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Qui est le père de l’indépendance togolaise ? Cette question a déjà soulevé des
passions , elle a connu les premiers débats quand les vieux juventistes désirant
apporter leur modeste contribution à la vie politique du pays, sont revenus de
force en politique en prenant pour héro national un certain Bénédictus Apaloo en
le déclarant le vrai père de l’indépendance du pays.
Il faut ici souligner qu’en dehors de son nom, le père de
l’indépendance des vieux juventistes n’a jamais été connu du grand public
togolais. Seuls les initiés de la vie politique togolaise connaissent bien
Bénédictus Apaloo et savent aussi que, ami d’enfance de Sylvanus Olympio, il a
été embastillé par ce dernier dans des conditions inhumaines à Mango et battu
chaque jour jusqu’à sa libération le 13 janvier 1963 par les militaires. Pour la
plupart des prisonniers politiques, la journée du 13 janvier 1963 a été une
journée salvatrice.
Ben Apaloo mourra en 1964 dans un accident de circulation avec sa
fille survenu sur l’avenue des Champs de courses. Pour le reste, on ignore tout
de lui, de sa vie publique hormis ses activités au niveau du parti, il était en
effet membre responsable de JUVENTO. On ignore surtout ses activités
professionnelles avant la création de son parti. Pouvait-il être père de
l’indépendance togolaise alors qu’il est pratiquement inconnu même dans le monde
politique togolais ? Il appartient aux juventistes actuels de satisfaire la
curiosité des Togolais sur celui qui était vraiment Ben Apaloo. On attend
toujours la réponse.
Le problème sur la paternité de notre indépendance se compliqué.
Sollicité par notre confrère « Nouvel ECHO » à trancher cette question, M.
Joachin Atsutsè Agbobli s’est laissé aller à des longs commentaires ennuyants
sur la vie du CUT – il faut dire que le sieur Agbobli a souvent la manie du
verbe – avant de conclure sans convaincre, attribuant cette paternité à Sylvanus
Olympio.
En fait, M. Atsutsè Agbobli n’a jamais caché son admiration pour
Sylvanus Olympio sous lequel son père a travaillé. C’est ainsi qu’il passe son
temps à travers le journal qu’il a créé et qu’il dirige à rendre de temps à
autre un hommage appuyé aux partisans de Sylvanus Olympio qu’il n’hésite pas à
appeler combattants de la liberté. Quant à Nicolas Grunitzky et ses compagnons,
ils n’ont jamais fait l’objet d’un quelconque article dans son journal. A
l’instar de M. Godwin Tété, Joachin Agbobli serait-il lui aussi un historien
engagé ? Ceci est une autre affaire.
Le curieux c’est que si certains historiens togolais acceptent que Sylvanus Olympio soit élevé au titre de « père de l’indépendance togolaise »,
ils refusent celui de père de la Nation donné au Président Eyadéma. Que dit
Martin Koffi Yamgname « Oui, je crois qu’avec d’autres, Sylvanus Olympio peut
porter le nom du « Père de l’Indépendance » même s’il n’était pas le seul. C’est
une lutte qui a coûté des pleurs et du sang au peuple togolais. On peut donc
légitimement lui rendre cet hommage ».
Mais « Qu’est la nation togolaise ? Où est l’égalité entre les
Togolais ? Une nation suppose un peuple libre, ayant vécu la même histoire,
poursuivant le même objectif, respecté de tous les membres. Tel n’est pas le cas
du Togo, puisqu’il n’existe pas une nation togolaise. Comment peut-il exister un
père ? » Cette réponse de Koffi Yamgname à un de nos confrères et puérile,
incompatible avec son niveau intellectuel (il est sorti de l’Ecole des Ponts et
Chaussées).
D’autres comme le sieur Yamgname pour récuser le titre de Père de la
Nation donné au Président Eyadéma, se lancent dans les théories élaborées par
Enerst Renan au sujet de ce qui pourrait être une nation. « Une nation est une
âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire ne font qu’un,
constituent cette âme et ce principe spirituel (…). L’une est la possession en
commun d’un riche legs de souvenirs, l’autre est le consentement actuel, le
désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on
a reçu indivis… ». Cette définition de la nation est trop idéalisée.
Pour Paul Foulquié « une nation est ensemble des familles ou des
individus constituant ou ayant constitué une société politique autonome,
c’est-à-dire l’Etat ou du moins liés par une communauté de culture et de
traditions, de race ou d’habitat qui conditionnent ou leur font désirer cette
autonomie ». En ce sens le Président Eyadéma est bien placé pour être le « Père
de la nation puisque ce qui a toujours compté pour lui, c’est l’unité du pays.
Mais au delà de toutes ces définitions sur la nation, il faut
souligner que ce qui manque aux Togolais pour faire du Togo une nation, c’est
l’amour de la patrie. Ils sont en effet insouciants et indifférents aux choses
qui pourraient souiller leur propre pays. Que font les Boko, les Isidore Latsoo
en France, sinon qu’ils passent leurs temps à salir leur propre pays.
Ceci étant, il reste à se demander si Sylvanus Olympio réunit toutes
les conditions pour être le « Père de l’Indépendance togolaise ». Lorsque M.
Koffi Yamgname parle de la « lutte qui a coûté des pleurs et du sang au peuple
togolais », il faut se demander celui qui a mené cette lutte. Sylvanus Olympio ?
On ne l’a jamais vu tirer une balle sur une troupe de l’armée française en
patrouille au Togo. Les chamailleries entre les Togolais ne sont pas les guerres
de l’indépendance. C’est l’Algérie seule qui a obtenu l’indépendance après une
guerre coûteuse. Pour le reste en Afrique noire, l’indépendance a été octroyée
par les puissances coloniales parce qu’en dehors de l’Algérie et de la
Cochinchine, les « colonies fournissent peu et qu’elles coûtent plus cher
qu’elles ne rapportent ».
Au Togo, on a commencé par parler de l’indépendance en 1919. Au
traité de Versailles du 28 juin 1919, l’Allemagne est dépouillée de ses colonies
et la partie du Togo confiée à la France est placée sous mandat de la Société
Des Nations dont la mission est de guider cette partie du Togo vers
l’indépendance. Et le 13 décembre 1946, l’Assemblée générale des Nations Unies
ratifiant l’accord passé en vertu de l’article 79 de la Charte de San
Francisco : ancienne colonie allemande, ancien territoire sous mandat, le Togo
obtenait un régime de tutelle. Lequel devait favoriser « l’évolution progressive
des populations vers la capacité de s’administrer elles mêmes » : L’indépendance
était inéluctable.
Jacques Tom |