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Un incident qui a fait une dizaine de victimes et
plusieurs blessés s'est produit samedi à la tombée
de la nuit dans le cercle de Lama-Kara au marché
Hodo près de Pya haut. La foule réunie pour le jour
du marché a voulu s'opposer à l'exécution d'un
mandat d'arrêt lancé contre un habitant et le
commandant de cercle accompagné de son adjoint et
d'un détachement de gardes a dû se rendre sur les
lieux. Après deux heures de discussion avec la
foule, le commandant de cercle et ses hommes ont été
soudain pris pour cible, par la foule qui, à la
tombée de la nuit et sur signal donné, a commencé à
jeter des pierres et à décrocher des flèches sur le
service de l'ordre.
"
Le commandant de cercle, M. Hormac fut atteint d'une
flèche dans le dos et son adjoint M. Rémy de deux
pierres à la tête. Plusieurs gardes furent
blessées. Le commandant de cercle et ses hommes
menacés d'encerclement, procédèrent alors aux
sommations d'usage avant de répondre à cette
attaque. Les gardes durent faire usage de leurs
armes pour pouvoir décrocher, faisant plusieurs
morts et blessés qu'il ne devrait être possible de
dénombrer que le lendemain. On comptait alors sept
morts et trois blessés graves qui devraient décéder
par la suite.
"
Le calme est revenu très rapidement sur les lieux de
l'incident et la population menaçant de se retourner
contre l'un des meneurs, celui-ci s'est rendu de
lui-même aux autorités lors de leur inspection dans
le village ".
Tels sont les faits qui s'étaient passés lors des
évènements du 21 juin 1957 à Pya-haut. Mais à
l'époque, les partis politiques d'opposition avaient
récupéré ces évènements et en avaient fait leurs
pour mieux montrer comment ils étaient partout
brimés par le régime politique en place issu du Togo
autonome. Il fallait une occasion pour attirer
l'opinion internationale sur la violation des droits
de l'opposition au Togo autonome. Aux yeux des
responsables du CUT et JUVENTO, il fallait créer des
incidents un peu partout sur le territoire. Le but
étant de faire croire à l'ONU que le peuple
togolais tout entier était insatisfait de
l'instauration de la République autonome au Togo ?
Il
fallait donc, selon un historien togolais, "
choisir non seulement une occasion pour créer des
incidents mais surtout les lieux où une fois créés
ces troubles pouvaient avoir un écho international
défavorable à la France " (Evalo Wiyao)
Le
passage d'une mission de l'ONU (occasion) et le Nord
du pays connu pour son attachement au PTP et donc à
la France, répondaient aux intentions voulues par
l'opposition togolaise de l'époque : créer des
troubles dans le Nord en présence d'une mission de
l'ONU à l'avantage de signifier que le Nord, fief du
PTP réclamait aussi l'indépendance immédiate. Le 27
juin 1957, la mission de l'ONU recevait un
télégramme de Augustino de Souza, président général
du CUT appelant l'attention de la Commission sur les
" évènements sanglants survenus à Mango le 20 juin
et à Lama-Kara le 21 juin ".
Selon la version du CUT et de JUVENTO à Lama-Kara "
le commandant de cercle a menacé de représailles les
nationalistes qui refusaient de prendre part aux
manifestations organisées par les autorités
locales. Ils prétendent que les nationalistes de
Lama-Kara avaient refusé de se laisser intimider et
qu'ils avaient continué à faire valoir leur point de
vue : l'indépendance intégrale ". Les pétitionnaires
se plaignent du fait que dans l'après-midi du 21
juin 1957, les autorités locales avaient réussi à
massacrer la population paisible sur la place du
marché à Pya
Haut.
Ils déclarent que selon des " sources dignes de foi
" il y avait plus de soixante victimes parmi
lesquelles des femmes et des enfants, et que
plusieurs membres des partis nationalistes furent
arrêtés et emprisonnés.
