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La Dépêche

28 mai 2007

[ No 370 : du 25 mai 2007]
Cession de l’Hôtel de la paix : Pourquoi raser un fleuron ?

A l’issue de sa séance du lundi 14 mai 2007, le Conseil des Ministres du Gouvernement togolais a adopté, sur présentation du Ministre du Tourisme et des Loisirs, un décret portant cession de l’Hôtel de la Paix. Belle décision en principe. Ce chef d’œuvre situé en bordure du boulevard du Mono, entre l’Hôtel Sarakawa à l’Est et le Conseil de l’Entente à l’Ouest, reste malgré son abandon un incontestable fleuron qui a fait la gloire des temps passés.

L’architecte dont les initiales CD ont donné leur forme aux fenêtres de cette bâtisse, l’Hôtel de la Paix porte encore fièrement les marques d’un Togo glorieux et prospère.

Son nom chargé d’histoire évoque sans hypocrisie, les exploits du régime Eyadema d’avant la dérive qualifiée, selon la tendance politique, de despotisme éclairé ou obscur.

Hôtel de la Paix, voilà un des fleurons majestueux qui témoigne de la politique de grands travaux qui a fait naître dans notre capitale, non seulement les hôtels de classe internationale et des infrastructures de développement mais aussi les éléphants blancs. C’est dans le cadre de cette politique de rêve que Eyadema nourrissait pour le Togo que se situent les autres hôtels tels que 2 Février, Sarakawa et les quelques grandes industries tombées en ruine aujourd’hui.

Le nom de ce grand témoin de la politique d’ouverture sur le monde évoque surtout la notion de « Paix ». Cette paix, il faut le reconnaître était l’obsession du GénéraI Eyadema, en brave et grand Homme qui, même si ses méthodes étaient critiquées, a marqué le Togo. La plupart des dérives de ce régime ne viennent-ils pas de l’obsession de cet homme pour la quiétude de son peuple?

Cet hôtel aura été le témoignage vivant de l’apogée du tourisme qui a, qu’on le veuille ou pas, été la deuxième source de revenu du Togo jusqu’à la fin des années 90.

L’esprit de paix qui habitait cette architecture originale, a été symbolisé par son auteur à travers le mariage des couleurs bleu blanc.

Hôtel de la Paix, les touristes européens des années 70 en parlent encore. Ils ne cessent de louer ce que les Togolais ont déjà oublié : la quiétude et la convivialité. On se rappellera des vols charters qui déversaient des milliers de touristes européens qui parcouraient dans la sécurité le Togo du Sud au Nord, de l’Ouest à l’Est pour voir les vestiges de la colonisation et les sites touristiques. Ces touristes qui aimaient le Togo profondément se rappellent encore à la fête de la bière organisée chaque année dans la cadre somptueux de cet hôtel dans une ambiance festive. C’était le haut lieu où se célébraient les grands succès de la coopération internationale.

Sans savoir quel était le secret de cet hôtel, son cadre a toujours offert aux clients un « bon vivre » qui libérait chez eux un défoulement et un bonheur sans limite. On y entre déprimé et on en ressort requinqué et revigoré.

Rénover ou raser ?
Peut-être son secret tenait à son cadre et au dynamique de son personnel hautement qualifié et professionnellement au point.

Comme on le voit, l’Hôtel de la Paix, demeure à jamais, un fleuron qui a su résister au temps. Aujourd’hui, il est comme hier et son élégance est encore futuriste et ambitieuse. C’est une valeur architecturale sûre qui a apporté un plus à notre capitale.

Pour toutes ces raisons, l’Hôtel de la Paix ne mérite-t-il pas qu’on défende becs et ongles son architecture ? Et si, pour les générations à venir, on protégeait cet hôtel comme le font les pays civilisés qui dépensent des milliards d’euros ou de dollars pour rénover au lieu de raser pour reconstruire ?

Les châteaux des siècles passés rénovés ne nous enseignent-ils pas aujourd’hui les merveilles du passé. Château de Versailles en France, la Cité interdite et la Grande Muraille en Chine, Hôtel Crillon à Paris, les pavées des Champs Elysées en France, les vieilles maisons à Rome, le Palais d’Eté et tant d’autres immeubles auraient pu être démolis pour être mieux reconstruites; mais pour l’histoire, ils sont gardés intacts. Et si comme ces pays, le Togo protégeait ce fleuron ? L’histoire de notre pays; est jeune et pauvre. A  part les vestiges de la colonisation, le patrimoine immobilier togolais est vide. Pourquoi donc raser le peu de vestiges historiques qu’on a bâtis difficilement ? Et si comme l’indique le communiqué, l’Hôtel de la Paix était un fleuron, pourquoi le raser au lieu de le rénover purement et simplement ? La splendeur de cet hôtel n’interpelle-t-elle pas la conscience de nos ministres, de notre Président ?

