutissement de ce
dialogue ?
Bien sûr que non, bien sûr que non et
cela est fort regrettable
Quelles sont, selon vous, les chances de
succès de ce dialogue s’il venait à redémarrer ?
Les sujets à discuter ne sont pas bien
nouveaux, on les a déjà examinés de Colmar à Ouaga en
passant par Paris et Lomé. Ce qui peut donner une chance
de succès, c’est une disposition d’état d’esprit ; pour
cela nous sommes restés sur notre soif ; à part les
discours généreux, il n’y a aucun signe visible à
l’horizon pouvant faire voir que l’on est disposé à
avancer
Le dialogue, toujours le dialogue. Nous
en sommes au 11e.
Le temps n’est-il pas arrivé pour marquer un arrêt et
faire le bilan de ces interminables pourparlers et
envisager d’autres stratégies de sortie de crise ?
Négocier par exemple un partage de pouvoir avec le RPT ?
Absolument, nous avons proposé deux
alternatives :
-
le pouvoir seul pense avoir les moyens
d’opérer le changement de cap en mettant un coup d’arrêt
à l’impunité ; la CDPA et tous les Togolais en seraient
ravis
- dans le cas contraire, un gouvernement
doit être mis en place tout de suite pour que la tâche
de changement de cap soit menée ensemble avec toutes les
forces politiques et sociales.
La voie du dialogue telle que préconisée
par l’UE semble être décalée par rapport à l’histoire
récente du pays.
Peut-être très bientôt le démarrage du
dialogue. Comment comptez-vous aller à ce dialogue ? En
Coalition ou en rang dispersé. Dites-nous au jour
d’aujourd’hui ce qui reste de la Coalition ? Les
rapports entre les différents partis de la Coalition.
La coalition a vécu et n’est plus qu’un
lointain souvenir. C’est dommage mais c’est un fait et
il faut faire avec. Mais ceci n’est pas bien nouveau,
les coalitions naissent et meurent, souvenez-vous du FAR
en 91, du COD1 en 91, du COD2 en 92, du Front en 2002,
de la CFD en 2002. Pour le moment, les
rapports entre les différents partis de l’opposition
sont inexistants.
M. le professeur, à vous entendre, c’est
comme pour vous, aucune résolution durable à la crise
togolaise ne peut être obtenue tant que le problème de
l’impunité restera entier. Que ce soit dans les
communiqués ou interview, vous insistez sur la nécessité
de prendre des dispositions pour mettre un terme
définitif à l’impunité ; ce qui suppose l’arrestation et
la traduction des auteurs ou commanditaires des crimes
impunis devant les tribunaux. Ne pensez-vous pas que
pour un apaisement social qu’il faille mettre un trait
sur cette question ?
La volonté de mettre un terme à
l’impunité est la condition pour ne pas compromettre
d’avance la durabilité des conclusions d’un éventuel
dialogue.
La CDPA veut tout simplement la preuve
comme quoi, cette fois-ci le dialogue n’est plus une
simple manœuvre de diversion.
Nous voudrions tester la sincérité de
chaque partenaire du dialogue. Veut-on un dialogue pour
la forme ou a-t-on vraiment décidé de rompre avec des
pratiques qui mettent en péril la paix sociale et la
cohésion nationale ?
Un parti politique a pour rôle d’examiner
les problèmes de la société et de proposer des
solutions. Nous avons le devoir d’information préalable,
il revient aux concitoyens de juger de la pertinence
des propositions de chacun des partis.
La CDPA propose que l’on interpelle ceux
qui sont déjà soupçonnés d’avoir commandité ou commis
des violences politiques ; qu’on les interroge pour
qu’ils s’expliquent.
Même si la clémence doit s’en suivre sous
forme d’amnistie, la simple interpellation contribuera à
apaiser les cœurs meurtris et elle dissuadera les uns et
les autres de recommencer.
Ce ne sont que des propositions, la CDPA
ne dispose pas d’un droit de veto, l’on peut passer
outre si l’on veut mais que demain on ne nous reproche
pas de ne pas l’avoir dit.
