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La Dépêche

29 juin 2006

[ No 325: du 28  juin 2006]
Enseignement :  En attendant les résultats du baccalauréat 
 
 
 

            Les épreuves écrites du baccalauréat ont pris fin la semaine dernière. L’examen, aux dires des candidats, aurait pris cette année l’allure d’un concours, c’est-à-dire un peu difficile par rapport aux autres années. C’est dire que tout comme à l’examen du probatoire, les résultats du baccalauréat cette année ne vont rien augurer de bon, à moins de compter comme toujours sur l’indulgence du jury.

            « De quoi se plaignent nos élèves ? se demande un professeur de mathématiques. On ne peut pas chaque année continuer à rabaisser le niveau de l’examen du baccalauréat au niveau des élèves. Le Temps de méritocratie est arrivé et la démocratie, c’est cela aussi. On ne peut plus laisser n’importe qui faire des études supérieures. Il faudrait savoir dorénavant faire une sélection et ce serait sauver l’université togolaise. Combien de bacheliers ne savent ni lire ni comprendre un texte ?                         J’aurais moi-même souhaité que l’on instaure un concours spécial d’entrer à l’université pour tous les bacheliers qui veulent entreprendre les études supérieures… En tout cas, il faudrait avoir enseigné longtemps dans une université togolaise pour comprendre le phénomène de la baisse constante du niveau de nos étudiants ».

            Il y a trois ans un professeur de philosophie déclarait ne pas comprendre pourquoi au bac le taux de réussite fourni par nos autorités universitaires atteint et dépasse même 25% « y a-t-il un miracle qui se produirait le jour de l’examen ?», se demande-t-il. Le taux de réussite tel qu’il est fourni par nos autorités ne reflète pas, dit-il, la réalité du niveau des élèves constaté dans les écoles. Les élèves suivent les cours sans élan et avec une passivité sans égale. Dès le premier jour de la rentrée, certains élèves donnent l’impression d’être déjà fatigués par je ne sais quoi. Ils passent parfois des heures en classe à bayer aux corneilles. Des professeurs signalent parfois que d’autres élèves rentrent ivres en classe après la récréation.

            Un enseignant renchérit sur la passivité des élèves : « J’ai indiqué tout récemment à mes élèves deux essais sur la littérature française qui devraient figurer dans la bibliothèque d’un élève qui souhaite préparer efficacement l’essai littéraire au bac. Pour toute réponse, les malins m’ont fait savoir qu’ils n’ont pas d’argent pour ce genre de livres. Mais la plupart de mes élèves ont actuellement chacun un téléphone mobile. Que  vaut le prix d’un livre par rapport à celui du portable. Où trouvent-ils l’argent pour s’acheter les cartes de recharge ? L’étonnant, c’est que certains parmi mes gars disposent des portables derniers cris. J’ai l’impression que pour mes élèves, la préparation du bac ou tout autre examen restait le cadet de leur souci. Comment  dans ces conditions peut-on s’étonner des échecs de nos enfants aux examens ?

            « Ils n’apprennent pas leur leçon ; ils sont atteints par le phénomène de la loi de moindre effort ; Ils cherchent la facilité, la distraction, la passivité. Ils cherchent à tout savoir sans jamais avoir rien appris. On préfère en classe les solutions faciles : les tricheries, la corruption, l’abus de confiance et des fraudes diverses pour réussir aux examens et même pour réussir tout simplement dans la vie ». C’est cela le refus de l’effort chez les élèves togolais.

            Pouvait-il en être autrement quand on sait que depuis un certain temps il y aurait au Togo une autre voie pour réussir au baccalauréat : celle qui consiste à réussir à tout prix après réclamation. Qu’un seul candidat recalé  passe par cette voie pour réussir. D’accord, mais ces réclamation sont en passe de devenir une épidémie qui rend finalement les élèves paresseux. Cela donne l’impression que le baccalauréat est susceptible d’être monnayable que les autres services publics au Togo.

            Tout peut donc s’acheter au Togo y compris les diplômes puisque tous ceux qui font des réclamations réussissent  presque tous sans que l’on comprenne pourquoi. Ce genre de réussite encourage souvent la paresse chez les candidats au baccalauréat. Que faire ?

Jacques Tom

 

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