Après ce fleuron, ne va-t-on pas raser le Palais des Hôtes de marques, le siége de la Fondation Hans Seidel, le Château Vial dans le Kloto, l’Assemblée nationale, et un jour l’actuelle Présidence de la République, l’Hôtel du 2 Février et le Palais des Congrès (ancien siège du RPT) ?

En tout cas, dans les pays civilisés, on ne démolirait un tel immeuble chargé d’histoire sans se poser la question à l’Assemblée nationale. Mais, au Togo, les ministres les plus puissants de la République et leurs nouveaux guides éclairés ont  décrété unilatéralement la vente et la démolition de cette architecture.

Est-ce la « deéyadémaïsation » qui commence ?
Et si on pensait que cette décision vise l’effacement des réalisations du Régime Eyadema ? C’est indéniable, en rasant l’Hôtel de la Paix, Faure et ses copains de Ministres ne sont-ils pas en train de trahir la mémoire du Père de la Nation ? Pourquoi effacer ce fleuron de la longue liste des réalisations de cet homme, l’infatigable bâtisseur ? En tout cas, un immeuble de raser, équivaut à une œuvre de moins dans le bilan du régime Eyadema. Demain, l’histoire ne comptera pas l’Hôtel de la Paix dans l’immense œuvre d’Eyadema ? Voilà qui choque le peuple togolais. Pourquoi la société Matrix Financial Ingenering ne pouvait-elle pas aller construire l’Hôtel « Phenix » ailleurs ? Pourquoi ne pas rénover l’Hôtel de la Paix et lui donner le nom de « Phenix » ?

Derrière cette décision de raser l’Hôtel de la Paix, n’y a-t-il pas la volonté délibérée de détruire les réalisations de l’inoubliable Eyadema? Et pourquoi Faure s’est-il associé à cette décision ? Si Faure donnait l’exemple, que feront demain les autres. C’est à méditer.

Du fond de sa tombe, Eyadema doit s’interroger sur ce qui se passe dans son Togo qu’il a légué en guise d’héritage. Le connaissant pour son attachement et son respect aux choses publiques, Eyadema devait être noir de colère.

Une fois de plus, le peuple s’interroge, pourquoi raser l’Hôtel de la Paix s’il est un fleuron ?

Dan ESSOBOZOU

 
Quelle crise au sommet de l’Etat ?

Y’aurait-il une crise au sommet de l’Etat ? Après deux ans à la tête de l’Etat, Faure ferait-il face aux dures réalités du pouvoir ? Depuis quelques temps, des rumeurs circulent sur l’état de la Nation. Tout ce qu’on peut dire, il y aurait une crise en la demeure si on en croit aux confrères qui sont dans le secret des dieux.

Pour être plus clair le Président Faure serait confronté à des difficultés dans la mise en place des réformes au point qu’il serait même menacé par un coup d’Etat. Depuis, les courtisans du jeune chef de l’Etat ne chôment pas. Ils sont à l’œuvre allant jusqu’à l’opposer à sa famille politique voire à ses frères. Que Faure soit confronté à la re-fondation de l’Etat, c’est indéniable. Quand on sort d’une quarantaine d’années de parti unique, il ne faut pas rêver à moins de provoquer une révolution. La réforme est possible si elle est bien conçue et menée avec perspicacité. Mais en lieu et place d’une vraie réforme, à quoi assistons-nous ? A des faux-fuyants.

Un courtisan de Faure a cru bon d’écrire un pamphlet en guise d’avertissement dans les colonnes du confrère Forum de la Semaine (N° 257 du 21 mai 2007). Ce baron du RPT, trop laudateur n’a convaincu que des naïfs. Surtout quand il raconte des ragots comme quoi « les agents permanents et les contractuels sont engagés ».

Les dangers qui guetteraient le régime de Faure, si dangers il y a, ne sont que la réédition de ce qui s’est passé avec son père. Hier comme aujourd’hui, l’histoire se répète. L’entourage de Faure est en train de réussir l’exploit de l’entourage du père. La différence aujourd’hui, c’est que ceux qui entourent Faure jouent gros en faisant croire à Faure que ses frères veulent lui faire un coup d’Etat. C’est diabolique. Quel intérêt un frère de Faure aurait-il à lui créer des problèmes à l’heure actuelle ?