Pour les députés Valentin Blakimé et Gabriel Tallé
du cercle de Lama-Kara qui se sont présentés sur
place aussitôt dès les évènements, les incidents de
Pya haut sont à mettre pour le compte des chefs
locaux des partis d'opposition qui, selon eux, ont
tenté d'organiser une insurrection contre les
pouvoirs publics locaux. Il s'agissait à notre avis
des provocations de la part des partisans du CUT et
de son allié JUVENTO ainsi que le révèle la teneur
du rapport réclamé par la mission de l'ONU sur ces
fameux incidents sanglants.
"
… Le 21 juin vers 13 heures, le commandant de cercle
de Lama-Kara a été averti par un camion
administratif revenant de Sahoudè qu'une vingtaine
de personnes armées de bâtons et de coupe-coupe se
dirigeaient vers les marchés voisins de Hodo et de
Tcharè-bas. Il a immédiatement donné l'ordre au
commandant de la Brigade de la Gendarmerie et à
l'adjudant du peloton de gardes cercle de
l'accompagner alors qu'il allait se rendre compte
sur place de la situation.
A
son arrivée, s'il n'y avait que peu de personnes au
marché de Hodo, celui de Tcharè-bas battait son
plein. De nombreuses personnes qui s'y trouvaient
étaient armées et une certaine effervescence
régnait. Le commandant de cercle décida alors de
procéder au ramassage des armes et retira ainsi une
cinquantaine de bâtons, gourdins ou casse-tête, tout
en incitant la foule au calme. Il n'y ait aucun
incident. A 15 heures, le commandant du cercle se
rendit à Hodo où il n'y avait toujours que peu de
personnes ; il donna les mêmes consignes de calme
puis rentra à Lama-Kara laissant sur place le
gendarme et ses deux auxiliaires, l'adjudant des
gardes cercle, 8 gardes et 2 voitures avec mission
de surveiller les 2 marchés.
A
16 heures 30, le Chef de Subdivision de Lama-Kara
était averti que la situation s'aggravait et que
l'on avait arrêté un nommé Bouyo Mogbé objet d'un
mandat d'arrêt pour rébellion délivrée le 28
mai1957 par le juge de Sokodé et qui était
jusqu'alors demeuré introuvable. Le chef de
subdivision donnait l'ordre à l'auxiliaire de la
gendarmerie et aux gardes qui avaient amené le nommé
Bouyo de remonter à Hodo.
A
17 heures 10, le commandant de cercle était averti
que le gendarme et son détachement étaient encerclés
et menacés par la foule au marché de Hodo. Il
rassembla alors les gardes disponibles, son adjoint,
le chef de subdivision, M. Giovanelli et partit pour
Hodo dans le Pick Up de M. Giovanelli. Rencontrant
sur la route un camion de cercle dans lequel se
trouvaient deux gardes, il lui donna ordre de le
suivre.
Le
commandant de cercle et son détachement arrivèrent à
Hodo à 17 heures 30 où il se heurta à une barricade
de grosses pierres placées en travers de la route.
Profitant d'une hésitation de la foule à l'arrivée
des voitures, les gendarmes et les gardes se
dégageaient et rejoignaient les renforts.
Il
apparaissait que le but primitif de cette réunion
d'exaltés était d'aller tuer le chef de canton de
Tcharè, Aram Tchangaï. Ce dernier s'était en effet
plusieurs fois opposé à des troubles que les gens de
Hodo voulaient susciter sur son marché.
La
barricade fut levée par les gardes, dégageant la
première voiture pendant qu'une foule de 200
personnes environ vociféraient et obstruaient la
route, 80 mètres plus loin, à l'autre extrémité du
marché. Cette foule avait bloqué la deuxième voiture
avec deux barricades. De chaque côté de la route,
sous les arbres du marché, une foule nombreuse de 2
à 300 personnes contemplaient la scène assise sur
les pierres que chaque vendeur apporte pour
s'asseoir.