La reforme de l’armée, un autre problème
qui divise la classe politique. Etes-vous d’avis avec
ceux qui pensent qu’il serait périlleux de s’aventurer
sur ce sujet tant qu’on n’est pas au pouvoir ?
Le sujet n’est ni nouveau ni tabou mais
il est simplement spécial et mérite un traitement
spécial. Je crois savoir que même le RPT l’a mentionné
comme problème à discuter. Il convient de le traiter
sans effaroucher inutilement tout le corps. Il est dans
l’intérêt de l’armée elle-même qu’elle soit bien
intégrée à son peuple.
Revenons à votre parti. Comment se porte
t-il ? On avait parlé d’une brouille entre vous et un de
vos principaux collaborateurs. Par ailleurs, un des
reproches que l’on fait à votre parti c’est de suivre la
politique de l’UFC et de ne pas être capable de prendre
ses responsabilités devant des situations données.
Certains vont jusqu’à dire que c’est à cause de votre
faible audience sur l’échiquier politique national que
vous vous laissez phagocyter par l’UFC. Que
réagissez-vous?
La brouille au sein d’une organisation
démocratique est chose normale, il y a des divergences
passagères et des brouilles définitives, La force d’un
parti est de pouvoir les surmonter à travers un débat
démocratique franc et ouvert. La CDPA aura très bientôt
l’occasion de ce débat. La CDPA est l’un des rares
partis qui organisent régulièrement ses congrès
Quant aux rumeurs sur la dépendance de la
CDPA vis-à-vis d’un quelconque parti, je crois qu’elles
sont colportées par ceux qui redoutent une cohésion de
l’opposition. Nous ne sommes « aux chaussures »
de quiconque.
Il arrive que nous préconisions les mêmes
solutions qu’un autre parti sur tel ou tel autre sujet
mais cela relève davantage de la simple logique plutôt
que d’un copiage sur le petit copain. Les
divergences d’analyses sont tout aussi fréquentes que
les convergences.
Le Conseiller Afrique du président
français, Michel de Bonnecorse était la semaine dernière
à Lomé pour, dit-on, une mission de conciliation. Après
sa rencontre avec les autorités du pays, il aurait eu
des entretiens séparés avec certains leaders de
l’opposition dont vous-mêmes à l’ambassade de France.
Dites-nous l’ambiance qui a prévalu au cours de cette
rencontre : ce qu’il vous a apporté comme message et ce
que vous lui avez dit.
M. de Bonnecorse a cherché à savoir où en
était le projet de dialogue. Nous lui avons exposé nos
vues sur la question, à savoir que le problème de
l’impunité doit trouver une solution pour que les
Togolais croient à cet énième dialogue.
Dans tous les cas la CDPA ne fera pas
obstruction si les autres forces politiques convenaient
de se jeter à l’eau sans cette garantie préalable. La
suite nous dira qui a eu raison.
Nous apprenons que le secrétaire général
de l’ONU, Kofi Annan vient de nommer l’ancien ministre
des affaires étrangères algérien M. Lakhdar Brahimi
comme médiateur dans le dialogue intertogolais.
Confirmez vous cela ? Si oui quelle appréciation
faites-vous sur le personnage qu’on présente comme un
diplomate chevronné hors pair ?
Officiellement, la CDPA n’est pas encore
saisie de cette nomination. De toutes les façons, nous
ne faisons pas de cette nomination un point de rupture
car des dialogues avec médiateur et des dialogues sans
médiateurs, nous en avons eus, c’est la mise unilatérale
en œuvre des conclusions qui a toujours déçu nos
espérances. L’une des parties au dialogue a toujours
conservé tous les moyens pour revenir impunément sur les
acquis.
M. Lakhdar Brahimi est précédé d’une
bonne réputation, j’espère qu’il disposera des moyens
pour imposer enfin le respect des conclusions.
Monsieur le professeur, pour terminer cet
entretien, votre mot de fin à l’endroit des acteurs
politiques et du peuple togolais.
Ce ne serait que des redites, notre pays
est sur une pente dangereuse, il est grand temps de nous
ressaisir pour que les Togolais connaissent aussi une
vie politique économique et sociale sereine.
Interview réalisée par
AMOUZOUVI et Anicet |