Les services secrets d’une ambassade sollicités pour vérifier les rumeurs de coup d’Etat ont déclaré n’avoir rien vu ni entendu. Et un diplomate de cette ambassade d’ajouter : « Les amis de Faure jouent avec la République. Chaque jour, ils voient les menaces partout ». Dans un article, LA DEPECHE faisant état de cet entourage de Faure. C’est un entourage hétéroclite venu d’horizons divers.

Parmi cet attelage, deux tendances ont pris le dessus : les amis d’enfance et la famille. L’objectif commun, parvenir à opposer coûte que coûte le président Faure à ses frères au point de lui mettre en tête que ceux-ci veulent lui faire la peau.

Pour parvenir à leurs fins, ils alarment l’opinion par journaux interposés.

Nous l’avons dit, il s’agit là d’un jeu dangereux. Il n’est pas trop tard pour se ressaisir. Faure et ses frères ont grand intérêt à laver leur linge sale en famille au lieu de confier leur sort à des rapaces. Le plus grand danger qu’ils courent c’est de se laisser diviser pour des intérêts égoïstes. Le plus grand bien qu’ils puissent faire aujourd’hui aux ennemis de leur père, c’est de laisser éclater au grand jour les prétendues dissensions.

KAO Victoire

 
Les atrocités commises par les Ablodé Sodja dans les autres régions du pays

Dans le numéro précédent, nous avons présenté les atrocités commises par les fameuses milices du CUT dans la circonscription administrative de Lama-Kara. Encore faut-il rappeler que la liste des victimes que nous publions depuis le début de ce dossier n’est pas exhaustive. Peu importe ; l’essentiel est d’arriver à montrer que, contrairement à ce que les admirateurs de Sylvanus Olympio laissent croire, tout n’était pas rose au Togo avec le premier régime politique issu des élections du 27 avril 1958. Il y a sous Sylvanus Olympio de graves atteintes aux droits de l’homme avec la complicité du régime lui-même qui choisit à chaque fois les victimes à abattre.

Bonito Mussolini humiliait ses adversaires politiques en les obligeant à boire l’huile de ricin. Sylvanus Olympio les forçait, hommes et femmes, à danser nus sous les coups d’une foule hurlante. Ces scènes sont trop systématiques pour avoir été accidentelles. Elles procédaient d’une méthode d’intimidation soigneusement élaborée.

A Sanvee-Kondji à Anécho, un planteur, Jacob Sanvee, avait été cruellement maltraité : ses agresseurs ne l’avaient abandonné qu’après avoir versé de l’acide sur ces blessures. Il a perdu un œil mais au bout de six mois de clinique, il a été réduit à l’état d’invalide. Sa femme, une institutrice, a subi des sévices qui ont provoqué une fausse couche ; ses dents ont été brisées. Enfin, leur récolte a été pillée et le chef local du CUT exigeait une grosse rançon. A peine rétabli, le sieur Sanvee s’est rendu en ville pour déposer plainte. Il a été jeté en prison et détenu jusqu’au jour où, de guerre lasse, il s’est engagé à ne pas poursuivre ses tortionnaires.

A Kabou, le cultivateur Moumouni Allahamdou avait eu le grand tort de protester contre la construction que le père du nouveau député du CUT, Michel Tchèdré, faisait élever sur son propre terrain. Il fut par décision attaché comme on lie un singe savant, une corde autour des reins et battu à mort.

A Tandjouaré, le fils de Bilénoun N’Mongbé avait été assassiné. Son père venu pour porter plainte fut condamné à une amende d’un bœuf de 25.000 F CFA.

A Anécho, le chef supérieur Kela d’Assoukopé a dû s’exiler : chaque nuit, les
« cutards » se relayaient pour l’empêcher de dormir, lui et sa famille en lançant des cailloux sur le toit de tôle de sa maison, interdisant tout sommeil. Son voisin, le vieux chef Soussou Mede, 80 ans, fut contraint à danser et les énergumènes jouèrent avec lui comme un ballon.

A Anécho toujours, Abalovi Lawson, ex-régent d’Anécho, parviendra, en état de légitime défense, à tenir en respect avec son fusil de chasse, le groupe qui tentait d’incendier sa maison. Il n’a fait aucun blessé. Il fut condamner pour violence et voies de fait à cinq ans d’emprisonnement avec sursis et 20.000 francs CFA d’amende.

Le cas de Kokou Agbo, chef de PTP à Gléi est édifiant. L’homme avait été agressé en 1958. Une centaine de manifestants l’avaient laissé à demi assommé après avoir démoli ses cases et celles de sa famille, détruit les greniers, les moulins, empoisonné les puits et massacré les animaux domestiques dans ses campagnes des environs de Gléi à Lawaroukopé.