Laissant les gardes, l'arme au pied à une trentaine
de mètres derrière lui, le commandant de cercle se
dirigeait alors vers la foule, accompagné de
l'adjudant des gardes et de son adjoint Télou
Abidjanga Alexandre. Le commandant de cercle était
en tenue et du reste les gens ne doutèrent aucun
instant de ses fonctions. Le commandant de cercle
prit alors la parole pour inviter la foule au calme
et à se disperser.
Toute parole fut vaine car lorsque les premiers
rangs se calmaient, derrière, des mots d'ordre
circulaient, des cris et des sifflets remontaient
les excités et appelaient à la rescousse. Dès que le
commandant de cercle se taisait, des cris hostiles
sortaient de toutes les bouches, beaucoup de
manifestants levaient le bras de façon menaçante. La
scène dura plus d'une heure et demie sans autre
résultat que le départ de quelques indifférents.
Le
Chef supérieur, Palanga, arrivé entre temps avec une
trentaine de partisans relaya le commandant de
cercle sans plus de succès.
Il
était donc manifeste que le mot d'ordre était de
créer des incidents car pendant ce temps, sur le
marché, des gens amassaient des tas de cailloux et
encerclaient le détachement, ne laissant libre dans
son dos que la route, fort étroite qui traverse le
marché.
La
nuit était complètement tombée. Le Commandant de
cercle se rapprocha une dernière fois des
manifestants - qui ne soumettent aucune doléance -
les avertit que son devoir était de maintenir
l'ordre, que de telles manifestations ou actes de
violence étaient interdits et qu'ils devaient se
disperser immédiatement. Des cris et des menaces
redoublés furent la seule réponse.
Le
Commande de cercle fit alors les trois sommations
réglementaires invitant le peuple à se disperser.
Des hurlements lui répondirent. Ordre fut donné aux
gardes d'avancer et de dégager la route. Aussitôt
des pierres commencèrent à voler. Les gardes se
frayèrent un passage jusqu'à la barricade qui
obstruait le passage de la deuxième voiture. Mais il
était impossible de la débrayer sous la grêle de
grosses pierres qui s'abattaient. Des gardes même
renforcés des partisans du Chef Supérieur n'étaient
pas assez nombreux pur dégager le marché et ne
purent aller au-delà des bords immédiats de la
route.
En
très peu de temps, une bonne partie du service de
l'ordre fut débordée et blessée par des cailloux ou
des flèches dont l'une atteignit le Commandant de
cercle. Ce dernier donna alors l'ordre d'armer les
fusils et prévint à toute voix que le service de
l'ordre allait faire usage de ces armes. C'est en ce
moment que le chef de subdivision M. Rémy atteint
d'une grosse pierre à la tête, s'effondra ruisselant
de sang. L'ordre fut donné de tirer.
Après
quelques instants d'hésitations qui permirent
d'évacuer M. Rémy, les jets de pierres redoublèrent.
La nuit était très noire et seuls les éclairs d'une
tornade lointaine permettaient de voir les
assaillants qui s'approchaient à moins de 15 mètres,
avec d'énormes pierres, des arcs et même des fusils
de traite. Le service d'ordre ne dispose au départ
que de 5 cartouches par hommes ; les munitions
s'épuisaient et le Commandant de cercle donna alors
l'ordre de repli.
Le
détachement traversa rapidement le marché pour
rejoindre la voiture hors de portée des pierres
des assaillants qui ne tentèrent aucune poursuite.
Selon les renseignements parvenus jusqu'à ce jour,
les émeutiers comptaient dix morts et une dizaine de
blessés.
L'enquête judiciaire est en cours.
Veuillez agréer Monsieur le Premier ministre,
l'assurance de ma haute considération.
Dossier réalisé par Jacques TOM
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