Le vieillard fut par la suite convoqué par le chef local du parti gouvernemental, Goudevi Tadegnon « afin de lui demander des comptes sur son comportement politique ». Une vingtaine de cutards étaient allés le chercher chez lui, armés de bâtons et de chaînes de bicyclettes. Pendant le trajet, le malheureux fut tellement roué de coups qu’il s’écroula en gémissant, incapable de dire deux mots. Tadegnon ordonna que le vieillard soit reconduit chez lui. En chemin, l’épouse et la sœur de Kokou Agbo ayant voulu intervenir furent violemment molestées. On trouvera le cadavre d’Agbo sur le pas de sa porte. Ses tortionnaires l’avaient achevé en lui plantant quatre pointes de clous dans la tête.

A la Cour d’Assises en novembre 1962, huit personnes comparaissaient pour coups mortels sur la personne du vieillard Kokou Agbo ainsi que coups et blessures volontaires sur les personnes de dames Assoko Adjifesso et Koko Kodakou respectivement épouse et sœur de la victime toutes deux âgées de 70 ans environ. Le magistrat chargé du jugement avait accordé des circonstances atténuantes. Des circonstances atténuantes aux tortionnaires d’un vieillard !

C’est dire que le magistrat qui normalement, est chargé de l’accusation, au nom de la société demanda et obtint « un verdict de sagesse, un verdict humain ». Au bénéfice des vieilles femmes qui demandaient des dommages et intérêts ? Non. Au bénéfice des accusés. C’est cela la justice sous Olympio le démocrate. Pourtant, le simple fait qu’il y ait eu procès était considéré comme une victoire des partisans de l’Etat de droit, de la légalité. Parce que la plupart du temps, comme nous l’avons vu plus haut, les plaintes n’étaient même pas enregistrées. Ou quand elles l’étaient, les autorités judiciaires ne donnaient pas suite au dossier ou bien elles se retournaient conte les victimes.

Le 1er juillet 1958, un certain Togbé Sodokpo du village de Ountivou a Tohoun, dépassé par les violences et les sévices dont sa famille et lui étaient les cibles, adressait une lettre au Premier ministre Sylvanus Olympio. « Après les élections à la Chambre des Députés en date du 27 avril 1958, les villageois d’Ountivou étaient venus pendant la nuit briser les portes et les fenêtres des bâtiments personnels. Après avoir brisé les meubles, ils ont emporté tout ce que je possédais comme richesse. Par la suite, les assaillants ont commencé par fusiller les porcs de mon père et ont déclaré au nom du Premier ministre la confiscation des domaines paternels. C’est pourquoi je vous prie, Monsieur le Premier ministre, de bien vouloir vous intéresser à notre plainte. Si c’est réellement vous, M. le Premier ministre, qui avez commandé cela, je vous prierai d’avoir pitié de nous. Il y a trois mois que mon père se trouve exilé à Atakpamé et nous ne savons ce qu’il est devenu ».

Ces quelques exemples montrent la férocité des milices du CUT au pouvoir et démentent certains historiens partisans qui n’hésitent pas a nous parler de la démocratie sous Sylvanus Olympio. A les entendre, avec Sylvanus Olympio au pouvoir, le pays vivait en paix. Quelle démocratie où il y eut si peu de plaintes instruites. Le verdict honteux et scandaleux des tortionnaires de Kokou Agbo est révélateur du système totalitaire mis en place par Sylvanus Olympio. Couverts par Théophile Mally, le ministre de l’Intérieur dont ils dépendaient, couverts par les autorités judiciaires, les Ablodé Sodja pouvaient agir en toute impunité, se livrer à tous les excès selon leur degré de perversité et de sadisme : les vols, les destructions de maisons, les incendies de plantations et des champs, les viols, les assassinats politiques étaient principalement leur fait.

On les avait lâchés comme on lâche les chiens sur tout le territoire particulièrement dans les bastions irréductibles de l’opposition qu’étaient le Nord du pays et la région d’Atakpamé. Notons que les excès du CUT de 1959 à 1962 ne pouvaient être considérés comme les débordements spontanés de « supporters » surexcités. Cinq ans ont passé depuis les élections du 27 avril 1958. Les ablodé sodja ont précisément été organisés au moment où Sylvanus Olympio a commencé à confisquer tous les pouvoirs. Parce qu’ils étaient comme les sections d’Assaut ou les S.S. ou le PC, un instrument de conquête de pouvoir absolu : un mode de gouvernement par la terreur. Dans nos prochaines livraisons, l’on montrera comment Sylvanus Olympio s’était fait élire « démocratiquement » à la présidence de la République. Plus de 40 ans après les descendants du CUT, regroupés dans l’UFC, se disent prêts à réécrire l’histoire. On les attend.

(à suivre)

Jacques TOM

 
 
 

     
 

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